{"id":77259,"date":"2017-05-11T07:16:14","date_gmt":"2017-05-11T07:16:14","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/05\/11\/nos-oligarchies-expliquees-aux-moins-nuls\/"},"modified":"2017-05-11T07:16:14","modified_gmt":"2017-05-11T07:16:14","slug":"nos-oligarchies-expliquees-aux-moins-nuls","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/05\/11\/nos-oligarchies-expliquees-aux-moins-nuls\/","title":{"rendered":"Nos oligarchies expliqu\u00e9es aux moins nuls"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Nos oligarchies expliqu\u00e9es aux moins nuls<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>On parle d&rsquo;oligarchies en France, en Am\u00e9rique et en France. Voyons de quoi il retourne, car cette notion grecque est vieille comme la lune.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans son livre sur les partis politiques (sixi\u00e8me partie, chapitre deux), le l\u00e9gendaire Robert Michels reprend (et n&rsquo;\u00e9tablit pas), \u00e0 partir des th\u00e9oriciens Mosca et de Taine, sa th\u00e8se sur <strong>la loi d&rsquo;airain<\/strong> des oligarchies. Et cela donne, dans l&rsquo;\u00e9dition de 1914 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Gaetano Mosca proclame qu&rsquo;un ordre social n&rsquo;est pas possible sans une &laquo; classe politique &raquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans une classe politiquement dominante, une classe de minorit\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Michels indique aussi, <strong>sur la d\u00e9mocratie et son aristocratie parlementaire ou intellectuelle<\/strong> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>La d\u00e9mocratie<\/strong> se compla&icirc;t \u00e0 donner aux questions importantes une solution autoritaire. Elle <strong>est assoiff\u00e9e \u00e0 la fois de splendeur et de pouvoir<\/strong>. Lorsque les citoyens eurent conquis la libert\u00e9, ils mirent toute leur ambition \u00e0 poss\u00e9der une aristocratie &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et il sent la menace bolch\u00e9vique et stalinienne trente ans avant qu&rsquo;elle n&rsquo;apparaisse. Il suffit pour lui de lire Marx (un autre qui le voit bien \u00e0 cette \u00e9poque est notre Gustave Le Bon) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Marx pr\u00e9tend qu&rsquo;entre la destruction de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et l&rsquo;\u00e9tablissement de la soci\u00e9t\u00e9 communiste, il y aura une p\u00e9riode de transition r\u00e9volutionnaire, p\u00e9riode \u00e9conomique, \u00e0 laquelle correspondra une p\u00e9riode de transition politique et &laquo; pendant laquelle l&rsquo;Etat ne pourra \u00eatre autre chose que la dictature r\u00e9volutionnaire du prol\u00e9tariat &raquo; ; ou, pour employer une expression moins euph\u00e9mique,<strong> nous assisterons alors \u00e0 la dictature des chefs qui auront eu l&rsquo;astuce et la force d&rsquo;arracher aux mains de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise mourante, au nom du socialisme, le sceptre de la domination<\/strong>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On aurait donc une oligarchie <em>vieille maison<\/em> (Blum) et une autre de d\u00e9raison, celle des communistes. Mais la d\u00e9mocratie parlementaire occidentale a tendance aussi \u00e0 servir la minorit\u00e9 des poss\u00e9dants. Seul Bakounine le reconnaissait &ndash; et Michels le rappelle :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Bakounine \u00e9tait l&rsquo;adversaire de toute participation de la classe ouvri\u00e8re aux \u00e9lections. II \u00e9tait en effet convaincu que <strong>dans une soci\u00e9t\u00e9 o&ugrave; le peuple est domin\u00e9, sous le rapport \u00e9conomique, par une majorit\u00e9 pos<\/strong>s\u00e9dante, le plus libre des syst\u00e8mes \u00e9lectoraux ne peut \u00eatre qu&rsquo;une vaine illusion. \u00ab\u00a0Qui dit pouvoir, dit domination, et toute domination pr\u00e9sume l&rsquo;existence d&rsquo;une masse domin\u00e9e\u00a0\u00bb. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bakounine \u00e9nonce d\u00e8s 1871 : <strong>ce peuple (le Fran\u00e7ais) n&rsquo;est plus r\u00e9volutionnaire du tout<\/strong>. Il redoutait aussi les marxistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Michels fait au moins une bonne pr\u00e9diction sur le socialisme autoritaire fa\u00e7on sovi\u00e9tique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le socialisme fera naufrage pour n&rsquo;avoir pas aper\u00e7u l&rsquo;importance que pr\u00e9sente pour notre esp\u00e8ce le probl\u00e8me de la libert\u00e9&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Loin de promouvoir le fascisme comme le pr\u00e9tendent les gazetiers, Michels analyse le dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. Sur l&rsquo;Italie il \u00e9crit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Buonarotti dit que \u00ab\u00a0La r\u00e9publique id\u00e9ale de Mazzini ne diff\u00e9rait de la monarchie qu&rsquo;en ce qu&rsquo;elle comportait une dignit\u00e9 en moins et une charge \u00e9lective en plus\u00a0\u00bb. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Michels subodore aussi un <em>pr\u00e9sent perp\u00e9tuel<\/em> puisqu&rsquo;il cite le fameux Th\u00e9ophraste, contemporain d&rsquo;Aristote et auteur des caract\u00e8res qui inspir\u00e8rent ceux de La Bruy\u00e8re. Sur<strong> les partis socialistes, les plus tra&icirc;tres qui soient, et o&ugrave; que ce soit, il note cette \u00e9vidence \u00e9ternelle : <\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais il existe un autre danger encore : <strong>la direction du parti socialiste peut tomber entre les mains d&rsquo;hommes dont les tendances pratiques sont en opposition avec le programme ouvrier<\/strong>. Il en r\u00e9sultera que le mouvement ouvrier sera mis au service d&rsquo;int\u00e9r\u00eats diam\u00e9tralement oppos\u00e9s \u00e0 ceux du prol\u00e9tariat &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus philosophique, ce point de vue qui montre que, comme Bruxelles ou le <em>Deep State<\/em>, toute bureaucratie \u00e9chappe \u00e0 son mandat et devient entropique et dangereuse :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Le parti, en tant que formation ext\u00e9rieure, m\u00e9canisme, machine, ne s&rsquo;identifie pas n\u00e9cessairement avec l&rsquo;ensemble des membres inscrits, et encore moins avec la classe. Devenant une fin en soi, se donnant des buts et des int\u00e9r\u00eats propres, il se s\u00e9pare peu \u00e0 peu de la classe qu&rsquo;il repr\u00e9sente.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans un parti, les int\u00e9r\u00eats des masses organis\u00e9es qui le composent sont loin de co\u00efncider avec ceux de la bureaucratie qui le personnifie. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur cette notion de machine, <strong>\u00e9tudier et r\u00e9\u00e9tudier Cochin et Ostrogorski<\/strong>. On comprend apr\u00e8s que l&rsquo;Etat finisse par servir la minorit\u00e9 qui le tient et en joue :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Conform\u00e9ment \u00e0 cette conception, le gouvernement ou, si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re, <strong>l&rsquo;Etat ne saurait \u00eatre autre chose que l&rsquo;organisation d&rsquo;une minorit\u00e9<\/strong>. Et cette minorit\u00e9 impose au reste de la soci\u00e9t\u00e9 1&prime; &laquo; ordre juridique &raquo;, lequel appara&icirc;t comme une justification, une l\u00e9galisation de l&rsquo;exploitation \u00e0 laquelle <strong>elle soumet la masse des ilotes<\/strong>, au lieu d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;\u00e9manation de la repr\u00e9sentation de la majorit\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est que<strong> l&rsquo;ilote se contente de peu<\/strong> : manger, boire, regarder la t\u00e9l\u00e9, deux semaines de vacances&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s cette <strong>loi d&rsquo;airain<\/strong>, les cons\u00e9quences et les in\u00e9galit\u00e9s qui vont avec :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip; il surgit toujours et n\u00e9cessairement, au sein des masses,<strong> une nouvelle minorit\u00e9 organis\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au rang d&rsquo;une classe dirigeante<\/strong>. Eternellement mineure, <strong>la majorit\u00e9 des hommes se verrait ainsi oblig\u00e9e, voire pr\u00e9destin\u00e9e par la triste fatalit\u00e9 de l&rsquo;histoire, \u00e0 subir la domination d&rsquo;une petite minorit\u00e9<\/strong> issue de ses flancs et \u00e0 servir de pi\u00e9destal \u00e0 la grandeur d&rsquo;une oligarchie &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus grave, et plus amusante aussi, cette observation :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il n&rsquo;existe aucune contradiction essentielle entre la doctrine d&rsquo;apr\u00e8s laquelle l&rsquo;histoire ne serait qu&rsquo;une continuelle lutte de classes, et cette autre d&rsquo;apr\u00e8s laquelle <strong>les luttes de classes aboutiraient toujours \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelles oligarchies se fusionnant avec les anciennes.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et de conclure en souriant, sur le ton du vieil Aristophane :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; On est tent\u00e9 de qualifier ce processus de<strong> tragicom\u00e9die,<\/strong> attendu que les masses, apr\u00e8s avoir accompli des efforts titaniques, se contentent de substituer un patron \u00e0 un autre. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une parenth\u00e8se personnelle : le brave d\u00e9put\u00e9, le chef d&rsquo;entreprise ais\u00e9, le bon ministre insult\u00e9 du coin n&rsquo;est pas un oligarque. Un oligarque est une t\u00eate pesante et pensante qui conspire pour contr\u00f4ler et \u00e9tendre ses r\u00e9seaux sur le monde. Et personne n&rsquo;a mieux d\u00e9fini les oligarques de la pr\u00e9sente mondialisation que Fr\u00e9d\u00e9ric Bernays, qui \u00e9crivait en 1928, longtemps avant les Brzezinski, Soros et autres Bilderbergs :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organis\u00e9es des masses<\/strong> joue un r\u00f4le important dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. <strong>Ceux qui manipulent ce m\u00e9canisme social imperceptible forment un gouvernement invisible<\/strong> qui dirige v\u00e9ritablement le pays. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bernays ajoutait froidement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;est l\u00e0 une cons\u00e9quence logique de l&rsquo;organisation de notre soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. Cette forme de coop\u00e9ration du plus grand nombre est une n\u00e9cessit\u00e9 pour que nous puissions vivre ensemble au sein d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 au fonctionnement bien huil\u00e9&hellip; <strong>nos chefs invisibles nous gouvernent en vertu de leur autorit\u00e9 naturelle<\/strong>, de leur capacit\u00e9 \u00e0 formuler les id\u00e9es dont nous avons besoin, de la position qu&rsquo;ils occupent dans la structure sociale. <strong>Peu importe comment nous r\u00e9agissons individuellement<\/strong> \u00e0 cette situation puisque dans la vie quotidienne, que l&rsquo;on pense \u00e0 la politique ou aux affaires, \u00e0 notre comportement social ou \u00e0 nos valeurs morales, <strong>de fait nous sommes domin\u00e9s par ce nombre relativement restreint de gens <\/strong>&ndash; une infime fraction des cent vingt millions d&rsquo;habitants du pays &ndash; en mesure de comprendre les processus mentaux et les mod\u00e8les sociaux des masses. <strong>Ce sont eux qui tirent les ficelles : ils contr\u00f4lent l&rsquo;opinion publique, exploitent les vieilles forces sociales existantes,<\/strong> inventent d&rsquo;autres fa\u00e7ons de relier le monde et de le guider. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bernays ajoute que le pr\u00e9sident US devient un dieu :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; On reproche \u00e9galement \u00e0 la propagande d&rsquo;avoir fait du pr\u00e9sident des &Eacute;tats-Unis un personnage \u00e0 ce point consid\u00e9rable qu&rsquo;il appara&icirc;t comme <strong>une vivante incarnation du h\u00e9ros, pour ne pas dire de la divinit\u00e9, \u00e0 qui l&rsquo;on rend un culte &raquo;.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pas besoin de fascistes avec des d\u00e9mocrates comme \u00e7a. On rappelle avec Onfray que Bernays inspirait Goebbels et que son oncle Sigmund Freud envoyait ses livres d\u00e9dicac\u00e9s \u00e0 Benito Mussolini.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Robert Michels &ndash; Les Partis Politiques &ndash; Essai sur les tendances oligarchiques des d\u00e9mocraties, Flammarion, 1914 (archive.org)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fr\u00e9d\u00e9ric Bernays &ndash; Propagande (introduction)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Nev le bureaucrate ; chroniques sur la fin de l&rsquo;histoire (Kindle_Amazon)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nos oligarchies expliqu\u00e9es aux moins nuls On parle d&rsquo;oligarchies en France, en Am\u00e9rique et en France. Voyons de quoi il retourne, car cette notion grecque est vieille comme la lune. 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