{"id":77299,"date":"2017-06-05T10:05:14","date_gmt":"2017-06-05T10:05:14","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/06\/05\/chateaubriand-et-le-genie-du-royalisme\/"},"modified":"2017-06-05T10:05:14","modified_gmt":"2017-06-05T10:05:14","slug":"chateaubriand-et-le-genie-du-royalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/06\/05\/chateaubriand-et-le-genie-du-royalisme\/","title":{"rendered":"Chateaubriand et le g\u00e9nie du royalisme"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Chateaubriand et le g\u00e9nie du royalisme<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Vers la fin de ses M\u00e9moires Chateaubriand se surpasse. Il y a cette conclusion qui ouvre mon livre sur les \u00e9crivains et la conspiration, et puis il y a ce passage situ\u00e9 aussi \u00e0 Prague, cet hommage plut\u00f4t \u00e0 un Charles X exil\u00e9 et entour\u00e9 de ses petits-enfants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est la fin des vielles races au sens de Mallarm\u00e9 (Igitur) ou du <em>plaisir de Dieu<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On est au tome 3,<strong> L.37 Chapitre 5<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Sur le malheur qui fait dispara&icirc;tre l&rsquo;ancienne France :<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Peut&minus;\u00eatre, en s&rsquo;\u00e9pargnant la peine de prendre un parti, on s&rsquo;endormira dans des habitudes ch\u00e8res \u00e0 la faiblesse, douces \u00e0 la vie de famille, commodes \u00e0 la lassitude suite de longues souffrances. <strong>Le malheur qui se perp\u00e9tue produit sur l&rsquo;\u00e2me l&rsquo;effet de la vieillesse sur le corps ; on ne peut plus remuer ; on se couche. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le feuilleton de TF1 (1978), le duc parlera de l&rsquo;histoire comme tra&icirc;tresse. C&rsquo;est vrai, mais il ne faut pas oublier non plus que <strong>l&rsquo;histoire s&rsquo;est couch\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le malheur ressemble encore \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cuteur des hautes justices du ciel : il d\u00e9pouille les condamn\u00e9s, arrache au roi son sceptre, au militaire son \u00e9p\u00e9e, il \u00f4te le d\u00e9corum au noble, le c&oelig;ur au soldat, et les renvoie d\u00e9grad\u00e9s dans la foule.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chateaubriand est nietzsch\u00e9en ici : au roi, au noble, au soldat succ\u00e8de la foule.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sublime r\u00e9flexion, bonne pour Perceval, sur les rat\u00e9s de la jeunesse (on croit qu&rsquo;on a le temps) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, <strong>on tire de l&rsquo;extr\u00eame jeunesse des raisons d&rsquo;atermoiements : quand on a beaucoup de temps \u00e0 d\u00e9penser, on se persuade qu&rsquo;on peut attendre, on a des ann\u00e9es \u00e0 jouer devant les \u00e9v\u00e9nements<\/strong> : &quot; Ils viendront \u00e0 nous, s&rsquo;\u00e9crie&minus;t&minus;on, sans que nous nous en mettions en peine ; tout m&ucirc;rira, le jour du tr\u00f4ne arrivera de lui&minus;m\u00eame ; dans vingt ans les pr\u00e9jug\u00e9s se seront effac\u00e9s. &quot; Ce calcul pourrait avoir quelque justesse si les g\u00e9n\u00e9rations ne s&rsquo;\u00e9coulaient pas ou ne devenaient pas indiff\u00e9rentes ; mais telle chose peut para&icirc;tre une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque et n&rsquo;\u00eatre pas m\u00eame sentie \u00e0 une autre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>H\u00e9las ! avec quelle rapidit\u00e9 les choses s&rsquo;\u00e9vanouissent ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai retrouv\u00e9 ce passage gr\u00e2ce toujours aux fus\u00e9es de Baudelaire (merci donc \u00e0 Pierre P.).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 les petits-enfants, avec cette princesse Louise admirable, la parfaite \u00e9l\u00e8ve :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les enfants sont entr\u00e9s, le duc de Bordeaux conduit par son gouverneur, Mademoiselle par sa gouvernante. Ils ont couru embrasser leur grand&minus;p\u00e8re, puis ils se sont pr\u00e9cipit\u00e9s vers moi ; nous nous sommes nich\u00e9s dans l&#8217;embrasure d&rsquo;une fen\u00eatre donnant sur la ville et ayant une vue superbe. J&rsquo;ai renouvel\u00e9 mes compliments sur la le\u00e7on d&rsquo;\u00e9quitation. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La petite princesse Louise (qui aura une vie triste) est bonne lectrice du ma&icirc;tre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip; mais j&rsquo;ai vu beaucoup de serpents en Am\u00e9rique. &minus; Oh ! oui, dit la princesse Louise, le serpent \u00e0 sonnette, dans le <em>G\u00e9nie du Christianisme<\/em>. &quot;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je m&rsquo;inclinai pour remercier Mademoiselle. &quot; Mais vous avez vu bien d&rsquo;autres serpents ? a repris Henri. Sont&minus;ils bien m\u00e9chants ? &minus; Quelques&minus;uns, monseigneur sont fort dangereux, d&rsquo;autres n&rsquo;ont point de venin et on les fait danser. &quot;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On adore les animaux, car est des enfants :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les deux enfants se sont rapproch\u00e9s de moi avec joie, tenant leurs quatre beaux yeux brillants fix\u00e9s sur les miens. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les deux petits princes sont incollables sur la vieille histoire de leur race (cela nous change des h\u00e9ritiers du tr\u00f4ne qui tra&icirc;nent dans les universit\u00e9s US) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Apr\u00e8s cette belle conversation de serpents, de cataracte, de pyramides, de saint tombeau, Mademoiselle m&rsquo;a dit : &quot; Voulez&minus;vous me faire une question sur l&rsquo;histoire ? &minus; Comment, sur l&rsquo;histoire ? &minus; Oui, questionnez&minus;moi sur une ann\u00e9e, l&rsquo;ann\u00e9e la plus obscure de toute l&rsquo;histoire de France, except\u00e9 le dix&minus;septi\u00e8me et le dix&minus;huiti\u00e8me si\u00e8cle que nous n&rsquo;avons pas encore commenc\u00e9s &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a quelque chose de d\u00e9risoire dans cette \u00e9rudition gratuite. Mais c&rsquo;est ce qui la rend sublime. On est pass\u00e9 de la basilique des rois au centre commercial.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Vous ne vous en rendez pas compte ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je commen\u00e7ai par ob\u00e9ir \u00e0 la princesse et je dis : &quot; Eh bien ! Mademoiselle veut&minus;elle me dire ce qui se passait et qui r\u00e9gnait en France en 1001 ? &quot; Voil\u00e0 le fr\u00e8re et la soeur \u00e0 chercher, Henri se prenant le toupet, Mademoiselle ombrant son visage avec ses deux mains, fa\u00e7on qui lui est famili\u00e8re, comme si elle jouait \u00e0 <em>cache&minus;cache<\/em>, puis elle d\u00e9couvre subitement sa mine jeune et gaie, sa bouche souriante, ses regards limpides. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une vraie d\u00e9licate la princesse :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Elle dit la premi\u00e8re : &quot; C&rsquo;\u00e9tait Robert qui r\u00e9gnait, Gr\u00e9goire V \u00e9tait pape, Basile III empereur d&rsquo;Orient&#8230; &ndash; Et Othon III empereur d&rsquo;Occident &quot;, cria Henri qui se h\u00e2tait pour ne pas rester derri\u00e8re sa soeur, et il ajouta : &quot; Veremond II en Espagne. &quot; Mademoiselle lui coupant la parole dit : &quot; Ethelr\u00e8de en Angleterre. &minus; Non pas, dit son fr\u00e8re, c&rsquo;\u00e9tait Edmond, C\u00f4te&minus;de&minus;Fer. &quot; Mademoiselle avait raison, Henri se trompait de quelques ann\u00e9es en faveur de <em>C\u00f4te&minus;de&minus;Fer <\/em>qui l&rsquo;avait charm\u00e9 ; mais cela n&rsquo;en \u00e9tait pas moins prodigieux &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chateaubriand se lance dans une vieille vocation nostalgique dont il a le secret :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aimables enfants ! le vieux crois\u00e9 vous a cont\u00e9 les aventures de la Palestine, mais non au foyer du ch\u00e2teau de la reine Blanche ! Pour vous trouver, il est venu heurter avec son b\u00e2ton de palmier et ses sandales poudreuses au seuil glac\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tranger. Blondel a chant\u00e9 en vain au pied de la tour des ducs d&rsquo;Autriche ; sa voix n&rsquo;a pu vous rouvrir les chemins de la patrie. <strong>Jeunes proscrits, le voyageur aux terres lointaines vous a cach\u00e9 une partie de son histoire, il ne vous a pas dit que, po\u00e8te et proph\u00e8te, il a tra&icirc;n\u00e9 dans les for\u00eats de la Floride et sur les montagnes de la Jud\u00e9e autant de d\u00e9sesp\u00e9rances, de tristesses et de passions, que vous avez d&rsquo;espoir, de joie et d&rsquo;innocence <\/strong>; qu&rsquo;il fut une journ\u00e9e o&ugrave;, comme Julien, il jeta son sang vers le ciel, sang dont le Dieu de mis\u00e9ricorde lui a conserv\u00e9 quelques gouttes pour racheter celles qu&rsquo;il avait livr\u00e9es au dieu de mal\u00e9diction. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On termine par un triste jeu de cartes ; les couloirs d\u00e9serts du palais r\u00e9sonnent et frissonnent :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le jeu fini, le Roi me souhaita le bon soir. Je passai les salles d\u00e9sertes et sombres que j&rsquo;avais travers\u00e9es la veille, les m\u00eames escaliers, les m\u00eames cours, les m\u00eames gardes, et, descendu des talus de la colline, je regagnai mon auberge en m&rsquo;\u00e9garant dans les rues et dans la nuit. Charles X restait enferm\u00e9 dans les masses noires que je quittais : rien ne peut peindre la tristesse de son abandon et de ses ann\u00e9es. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce roi a toujours eu ma sympathie, c&rsquo;est le vrai dernier roi, un roi de sacre. Comme dit Stendhal, on ne fut jamais aussi heureux que sous son r\u00e8gne. Alors, apr\u00e8s le g\u00e9nie du christianisme, merci \u00e0 Chateaubriand pour ce g\u00e9nie du royalisme.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chateaubriand et le g\u00e9nie du royalisme Vers la fin de ses M\u00e9moires Chateaubriand se surpasse. Il y a cette conclusion qui ouvre mon livre sur les \u00e9crivains et la conspiration, et puis il y a ce passage situ\u00e9 aussi \u00e0 Prague, cet hommage plut\u00f4t \u00e0 un Charles X exil\u00e9 et entour\u00e9 de ses petits-enfants. C&rsquo;est&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2640,3238,2875,13080,13081,7385],"class_list":["post-77299","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-bonnal","tag-charles","tag-chateaubriand","tag-education","tag-princes","tag-x"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77299","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77299"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77299\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77299"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77299"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77299"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}