{"id":77313,"date":"2017-06-14T11:03:59","date_gmt":"2017-06-14T11:03:59","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/06\/14\/simulacre-usa-a-lorigine\/"},"modified":"2017-06-14T11:03:59","modified_gmt":"2017-06-14T11:03:59","slug":"simulacre-usa-a-lorigine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/06\/14\/simulacre-usa-a-lorigine\/","title":{"rendered":"Simulacre-USA, \u00e0 l&rsquo;origine"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Simulacre-USA, \u00e0 l&rsquo;origine<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>14 juin 2017 &ndash; Il est entendu que John \u00ab\u00a0<em>Black Jack<\/em>\u00a0\u00bb Pershing d\u00e9barquant du bateau et posant le pied sur le sol fran\u00e7ais, et proclamant \u00ab\u00a0<em>Lafayette, We Are Here<\/em>\u00a0\u00bb (ce qu&rsquo;il n&rsquo; jamais dit, la chose ayant \u00e9t\u00e9 dite avant lui par <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Charles_E._Stanton\">Charles E. Stanton<\/a> et r\u00e9attribu\u00e9e, mythe d\u00e9j\u00e0 en formation, \u00e0 Pershing par un officier des RP) ; les <em>Sammies <\/em>d\u00e9filant par milliers dans les villes fran\u00e7aises en 1917, les journaux fran\u00e7ais chantant la gloire de la banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e illustrent l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement du d\u00e9but de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de communication des USA sur la France (sur l&rsquo;Europe), qui s&rsquo;illustre par l&rsquo;acte d\u00e9cisif qui permit la victoire de 1918. Je ne discuterais pas la premi\u00e8re proposition, mais en rempla\u00e7ant le mot \u00ab\u00a0h\u00e9g\u00e9monie\u00a0\u00bb par l&rsquo;expression \u00ab\u00a0simulacre d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie\u00a0\u00bb ; quant \u00e0 la seconde, <strong>elle est outrageusement fausse, un mythe, une idole de la nouvelle religion transatlantique \u00e0 laquelle la France en premier fit acte de \u00ab\u00a0servitude volontaire\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est important de d\u00e9construire cette architecture subversive de d\u00e9construction de la v\u00e9rit\u00e9 historique (\u00ab\u00a0<strong>d\u00e9construire une d\u00e9construction<\/strong>\u00ab\u00a0). Il est essentiel de  savoir que les USA jou\u00e8rent un r\u00f4le op\u00e9rationnel tr\u00e8s mineur, &ndash; \u00e0 peine sup\u00e9rieur \u00e0 celui des valeureux Belges, qui sont tout de m\u00eame dans une autre \u00e9chelle de puissance, &ndash;  dans la victoire de 1918. Au contraire, <strong>cette victoire fut assur\u00e9e pour l&rsquo;essentiel par une arm\u00e9e fran\u00e7aise irr\u00e9sistible, absolument transform\u00e9e, reconstitu\u00e9e, ren\u00e9e en une puissance op\u00e9rationnelle, humaine et industrielle, comme la premi\u00e8re arm\u00e9e du monde apr\u00e8s la terrible ann\u00e9e 1917<\/strong> (Le Chemin des Dames suivi des mutineries) ; et l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise second\u00e9e dans l&rsquo;irr\u00e9sistible victoire stupidement sacrifi\u00e9e sur l&rsquo;autel d&rsquo;une diplomatie o&ugrave; la trahison s&rsquo;exprima de tous les c\u00f4t\u00e9s chez les Alli\u00e9s, <strong>par la participation \u00e9tonnante de puissance et de courage<\/strong> de l&rsquo;arm\u00e9e italienne contre l&rsquo;Autriche-Hongrie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un petit bouquin qui ne paye pas de mine vous r\u00e8gle tout cela, allant dans le sens que j&rsquo;ai toujours eu intuitivement \u00e0 partir de certains faits militaires av\u00e9r\u00e9s. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du <em>Mythe du Sauveur Am\u00e9ricain<\/em> &ndash; <em>Essai sur une imposture historique<\/em> de Dominique Lormier (*) est dans ceci qu&rsquo;il nous donne <strong>une synth\u00e8se rapide du ph\u00e9nom\u00e8ne (l&rsquo;imposture)<\/strong>, charpent\u00e9e sur une multitude de d\u00e9tails essentiels et de citations venues des archives, sur les effectifs, les mat\u00e9riels, la r\u00e9partition des forces, les op\u00e9rations et les chefs qui les dirig\u00e8rent, durant cette p\u00e9riode d\u00e9cisive entre la fin du printemps 1918 (avril-mai) et l&rsquo;armistice du 11 novembre. Une place essentielle est faite sur la posture des forces am\u00e9ricaines, leurs effectifs, leurs op\u00e9rations, leur comportement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le livre commence par un chapitre consacr\u00e9 aux op\u00e9rations entre le 21 mars et le 1<sup>er<\/sup> mai 1918, ou comment l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise sauva l&rsquo;arm\u00e9e britannique du d\u00e9sastre sans la moindre participation am\u00e9ricaine. (Foch comme g\u00e9n\u00e9ralissime des forces alli\u00e9es depuis mars joua un r\u00f4le d&rsquo;influence pr\u00e9pond\u00e9rant dans cette op\u00e9ration, convainquant un P\u00e9tain [commandant en chef de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise] qui pensait \u00e0 garder ses forces de r\u00e9serve essentiellement pour couvrir Paris, d&rsquo;en d\u00e9tacher une partie pour soutenir l&rsquo;aile droite des Britanniques, avec leur VI\u00e8me Arm\u00e9e en pleine d\u00e9route.) Le 1<sup>er<\/sup> mai 1918, les Fran\u00e7ais tiennent 700 des 850 kilom\u00e8tres du front de l&rsquo;Ouest, alignant 110 divisions, avec 12 divisions belges, 46 britanniques, 4 am\u00e9ricaines et 2 italiennes, contre 204 divisions allemandes. Le 1<sup>er<\/sup> ao&ucirc;t 1918, il y a 1.300.000 soldats am\u00e9ricains en France, mais seulement 150.000 ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9s dans les combats. Ce contingent a particip\u00e9 avec grand courage \u00e0 la deuxi\u00e8me victoire de la Marne de juillet, la bataille d\u00e9cisive de la fin du conflit, alors que les Fran\u00e7ais alignent 1.100.000 combattants qui se battent non moins courageusement dans cette m\u00eame bataille. Le 1<sup>er<\/sup> novembre 1918 sur la ligne du front de l&rsquo;Ouest en France, l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine aligne 400.000 combattants, dont 200.000 consid\u00e9r\u00e9s comme non encore aguerris, tandis que l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise d\u00e9ploie 2.600.000 combattants, l&rsquo;arm\u00e9e britannique 1.700.000, l&rsquo;arm\u00e9e belge 170.000 et l&rsquo;arm\u00e9e italienne 60.000. La France dispose d&rsquo;une \u00e9crasante sup\u00e9riorit\u00e9 mat\u00e9rielle qu&rsquo;elle utilise avec une souplesse et une efficacit\u00e9 exceptionnelles. (Pour les chars par exemple, 2.600 suppl\u00e9\u00e9s par les 610 de l&rsquo;arm\u00e9e britannique, et 250 chars fran\u00e7ais livr\u00e9s aux Am\u00e9ricains, contre 50 chars du c\u00f4t\u00e9 allemand)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Directement derri\u00e8re l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, on trouve comme contributrice essentielle \u00e0 la victoire g\u00e9n\u00e9rale l&rsquo;arm\u00e9e italienne avec ses 2.204.000 combattants, qui obtient la capitulation de l&rsquo;Autriche-Hongrie huit jours avant l&rsquo;armistice du 11 novembre. Lormier insiste sur la fa\u00e7on indigne dont l&rsquo;Italie fut et reste trait\u00e9e dans l&rsquo;historiographie de la Grande Guerre, y compris par des historiens fran\u00e7ais, et bien entendu abondamment par les historiens anglo-saxons qui limitent la <em>vista <\/em>et la puissance des forces alli\u00e9es dans la Grande Guerre aux seuls Britanniques renforc\u00e9s par les glorieux Am\u00e9ricains. Il cite les observations admiratives du courage des Italiens de P\u00e9tain et de Mangin, et rapporte cette note du mar\u00e9chal Hindenburg : &laquo;<em> Beaucoup plus que l&rsquo;engagement de quelques divisions am\u00e9ricaines sur le front occidental, ce fut la d\u00e9faite de notre alli\u00e9 austro-hongrois contre l&rsquo;Italie qui nous poussa \u00e0 conclure aussi rapidement un armistice avec les Alli\u00e9s. La perte d&rsquo;une soixantaine de divisions austro-hongroises \u00e9tait pour nous un d\u00e9sastre irr\u00e9m\u00e9diable&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A la litanie des chiffres absolument impressionnants s&rsquo;ajoute celle des faiblesses de l&rsquo;arm\u00e9e US. L&rsquo;amateurisme des Am\u00e9ricains, leur absence d&rsquo;organisation, leurs difficult\u00e9s \u00e0 mettre en place des commandements capables de ma&icirc;triser les op\u00e9rations, leurs d\u00e9ficiences en mat\u00e9riels, leurs erreurs tactiques, le peu d&rsquo;attention port\u00e9e aux pertes par Pershing, tout cela doit \u00eatre pris en compte pour pulv\u00e9riser le mythe qui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 \u00e0 nos m\u00e9moires, sans pour autant ignorer le courage exceptionnel que montr\u00e8rent certaines unit\u00e9s, notamment durant la deuxi\u00e8me bataille de la Marne, et le combat l\u00e9gendaire livr\u00e9 par une brigade des Marines dans la bataille du bois de Belleau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Ainsi pulv\u00e9rise-t-on le mythe simplement en d\u00e9couvrant ce qui, justement, a permis au mythe de s&rsquo;installer<\/strong>, confirmant le caract\u00e8re absolument inverti de la modernit\u00e9 et l&rsquo;avantage donn\u00e9 au simulacre contre le mod\u00e8le. Les difficult\u00e9s am\u00e9ricaines \u00e0 s&rsquo;adapter et \u00e0 int\u00e9grer les enseignements des d\u00e9tachements (fran\u00e7ais) charg\u00e9s de les entra&icirc;ner, leur tendance \u00e0 ajouter du poids l\u00e0 o&ugrave; la qualit\u00e9 ne s&rsquo;affirme pas et \u00e0 mettre l&rsquo;accent sur l&rsquo;abondance de la logistique pour dissimuler la faiblesse de la participation au combat, &ndash; ce qui d\u00e9bouche sur une arm\u00e9e d&rsquo;un million six cent mille hommes install\u00e9e en France pour 400.000 soldats d\u00e9ploy\u00e9s sur le front et en r\u00e9serve op\u00e9rationnelle le 11 novembre, &ndash; tout cela donne \u00e0 la population et aux diff\u00e9rents moyens de communication (presse &#038; le reste) <strong>l&rsquo;impression d&rsquo;une force gigantesque install\u00e9e en France, en cela v\u00e9ritable simulacre<\/strong>. Les consignes du pouvoir politique d&rsquo;acclamation et de publicit\u00e9 exalt\u00e9es de l&rsquo;aide US font le reste, dans une occurrence o&ugrave; les chefs militaires les plus exp\u00e9riment\u00e9s ne sont parfois pas en reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(La phrase de P\u00e9tain apr\u00e8s sa prise du commandement en chef et l&rsquo;apaisement des mutineries en juin-juillet 1917 pour r\u00e9sumer sa strat\u00e9gie, &mdash; &laquo; <em>J&rsquo;attends les chars et les Am\u00e9ricains<\/em> &raquo;, &ndash; est extr\u00eamement malheureuse, parce qu&rsquo;\u00e0 moiti\u00e9 vraie et \u00e0 moiti\u00e9 fausse : qu&rsquo;il ait attendu les chars, tout le monde le comprend et partage cette attente, d&rsquo;autant que les Fran\u00e7ais produisent les meilleurs chars, tr\u00e8s rapidement, et sont les plus habiles \u00e0 en comprendre l&#8217;emploi et l&rsquo;efficacit\u00e9. Mais \u00ab\u00a0attendre les Am\u00e9ricains\u00a0\u00bb ? A part l&rsquo;apport psychologique de cette attente en 1917 o&ugrave; le moral fran\u00e7ais \u00e9tait tr\u00e8s atteint, c&rsquo;\u00e9tait bien inutile et l&rsquo;on comprend ais\u00e9ment que le but prioritaire de Pershing en France \u00e9tait de constituer et de garder \u00e0 tout pris l&rsquo;autonomie de son arm\u00e9e de l&#8217;emprise des Alli\u00e9s, pour imposer \u00e0 Washington D.C. le fait accompli de l&rsquo;installation d&rsquo;une grande institution militaire. Pour le reste, Pershing comme Wilson \u00e9tait persuad\u00e9 que la guerre durerait jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de 1919 et consacrerait op\u00e9rationnellement la pr\u00e9dominance institutionnelle de l&rsquo;U.S. Army.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;entreprise de la construction du mythe de l&rsquo;invincibilit\u00e9 de la puissance de l&rsquo;am\u00e9ricanisme (utilement compl\u00e9t\u00e9 par le \u00ab\u00a0d\u00e9clinisme\u00a0\u00bb fran\u00e7ais d\u00e9bouchant sur l&rsquo;auto-flagellation actuelle) qui va empoisonner tout le XX\u00e8me si\u00e8cle jusqu&rsquo;\u00e0 nous, et qui se poursuit en ce d\u00e9but de XXI\u00e8me si\u00e8cle, cette construction s&rsquo;ach\u00e8ve par la faute majeure du pouvoir politique, notamment le fran\u00e7ais qui ne semble pas avoir r\u00e9alis\u00e9 que <strong>la puissance fran\u00e7aise sur le terrain lui donnait la capacit\u00e9 d&rsquo;imposer une nouvelle situation strat\u00e9gique pour la victoire, qui aurait totalement modifi\u00e9 la suite<\/strong>. Les grands chefs militaires (Foch, P\u00e9tain, Mangin, Castelnau) jug\u00e8rent catastrophique que l&rsquo;armistice ait emp\u00each\u00e9 &laquo; <em>la puissante offensive en Lorraine<\/em> [sous les ordres de Castelnau]<em>, avec les VIII<sup>\u00e8me<\/sup> et X<sup>\u00e8me<\/sup> arm\u00e9es fran\u00e7aises, regroupant 20 divisions et 600 chars. Ce coup de gr\u00e2ce devant permettre d&rsquo;envahir l&rsquo;Allemagne, uniquement avec des unit\u00e9s fran\u00e7aises, n&rsquo;aura pas lieu<\/em>. [&#8230; Les chefs militaires] <em>estiment que c&rsquo;est une faute capitale d&rsquo;annuler cette offensive. En effet, l&rsquo;Allemagne pr\u00e9serve pour le moment son territoire de toute occupation \u00e9trang\u00e8re, donnant ainsi le sentiment \u00e0 la population et \u00e0 ses militaires qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement vaincue<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les pacifistes sont satisfaits de terminer au plus vite \u00ab\u00a0la der des ders\u00a0\u00bb et, quant aux autres dont nous-m\u00eames, nous h\u00e9rit\u00e2mes de Hitler &#038; le reste en prime.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Note<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>(*) <em>Le Mythe du Sauveur Am\u00e9ricain<\/em> &ndash; <em>Essai sur une imposture historique<\/em> de Dominique Lormier, \u00e9ditions Pierre de Taillac, Paris 2017.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Simulacre-USA, \u00e0 l&rsquo;origine 14 juin 2017 &ndash; Il est entendu que John \u00ab\u00a0Black Jack\u00a0\u00bb Pershing d\u00e9barquant du bateau et posant le pied sur le sol fran\u00e7ais, et proclamant \u00ab\u00a0Lafayette, We Are Here\u00a0\u00bb (ce qu&rsquo;il n&rsquo; jamais dit, la chose ayant \u00e9t\u00e9 dite avant lui par Charles E. 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