{"id":77176,"date":"2017-04-02T06:05:39","date_gmt":"2017-04-02T06:05:39","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/04\/02\/la-route-de-la-servitude-de-la-boetie-au-micron\/"},"modified":"2017-04-02T06:05:39","modified_gmt":"2017-04-02T06:05:39","slug":"la-route-de-la-servitude-de-la-boetie-au-micron","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/04\/02\/la-route-de-la-servitude-de-la-boetie-au-micron\/","title":{"rendered":"La route de la servitude (de La Bo\u00e9tie au micron)"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La route de la servitude (de La Bo\u00e9tie au micron)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;y aurait pas besoin de th\u00e9orie de la conspiration. Le peuple n&rsquo;est pas un gentil innocent, une victime na\u00efve. Le peuple, cette somme d&rsquo;atomes agglom\u00e9r\u00e9s, de solitudes sans illusions (Debord) aime naturellement \u00eatre men\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9table ou \u00e0 l&rsquo;abattoir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Telle est l&rsquo;\u00e9ternelle le\u00e7on de la Bo\u00e9tie qui s&rsquo;extasie devant l&rsquo;infinie capacit\u00e9 des hommes \u00e0 s&rsquo;aplatir devant l&rsquo;autorit\u00e9. Chouchou des libertariens et de notre cher Murray Rothbard, l&rsquo;adolescent prodige s&rsquo;\u00e9c&oelig;ure lui-m\u00eame en \u00e9crivant ces lignes, en rappelant ces faits :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il n&rsquo;est pas croyable comme le peuple, d\u00e8s lors qu&rsquo;il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible qu&rsquo;il se r\u00e9veille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu&rsquo;on dirait, \u00e0 le voir, qu&rsquo;il a non pas perdu sa libert\u00e9, mais gagn\u00e9 sa servitude. Il est vrai qu&rsquo;au commencement on sert contraint et vaincu par la force ; mais ceux qui viennent apr\u00e8s servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dosto\u00efevski observe dans sa maison des morts (qui est plut\u00f4t une maison des vivants, son roman le plus dr\u00f4le) que l&rsquo;on s&rsquo;habitue en effet \u00e0 tout. La Bo\u00e9tie :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; C&rsquo;est cela, que les hommes naissant sous le joug, et puis nourris et \u00e9lev\u00e9s dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont n\u00e9s, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu&rsquo;ils ont trouv\u00e9, ils prennent pour leur naturel l&rsquo;\u00e9tat de leur naissance. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est la vraie conspiration dont parle aussi en prison le fasciste non repenti Rebatet : nous nous soumettons au joug de la bagnole, de la salle de bains am\u00e9ricaine, des artefacts \u00e9lectroniques. La Bo\u00e9tie explique ensuite comment on d\u00e9veloppe les jeux, l&rsquo;esprit ludique, et dans quel but politique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais cette ruse de tyrans d&rsquo;ab\u00eatir leurs sujets ne se peut pas conna&icirc;tre plus clairement que Cyrus fit envers les Lydiens, apr\u00e8s qu&rsquo;il se fut empar\u00e9 de Sardis, la ma&icirc;tresse ville de Lydie, et qu&rsquo;il eut pris \u00e0 merci Cr\u00e9sus, ce tant riche roi, et l&rsquo;eut amen\u00e9 quand et soi : on lui apporta nouvelles que les Sardains s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9volt\u00e9s ; il les eut bient\u00f4t r\u00e9duits sous sa main ; mais, ne voulant pas ni mettre \u00e0 sac une tant belle ville, ni \u00eatre toujours en peine d&rsquo;y tenir une arm\u00e9e pour la garder, il s&rsquo;avisa d&rsquo;un grand exp\u00e9dient pour s&rsquo;en assurer : il y \u00e9tablit des bordels, des tavernes et jeux publics, et fit publier une ordonnance que les habitants eussent \u00e0 en faire \u00e9tat. Il se trouva si bien de cette garnison que jamais depuis contre les Lydiens il ne fallut tirer un coup d&rsquo;\u00e9p\u00e9e. Ces pauvres et mis\u00e9rables gens s&rsquo;amus\u00e8rent \u00e0 inventer toutes sortes de jeux, si bien que les Latins en ont tir\u00e9 leur mot, et ce que nous appelons passe-temps, ils l&rsquo;appellent ludi, comme s&rsquo;ils voulaient dire Lydi. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les bordels et les tavernes : comptez le nombre de sites porno sur le web pour voir un peu (Snyder parle de quatre millions); et comparez aux sites anti-conspiration. Vous verrez que nous sommes peu de chose. Un milliard de vues pour une chanson Gaga ou Rihanna.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Bo\u00e9tie d\u00e9nonce l&rsquo;eff\u00e9mination des cit\u00e9s et des Etats soumis \u00e0 la tyrannie. Elle fonctionne avec la servilit\u00e9 et la soumission. Avec la culture aussi, comme le verra Rousseau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tous les tyrans n&rsquo;ont pas ainsi d\u00e9clar\u00e9s expr\u00e8s qu&rsquo;ils voulussent eff\u00e9miner leurs gens ; mais, pour vrai, ce que celui ordonna formellement et en effet, sous-main ils l&rsquo;ont pourchass\u00e9 la plupart&hellip; Les th\u00e9\u00e2tres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les b\u00eates \u00e9tranges, les m\u00e9dailles, les tableaux et autres telles drogueries, c&rsquo;\u00e9taient aux peuples anciens les app\u00e2ts de la servitude, le prix de leur libert\u00e9, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces all\u00e8chements avaient les anciens tyrans, pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples, rendus sots, trouvent beaux ces passe-temps, amus\u00e9s d&rsquo;un vain plaisir, qui leur passait devant les yeux, s&rsquo;accoutumaient \u00e0 servir aussi niaisement, mais plus mal, que les petits enfants qui, pour voir les luisantes images des livres enlumin\u00e9s, apprennent \u00e0 lire. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis La Bo\u00e9tie compare les m\u00e9thodes \u00e9ducatives, et ce n&rsquo;est pas piqu\u00e9 des vers. Lui aussi promeut et aime Sparte &ndash; comme Rousseau et comme d&rsquo;autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Lycurgue, le policier de Sparte, avait nourri, ce dit-on, deux chiens, tous deux fr\u00e8res, tous deux allait\u00e9s de m\u00eame lait, l&rsquo;un engraiss\u00e9 en la cuisine, l&rsquo;autre accoutum\u00e9 par les champs au son de la trompe et du huchet, voulant montrer au peuple lac\u00e9d\u00e9monien que les hommes sont tels que la nourriture les fait, mit les deux chiens en plein march\u00e9, et entre eux une soupe et un li\u00e8vre : l&rsquo;un courut au plat et l&rsquo;autre au li\u00e8vre. &laquo; Toutefois, dit-il, si sont-ils fr\u00e8res &raquo;. Donc celui-l\u00e0, avec ses lois et sa police, nourrit et fit si bien les Lac\u00e9d\u00e9moniens, que chacun d&rsquo;eux eut plus cher de mourir de mille morts que de reconna&icirc;tre autre seigneur que le roi et la raison. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ensuite La Bo\u00e9tie est encore plus r\u00e9volutionnaire, il est encore plus provocateur et m\u00e9prisant pour le populo ; il remarque que comme sur Facebook on aime jouer \u00e0 <em>Big Brother<\/em>, qu&rsquo;on aime participer \u00e0 son propre emprisonnement (empoisonnement) moral et physique &ndash; et qu&rsquo;on paierait m\u00eame pour. C&rsquo;est le Panopticon de Bentham \u00e0 la carte :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Celui qui vous ma&icirc;trise tant n&rsquo;a que deux yeux, n&rsquo;a que deux mains, n&rsquo;a qu&rsquo;un corps, et n&rsquo;a autre chose que ce qu&rsquo;a le moindre homme du grand et infini nombre de nos villes, sinon que l&rsquo;avantage que vous lui faites pour vous d\u00e9truire. D&rsquo;o&ugrave; a-t-il pris tant d&rsquo;yeux, dont il vous \u00e9pie, si vous ne les lui baillez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s&rsquo;il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cit\u00e9s, d&rsquo;o&ugrave; les a-t-il, s&rsquo;ils ne sont des v\u00f4tres ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous ? Comment vous oserait-il courir sus, s&rsquo;il n&rsquo;avait intelligence avec vous ? Que vous pourrait-il faire, si vous n&rsquo;\u00e9tiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue et tra&icirc;tres \u00e0 vous-m\u00eames ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le citoyen participe \u00e0 sa propre ali\u00e9nation. On n&rsquo;a jamais autant pay\u00e9 d&rsquo;imp\u00f4ts en Am\u00e9rique ou en France en 2016. L&rsquo;Etat ha\u00ef des pauvres libertariens n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi s&ucirc;r ! Quant au monstre froid europ\u00e9en&hellip; No comment.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis le jeune auteur parle des r\u00e9seaux de la tyrannie qui sont sur une base six, comme le web (WWW_666, voyez mon livre qui d&rsquo;ailleurs va \u00eatre republi\u00e9). On pense \u00e0 Musset et \u00e0 Lorenzaccio qui eux-m\u00eames r\u00e9p\u00e8tent d\u00e9j\u00e0 la redoutable antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Toujours il a \u00e9t\u00e9 que cinq ou six ont eu l&rsquo;oreille du tyran, et s&rsquo;y sont approch\u00e9s d&rsquo;eux-m\u00eames, ou bien ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s par lui, pour \u00eatre les complices de ses cruaut\u00e9s, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses volupt\u00e9s, et communs aux biens de ses pilleries. <strong>Ces six adressent si bien leur chef, qu&rsquo;il faut, pour la soci\u00e9t\u00e9, qu&rsquo;il soit m\u00e9chant, non pas seulement par ses m\u00e9chancet\u00e9s, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille,<\/strong> qu&rsquo;ils ont \u00e9lev\u00e9 en \u00e9tat, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu&rsquo;ils tiennent la main \u00e0 leur avarice et cruaut\u00e9 et qu&rsquo;ils l&rsquo;ex\u00e9cutent quand il sera temps, et fassent tant de maux d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;ils ne puissent durer que sous leur ombre, ni s&rsquo;exempter que par leur moyen des lois et de la peine. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Enfin La Bo\u00e9tie se m\u00e9fie de l&rsquo;architecture civile et il a raison (Hitler en fait l&rsquo;\u00e9loge dans Mein Kampf). Voici comment il la d\u00e9nonce sobrement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; De l\u00e0 venait la crue du S\u00e9nat sous Jules, l&rsquo;\u00e9tablissement de nouveaux &Eacute;tats, \u00e9rection d&rsquo;offices ; non pas certes \u00e0 le bien prendre, r\u00e9formation de la justice, mais nouveaux soutiens de la tyrannie. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A quelques si\u00e8cles de l\u00e0, deux grands esprits font \u00e9cho \u00e0 La Bo\u00e9tie. Notre c\u00e9l\u00e8bre L\u00e9on Bloy et le moins connu australien Pearson.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On cite L\u00e9on Bloy sur l&rsquo;exploitation touristique du paradis, qui t\u00e9moigne de cette abjection g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et soulign\u00e9e par La Bo\u00e9tie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La plus belle affaire du monde serait le lotissement ou la vente au doigt mouill\u00e9 du Paradis terrestre. Il y aurait de l&rsquo;argent \u00e0 gagner, si l&rsquo;\u00e9tat embryonnaire de nos connaissances g\u00e9ographiques ne s&rsquo;y opposait pas invinciblement. Par bonheur, il est cach\u00e9, ce lieu de d\u00e9lices, bien cach\u00e9 et bien gard\u00e9. Tout fait pr\u00e9sumer qu&rsquo;il sera encore \u00e0 na&icirc;tre dans dix mille ans, le premier bourgeois qui aura la permission d&rsquo;y p\u00e9n\u00e9trer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Essayez de vous mettre en face de cette horreur : l&rsquo;exploitation et le d\u00e9pe\u00e7age du Paradis terrestre ; l&rsquo;irruption du notaire, du m\u00e9treur, de l&rsquo;entrepreneur et des tramways \u00e9lectriques sous ces ombrages de six mille ans qui ont vu l&rsquo;Innocence humaine&#8230; !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par nature le Bourgeois est ha\u00efsseur et destructeur de paradis. Quand il aper\u00e7oit un beau Domaine, son r\u00eave est de couper les grands arbres, de tarir les sources, de tracer des rues, d<strong>&lsquo;instaurer des boutiques et des urinoirs. <\/strong>Il appelle \u00e7a monter une affaire. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Taine nous dit que le bourgeois fut une cr\u00e9ation monarchique, Fukuyama qu&rsquo;il fut une cr\u00e9ation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. C&rsquo;est rassurant !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le bourgeois de Bloy n&rsquo;avait pas vu la nouvelle Lourdes encore, ou les JMJ ! C&rsquo;est dans l&rsquo;excellente Ex\u00e9g\u00e8se des Lieux communs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et sur ce progr\u00e8s de la servitude \u00e0 travers les si\u00e8cles, nous avions \u00e9crit un texte que nous ajoutons ici : Charles Henry Pearson, le gentleman qui d\u00e9crivait la Fin :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>La vue po\u00e9tique de l&rsquo;histoire m\u00e9rite maintenant d&rsquo;\u00eatre un peu reconsid\u00e9r\u00e9e et amoindrie.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Charles Henry Pearson est un intellectuel et savant britannique \u00e9tabli en Australie \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle. Il voit comme Koj\u00e8ve et Fukuyama une fin de l&rsquo;histoire, comme Nietzsche et avant lui Tocqueville le triomphe des id\u00e9es modernes, socialisme, d\u00e9mocratie, d\u00e9clin du religieux, accompagner le triomphe de la technique et du confort moderne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ses remarques r\u00e9side dans leur mod\u00e9ration (pour l&rsquo;\u00e9poque) et leur clart\u00e9 proph\u00e9tique. Pour ceux qui ne dig\u00e8rent pas leur \u00e9poque comme moi, rien ne vaut ce bain de jouvence d&rsquo;un gentleman anglo-saxon pragmatique comme on dit : les d\u00e9s \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 jet\u00e9s au XIX\u00e8me si\u00e8cle, et nous \u00e9tions pr\u00eats pour affronter une fin des temps molle et lente. Le robinet d&rsquo;eau ti\u00e8de mettrait un point \u00e0 la source d&rsquo;inspiration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je r\u00e9sume quelques traits de son excellent livre, <strong>National life and character<\/strong>, que j&rsquo;ai d\u00e9couvert par Lothrop Stoddard, l&rsquo;excellent penseur qui voit aussi, mais une g\u00e9n\u00e9ration plus tard, les nouvelles guerres du P\u00e9loponn\u00e8se, le d\u00e9clin de la &laquo; race blanche &raquo;, la catastrophe bolch\u00e9vique et la mont\u00e9e de l&rsquo;islam et du tiers-monde, qui ont d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 dig\u00e9r\u00e9s comme le reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> S&rsquo;il partage certains des pr\u00e9jug\u00e9s raciaux de son temps, Pearson n&rsquo;en est pas moins un vrai penseur : il ne pense pas en couleur de peau mais en m\u00e9diocrit\u00e9 du caract\u00e8re qui alt\u00e8re toutes les qualit\u00e9s de la race : contrairement \u00e0 Gustave Le Bon il voit que l&rsquo;Anglais de 1890 fait route vers le socialisme et pas vers la libre entreprise. Par ailleurs il a compris que tout le monde (m\u00eame l&rsquo;africain, m\u00eame le coolie, m\u00eame l&rsquo;islamiste) sera capable de remplir un formulaire, de prendre le m\u00e9tro ou bien de retirer de l&rsquo;argent \u00e0 son distributeur automatique. Parce que c&rsquo;est cela la vie moderne. Une liquidation de la grandeur au service de la m\u00e9diocrit\u00e9 mat\u00e9rielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On le cite dans son anglais d\u00e9licat :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Summing up, then, we seem to find that we are slowly but demonstrably approaching what we may regard as the age of reason or of a sublimated humanity ; and that this will give us a great deal that we are expecting from it well-ordered polities, security to labour, education, freedom from gross superstitions, improved health and longer life, the destruction of privilege in society and of caprice in family life, better guarantees for the peace of the world, and enhanced regard for life and property when war unfortunately breaks out. It is possible to conceive the administration of the most advanced states so equitable and efficient that no one will even desire seriously to disturb it.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pearson ajoute aussi qu&rsquo;il y aura moins de racisme, et impossibilit\u00e9 de mettre fin au Grand Remplacement qui fait alors peur \u00e0 Gustave Le Bon, aux am\u00e9ricains Grant et Ross :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0It would be impossible for a conservatively &#8211; minded monarch to reconstruct the nobility of the eighteenth century in the twentieth; and even now no practical statesman could dream of arresting Chinese power or Hindu or negro expansion by wholesale massacres. The world is becoming too fibreless, too weak, and too good to contemplate or to carry out great changes which imply lamentable suffering\u00a0\u00bb<strong><em>.<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je laisse cette phrase \u00e9crite dans un anglais si limpide \u00e0 propos de ses contemporains britanniques tent\u00e9s par le travaillisme et les nationalisations :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>His tendency in Australia is to adopt a very extensive system of State Socialism. <\/em><em>Railways, school, insurance, irrigation&hellip;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Australie est d\u00e9j\u00e0 socialiste au XIX\u00e8me si\u00e8cle. Notons que Pearson disait que d\u00e9j\u00e0 les Blancs \u00e9taient sur la d\u00e9fensive en mati\u00e8re migratoire ! L&rsquo;immigration est alors ralentie partout et l&rsquo;Am\u00e9rique Wasp s&rsquo;inqui\u00e8te avec raison de ce qui va lui arriver, la pauvre !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pearson ajoute que la pression des autres races sera tr\u00e8s forte sur la race blanche, quand elles auront emprunt\u00e9 la science de l&rsquo;Europe. Et bien c&rsquo;est fait ! Pearson donne m\u00eame le nom et l&rsquo;adresse des grands pays futurs : la Chine et l&rsquo;Inde&hellip; Il pr\u00e9cise que la religion de la famille sera remplac\u00e9e par la religion de l&rsquo;Etat qui la d\u00e9truira, la famille. Toute l&rsquo;actualit\u00e9 sur le mariage pour tous est dans Pearson. L&rsquo;homme des villes devient &laquo; une petite partie d&rsquo;une grande machine &raquo; ; son horizon est r\u00e9tr\u00e9ci. Il en r\u00e9sulte la d\u00e9pression, la solitude et la fin de la confiance en soi de la race blanche ! C&rsquo;est la fin des mondes \u00e0 conqu\u00e9rir, et Pearson \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Kipling sans doute pay\u00e9 pour r\u00e9pandre de l&rsquo;optimisme un peu partout : l&rsquo;optimisme est toujours mieux r\u00e9tribu\u00e9 car &ndash;je l&rsquo;ai compris trop tard &#8211; il fait consommer. La peur aussi, voyez la lutte contre le racisme ou l&rsquo;effet de serre. Pearson explique de m\u00eame pourquoi en 1890 Shakespeare et sa violence font d\u00e9mod\u00e9, pourquoi le public veut consommer du light culturel, aussi bien \u00e0 Londres qu&rsquo;\u00e0 Paris. Othello c&rsquo;est trop. La po\u00e9sie aussi, la grande po\u00e9sie romantique a disparu, remplac\u00e9e par le roman de masse \u00e0 la Zola et par la presse. Le philosophe c\u00e8de le pas au journaliste et \u00e0 la pens\u00e9e rapide (Pearson dit cela cent ans avant Bourdieu !).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0What is a society that has no purpose beyond supplying the day&rsquo;s needs, and amusing <strong>the day&rsquo;s vacuity<\/strong>, to do with<strong> the terrible burden of personality?\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela est d&ucirc; \u00e0 la mont\u00e9e d&rsquo;un \u00e9tat &laquo; stationnaire &raquo; qui nous comble de ses bienfaits : en Angleterre, toujours d&rsquo;avant-garde, on est pass\u00e9 du catholicisme au protestantisme puis \u00e0 la libert\u00e9 de pens\u00e9e. La monarchie puis l&rsquo;aristocratie ont \u00e9t\u00e9 diminu\u00e9es, les classes travailleuses associ\u00e9es au gouvernement et tout le monde maintenant se cherche sa petite place au soleil (tel quel). On croirait lire Nietzsche et son dernier homme, l&rsquo;ironie grin\u00e7ante en moins !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus pol\u00e9mique Pearson remarque aussi que la colonisation en Afrique a fait d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer les blancs qui n&rsquo;ont plus voulu travailler \u00e0 la dure, laissant le noir ou le fellah le faire \u00e0 leur place ; de la m\u00eame mani\u00e8re le refus des bas travaux dans nos pays a pr\u00e9cipit\u00e9 la vague migratoire dans les ann\u00e9es 60 et 70. On ne voulait en plus en Afrique du Sud que de nobles fonctions ! Et cela nous condamne dit Pearson, qui ajoute que les noirs demanderont leur part du pouvoir aussi en Afrique du sud !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela se terminera dans l&rsquo;optimisme et le m\u00e9tissage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 : on perdra le sentiment (le complexe) de sup\u00e9riorit\u00e9, et on se mariera avec tous, pr\u00e9dit le gentleman. On peut trouver cela bien s&ucirc;r tr\u00e8s bien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Est-ce que j&rsquo;ai dit que je ne trouvais pas cela tr\u00e8s bien ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pearson voit o&ugrave; tout cela d\u00e9bouche : la fin de la volont\u00e9, du patriotisme, de la famille nombreuse, du g\u00e9nie et de la grandeur. Mais est-ce si grave ? Nous allons vers un monde sans substance (<em>weak and fibreless<\/em>), faible et sans capacit\u00e9 de produire de grands changements, \u00e9crit-il. Ce monde toutefois bien disciplin\u00e9 et programm\u00e9 aura eu le g\u00e9nie de cr\u00e9er la premi\u00e8re guerre mondiale puis le patriotisme industriel -dont Pearson ne voit pas la menace- produire des Maurras ou l&rsquo;ineffable Hitler. C&rsquo;est sans doute la r\u00e9ponse du berger surhomme \u00e0 la berg\u00e8re sociale et d\u00e9mocrate ! Heureusement depuis nous sommes tous rang\u00e9s des affaires. Qui mourrait pour Dantzig ? Mais j&rsquo;oubliais Damas&hellip; Pearson voit le temps o&ugrave; les races les plus hautes (<em>higher<\/em>, je n&rsquo;ose traduire sup\u00e9rieures) auront perdu leurs plus nobles \u00e9l\u00e9ments. C&rsquo;est aussi fait depuis les tranch\u00e9es. Comme disait Madison Grant le grand triomphateur des guerres c&rsquo;est toujours Little Dark man le super-h\u00e9ros des temps tr\u00e8s postmodernes ! C&rsquo;est l&rsquo;homme qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve dans les ascenseurs !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La science n&rsquo;enchante pas plus nos contemporains, cinquante apr\u00e8s l&rsquo;alunissage, qu&rsquo;elle n&rsquo;enchantait Pearson. Il \u00e9crit que ses r\u00e9sultats seront de plus en plus m\u00e9diocres \u00e0 la science et qu&rsquo;elle parle finalement de mort comme la religion. L&rsquo;objectif de l&rsquo;individu sera de vivre plus longtemps sans trop \u00eatre d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 (il use ce m\u00eame mot). Il sera accompagn\u00e9 par une appr\u00e9hension de l&rsquo;art r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de bric-\u00e0-brac. Voyez les expos, les mus\u00e9es, le reste. Debord parle d&rsquo;art congel\u00e9 et d\u00e9congel\u00e9 suivant les besoins. L&rsquo;obsession des gens sera donc la sant\u00e9 publique, c&rsquo;est-\u00e0-dire surtout personnelle. &laquo; Nous ne demanderons au jour rien que de vivre, au futur rien que de ne pas nous d\u00e9t\u00e9riorer &raquo;. Les Global Trends des services am\u00e9ricains ne promettent pas autre chose : on pourra m\u00eame changer de r\u00e9tine pour voir la nuit, nous promettent-ils ! On vivra 130 ans a dit le Figaro ! Alors&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Evidemment, demande Pearson, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui n&rsquo;a pas d&rsquo;autre propos que de satisfaire les besoins du jour et d&rsquo;en amuser la vacuit\u00e9, et qui n&rsquo;a rien \u00e0 faire du terrible fardeau de la personnalit\u00e9 ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce terrible fardeau remplace bien le fardeau de l&rsquo;homme blanc ! On peut toujours aller voir un psychiatre et prendre des somnif\u00e8res ! Ce ne seront pas les voyages qui nous consoleront ; le monde sera europ\u00e9anis\u00e9, \u00e9crit Pearson, avant un si\u00e8cle, et tout aura disparu avec, coutumes, dialectes et surtout v\u00eatements traditionnels (repensez aux Dupont d&rsquo;Herg\u00e9 en Gr\u00e8ce ou bien en Chine). Cela est d\u00e9j\u00e0 parfaitement compris dans l&rsquo;un des chefs d&rsquo;&oelig;uvre de Gautier, son voyage en Espagne, publi\u00e9 d\u00e8s 1845. Pearson dit d&rsquo;ailleurs que pour voyager il faut lire des guides de voyage anciens. Je suis enti\u00e8rement d&rsquo;accord.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais je lui laisse le dernier mot que je trouve excellent et finalement roboratif : <strong>le proph\u00e8te et le leader sont en train de devenir des femmes de m\u00e9nage.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Bibliographie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Bloy &ndash; Ex\u00e9g\u00e8se des lieux communs<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dosto\u00efevski &ndash; Souvenirs de la maison des morts<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Bo\u00e9tie &ndash; Discours sur la servitude volontaire<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Litt\u00e9rature et conspiration (sur amazon.fr)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pearson &ndash; National life and character (archive.org)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La route de la servitude (de La Bo\u00e9tie au micron) Il n&rsquo;y aurait pas besoin de th\u00e9orie de la conspiration. Le peuple n&rsquo;est pas un gentil innocent, une victime na\u00efve. Le peuple, cette somme d&rsquo;atomes agglom\u00e9r\u00e9s, de solitudes sans illusions (Debord) aime naturellement \u00eatre men\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9table ou \u00e0 l&rsquo;abattoir. 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