{"id":77284,"date":"2017-05-26T09:04:08","date_gmt":"2017-05-26T09:04:08","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/05\/26\/le-dossier-macron-et-le-retour-de-boris-vian\/"},"modified":"2017-05-26T09:04:08","modified_gmt":"2017-05-26T09:04:08","slug":"le-dossier-macron-et-le-retour-de-boris-vian","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/05\/26\/le-dossier-macron-et-le-retour-de-boris-vian\/","title":{"rendered":"Le dossier Macron et le retour de Boris Vian"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le dossier Macron et le retour de Boris Vian<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Tout le monde a soulign\u00e9 \u00e0 foison leur ressemblance. Or j&rsquo;avais sign\u00e9 aux Belles Lettres en 2008 un contrat sur Boris Vian et notre modernit\u00e9. Je vivais alors dans la Bolivie de mon cher Evo Morales, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Sucre (et dans le <em>Gran h\u00f4tel<\/em> de Che Guevara qui plus est, un trois \u00e9toiles \u00e0 neuf euros), et malheureusement l&rsquo;Alliance fran\u00e7aise du coin de la rue n&rsquo;avait pas un seul exemplaire de l&rsquo;&oelig;uvre du ma&icirc;tre ! Le web \u00e9tait moins riche que maintenant et je n&rsquo;honorai donc pas mon contrat. Et comme on ne versait plus d&rsquo;\u00e0-valoir&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai tout de m\u00eame retrouv\u00e9 quelques textes, et je les donne \u00e0 mes lecteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; On est curieusement entr\u00e9s dans l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;\u00e9cume des jours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De l&rsquo;\u00e9cume des jours ? Oui, celle de Boris Vian, qui se r\u00e9sume \u00e0 deux axes, par-del\u00e0 les provocations verbales du petit ma&icirc;tre oubli\u00e9 :<strong> les gens deviennent pu\u00e9rils, ludiques, et l&rsquo;espace, l&rsquo;espace vital surtout se r\u00e9tr\u00e9cit.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme nos contemporains, les &quot;adulescents&quot; de Vian sont tr\u00e8s ludiques ; ils sont aussi techno-d\u00e9pendants, r\u00eavent de pianocktail et de patinage ; ils ne sont pas tr\u00e8s sexu\u00e9s et ils ne sont pas, mais alors pas du tout politis\u00e9s. Ils r\u00eavent d&rsquo;\u00eatre des ignares, et d&rsquo;ailleurs on va tuer le Jean-Sol Partre national (ah, nos intellos rive gauche !) pour bien marquer ce r\u00eave am\u00e9ricain. On r\u00eave de jazz et de n\u00e9gritude, comme aujourd&rsquo;hui de rap et d&rsquo;exotisme cheap. <strong>Avec ces certitudes, on ignore o&ugrave; l&rsquo;on est, on ignore m\u00eame si l&rsquo;on est<\/strong>. Vian a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le mod\u00e8le du jeune con, qui allait vieillir un beau jour (le jeune, pas le con). Et on a fait de cela le mod\u00e8le du progr\u00e8s, du moderne, de la jeunesse, de la mode. Imaginez les h\u00e9ros de Boris Vian avec cinquante de plus, et vous avez les retrait\u00e9s d&rsquo;aujourd&rsquo;hui&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais surtout, parce que l&rsquo;histoire de la b\u00eatise prendrait trop de place, il y a une diminution d&rsquo;espace. <strong>Lorsque la pauvre Chlo\u00e9 devient malade, l&rsquo;appartement commence \u00e0 diminuer.<\/strong> J&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 ironiquement l&rsquo;odyss\u00e9e de l&rsquo;espace, o&ugrave; d&rsquo;ailleurs on voit les cosmonautes mener des vies consid\u00e9rablement m\u00e9diocres ; mais cette odyss\u00e9e est devenue une descente aux abysses. <strong>L&rsquo;individu post-historique est surtout post-spatial, il n&rsquo;a pas de maison, pas d&rsquo;appartement<\/strong> ; ou bien il a trois fois moins de place que son grand anc\u00eatre de la Nouvelle Vague (sur ce sujet j&rsquo;ai b\u00e2ti mon roman d\u00e9cal\u00e9 comme on dit, et onirique), et il lui faut travailler pour rembourser, ou plut\u00f4t vivre pour rembourser, puisque le travail ne suffira pas, qu&rsquo;il sera toujours moins r\u00e9tribu\u00e9, quand ses \u00e9tudes auront \u00e9t\u00e9 inutilement rallong\u00e9es. Il faut 500 mois de SMIC pour acheter un deux-pi\u00e8ces dans notre beau Paris.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La diminution d&rsquo;un espace vital n&rsquo;est pas sans effet : on a r\u00e9duit l&rsquo;espace habitable depuis Thatcher et aussi &ndash;surtout &ndash; depuis l&rsquo;euro, et les gens se sont calm\u00e9s. Ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits \u00e0 la portion congrue, r\u00e9duits en part de march\u00e9, r\u00e9duits \u00e0 la merci de l&rsquo;ennemi. Dans une soci\u00e9t\u00e9 o&ugrave; l&rsquo;on peut plus respirer, se loger, fumer en discutant, ou discuter en fumant, se garer, se d\u00e9placer, s&rsquo;exprimer, on se doute que la possibilit\u00e9 de changement radical, si elle venait encore \u00e0 l&rsquo;esprit de quelques-uns capables de structurer leur pens\u00e9e, serait de facto impossible \u00e0 ex\u00e9cuter &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je rajoute ce texte de c\u00e9l\u00e9bration du triste ma&icirc;tre de ma jeunesse <em>giscradienne<\/em> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a cinquante ans mourait Boris Vian. A bien des \u00e9gards la pr\u00e9sence de cet auteur s&rsquo;est faite discr\u00e8te, d&rsquo;autant que les temps qui courent souvent trop vite ont tendance \u00e0 oublier jusqu&rsquo;\u00e0 leurs p\u00e8res. Pourtant, Boris Vian fait partie d&rsquo;un patrimoine bien vendu, mais qui ne s&rsquo;est jamais internationalis\u00e9 ou m\u00eame export\u00e9, ni sous la forme de chansons ni sous celle de romans.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Boris Vian c&rsquo;est la douceur de vivre des ann\u00e9es 50, l&rsquo;intrusion de la sacro-sainte modernit\u00e9 dans la France dite moisie, le sens de l&rsquo;humour et de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, le refus de tous les chauvinismes et de toutes les intol\u00e9rances&#8230; C&rsquo;est aussi le sens de l&rsquo;amour et de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la c\u00e9l\u00e9bration de la jeunesse et de la nouveaut\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">France &#038; surmodernit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatique adore se c\u00e9l\u00e9brer : esp\u00e9rons qu&rsquo;elle saura c\u00e9l\u00e9brer Boris Vian, car elle lui doit beaucoup. Vian a \u00e9t\u00e9 en effet le proph\u00e8te de la r\u00e9volution culturelle qui a fait de la vieille m\u00e8re des arts, des armes et des lois cette fille de Marx et de coca-cola, du fast-food et de Canal +. Vian, sans le vouloir, partout o&ugrave; il a mis le doigt, l&rsquo;a bien mis. Il a fait un sans-faute dans son &oelig;uvre, la plus s\u00e9rieuse comme la plus d\u00e9cal\u00e9e, la plus tragique comme la plus d\u00e9risoire pour ajourner la France et la mettre \u00e0 la hauteur de la modernit\u00e9. Mais la France est fatigu\u00e9e : aussi userons-nous du terme de surmodernit\u00e9 pour exprimer cet \u00e9tat de d\u00e9pression satisfaite dans laquelle se trouve le pays. Il y a en effet un double enjeu chez Vian : un enjeu euphorique et un enjeu dramatique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Exception fran\u00e7aise &#038; fou-rire<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il y a une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, nous pouvions encore sans rire \u00e9voquer ou d\u00e9noncer une exception fran\u00e7aise ; exception que Marc Bloch avait d\u00e9finie ainsi : nous nous reconnaissons aussi bien dans le sacre de Clovis que dans la F\u00eate de la Conf\u00e9d\u00e9ration. La France de gauche comme la France de Droite aimait ses lieux de la m\u00e9moire, ses petites f\u00eates, son 14 juillet, sa Jeanne d&rsquo;Arc, sa colline inspir\u00e9e, ses faubourg Saint-Antoine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Avec Boris Vian, c&rsquo;est tout cet apanage qui a disparu. On entra dans un proc\u00e8s de d\u00e9culturation totale, d&rsquo;am\u00e9ricanisation-d\u00e9pression avec un rejet complet de sa culture et de sa civilisation. Nous y reviendrons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Vian a r\u00e9gl\u00e9 ses comptes ou plut\u00f4t ses contes avec une France du pass\u00e9 et d\u00e9pass\u00e9e qu&rsquo;il d\u00e9testait. Il l&rsquo;a fait avant beaucoup d&rsquo;autres, et nous l&rsquo;avons tous suivi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous naviguerons entre am\u00e9ricanisation et d\u00e9pression. Comparez la bonne humeur pornographique d&rsquo;On tuera tous les affreux (un ex-savant nazi fabrique des mod\u00e8les nymphomanes et des politiciens sur une nouvelle &icirc;le du Dr Moreau) \u00e0 l&rsquo;atmosph\u00e8re grise et fran\u00e7aise de l&rsquo;arrache-c&oelig;ur, de l&rsquo;herbe rose ; comparez ce refus empathique de la petite France profonde et de son clocher fatidique \u00e0 l&rsquo;adoration de la grande agglom\u00e9ration yankee et pollu\u00e9e, bourr\u00e9e de limousines, de gros bras et de filles d\u00e9lur\u00e9es &ndash; et puis vous comprendrez pourquoi ces Fran\u00e7ais soi-disant exil\u00e9s \u00e0 Chicago (764 morts pour ce qui va de cette ann\u00e9e) ont vot\u00e9 pour le candidat des supermarch\u00e9s et du progr\u00e8s soci\u00e9tal. Attendez-vous \u00e0 une r\u00e9duction de m\u00e8tres (ma&icirc;tres) carr\u00e9s et \u00e0 une \u00e9ni\u00e8me r\u00e9volution culturelle comme celles que promouvait Vian dans ses chansons d\u00e9risoires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les petites chansons ont certes vieilli car elles \u00e9taient de pi\u00e8tre qualit\u00e9, comme les romans sauce surr\u00e9aliste, mais elles donnaient l&rsquo;inspiration du jour et \u00e0 venir : le changement de sexe (bourr\u00e9e de complexes !), la complainte du progr\u00e8s avec le partage des biens (ah, Gudule, \u00e9coute-moi&hellip;) entre divorc\u00e9s-remari\u00e9s, et toute cette entropie de bistrot branch\u00e9 qui nous pr\u00e9parait \u00e0 la culture d\u00e9tonante de Canal+ et de l&rsquo;\u00e8re bobo. Le slogan de l&rsquo;arche Delano\u00eb \u00e9tait d&rsquo;ailleurs de changer d&rsquo;\u00e8re. Vian nous aurait concoct\u00e9 une laide chanson sur les Google babies vendus aux couples LGBT, con\u00e7us en Isra\u00ebl et incub\u00e9s en Inde par des m\u00e8res porteuses pay\u00e9es trois dollars. Avec le fou rire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un dernier mot : le mutant de la gauche lib\u00e9rale et soci\u00e9tale a \u00e9crit une chanson nomm\u00e9e le d\u00e9serteur. Or c&rsquo;est bien ce qui r\u00e9sume notre \u00e9poque. La France est devenue un pays de d\u00e9serteurs, la France, comme tant d&rsquo;autres pays occidentaux aussi, est un pays de d\u00e9sertion (revoyez les films de Godard, Tati, Risi et Fellini pour l&rsquo;Italie pour analyser ce que je veux dire). Cela n&#8217;emp\u00eachera pas de faire la guerre nucl\u00e9aire pour Soros et les oligarques humanitaires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le cas Vian confirme en tout cas que le Macron-cosmos va naviguer \u00e0 80-85% de satisfaits, car vous n&rsquo;imaginez pas ce qu&rsquo;on peut faire du peuple fran\u00e7ais&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9cume des jours ; l&rsquo;arrache-c&oelig;urs ; et on tuera tous les affreux ; chansons<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bonnal &ndash; les ma&icirc;tres carr\u00e9s (roman h\u00e9ro\u00ef-comique)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dossier Macron et le retour de Boris Vian Tout le monde a soulign\u00e9 \u00e0 foison leur ressemblance. Or j&rsquo;avais sign\u00e9 aux Belles Lettres en 2008 un contrat sur Boris Vian et notre modernit\u00e9. Je vivais alors dans la Bolivie de mon cher Evo Morales, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Sucre (et dans le Gran h\u00f4tel de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[4001,4772,9568,13066,2711,2655,11925,13065,13067],"class_list":["post-77284","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-apres-guerre","tag-boris","tag-deserteur","tag-jazz","tag-le","tag-modernite","tag-societal","tag-surmodernite","tag-vian"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77284","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77284"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77284\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77284"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77284"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77284"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}