{"id":77229,"date":"2017-04-26T12:29:40","date_gmt":"2017-04-26T12:29:40","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/04\/26\/gustave-flaubert-et-notre-eschatologie-francaise\/"},"modified":"2017-04-26T12:29:40","modified_gmt":"2017-04-26T12:29:40","slug":"gustave-flaubert-et-notre-eschatologie-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/04\/26\/gustave-flaubert-et-notre-eschatologie-francaise\/","title":{"rendered":"Gustave Flaubert et notre eschatologie fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Gustave Flaubert et notre eschatologie fran\u00e7aise<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Lire la correspondance de Flaubert, c&rsquo;est comme visiter ce beau pays qu&rsquo;on ne connaissait que par les films ou les cartes postales. C&rsquo;est le d\u00e9couvrir lui par-del\u00e0 des personnages et des histoires. M\u00eame le style est mieux, qui \u00e9chappe aux aigres remarques de notre Roland Barthes. Un mot revient : assommant, un autre : ennui. Tout est vain, tout est mort, tout a \u00e9t\u00e9, comme dira Nietzsche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Commen\u00e7ons par la bonne femme. Il n&rsquo;y va pas avec le dos de cuiller Flaubert, d&rsquo;autant qu&rsquo;Istanbul est d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9 de tourisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La femme orientale est une machine, et rien de plus ; elle ne fait aucune diff\u00e9rence entre un homme et un autre homme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fumer, aller au bain, se peindre les paupi\u00e8res et boire du caf\u00e9, tel est le cercle d&rsquo;occupations o&ugrave; tourne son existence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quant \u00e0 la jouissance physique, elle-m\u00eame doit \u00eatre fort l\u00e9g\u00e8re puisqu&rsquo;on leur coupe de bonne heure ce fameux bouton, si\u00e8ge d&rsquo;icelle. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La suite avec Chesterton et son \u00e9vocation du f\u00e9minisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s il s&rsquo;\u00e9nerve avec notre paysan \u00e0 la fran\u00e7aise, et il annonce notre condition de zombies du pr\u00e9sent perp\u00e9tuel (Hegel, Koj\u00e8ve, Debord). C&rsquo;est que la race est partie, \u00e9vanouie, comme dira \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque Mallarm\u00e9, de vingt son cadet (\u00e0 Flaubert, pas au paysan), dans Igitur :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tout cela est assommant. Quelle basse crapule aussi que tous ces paysans ! Oh ! la race, comme j&rsquo;y crois ! <strong>Mais il n&rsquo;y a plus de race ! Le sang aristocratique est \u00e9puis\u00e9 ; ses derniers globules, sans doute, se sont coagul\u00e9s dans quelques \u00e2mes.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si rien ne change (et c&rsquo;est possible), avant un demi-si\u00e8cle peut-\u00eatre l&rsquo;Europe languira dans de grandes t\u00e9n\u00e8bres et ces sombres \u00e9poques de l&rsquo;histoire, o&ugrave; rien ne luit, reviendront. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lisait-il Gobineau ? Puis vient le petit r\u00eave comme toujours chez Flaubert. C&rsquo;est le syndrome saint-Julien :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Alors quelques-uns, les purs, ceux-l\u00e0, garderont entre eux, \u00e0 l&rsquo;abri du vent, et cach\u00e9e, l&rsquo;imp\u00e9rissable petite chandelle, le feu sacr\u00e9, o&ugrave; toutes les illuminations et explosions viennent prendre flamme. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On parlait de zombies. Avant de mourir, les purs devront saluer les tombeaux (avec les touristes) ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je ferai comme ceux qui, avant de partir pour un long voyage, vont dire adieu \u00e0 des tombeaux chers. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Alhambra, le Taj Mahal, on le sait, c&rsquo;est bourr\u00e9 et pollu\u00e9. Et aussi tout est remplac\u00e9, m\u00eame mon g\u00e9n\u00e9ralife.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et comme on parlait des paysans :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ils \u00e9coutaient sans r\u00e9pondre, comme le p\u00e8re Gouy, pr\u00eat \u00e0 accepter tout gouvernement, pourvu qu&rsquo;on diminu\u00e2t les imp\u00f4ts. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais je triche, c&rsquo;est dans Bouvard.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Avant Bloy et son \u00e2me d&#8217;empereur, Flaubert comprend Napol\u00e9on (ce g\u00e9nie incompris) et il envoie promener Lamartine, ce &laquo; couillon qui n&rsquo;a jamais piss\u00e9 que de l&rsquo;eau claire &raquo; :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;ai lu avant&minus;hier, dans mon lit, presque tout un volume de l&rsquo;<em>Histoire de la Restauration <\/em>de Lamartine (la bataille de Waterloo). Quel homme m\u00e9diocre que ce Lamartine ! Il n&rsquo;a pas compris la beaut\u00e9 de Napol\u00e9on d\u00e9cadent, cette rage de g\u00e9ant contre les myrmidons qui l&rsquo;\u00e9crasent. Rien d&rsquo;\u00e9mu, rien d&rsquo;\u00e9lev\u00e9, rien de pittoresque. M\u00eame Alexandre Dumas e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 sublime \u00e0 c\u00f4t\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Car Lamartine c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 du Hollande avec du style (attention que pour Joyce, Graziella est le meilleur r\u00e9cit en prose de notre langue) et des dettes. Thoreau dit qu&rsquo;on peut tr\u00e8s bien vivre sans savoir que la r\u00e9volution a eu lieu &ndash; ou le bombardement en Syrie. Flaubert est d&rsquo;accord, et cela donne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;ai eu aujourd&rsquo;hui un grand enseignement donn\u00e9 par ma cuisini\u00e8re. Cette fille, qui a vingt&minus;cinq ans et est Fran\u00e7aise, ne savait pas que Louis&minus;Philippe n&rsquo;\u00e9tait <em>plus roi de France<\/em>, qu&rsquo;il y avait eu une r\u00e9publique, etc. Tout cela ne l&rsquo;int\u00e9resse pas (textuel). Et je me regarde comme un homme intelligent ! Mais je ne suis qu&rsquo;un triple imb\u00e9cile. C&rsquo;est comme cette femme qu&rsquo;il faut \u00eatre. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Oui, il faut \u00eatre. Etre inform\u00e9 (ou infirm\u00e9) c&rsquo;est ne pas \u00eatre.<\/p>\n<p>Mais restons pol\u00e9mique avec cette humanit\u00e9 moderne abrutie qui l&rsquo;exasp\u00e8re \u00e0 chaque instant ; elle gesticule, elle bouffe, elle voyage, elle communique, elle r\u00e9agit. Et en plus elle s&rsquo;aime :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>C&rsquo;est une chose curieuse comme l&rsquo;humanit\u00e9, \u00e0 mesure qu&rsquo;elle se fait autol\u00e2tre, devient stupide.<\/strong> Les inepties qui excitent maintenant son enthousiasme compensent par leur quantit\u00e9 le peu d&rsquo;inepties, mais plus s\u00e9rieuses, devant lesquelles elle se prosternait jadis. &Ocirc; socialistes ! C&rsquo;est l\u00e0 votre ulc\u00e8re : l&rsquo;id\u00e9al vous manque et cette mati\u00e8re m\u00eame, que vous poursuivez, vous \u00e9chappe des mains comme une onde. L&rsquo;adoration de l&rsquo;humanit\u00e9 pour elle-m\u00eame et par elle-m\u00eame (ce qui conduit \u00e0 la doctrine de l&rsquo;utile dans l&rsquo;Art, aux th\u00e9ories de salut public et de raison d&rsquo;\u00e9tat, \u00e0 toutes les injustices et \u00e0 tous les r\u00e9tr\u00e9cissements, \u00e0 l&rsquo;immolation du droit, au nivellement du beau), ce culte du ventre, dis-je, engendre du vent (passez-moi le calembour), et il n&rsquo;y a sorte de sottises que ne fasse et qui ne charme cette \u00e9poque si sage. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s il fait une \u00e9num\u00e9ration tordante \u00e0 la Rabelais, ce bon docteur qu&rsquo;il adorait. Les slogans politiques se m\u00ealent dans l&rsquo;accumulation b\u00e9douine de nos adorations modernes, dans ce catalogue Wal-Mart de nos consommations chafouines :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Car la canaillerie n&#8217;emp\u00eache pas le cr\u00e9tinisme. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 assist\u00e9, pour ma part, au chol\u00e9ra qui d\u00e9vorait les gigots que l&rsquo;on envoyait dans les nuages sur des cerfs-volants, au serpent de mer, \u00e0 Gaspar Hauser, au chou colossal, orgueil de la Chine, aux escargots sympathiques, \u00e0 la sublime devise &laquo;libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9&raquo;, inscrite au fronton des h\u00f4pitaux, des prisons et des mairies, \u00e0 la peur des Rouges, au grand parti de l&rsquo;ordre ! Maintenant nous avons &laquo;le principe d&rsquo;autorit\u00e9 qu&rsquo;il faut r\u00e9tablir&raquo;. J&rsquo;oubliais les &laquo;travailleurs&raquo;, le savon Ponce, les rasoirs Foubert, la girafe, etc. Mettons dans le m\u00eame sac tous les litt\u00e9rateurs qui n&rsquo;ont rien \u00e9crit (et qui ont des r\u00e9putations solides, s\u00e9rieuses) et que le public admire d&rsquo;autant plus, c&rsquo;est-\u00e0-dire la moiti\u00e9 au moins de l&rsquo;\u00e9cole doctrinaire, \u00e0 savoir les hommes qui ont r\u00e9ellement gouvern\u00e9 la France pendant vingt ans. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un autre qui rigole bien avec le sujet \u00e0 cette \u00e9poque est Dosto\u00efevski (n\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e). C&rsquo;est dans le Crocodile (voyez mon livre) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Qu&rsquo;importe que la piti\u00e9 aille \u00e0 un mammif\u00e8re ou \u00e0 l&rsquo;autre ? N&rsquo;est-ce pas \u00e0 l&rsquo;europ\u00e9enne ? On y plaint aussi les crocodiles, en Europe ! Hi ! hi ! hi ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les crocodiles on les plaint en Europe, mais pas les chr\u00e9tiens d&rsquo;Irak ou de Syrie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Du coup notre doctrinaire en devient aristocrate. A ce propos revoyez en DVD &ndash; faute de mieux &ndash; le plaisir de Dieu et notre cher duc de Plessis-Vaudreuil, le seul personnage estimable de la t\u00e9l\u00e9 fran\u00e7aise avec Nounours. Le premier \u00e9pisode de cette eschatologique s\u00e9rie (la pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de mon ami Jean Phaure) montrait la s\u00e9paration de l&rsquo;Eglise et de l&rsquo;Etat, le dernier<strong> la s\u00e9paration de la France et de l&rsquo;Histoire<\/strong>. Bernanos vers 1945 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aujourd&rsquo;hui m\u00eame les journaux nous apprennent la nouvelle que <strong>la langue fran\u00e7aise ne sera pas consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 San Francisco comme une langue diplomatique<\/strong>. Nos repr\u00e9sentants devront donc faire traduire leurs discours en anglais, en espagnol ou en russe. Nous voil\u00e0 loin du temps o&ugrave; l&rsquo;Acad\u00e9mie de Berlin proposait son fameux sujet de concours \u00ab\u00a0Les raisons de la sup\u00e9riorit\u00e9 de la langue fran\u00e7aise\u00a0\u00bb &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais laissons Flaubert s&rsquo;exprimer :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Eh bien, oui, je deviens aristocrate, aristocrate enrag\u00e9 !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sans que j&rsquo;aie, Dieu merci, jamais souffert des hommes et (bien) que la vie, pour moi, n&rsquo;ait pas manqu\u00e9 de coussins o&ugrave; je me calais dans des coins, en oubliant les autres, je d\u00e9teste fort mes semblables et ne me sens pas leur semblable. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Flaubert voit le patriotisme municipal disparaitre (comme Tocqueville), la fiert\u00e9 de libert\u00e9s municipales aussi (Bernanos toujours) et le n\u00e9ant humanitaire de nos champions des Droits de l&rsquo;Homme se poindre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il fut un temps o&ugrave; le patriotisme s&rsquo;\u00e9tendait \u00e0 la cit\u00e9. Puis le sentiment, peu \u00e0 peu, s&rsquo;est \u00e9largi avec le territoire (\u00e0 l&rsquo;inverse des culottes : c&rsquo;est d&rsquo;abord le ventre qui grossit).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Maintenant l&rsquo;id\u00e9e de patrie est, Dieu merci, \u00e0 peu pr\u00e8s morte et on en est au socialisme, \u00e0 l&rsquo;humanitarisme (si l&rsquo;on peut s&rsquo;exprimer ainsi). &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;il ait eu de grandes aspirations pass\u00e9istes non plus (qu&rsquo;il dit) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je crois que plus tard <strong>on reconna&icirc;tra que l&rsquo;amour de l&rsquo;humanit\u00e9 est quelque chose d&rsquo;aussi pi\u00e8tre que l&rsquo;amour de Dieu.<\/strong> On aimera le Juste en soi, pour soi, le Beau pour le beau. Le comble de la civilisation sera de n&rsquo;avoir besoin d&rsquo;aucun bon sentiment, ce qui s&rsquo;appelle. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Mais voici le n\u00e9ant qui s&rsquo;approche et qui n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs rien de mallarm\u00e9en, celui de Maastricht, de la th\u00e9orie du genre, et du reste :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La France a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e du jour que les provinces sont mortes, et le sentiment humanitaire commence \u00e0 na&icirc;tre sur les ruines des patries. Il arrivera un temps o&ugrave; quelque chose de plus large et de plus haut le remplacera, et<strong> l&rsquo;homme alors aimera le n\u00e9ant m\u00eame, tant il s&rsquo;en sentira participant<\/strong>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis il r\u00e9sume l&rsquo;histoire de France r\u00e9cente, et notre condamnation au pr\u00e9sent permanent, devin\u00e9e par Koj\u00e8ve, Hegel ou par Cournot :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; 89 a d\u00e9moli la royaut\u00e9 et la noblesse, 48 la bourgeoisie et 51 <em>le peuple. <\/em>Il n&rsquo;y a plus <em>rien,<\/em> qu&rsquo;une tourbe canaille et imb\u00e9cile. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s c&rsquo;est l&rsquo;art pour tous et tout pour tous. Sur 1851 lire et relire le Dix-Huit Brumaire de Karl Marx, sans oublier les Ch\u00e2timents quand m\u00eame (les allusions \u00e0 Fould&hellip;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<strong> Nous sommes tous enfonc\u00e9s au m\u00eame niveau dans une m\u00e9diocrit\u00e9 commune. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sociale a pass\u00e9 dans l&rsquo;esprit.<\/strong> On fait des livres pour tout le monde, de l&rsquo;art pour tout le monde, de la science pour tout le monde, comme on construit des chemins de fer et des chauffoirs publics.<strong> L&rsquo;humanit\u00e9 a la rage de l&rsquo;abaissement moral, et je lui en veux de ce que je fais partie d&rsquo;elle.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encore un peu d&rsquo;allusion \u00e0 Julien (le guerrier, le chasseur) pour survivre \u00e0 tout cela :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je pense \u00e0 de grandes chasses f\u00e9odales, \u00e0 des vies de ch\u00e2teau. Sous de larges chemin\u00e9es, on entend bramer les cerfs au bord des lacs, et les bois fr\u00e9mir. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une petite claque contre Balzac. C&rsquo;est Proust qui dira qu&rsquo;il \u00e9tait bas, Balzac (&laquo; Je ne parle pas de la vulgarit\u00e9 de son langage&hellip; &raquo;). Il le cogne encore mieux que dans Bouvard et P\u00e9cuchet :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Les h\u00e9ros pervers de Balzac ont, je crois, tourn\u00e9 la t\u00eate \u00e0 bien des gens. La gr\u00eale g\u00e9n\u00e9ration qui s&rsquo;agite maintenant \u00e0 Paris autour du pouvoir et de la renomm\u00e9e a puis\u00e9, dans ces lectures, l&rsquo;admiration b\u00eate d&rsquo;une certaine immoralit\u00e9 bourgeoise \u00e0 quoi elle s&rsquo;efforce d&rsquo;atteindre<\/strong>. J&rsquo;ai eu des confidences \u00e0 ce sujet. Ce n&rsquo;est plus Werther ou St-Preux que l&rsquo;on veut \u00eatre, mais Rastignac ou Lucien de Rubempr\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s les Rastignac de Prisunic en prennent un peu plus dans la lampe comme on dit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; D&rsquo;ailleurs tous ces fameux gaillards pratiques, actifs, qui connaissent les hommes, admirent peu l&rsquo;admiration, visent au solide, font du bruit, se d\u00e9m\u00e8nent comme des gal\u00e9riens, etc., tous ces malins, dis-je, me font piti\u00e9, et au point de vue m\u00eame de leur malice, car je les vois sans cesse tendre la gueule apr\u00e8s l&rsquo;ombre et l\u00e2cher la viande. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un peu de J\u00e9sus (Flaubert est notre dernier mystique), celui qui vint s&rsquo;\u00e9craser nu contre Julien au moyen \u00e2ge et qu&rsquo;il invite ici \u00e0 d\u00e9blayer le terrain des supermarch\u00e9s et des salles de change :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Oh J\u00e9sus, J\u00e9sus, redescends donc pour chasser les vendeurs du temple ! Et que les lani\u00e8res dont tu les cingleras soient faites de boyaux de tigre ! Qu&rsquo;on les ait tremp\u00e9es dans du vitriol, dans de l&rsquo;arsenic ! Qu&rsquo;elles les br&ucirc;lent comme des fers rouges ! Qu&rsquo;elles les hachent comme des sabres et qu&rsquo;elles les \u00e9crasent comme ferait le poids de toutes tes cath\u00e9drales accumul\u00e9es sur ces inf\u00e2mes ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ailleurs, comme Gautier dans son po\u00e8me sur le peintre espagnol Ribera (il adore Gautier, et aussi Leconte d&rsquo;ailleurs, et comme il a raison !), il explique pourquoi l&rsquo;on souffre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Chose \u00e9trange, \u00e0 mesure qu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve dans l&rsquo;\u00e9chelle des \u00eatres, la facult\u00e9 nerveuse augmente, c&rsquo;est&minus;\u00e0&minus;dire la facult\u00e9 de souffrir. Souffrir et penser seraient&minus;ils donc m\u00eame chose ? Le g\u00e9nie, apr\u00e8s tout, n&rsquo;est peut&minus;\u00eatre qu&rsquo;un raffinement de la douleur, c&rsquo;est&minus;\u00e0&minus;dire une plus compl\u00e8te et intense p\u00e9n\u00e9tration de l&rsquo;objectif \u00e0 travers notre \u00e2me. La tristesse de Moli\u00e8re, sans doute, venait de toute la b\u00eatise de l&rsquo;Humanit\u00e9 qu&rsquo;il sentait comprise en lui. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gautier disait cela je crois (je r\u00e9cite de m\u00e9moire avec un tr\u00e9molo dans la voix) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les plus grands c&oelig;urs, h\u00e9las, ont les plus grandes peines !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans la coupe profonde il tient plus de douleurs&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le ciel se venge ainsi sur les gloires humaines ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est tout le monde d\u00e9mocratique qui souffre. Alors on prend des m\u00e9dicaments et surtout des cong\u00e9s-maladie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cousin Nietzsche s&rsquo;amusera aussi avec son dernier homme :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Un peu de poison de-ci de-l\u00e0, pour se procurer des r\u00eaves agr\u00e9ables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agr\u00e9ablement. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Il est fort ce Nietzsche. Lui est vraiment mort en g\u00e9nie &ndash; en embrassant un cheval.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encore un petit coup contre les humanitaires :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le seul moyen de vivre en paix, c&rsquo;est de se placer tout d&rsquo;un bond au-dessus de l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re et de n&rsquo;avoir avec elle rien de commun, qu&rsquo;un rapport d&rsquo;&oelig;il. Cela scandaliserait les Pelletan, les Lamartine et toute la race st\u00e9rile et <em>s\u00e8che<\/em> (inactive dans le bien comme dans l&rsquo;id\u00e9al) des humanitaires, r\u00e9publicains, etc. Tant pis ! Qu&rsquo;ils commencent par payer leurs dettes avant de pr\u00eacher la charit\u00e9, par \u00eatre seulement honn\u00eates avant de vouloir \u00eatre vertueux. La fraternit\u00e9 est une des plus belles inventions de l&rsquo;hypocrisie sociale &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Que faire ? Se consoler bien s&ucirc;r. La musique avec Schopenhauer (il en parle trop bien) et Bruckner (l&rsquo;adagio de la septi\u00e8me !) et puis le plus grand des (Trois) contes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le p\u00e8re et la m\u00e8re de Julien habitaient un ch\u00e2teau, au milieu des bois, sur la pente d&rsquo;une colline. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est joli cela, aussi :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il affranchit des peuples. Il d\u00e9livra des reines enferm\u00e9es dans des tours. C&rsquo;est lui, et pas un autre, qui assomma la guivre de Milan et le dragon d&rsquo;Oberbirbach. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et voyez cette phrase pas tr\u00e8s rat\u00e9e enfin :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Julien accourut \u00e0 son aide d\u00e9truisit l&rsquo;arm\u00e9e des infid\u00e8les, assi\u00e9gea la ville, tua le calife, coupa sa t\u00eate, et la jeta comme une boule par-dessus les remparts. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est Borges qui dit que Flaubert a invent\u00e9 le roman avec Bovary et qu&rsquo;il l&rsquo;a liquid\u00e9 avec Bouvard et P\u00e9cuchet ; il y en a depuis qui jouent aux \u00e9crivains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; El hombre que con <em>Madame- Bovary <\/em>forj&oacute; la novela realista fue tambi\u00e9n el primero en romperla.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Litt\u00e9rature moderne ! Avant Flaubert il n&rsquo;y avait rien, et apr\u00e8s il n&rsquo;y a plus eu grand-chose (Hermann Broch et son Virgile peut-\u00eatre ?). Plus exactement : il n&rsquo;y avait besoin de rien avant, et il n&rsquo;y eut plus besoin de grand-chose (de notre Ada, peut-\u00eatre ?).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tiens, un peu de Flaubert pour quelque Sainte C\u00e9l\u00e9bration \u00e0 venir :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Alors le L\u00e9preux l&rsquo;\u00e9treignit ; et ses yeux tout \u00e0 coup prirent une clart\u00e9 d&rsquo;\u00e9toiles<\/strong> ; ses cheveux s&rsquo;allong\u00e8rent comme les rais du soleil ; le souffle de ses narines avait la douceur des roses ; un nuage d&rsquo;encens s&rsquo;\u00e9leva du foyer, les flots chantaient. <strong>Cependant une abondance de d\u00e9lices, une joie surhumaine descendait comme une inondation dans l&rsquo;\u00e2me de Julien p\u00e2m\u00e9<\/strong> ; et celui dont les bras le serraient toujours grandissait, grandissait, touchant de sa t\u00eate et de ses pieds les deux murs de la cabane. Le toit s&rsquo;envola, le firmament se d\u00e9ployait ; et <strong>Julien monta vers les espaces bleus, face \u00e0 face avec Notre Seigneur J\u00e9sus, qui l&#8217;emportait dans le ciel.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Les bonnes sources<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Chroniques culturelles et politiques (1, 2, 3 et bient\u00f4t 4) ; Dosto\u00efevski et la modernit\u00e9 occidentale (sur ma page amazon.fr) ; le voyageur \u00e9veill\u00e9 (Les Belles Lettres)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Jorge-Luis Borges &ndash; Discussion<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fiodor Dosto\u00efevski &ndash; Le crocodile (Gutenberg.org) ; les poss\u00e9d\u00e9s (ebooksgratuits.com)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gustave Flaubert &ndash; Trois contes (ebooksgratuits.com) ; la l\u00e9gende de saint-Julien l&rsquo;Hospitalier ; Correspondance (2<sup>\u00e8me<\/sup> s\u00e9rie, 1850-1854, sur ebookslib.com).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alphonse de Lamartine &ndash; Graziella (ebooksgratuits.com)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>St\u00e9phane Mallarm\u00e9 &#8211; Igitur ou la Folie d&rsquo;Elbehnon (wikisource.com)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Karl Marx &ndash; le 18 Brumaire de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche &#8211; Ainsi parlait Zarathoustra (prologue)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Marcel Proust &ndash; Contre Sainte-Beuve<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Arthur Schopenhauer &ndash; le monde comme volont\u00e9 et comme repr\u00e9sentation, pp.599-626<\/p>\n<\/p>\n<p><p> (Num\u00e9ris\u00e9 par Guy Heff &#8211; www.schopenhauer.fr)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Henry Thoreau &ndash; Walden (<em>If one may judge who rarely looks into the newspapers, nothing new does ever happen in foreign parts, a French revolution not excepted<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Bibliographie extra<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Roland Barthes &ndash; Le degr\u00e9 z\u00e9ro de l&rsquo;\u00e9criture<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Georges Bernanos &ndash; La France contre les robots<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e9on Bloy &ndash; L&rsquo;\u00e2me de Napol\u00e9on<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Hermann Broch &ndash; La mort de Virgile<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; C\u00e9line, la col\u00e8re et les mots (Ed. Avatar)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Vladimir Nabokov &ndash; Ada<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gilbert Keith Chesterton &ndash; Heretics; What I saw in America (Gutenberg.org)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Th\u00e9ophile Gautier &ndash; Po\u00e8mes choisis (de m\u00e9moire)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Arthur de Gobineau &ndash; Essai sur les races humaines (sur uqac.ca)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Philippe Grasset &ndash; La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire (\u00e9ditions mols)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Victor Hugo &ndash; Les Ch\u00e2timents<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alexis de Tocqueville &ndash; L&rsquo;Ancien r\u00e9gime et la r\u00e9volution<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">T\u00e9l\u00e9vision<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Au plaisir de Dieu (1977) &ndash; de Robert Mazoyer, avec Jacques Dumesnil &ndash; Episode 1, les Inventaires (traditionnellement et incorrectement orient\u00e9) _ Episode 5, la d\u00e9chirure (grand moment entre le duc et le g\u00e9n\u00e9ral Von Stulpnagel, futur martyr du nazisme) ; Episode 6, le vent du soir (la fin du domaine et de la France au sens o&ugrave; l&rsquo;entendent ceux qui ont une \u00e2me et une m\u00e9moire)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Editions Koba Films vid\u00e9o. Pr\u00e9sentation de notre sympathique russe blanc Pierre Tchernia, qui rappelle que quinze millions de Fran\u00e7ais suivaient alors cet outrage t\u00e9l\u00e9visuel \u00e0 la modernit\u00e9 r\u00e9publicaine, et que les bons Fran\u00e7ais donnaient du Monsieur le Duc \u00e0 Notre Jacques Dumesnil dans la rue. Tout cela pourra-t-il rena&icirc;tre ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Flaubert : &laquo; Eh bien, oui, je deviens aristocrate, aristocrate enrag\u00e9 ! &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gustave Flaubert et notre eschatologie fran\u00e7aise Lire la correspondance de Flaubert, c&rsquo;est comme visiter ce beau pays qu&rsquo;on ne connaissait que par les films ou les cartes postales. C&rsquo;est le d\u00e9couvrir lui par-del\u00e0 des personnages et des histoires. M\u00eame le style est mieux, qui \u00e9chappe aux aigres remarques de notre Roland Barthes. Un mot revient&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2640,12980,12979,3073],"class_list":["post-77229","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-bonnal","tag-bovary","tag-madame","tag-nietzsche"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77229"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77229\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}