{"id":77193,"date":"2017-04-11T09:56:44","date_gmt":"2017-04-11T09:56:44","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/04\/11\/le-mot-nouveau-de-melenchon\/"},"modified":"2017-04-11T09:56:44","modified_gmt":"2017-04-11T09:56:44","slug":"le-mot-nouveau-de-melenchon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/04\/11\/le-mot-nouveau-de-melenchon\/","title":{"rendered":"Le \u201cmot nouveau\u201d de M\u00e9lenchon"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Le \u00ab\u00a0mot nouveau\u00a0\u00bb de M\u00e9lenchon<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>En ces temps tr\u00e8s press\u00e9s et pressants de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle France-2017 o&ugrave; il n&rsquo;y a gu\u00e8re de temps pour une r\u00e9flexion approfondie, s&rsquo;impose de se trouver quelques espaces de temps pour envisager malgr\u00e9 tout, de-ci de-l\u00e0, une r\u00e9flexion approfondie. L&rsquo;atmosph\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale de Crise G\u00e9n\u00e9rale o&ugrave; nous nous trouvons, avec des \u00e9v\u00e9nements extraordinaires sans discontinuer, y invite paradoxalement : <strong>prendre un peu de temps pour tenter de comprendre cette formidable contraction du temps et cette acc\u00e9l\u00e9ration formidable de l&rsquo;Histoire<\/strong>. Un texte de M\u00e9lenchon, par ailleurs candidat de France-2017, texte d\u00e9j\u00e0 dat\u00e9 (trois mois, autant dire un si\u00e8cle) qui nous a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 par un ami fouineur et d&rsquo;excellent jugement nous donne cette occasion. Il nous permet d&rsquo;abord d&rsquo;observer combien ce candidat aux pr\u00e9sidentielles prend quand il le faut le temps de r\u00e9flexions approfondies. <strong>Il se trouve que, pour ce cas, cette \u00ab\u00a0r\u00e9flexion approfondie\u00a0\u00bb rencontre une des constantes de r\u00e9flexion de <em>dedefensa.org<\/em> <\/strong>et un sujet, &mdash; le fameux \u00ab\u00a0mot nouveau\u00a0\u00bb, &ndash; qui a une place importante dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> (Tome-I).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Mot nouveau\u00a0\u00bb ? M\u00e9lenchon utilise cette expression d&rsquo;un ton sarcastique, en rapportant une critique de son livre <em>L&rsquo;&Egrave;re du peuple<\/em>, qui elle-m\u00eame se voulait sarcastique dans l&rsquo;autre sens. La presseSyst\u00e8me se fait sarcastique quand elle trouve chez un antiSyst\u00e8me un \u00ab\u00a0mot nouveau\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle ne comprend \u00e9videmment pas, tant il est judicieux pour les zombies-Syst\u00e8me de moquer ceux qui travaillent hors des sentiers battus du Syst\u00e8me, en les soup\u00e7onnant d&rsquo;un \u00ab\u00a0intellectualisme\u00a0\u00bb arrogant. Il s&rsquo;agit de cette citation du texte de M\u00e9lenchon du 15 janvier 2017, qui est l&rsquo;objet de cette pr\u00e9sentation que l&rsquo;on trouve plus loin : &laquo; <em>Je l&rsquo;avais utilis\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re version du livre L&rsquo;&Egrave;re du peuple en 2014. J&rsquo;avais re\u00e7u en retour un commentaire m\u00e9diatique qui se voulait mordant : \u00ab\u00a0au moins a-t-on appris un mot nouveau\u00a0\u00bb<\/em>. &raquo; Le \u00ab\u00a0mot nouveau\u00a0\u00bb ? \u00ab\u00a0Anthropoc\u00e8ne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est pour nous un sujet essentiel, que nous avons souvent et longuement abord\u00e9 (la premi\u00e8re mention de ce mot dans nos archives est du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/un-avertissement-dil-y-a-un-quart-de-siecle\">22 avril 2004<\/a>). La derni\u00e8re fois que nous avons cit\u00e9 ce mot remonte au <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/bilan-de-lanthropocene-la-destruction-du-monde\">1er octobre 2014<\/a> (&laquo; <em>Bilan de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne : la destruction du monde<\/em> &raquo;), soit depuis un temps assez long qui fut encombr\u00e9 de la fureur et du d\u00e9sordre de l&rsquo;actualit\u00e9 crisique ; <strong>tout cela justifiant parfaitement, apr\u00e8s tout, que nous y revenions<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;on sait, mais peut-\u00eatre, certainement m\u00eame n&rsquo;est-il pas inutile que nous y revenions, que nous tenons le concept d&rsquo;anthropoc\u00e8ne avec l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qu&rsquo;il recouvre, dans l&rsquo;interpr\u00e9tation m\u00e9tahistorique que nous en faisons, <strong>comme un des trois composants essentiels de cet \u00e9v\u00e9nement fondamental pour notre rangement m\u00e9tahistorique que nous avons baptis\u00e9 \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-dechainement-de-la-matiere\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00ab\u00a0<\/strong>. Cet \u00e9v\u00e9nement m\u00e9tahistorique fondamental pour nous, situ\u00e9 fin du XVIII\u00e8me-d\u00e9but du XIX\u00e8me, combine trois \u00e9v\u00e9nements historiques qui forment ses trois composants essentiels : la R\u00e9volution am\u00e9ricaniste d\u00e9butant en 1776, la R\u00e9volution Fran\u00e7aise de 1789 et la r\u00e9volution du choix du moteur \u00e0 vapeur, ou <em>choix du feu<\/em> (titre du livre d&rsquo;Alain Gras, paru en 2007).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Selon le classement scientifique g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9, le d\u00e9but de l&rsquo;\u00e8re g\u00e9ologique de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne est fix\u00e9 symboliquement, &ndash; mais aussi op\u00e9rationnellement selon nous, &ndash; \u00e0 1784, qui est l&rsquo;ann\u00e9e o&ugrave; fut \u00ab\u00a0invent\u00e9\u00a0\u00bb en Angleterre le moteur \u00e0 vapeur [\u00e0 explosion] qui donne le moyen initial colossal de a voie du d\u00e9veloppement exponentiel de technologies nouvelles et de la toute-puissance industrielle dans le sens de la destruction \u00e0 finalit\u00e9 entropique de l&rsquo;environnement, et de l&rsquo;univers en g\u00e9n\u00e9ral. Dans notre classement de la logique du \u00ab\u00a0d\u00e9chainement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, nous fixons le temps de l&rsquo;incubation de cette troisi\u00e8me \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb \u00e0 1784-1825, la date d&rsquo;ach\u00e8vement \u00e9tant symboliquement fix\u00e9e \u00e0 la d\u00e9nonciation \u00e9pouvant\u00e9e par Stendhal de la nouvelle d\u00e9finition [des Lumi\u00e8res ? Du lib\u00e9ralisme ?] qui vient d&rsquo;\u00eatre donn\u00e9e par un nomm\u00e9 Rouhier :<strong> &laquo; <em>Les Lumi\u00e8res, c&rsquo;est l&rsquo;industrie !<\/em> &raquo;. Ce mot est effectivement un symbole, comme une bague qu&rsquo;on passe au doigt, consacrant les fian\u00e7ailles avant les noces prochaines du lib\u00e9ralisme politique et du capitalisme<\/strong>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela explique combien nous jugeons d&rsquo;une importance capitale qu&rsquo;un des candidats \u00e0 la pr\u00e9sidentielles France-2017 ait tenu et tiennent l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement-anthropoc\u00e8ne comme un des sujets fondamentaux de notre temps de Crise G\u00e9n\u00e9rale. Certes, nous le d\u00e9couvrons alors que cette d\u00e9marche est d\u00e9j\u00e0 vieille chez M\u00e9lenchon, dans son extr\u00eame naissance de trois ans et de trois mois dans sa plus r\u00e9cente explicitation pr\u00e9cise, mais cela n&rsquo;a gu\u00e8re d&rsquo;importance. Il s&rsquo;agit d&rsquo;explorer la valeur des candidats en lice, et plut\u00f4t, dans ce cas, de d\u00e9couvrir qu&rsquo;un des candidats fait reposer <strong>l&rsquo;un de ses choix politiques, &ndash; l&rsquo;importance de l&rsquo;\u00e9cologie, &ndash; sur un concept et une perception m\u00e9tahistorique d&rsquo;une telle importance et d&rsquo;une telle hauteur<\/strong>. Cela signifie, dans ce cas, que la pr\u00e9occupation \u00e9cologique n&rsquo;est pas conjecturelle, un sacrifice \u00e0 la mode courante ou un int\u00e9r\u00eat marginal, mais bien qu&rsquo;il y a une conscience aigu\u00eb de ce qui fait le fondement op\u00e9rationnel essentiel, &ndash; avec l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit et la vision m\u00e9tahistorique que cela suppose dans le chef de cette \u00e9volution, &ndash;  <strong>de la transformation de notre civilisation en contre-civilisation, donc de notre Grande Crise G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous jugeons que cela valait amplement, m\u00eame si nous venons \u00e0 cela avec un certain retard, de nous y arr\u00eater d&rsquo;une mani\u00e8re substantielle, et notamment en donnant quelques pi\u00e8ces essentielles du dossier. Ces pi\u00e8ces seront faites du texte de M\u00e9lenchon du <a href=\"http:\/\/melenchon.fr\/2017\/01\/15\/anthropocene-le-mot-de-notre-siecle\/\">15 janvier 2017<\/a> (&laquo; <em>Anthropoc\u00e8ne : le mot de notre si\u00e8cle<\/em> &raquo;) et d&rsquo;un extrait de <em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/nos-offres-de-vente\">La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/a><\/em>, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-grace-de-lhistoire-tome-i-2\">Tome-I<\/a>, consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;anthropoc\u00e8ne dans son op\u00e9rationnalisation comme un des trois composants du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb. (Dans cet extrait, l&rsquo;expression <em>Le choix du feu<\/em> figurant en italiques \u00e0 plusieurs reprises renvoie au titre du livre d&rsquo;Alain Gras.) M\u00eame si cela n&rsquo;est pas proclam\u00e9 dans les commentaires et les discours des uns et des autres, ce ph\u00e9nom\u00e8ne essentiel est aussi au c&oelig;ur de cette campagne France-2017 puisque M\u00e9lenchon s&rsquo;y trouve.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>______________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le mot et ce qu&rsquo;il d\u00e9signe<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Martine Billard, responsable du livret \u00e9cologie du programme <em>L&rsquo;Avenir en commun<\/em> m&rsquo;avait recommand\u00e9, il y a d\u00e9j\u00e0 quelque temps, de lire le livre d&rsquo;Elisabeth Kolbert, <em>La Sixi\u00e8me Extinction<\/em>. Je l&rsquo;ai fait pendant ma <a href=\"http:\/\/melenchon.fr\/2016\/12\/25\/carte-postale-pensive\/\">semaine aux Antilles<\/a>. Ce tableau de l&rsquo;\u00e9volution d\u00e9sastreuse de la biodiversit\u00e9 m&rsquo;a replong\u00e9 dans la pr\u00e9paration de la prochaine \u00e9dition en poche de <em>L&rsquo;&Egrave;re du peuple<\/em>. Je la remanie assez profond\u00e9ment comme je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 fait avant la pr\u00e9c\u00e9dente version poche. Cette fois-ci, je rajoute des &laquo; bonus &raquo;, sorte de chapitres additifs. J&rsquo;y d\u00e9cris ce qu&rsquo;est cet &laquo; anthropoc\u00e8ne &raquo; dont j&rsquo;ai l\u00e2ch\u00e9 le nom dans <a href=\"http:\/\/melenchon.fr\/2017\/01\/11\/reunion-publique-mans\/\">mon discours au Mans<\/a>, au fil de la parole. Je l&rsquo;avais utilis\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re version du livre <em>L&rsquo;&Egrave;re du peuple<\/em> en 2014. J&rsquo;avais re\u00e7u en retour un commentaire m\u00e9diatique qui se voulait mordant : &laquo; <em>au moins a-t-on appris un mot nouveau<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Oui, et c&rsquo;est le mot de ce si\u00e8cle. Il d\u00e9signe dor\u00e9navant notre \u00e9poque. Celle de notre plan\u00e8te remodel\u00e9e par les \u00eatres humains. Naturellement, je n&rsquo;avais rien invent\u00e9. Le mot a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 et utilis\u00e9 pour la premi\u00e8re fois dix ans auparavant, en 1995, par un scientifique prix Nobel de chimie. Il \u00e9tait d&rsquo;usage d\u00e9j\u00e0 assez r\u00e9pandu dans la presse de vulgarisation scientifique pour \u00eatre parvenu jusqu&rsquo;\u00e0 moi. C&rsquo;\u00e9tait donc juste un emprunt dont je dois dire que je ne me souvenais plus de l&rsquo;origine. Il s&rsquo;agit dor\u00e9navant d&rsquo;un terme tout \u00e0 fait officiel depuis le dernier trimestre 2016. Il a \u00e9t\u00e9 valid\u00e9 par la communaut\u00e9 scientifique r\u00e9unie dans le congr\u00e8s de g\u00e9ologie internationale apr\u00e8s quelques ann\u00e9es d&rsquo;examen. Il a donn\u00e9 lieu \u00e0 quelques controverses instructives, qui ne sont pas \u00e9puis\u00e9es depuis, je crois bien. Mon seul m\u00e9rite aura \u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00eatre le premier homme politique en France \u00e0 utiliser ce mot et \u00e0 en tirer des conclusions politiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Anthropoc\u00e8ne ? Il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e2ge g\u00e9ologique sp\u00e9cifique de la vie de la plan\u00e8te succ\u00e9dant \u00e0 bien d&rsquo;autres. Il nous reste tous quelques lointains souvenirs scolaires de cette nomenclature. Le mioc\u00e8ne, le pl\u00e9istoc\u00e8ne, et les grandes p\u00e9riodes telles que le tertiaire ou le quaternaire et ainsi de suite ne sont pas tout \u00e0 fait des inconnus pour chacun d&rsquo;entre nous. Les transitions entre ces p\u00e9riodes g\u00e9ologiques sont marqu\u00e9es par des changements nets que l&rsquo;on doit pouvoir observer dans la stratigraphie de la Terre. Concr\u00e8tement, cela signifie que les changements d&rsquo;\u00e9poque doivent pouvoir se constater en \u00e9tudiant les d\u00e9p\u00f4ts de s\u00e9diments. Ceux-ci se font en strates comme on l&rsquo;observe un peu partout o&ugrave; les couches profondes du sol affleurent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est de cette fa\u00e7on que l&rsquo;on a constat\u00e9 et v\u00e9rifi\u00e9 l&rsquo;impact d&rsquo;une m\u00e9t\u00e9orite dans le golfe du Yucatan. Elle aurait provoqu\u00e9, \u00e0 la fin de la p\u00e9riode nomm\u00e9e &laquo; cr\u00e9tac\u00e9 &raquo;, une extinction massive et m\u00eame quasi-totale des esp\u00e8ces vivantes dont les malheureux dinosaures. Une tr\u00e8s mince couche sur toute l&rsquo;\u00e9tendue du globe contient les s\u00e9diments incontest\u00e9s de cette m\u00e9t\u00e9orite. Elle atteste aussi la trace dramatique des \u00e9v\u00e8nements, que la nuit et le froid qui en ont r\u00e9sult\u00e9s, ont ensuite provoqu\u00e9 dans toute la biosph\u00e8re. &Agrave; partir de l\u00e0, toutes sortes de fossiles ordinaires disparaissent purement et simplement dans les couches g\u00e9ologiques suivantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame, l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne est l&rsquo;\u00e2ge o&ugrave; les activit\u00e9s de l&rsquo;\u00eatre humain modifient la composition physique de la plan\u00e8te. Oui, cette ch\u00e9tive cr\u00e9ature, ce singe nu, est devenu la premi\u00e8re force physique active de la nature. Charriant plus de gravats que tous les fleuves et vents du monde, changeant la composition physique de l&rsquo;air davantage que n&rsquo;importe quelle \u00e9ruption volcanique, elle enclenche des r\u00e9actions en cha&icirc;ne qui se conjuguent l&rsquo;une avec l&rsquo;autre. Ainsi pour la composition de l&rsquo;atmosph\u00e8re et son contenu en gaz carbonique, comme pour la masse et la composition des mers et des oc\u00e9ans. De l\u00e0 r\u00e9sultent toutes sortes d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements climatiques qui impliquent tout ce qui vit, v\u00e9g\u00e9taux comme animaux. Ce qui a d&rsquo;innombrables cons\u00e9quences comme cette sixi\u00e8me extinction massive des esp\u00e8ces vivantes qui est en cours. Au demeurant l&rsquo;anthropoc\u00e8ne se manifeste aussi par des traces physiques humaines tr\u00e8s sp\u00e9cifiques et tout \u00e0 fait irr\u00e9versibles. Pensons ici \u00e0 certains mat\u00e9riaux apparaissant d\u00e9sormais partout dans la nature et qui ne s&rsquo;y trouvaient pas auparavant. Par exemple le plastique. Ou bien les mati\u00e8res qui sont en action dans l&rsquo;industrie nucl\u00e9aire en g\u00e9n\u00e9ral, essais militaires inclus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le terme anthropoc\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 &laquo; invent\u00e9 &raquo; par Paul Crutzen. C&rsquo;est un chimiste hollandais d\u00e9j\u00e0 prix Nobel de chimie pour avoir expliqu\u00e9 l&rsquo;effet destructeur de certains agents chimiques sur la couche d&rsquo;ozone. Cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la couche d&rsquo;ozone et aux mesures prises avec succ\u00e8s pour emp\u00eacher sa destruction me permet d&rsquo;enchainer sur une id\u00e9e essentielle \u00e0 mes yeux qui est la raison d&rsquo;\u00eatre de ce court chapitre additif. Il s&rsquo;agit de la n\u00e9cessit\u00e9 de politiser le terme et la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne. Car sinon la tentation serait trop forte de ne voir que l&rsquo;effet syst\u00e9mique purement physique de cette transition g\u00e9ologique. En gros, on ne verrait alors que le r\u00e9sultat aveugl\u00e9 d&rsquo;actions sans caract\u00e9ristiques particuli\u00e8res. Ainsi quand on fait remonter le ph\u00e9nom\u00e8ne au d\u00e9but de l&rsquo;agriculture en g\u00e9n\u00e9ral. On peut y voir en effet le premier impact humain sur la biologie de la plan\u00e8te. On peut aussi remonter \u00e0 la premi\u00e8re utilisation syst\u00e9matique de combustibles carbon\u00e9s pour dater le d\u00e9but du changement de la composition physique de l&rsquo;atmosph\u00e8re. On dit juste alors, sans aucun doute. Mais cela ne permet pas de comprendre l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration ph\u00e9nom\u00e9nale du processus depuis moins d&rsquo;un si\u00e8cle et m\u00eame depuis moins d&rsquo;un demi-si\u00e8cle pour certains aspects comme la destruction de la biodiversit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Car c&rsquo;est une chose que les Romains antiques n&rsquo;aient pas eu conscience des cons\u00e9quences de ce qu&rsquo;ils d\u00e9clenchaient en syst\u00e9matisant la consommation de certains combustibles dont la trace se retrouve dans les carottes glaciaires ; c&rsquo;est une chose aussi que les conquistadors n&rsquo;aient pas eu conscience des cons\u00e9quences dans l&rsquo;atmosph\u00e8re du g\u00e9nocide dont ils furent responsables ; mais cet aveuglement ne saurait s&rsquo;appliquer \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque actuelle. L&rsquo;exemple de la lutte contre le trou dans la couche d&rsquo;ozone en atteste. Le ph\u00e9nom\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 compris gr\u00e2ce aux travaux de Crutzen et cela permis d&rsquo;intervenir \u00e0 temps pour en inverser le processus en interdisant l&rsquo;usage par l&rsquo;industrie des a\u00e9rosols des gaz incrimin\u00e9s. Cela suffit \u00e0 montrer comment l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, \u00e2ge de l&rsquo;impact de la civilisation humaine sur la nature de la plan\u00e8te est inscrit dans le domaine de la politique et de ses d\u00e9cisions.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">L&rsquo;\u00e8re du peuple dans l&rsquo;anthropoc\u00e8ne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Dans cette fa\u00e7on de voir, on constate alors le lien qui unit &laquo; l&rsquo;\u00e8re du peuple &raquo; \u00e0 l&rsquo;anthropoc\u00e8ne. Car l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration des ph\u00e9nom\u00e8nes caract\u00e9ristiques de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, jusqu&rsquo;au point dramatique o&ugrave; ils se situent dor\u00e9navant, est tr\u00e8s \u00e9troitement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l&rsquo;explosion d\u00e9mographique de la communaut\u00e9 humaine. C&rsquo;est aussi cette explosion qui fait na&icirc;tre &laquo; l&rsquo;homo urbanus &raquo; en r\u00e9seau, caract\u00e9ristique politiquement de ce que j&rsquo;ai appel\u00e9 &laquo; l&rsquo;\u00e8re du peuple &raquo;. C&rsquo;est dans la p\u00e9riode, apr\u00e8s les ann\u00e9es 50 du vingti\u00e8me si\u00e8cle, que se situe cette explosion. Elle suit le doublement de la population humaine de un \u00e0 deux milliards d&rsquo;individus. &Agrave; partir de l\u00e0 encore, le cycle d&rsquo;augmentation de la population mondiale devient de plus en plus bref. De ce moment vient la mont\u00e9e en fl\u00e8che de tous les processus caract\u00e9ristiques de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne modifiant radicalement les param\u00e8tres physique de la plan\u00e8te. Et cela jusqu&rsquo;au point o&ugrave; ils deviennent irr\u00e9versiblement destructeurs pour l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me compatible avec la vie humaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais cette explosion du nombre se r\u00e9alise dans des rapports sociaux de production, d&rsquo;\u00e9change et de consommation bien sp\u00e9cifiques eux aussi dans l&rsquo;histoire de la civilisation humaine (quand on consid\u00e8re celle-ci comme un tout). Il s&rsquo;agit de la p\u00e9riode du mode de production bas\u00e9e sur la production sociale de masse et l&rsquo;accumulation priv\u00e9e comme moteur sp\u00e9cifique de cette \u00e9poque. Si bien que s&rsquo;ajoute aux contradictions catastrophiques particuli\u00e8res de ce type de rapport sociaux de production une contradiction nouvelle majeure qui les englobe toutes. Il s&rsquo;agit de la contradiction politique centrale de notre temps. Celle qui se constate entre le caract\u00e8re infini des d\u00e9sirs et des besoins sugg\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;offre, qui est le moteur du capitalisme de notre \u00e9poque, et le caract\u00e8re limit\u00e9 des ressources qui permettraient d&rsquo;y r\u00e9pondre. Cette contradiction est indiscutablement politique puisqu&rsquo;elle correspond tr\u00e8s directement \u00e0 des choix \u00e9conomiques faits d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment et en toute connaissance des effets induits. Cela ne signifie pas qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas d&rsquo;effet syst\u00e9mique. Dit autrement, cela ne signifie pas que les acteurs dominants d\u00e9cident d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de la destruction de notre \u00e9cosyst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien s&ucirc;r que m\u00eame les plus born\u00e9s et les plus stupides ne le souhaitent pas, m\u00eame quand ils sont obstin\u00e9ment &laquo; climatosceptiques &raquo; comme on le dit de ceux qui doutent de la cause humaine du d\u00e9r\u00e8glement climatique actuel. Mais l&rsquo;origine politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des d\u00e9cisions qui aboutissent \u00e0 cet effet de syst\u00e8me sont non moins incontestables. L&rsquo;opposition entre des besoins et des d\u00e9sirs infinis, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment auto-entretenus par le mod\u00e8le culturel dominant, confront\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des moyens physique limit\u00e9s d&rsquo;y pourvoir en est la cons\u00e9quence directe. Elle est radicalement politique. Le mythe de la croissance infinie comme solution revendiqu\u00e9e en permanence par le discours n\u00e9olib\u00e9ral comme social-d\u00e9mocrate atteste de la faillite intellectuelle et pratique de cette fa\u00e7on d&rsquo;envisager la suite de l&rsquo;histoire de la civilisation humaine. Ce qui me semble d\u00e9cisif alors ce ne sont pas seulement les causes de cette situation mais le fait qu&rsquo;elles \u00e9chappent \u00e0 tout contr\u00f4le collectif capable de les ma&icirc;triser.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est pourquoi le caract\u00e8re de la r\u00e9volution \u00e0 op\u00e9rer est avant toute chose politique au sens litt\u00e9ral. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle concerne la capacit\u00e9 existante ou non \u00e0 d\u00e9cider et d&rsquo;appliquer ce qui est bon pour tous, au sens de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral humain. Cela et non pas seulement ce qui est bon et efficace du point de vue d&rsquo;une finalit\u00e9 plus \u00e9troite comme celle d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat particulier, si l\u00e9gitime soit-il dans son domaine. C&rsquo;est une des raisons pour lesquelles je dis de la r\u00e9volution politique appel\u00e9e par <em>L&rsquo;&Egrave;re du peuple<\/em> qu&rsquo;elle est &laquo; citoyenne &raquo;. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle consiste dans la r\u00e9cup\u00e9ration des moyens politiques de d\u00e9cisions davantage que n&rsquo;importe quel aspect li\u00e9 \u00e0 cet objectif, comme le caract\u00e8re de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production. En cela, cette th\u00e8se n&rsquo;annule pas les raisonnements politiques du pass\u00e9 mais elle les inclue dans une dimension qui les englobe et en reformule le mode d&#8217;emploi.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Jean-Luc M\u00e9lenchon<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Extrait de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, Tome-I, \u00ab\u00a0<em>De I\u00e9na \u00e0 Verdun<\/em>\u00ab\u00a0<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>A ce point du r\u00e9cit, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;introduire dans la r\u00e9flexion, pour l&rsquo;enrichir et l&rsquo;\u00e9lever, une hypoth\u00e8se qu&rsquo;on doit consid\u00e9rer comme d&rsquo;une importance fondamentale. Il faut d&rsquo;abord apporter une appr\u00e9ciation et une pr\u00e9cision \u00e0 propos de cet \u00e9v\u00e9nement aux multiples facettes qu&rsquo;est la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me R\u00e9volution\u00a0\u00bb, l&rsquo;anglaise, la plus discr\u00e8te au point o&ugrave; on la prendrait, comme Chaunu, comme un don de l&rsquo;esprit conservateur et structurant. Ce <em>choix du feu<\/em> de l&rsquo;Angleterre, qui se fait au fond, comme on dirait, sans r\u00e9elle intention de nuire, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans mesurer la diabolique perversit\u00e9 du choix, doit \u00eatre plac\u00e9 dans le cadre bouleversant et universel qui est le sien. Ce choix ouvre l&rsquo;\u00e8re g\u00e9ologique nouvelle de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, propos\u00e9e dans les ann\u00e9es 1990 comme \u00e9tape nouvelle de l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9ologique, notamment par le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen et le professeur de biologie Eugene F. Stoermer en association. Cette proposition de classement g\u00e9ologique est m\u00e9thodologiquement r\u00e9volutionnaire dans la mesure o&ugrave; elle se d\u00e9tache d&rsquo;une proposition g\u00e9ologique normale o&ugrave; la r\u00e9f\u00e9rence est l&rsquo;\u00e9volution naturelle, pour prendre comme r\u00e9f\u00e9rence quasiment exclusive l&rsquo;activit\u00e9 humaine ; c&rsquo;est en effet cette activit\u00e9 qui, par l&rsquo;utilisation par combustion \u00e0 partir du <em>choix du feu<\/em> de diff\u00e9rentes mati\u00e8res organiques fossiles, par ses effets sur l&rsquo;environnement, sur l&rsquo;\u00e9quilibre naturel, sur la composition et les variations de l&rsquo;atmosph\u00e8re et du climat, provoque des changements suffisants pour qu&rsquo;on propose de marquer qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique. (Bien entendu, il faut ajouter les innombrables d\u00e9vastations d&rsquo;un tel syst\u00e8me sur l&rsquo;\u00e9quilibre, les structures et l&rsquo;environnement de l&rsquo;univers et dans l&rsquo;univers. La crise du r\u00e9chauffement climatique n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect de la crise climatique, elle-m\u00eame qui n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect de la crise de d\u00e9vastation du monde par la dynamique du syst\u00e8me de d\u00e9veloppement mis en place au d\u00e9but du XIX\u00e8me si\u00e8cle.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Certains scientifiques contestent cette classification selon le constat qu&rsquo;ils font que les effets de l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;homme sur l&rsquo;environnement sont beaucoup plus anciens. L&rsquo;appr\u00e9ciation est honorable et argument\u00e9e, quoique d&rsquo;une fa\u00e7on bien pointilleuse et sur le d\u00e9tail ; on songe parfois que la science gagnerait \u00e0 se justifier de ses orientations fondamentales plut\u00f4t que de s&rsquo;\u00e9brouer d\u00e9licieusement dans les d\u00e9tails des d\u00e9tails pour entretenir l&rsquo;illusion de sa rigueur ; quoi qu&rsquo;il en soit, la r\u00e9serve ne nous concerne pas. Nous tenons, nous, la proposition d&rsquo;une nouvelle \u00e8re \u00ab\u00a0anthropoc\u00e8ne\u00a0\u00bb comme singuli\u00e8rement attractive, singuli\u00e8rement justifi\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment pour notre propos, pour la vision m\u00e9tahistorique qui nous importe, et pour le symbole qu&rsquo;elle propose pas moins. Elle impose sa vision transcendantale, par ses rapports avec <em>le choix du feu<\/em> (\u00e9vidents par ailleurs pour Crutzen-Stoermer pour le ph\u00e9nom\u00e8ne environnemental). Dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral de notre hypoth\u00e8se m\u00e9tahistorique, le caract\u00e8re puissant, \u00e9vident, et justement appr\u00e9ci\u00e9 de ph\u00e9nom\u00e8nes fondamentaux du monde au moment historique o&ugrave; l&rsquo;action humaine pr\u00e9tend usurper le cours de la nature est en soi une justification de la vision de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne. Pour faire bref et irr\u00e9futable, la rencontre entre les deux R\u00e9volutions et les d\u00e9buts de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne force le jugement par la puissance de l&rsquo;\u00e9vidence et emporte la conviction. (Je vois un signe inattendu et presque foudroyant, comme un \u00e9clair puissant qui illumine l&rsquo;obscurit\u00e9, dans ceci que le qualificatif correspondant \u00e0 anthropoc\u00e8ne soit \u00ab\u00a0anthropique\u00a0\u00bb, qui est une homonymie d'\u00a0\u00bbentropique\u00a0\u00bb, dont on conna&icirc;t le sens ; ce qualificatif caract\u00e9risant, presque comme une accusation sans appel, et de la fa\u00e7on qui importe, qui va au c&oelig;ur du propos, une \u00ab\u00a0\u00e8re g\u00e9ologique\u00a0\u00bb qui voit l&rsquo;intrusion de l&rsquo;imposture et de l&rsquo;infamie humaines dans la marche du monde, pour imposer effectivement son dessein anthropique et entropique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Car c&rsquo;est une occurrence extraordinaire qu&rsquo;outre le rapport \u00e9vident entre les d\u00e9buts de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne et la R\u00e9volution anglaise (<em>Le choix du feu<\/em>), il y en ait un \u00e9galement, certainement tout aussi puissant, que dis-je peut-\u00eatre plus puissant, entre cette \u00e8re de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne et la R\u00e9volution fran\u00e7aise, comme matrices correspondantes et compl\u00e9mentaires du m\u00eame courant d\u00e9structurant. Cet arrangement de circonstances au rapport de causalit\u00e9 dissimul\u00e9 mais d&rsquo;une puissance irr\u00e9sistible donne \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise une allure que m\u00eame un Saint-Just n&rsquo;avait pas anticip\u00e9e, \u00e0 moins qu&rsquo;il ne faille entendre diff\u00e9remment, et alors c&rsquo;est mot pour mot, l&rsquo;une de ses citations fameuses : &laquo; <em>Ce qui constitue une R\u00e9publique, c&rsquo;est la destruction totale de ce qui lui est oppos\u00e9<\/em>. &raquo; Nous anticipons \u00e0 peine, et l&rsquo;on retrouvera des points de l&rsquo;argument d\u00e9velopp\u00e9s ci-apr\u00e8s, bien plus complets, \u00e0 d&rsquo;autres occasions dans le r\u00e9cit. Nous n&rsquo;offrons ici que l&rsquo;essentiel mais nous jugeons que la substance et le poids de la chose y sont.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On a signal\u00e9 plus haut combien nous para&icirc;t essentielle l&rsquo;interpr\u00e9tation des guerres r\u00e9volutionnaires que nous sugg\u00e8re Guglielmo Ferrero (\u00ab\u00a0combien les campagnes de Bonaparte en Italie, \u00e0 partir de 1796, sont &lsquo;r\u00e9volutionnaires&rsquo; pour les structures de la guerre elles-m\u00eames, encore plus par la forme et l&rsquo;inspiration m\u00e9canique que par les motifs politiques et les mots d&rsquo;ordre id\u00e9ologiques\u00a0\u00bb) ; nous la compl\u00e9terons plus loin, notamment en accentuant le caract\u00e8re de l&rsquo;armement de la modernit\u00e9, d\u00e9structurant et r\u00e9volutionnaire par les destructions qu&rsquo;il op\u00e8re dans les structures de d\u00e9fense contre l&rsquo;agression de la modernit\u00e9. Par ce biais, le lien, d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli en th\u00e9orie, de la R\u00e9volution fran\u00e7aise avec le d\u00e9but de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, autant qu&rsquo;avec la deuxi\u00e8me r\u00e9volution (l&rsquo;anglaise), toutes deux li\u00e9es encore plus dans ce cas, est confirm\u00e9 aussi vite dans la r\u00e9alit\u00e9 historique. A la r\u00e9flexion, d&rsquo;ailleurs rapide, le lien se noue avec un naturel confondant, qui accentue le bouleversement de notre vision de l&rsquo;histoire. A partir de cette \u00e9poque commence le d\u00e9veloppement des infrastructures et des m\u00e9canismes, tous grands d\u00e9voreurs de combustibles dont l&#8217;emploi d\u00e9termine l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, qui vont poursuivre, accentuer et achever le bouleversement de la guerre dans sa posture d\u00e9structurante qui nous importe compl\u00e8tement dans ce cas, notamment en introduisant des m\u00e9thodes et des armements brisants, eux aussi sp\u00e9cifiquement d\u00e9structurants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;introduction progressive, dans un rythme d&rsquo;une constante acc\u00e9l\u00e9ration, des armements d\u00e9structurants et des <strong>infra<\/strong>-structures qui les soutiennent et multiplient leurs effets, &ndash; ce qu&rsquo;on nommera plus tard \u00ab\u00a0la base technologique\u00a0\u00bb, qui est le <em>corpus<\/em> industriel et technologique g\u00e9n\u00e9ral que l&rsquo;\u00e9conomie met en place dans notre civilisation, &ndash; va acc\u00e9l\u00e9rer d\u00e9cisivement la transformation de la guerre entreprise par la guerre r\u00e9volutionnaire selon la d\u00e9finition de Ferrero, et au-del\u00e0 d&rsquo;elle. (Plus loin, nous nous arr\u00eatons \u00e0 d\u00e9finir ce ph\u00e9nom\u00e8ne en prolongeant l&rsquo;appr\u00e9ciation de Ferrero, selon l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb est d&rsquo;abord et pour l&rsquo;essentiel une \u00ab\u00a0guerre d\u00e9structurante\u00a0\u00bb, o&ugrave; l&rsquo;action m\u00e9canique, physique, brutale, assure cette fonction \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0d\u00e9structurante\u00a0\u00bb.) Voici un autre point fondamental, une circonstance qui bouleverse le monde : \u00e0 cause de l&rsquo;imbrication des progr\u00e8s divers, la force d&rsquo;une dynamique int\u00e9gratrice qui s<u>&lsquo;<\/u>inscrit dans le grand courant historique, la puissance de toutes ces choses, se d\u00e9veloppe une <strong>infra<\/strong>-structure industrielle et technologique qui n&rsquo;est rien de moins que le progr\u00e8s transform\u00e9 par <em>le choix du feu <\/em>; l&rsquo;armement va en devenir l&rsquo;\u00e9manation et la repr\u00e9sentation directes, et directement retranscrites en pulsions brisantes et destructrices, et d\u00e9structurantes bien plus encore. Le ph\u00e9nom\u00e8ne correspond bien entendu \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;anthropoc\u00e8ne et \u00e0 son d\u00e9veloppement, lui aussi en acc\u00e9l\u00e9ration constante, \u00e0 la mesure de l&rsquo;\u00e9volution des effets des activit\u00e9s humaines sur les structures de l&rsquo;univers, bien s&ucirc;r, \u00e9galement dans un sens d\u00e9structurant. Cette question des armements est primordiale, elle s&rsquo;impose peu \u00e0 peu comme le point central qui manipule m\u00e9caniquement notre progr\u00e8s, son orientation, les mythes et les th\u00e9ories qui prolif\u00e8rent, les angoisses et les paniques qui pervertissent nos psychologies ; l&rsquo;\u00e9volution exponentielle des armements \u00e0 partir du <em>choix du feu<\/em>, en puissance destructrice et brisante, d\u00e9veloppe la dynamique d\u00e9structurante qui les caract\u00e9rise d\u00e8s lors presque exclusivement, dans la fa\u00e7on qu&rsquo;ils organisent les massacres encore plus que dans les massacres eux-m\u00eames, dans la fa\u00e7on qu&rsquo;ils int\u00e8grent en leur sein tous les atours de la modernit\u00e9, la bureaucratie, le capitalisme d\u00e9cha&icirc;n\u00e9, encore bien plus que dans les arm\u00e9es elles-m\u00eames ; non seulement les armes tuent, &ndash; d\u00e9sormais, elles brisent et elles d\u00e9structurent le monde&hellip; Que seraient les massacres, les mythes que nous en avons faits, les politiques folles que nous nous sommes justifi\u00e9es de d\u00e9velopper \u00e0 leurs ombres sanglantes, les strat\u00e9gies moralisatrices et hypocritement moralisantes dont nous avons charg\u00e9 nos jugements, que seraient-ils sans les armements devenus d\u00e9structurants avec <em>le choix du feu<\/em> ? Que serait Verdun, que serait Hiroshima sans les armements, ces batailles et ces massacres qui sont devenus des mythes ? Que seraient ces mythes qui ont boulevers\u00e9 nos c&oelig;urs si sensibles et mis sens dessus dessous le sens politique du monde sans les armements devenus force hurlante de d\u00e9structuration ? Que seraient les armements sans la logique d\u00e9structurante mise en marche pour saluer l&rsquo;ouverture de l&rsquo;\u00e8re anthropoc\u00e8ne, et pour lui donner son caract\u00e8re <strong>historique<\/strong> fondamental ? Tout cela s&rsquo;encha&icirc;ne et se m\u00e9lange, pour former une synth\u00e8se fondamentale d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements et de domaines d&rsquo;habitude s\u00e9par\u00e9s et r\u00e9serv\u00e9s. La connivence et l&rsquo;occurrence sont telles que je me demanderai d\u00e9sormais avec une certaine fascination pour la perfection de l&rsquo;&oelig;uvre ainsi accomplie, m\u00eame dans le mal, si l&rsquo;\u00e8re anthropoc\u00e8ne n&rsquo;est pas la premi\u00e8re \u00e8re g\u00e9ologique qui se d\u00e9finit dans sa substance m\u00eame par l&rsquo;histoire essentiellement. L&rsquo;illusion de la ma&icirc;trise humaine du monde est achev\u00e9e, avec cette hypoth\u00e8se d&rsquo;une \u00e8re g\u00e9ologique directement \u00ab\u00a0usin\u00e9e\u00a0\u00bb par l&rsquo;action humaine, &ndash; ainsi la g\u00e9ologie enfant\u00e9e par l&rsquo;histoire, comme une suggestion de l&rsquo;ach\u00e8vement de la ma&icirc;trise de l&rsquo;univers par l&rsquo;homme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;inverse, cet \u00e9v\u00e9nement et ce qu&rsquo;il recouvre sugg\u00e8rent un autre \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;une importance bouleversante. Dans l&rsquo;\u00e9lan de cette terrible dynamique d\u00e9structurante, cr\u00e9atrice de mythes et de politiques d&rsquo;une puissance extraordinaire en leur fournissant des socles d&rsquo;une force irr\u00e9sistible pour les psychologies, on d\u00e9couvre des rapports nouveaux, d&rsquo;une puissance \u00e9quivalente, entre la mati\u00e8re des armements et des technologies et l&rsquo;\u00e9volution intellectuelle et spirituelle de la m\u00eame \u00e9poque. A l&rsquo;aube de l&rsquo;\u00e8re anthropoc\u00e8ne qui en est sa repr\u00e9sentation g\u00e9ologique, la modernit\u00e9, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit bien d&rsquo;elle, met en place en lui servant d&rsquo;alibi vertueux sous le nom de progr\u00e8s, car elle ne peut rien imaginer d&rsquo;elle-m\u00eame qui ne soit sa propre vertu, une dynamique qui emprisonne l&rsquo;\u00e2me humaine au <em>choix du feu<\/em>, au d\u00e9veloppement de l&rsquo;armement et \u00e0 la technologie qui l&rsquo;alimente, aux conflits monstrueux cr\u00e9ateurs de mythes d\u00e9structurants, \u00e0 la soumission de la spiritualit\u00e9 \u00e0 la ferraille hurlante de la mati\u00e8re d\u00e9structur\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A cette lumi\u00e8re, l&rsquo;histoire prend un tour in\u00e9dit. Il nous semble difficile, en fait impossible on s&rsquo;en doute, de trouver dans l&rsquo;histoire des tournants, des fractures, des ruptures absolues, c&rsquo;est-\u00e0-dire une rupture qui <strong>rompe<\/strong> r\u00e9ellement l&rsquo;histoire, qui puisse se comparer \u00e0 ce que nous d\u00e9crivons. Cela ne signifie pas qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas de liens avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de, des racines n\u00e9es et nourries dans le pass\u00e9, mais cela signifie que, soudain, l&rsquo;on rompt tout cela, d&rsquo;un coup sec, d&rsquo;un moulinet de hache, &ndash; et Saint-Just absolument satisfait&#8230; Cette hypoth\u00e8se peut-elle \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e, qu&rsquo;il y a ainsi, dans l&rsquo;histoire, telle que nous la d\u00e9crivons ici, une rupture si nette et si compl\u00e8te, que la substance m\u00eame du monde en a accouch\u00e9 une nouvelle \u00e8re ? Le XIX\u00e8me si\u00e8cle commence, et s&rsquo;ouvre l&rsquo;\u00e8re de la crise du feu hurlant sur le monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>PhG, <em>La Gr\u00e2ce<\/em>, Tome-I, Deuxi\u00e8me Partie, p.56-62<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le \u00ab\u00a0mot nouveau\u00a0\u00bb de M\u00e9lenchon En ces temps tr\u00e8s press\u00e9s et pressants de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle France-2017 o&ugrave; il n&rsquo;y a gu\u00e8re de temps pour une r\u00e9flexion approfondie, s&rsquo;impose de se trouver quelques espaces de temps pour envisager malgr\u00e9 tout, de-ci de-l\u00e0, une r\u00e9flexion approfondie. 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