{"id":77293,"date":"2017-06-01T09:08:55","date_gmt":"2017-06-01T09:08:55","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/06\/01\/bakounine-le-bon-et-le-crepuscule-europeen\/"},"modified":"2017-06-01T09:08:55","modified_gmt":"2017-06-01T09:08:55","slug":"bakounine-le-bon-et-le-crepuscule-europeen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/06\/01\/bakounine-le-bon-et-le-crepuscule-europeen\/","title":{"rendered":"Bakounine, Le Bon et le cr\u00e9puscule europ\u00e9en"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Bakounine, Le Bon et le cr\u00e9puscule europ\u00e9en<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai \u00e9crit de nombreux textes qui tournent autour du m\u00eame th\u00e8me, de la m\u00eame constatation.<strong> Les choses, les probl\u00e8mes ne changent plus depuis deux si\u00e8cles ou presque.<\/strong> Lisez la conclusion des m\u00e9moires d&rsquo;Outre-tombe de Chateaubriand et vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 dans notre vieux monde. Monde unifi\u00e9, monde laid, monde antiartistique, monde d\u00e9civilis\u00e9, monde de contr\u00f4le, d&rsquo;argent et de quantit\u00e9. Les probl\u00e8mes que nous vivons semblent sortis d&rsquo;hier. Or c&rsquo;est faux, ils sont anciens, et c&rsquo;est pourquoi je conseille la lecture des auteurs comme Le Bon, Tocqueville ou bien s&ucirc;r Ren\u00e9 Gu\u00e9non ou Evola.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je vais parler de notre Italie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les probl\u00e8mes italiens sont vieux et ils datent de son unification rat\u00e9e par une clique corrompue, celle qui  la soumit ensuite \u00e0 l&rsquo;Angleterre (lib\u00e9raux, s\u00e9nateurs, ma\u00e7ons), \u00e0 l&rsquo;Allemagne, \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique puis \u00e0 l&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 1869 le r\u00e9volutionnaire Bakounine observe d\u00e9j\u00e0 ce maigre bilan :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Nulle part on ne peut aussi bien \u00e9tudier qu&rsquo;en Italie le n\u00e9ant du vieux principe de la r\u00e9volution exclusivement politique, et la d\u00e9cadence de la bourgeoisie, cette repr\u00e9sentante exclusive des id\u00e9es de 89 et de 93 et de ce qu&rsquo;on appelle encore aujourd&rsquo;hui le patriotisme r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Sortie d&rsquo;une r\u00e9volution nationale victorieuse, rajeunie, triomphante, ayant d&rsquo;ailleurs la fortune si rare de poss\u00e9der un h\u00e9ros et un grand homme, Garibaldi et Mazzini, l&rsquo;Italie, cette patrie de l&rsquo;intelligence et de la beaut\u00e9, devait, paraissait-il, surpasser en peu d&rsquo;ann\u00e9es toutes les autres nations en prosp\u00e9rit\u00e9 et en grandeur. Elle les a surpass\u00e9es toutes en mis\u00e8re. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et de constater tristement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; Moins de cinq ann\u00e9es d&rsquo;ind\u00e9pendance avaient suffi pour ruiner ses finances, pour plonger tout le pays dans une situation \u00e9conomique sans issue, pour tuer son industrie, son commerce, et, qui plus est, pour d\u00e9truire dans la jeunesse bourgeoise cet esprit d&rsquo;h\u00e9ro\u00efque d\u00e9vouement qui pendant plus de trente ans avait servi de levier puissant \u00e0 Mazzini &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pays mort-n\u00e9 comme notre Europe de la Fin des Temps (il r\u00e8gne une atmosph\u00e8re \u00e9volienne, de Kali-Yuga dans le texte du grand Bakounine) ou notre France r\u00e9publicaine, la bourgeoisie mondialis\u00e9e scia la branche du <em>risorgimento<\/em> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le triomphe de la cause nationale, au lieu de tout raviver, avait \u00e9cras\u00e9 tout. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement la prosp\u00e9rit\u00e9 mat\u00e9rielle, l&rsquo;esprit m\u00eame \u00e9tait mort ; et l&rsquo;on \u00e9tait bien surpris en voyant cette jeunesse d&rsquo;un pays politiquement renaissant, vieille de je ne sais combien de si\u00e8cles, et qui, n&rsquo;ayant rien oubli\u00e9, n&rsquo;avait aucun souci d&rsquo;apprendre quelque chose. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le besoin de places qui s&rsquo;est vu depuis avec leur Europe est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; On ne peut gu\u00e8re s&rsquo;imaginer quelle immense convoitise de positions sociales et de places a \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9e au sein de la bourgeoisie italienne par le triomphe de la r\u00e9volution nationale. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;est n\u00e9e la fameuse Consorteria,<strong> cette ligue bourgeoise qui, s&rsquo;\u00e9tant empar\u00e9e de tous les emplois lucratifs, malm\u00e8ne, d\u00e9shonore, pille aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Italie<\/strong>, et qui, apr\u00e8s avoir tra&icirc;n\u00e9 cette patrie italienne par toutes les boues possibles, l&rsquo;a fait aboutir aux d\u00e9sastres de Custozza, de Lissa et de Mentana. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les m\u00eames probl\u00e8mes (d\u00e9natalit\u00e9, d\u00e9clin culturel, militarisme, \u00e9tatisme) se posent vers 1890. Le savant fran\u00e7ais Gustave Le Bon remarque alors dans un grand livre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<strong> Le principe des nationalit\u00e9s<\/strong>, si cher jadis aux hommes d&rsquo;&Eacute;tat et dont ils faisaient tout le fondement de leur politique, peut \u00eatre encore cit\u00e9 parmi les id\u00e9es directrices dont il a fallu subir la dangereuse influence<strong>. Sa r\u00e9alisation a conduit l&rsquo;Europe aux guerres les plus d\u00e9sastreuses, l&rsquo;a mise sous les armes et conduira successivement tous les &Eacute;tats modernes \u00e0 la ruine et \u00e0 l&rsquo;anarchie.<\/strong> Le seul motif apparent qu&rsquo;on pouvait invoquer pour d\u00e9fendre ce principe \u00e9tait que les pays les plus grands et les plus peupl\u00e9s sont les plus forts et les moins menac\u00e9s. Secr\u00e8tement, on pensait aussi qu&rsquo;ils \u00e9taient les plus aptes aux conqu\u00eates &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme L\u00e9opold Kohr, le tr\u00e8s habile <strong>Le Bon, qui a tout annonc\u00e9 parce qu&rsquo;il a tout \u00e9tudi\u00e9<\/strong>, fait l&rsquo;\u00e9loge du <em>Small is beautif<\/em>ul :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Or, il se trouve aujourd&rsquo;hui que ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment <strong>les pays les plus petits et les moins peupl\u00e9s : le Portugal, la Gr\u00e8ce, la Suisse, la Belgique, la Su\u00e8de, les minuscules principaut\u00e9s des Balkans, qui sont les moins menac\u00e9s. L&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;unit\u00e9 a ruin\u00e9 l&rsquo;Italie, jadis si prosp\u00e8re, au point qu&rsquo;elle est aujourd&rsquo;hui \u00e0 la veille d&rsquo;une r\u00e9volution et d&rsquo;une faillite<\/strong>. Le budget annuel des d\u00e9penses de tous les &Eacute;tats italiens, qui, avant la r\u00e9alisation de l&rsquo;unit\u00e9 italienne, s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 550 millions, atteint 2 milliards aujourd&rsquo;hui. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et Le Bon souligne aussi<strong> la faiblesse des pays latins, corrompus depuis des lustres selon lui par le verbalisme, le socialisme, l&rsquo;anarchie et le c\u00e9sarisme <\/strong>! Mais c&rsquo;est plus compliqu\u00e9. Car <strong>ce si\u00e8cle de l&rsquo;unification fut celui du r\u00e8gne de la quantit\u00e9 au sens gu\u00e9nonien, et l&rsquo;on peut dire d&rsquo;ailleurs que la belle Allemagne, celle de la musique et de la philosophie, de la po\u00e9sie et du romantisme, prit fin <\/strong>avec son unit\u00e9 qui d\u00e9boucha sur l&rsquo;industrialisme, le socialisme et le bellicisme que l&rsquo;on sait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gustave Le Bon encore, comme s&rsquo;il avait pr\u00e9vu le nazisme :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>L&rsquo;Allemagne moderne<\/strong>, malgr\u00e9 de trompeuses apparences de prosp\u00e9rit\u00e9, en sera sans doute la premi\u00e8re victime, \u00e0 en juger par le succ\u00e8s des diverses sectes qui y pullulent. <strong>Le socialisme qui la ruinera sera <\/strong>sans doute rev\u00eatu de formules scientifiques rigides, bonnes tout au plus pour une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale que l&rsquo;humanit\u00e9 ne produira jamais, mais ce dernier fils de la raison pure sera plus <strong>intol\u00e9rant et plus redoutable que tous ses a&icirc;n\u00e9s<\/strong>. Aucun peuple n&rsquo;est aussi bien pr\u00e9par\u00e9 que l&rsquo;Allemagne \u00e0 le subir.<strong> Aucun n&rsquo;a plus perdu aujourd&rsquo;hui l&rsquo;initiative, l&rsquo;ind\u00e9pendance et l&rsquo;habitude de se gouverner.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Chroniques sur la Fin de l&rsquo;Histoire (Kindle)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Bon- Lois psychologiques de l&rsquo;\u00e9volution des peuples<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Leopold Kohr- the Breakdown of nations<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bakounine_ Lettre aux r\u00e9dacteurs du R\u00e9veil, \u00e0 Paris, octobre 1869 (in\u00e9dit)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bakounine, Le Bon et le cr\u00e9puscule europ\u00e9en J&rsquo;ai \u00e9crit de nombreux textes qui tournent autour du m\u00eame th\u00e8me, de la m\u00eame constatation. 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