{"id":77368,"date":"2017-07-13T16:08:42","date_gmt":"2017-07-13T16:08:42","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/07\/13\/une-histoire-de-lallemagne\/"},"modified":"2017-07-13T16:08:42","modified_gmt":"2017-07-13T16:08:42","slug":"une-histoire-de-lallemagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/07\/13\/une-histoire-de-lallemagne\/","title":{"rendered":"Une histoire de l&rsquo;Allemagne"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Une histoire de l&rsquo;Allemagne<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>13 juillet 2017 &ndash; Voici une histoire de l&rsquo;Allemagne qui n&rsquo;a rien d&rsquo;officiel, rien d&rsquo;acad\u00e9mique, rien d&rsquo;estampill\u00e9 conforme, rien de scientifiquement historiographique selon les canons de la chose. Mais elle ne me semble pas absurde et elle correspond compl\u00e8tement \u00e0 une logique qui rejoint ma propre intuition m\u00e9tahistorique telle que je tente de l&rsquo;exposer, notamment dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement dit du \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-dechainement-de-la-matiere\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La chose vient d&rsquo;un livre d&rsquo;un nomm\u00e9 Jean Bardanne (de son vrai nom Jean Bauret), auteur prolifique et totalement inconnu, ou dans tous les cas compl\u00e8tement oubli\u00e9. (Je parle l\u00e0 de ma propre exp\u00e9rience.) N\u00e9 sans doute en 1894, il a publi\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;une trentaine de livres dont le dernier, semble-t-il, en 1952. La plupart d&rsquo;entre eux, publi\u00e9s entre les deux guerres, portaient sur l&rsquo;Allemagne et faisaient partie de ces livres en si grand nombre, essentiellement sinon exclusivement de droite, tr\u00e8s antiallemands, qu&rsquo;on s&rsquo;est empress\u00e9 d&rsquo;\u00e9touffer et d&rsquo;oublier depuis <strong>parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas tr\u00e8s <em>sexy<\/em> voyez-vous qu&rsquo;on puisse se rappeler qu&rsquo;entre les deux guerres ce fut la droite jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Action Fran\u00e7aise \u00f4 combien qui fut farouchement anti-allemande<\/strong>. (<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/mon-18-juin\">M\u00eame chose<\/a> pour la r\u00e9sistance, et notamment les d\u00e9buts de la r\u00e9sistance venus en tr\u00e8s grande majorit\u00e9 de la droite et de l&rsquo;extr\u00eame-droite, &ndash; <strong>pas <em>sexy<\/em> non plus<\/strong>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est difficile dans cette sorte de livres que publiait Bardanne de distinguer la fiction de la r\u00e9alit\u00e9, comme il est difficile de donner une appr\u00e9ciation de la fiabilit\u00e9 des sources, comme il est tr\u00e8s-difficile j&rsquo;en suis s&ucirc;r de consid\u00e9rer Bardonne comme un auteur \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb. M\u00eame lorsqu&rsquo;il s&rsquo;affirma jusqu&rsquo;en 1941 comme un <a href=\"http:\/\/museedelaresistanceenligne.org\/media6037-i-Petit-catA\">mar\u00e9chaliste mod\u00e9r\u00e9<\/a>, ce qui pourrait remplir de satisfaction nos moralistes courants de la presseSyst\u00e8me, il le fit en d\u00e9non\u00e7ant furieusement la collaboration et resta constamment un ennemi de l&rsquo;Allemagne, comme il s&rsquo;affirma dans toute sa carri\u00e8re (ses livres sont essentiellement politiques) comme un d\u00e9nonciateur du danger allemand&#8230; Pas \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb m\u00eame dans la collaboration, mais patriote.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Combien ce terme, \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb, est trompeur, ambigu, vachard et manipulateur. Nous sommes noy\u00e9s d&rsquo;auteurs \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb, dipl\u00f4m\u00e9s, CNRSis\u00e9s, acad\u00e9mis\u00e9s, r\u00e9seau-socialis\u00e9s, postmodernis\u00e9s, d\u00e9constructeuris\u00e9s, qui font pleuvoir sur nos pauvres esprits des d\u00e9luges de sornettes infantiles \u00e9crites avec une gravit\u00e9 \u00e0 ne pas croire, appuy\u00e9s sur des sources \u00e0 la fois fiables et magiques, et finalement inspir\u00e9s du diable qui toujours a si bien inspir\u00e9 les sots infantiles. Chaque \u00e9poque a son fardeau, la n\u00f4tre porte l&rsquo;abysse terrible et sans fond comme jamais le diable n&rsquo;en inspira, lieu d&rsquo;accueil de leur infantile et m\u00e9diocre sottise.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je vais donc citer un passage (p.83-88) de son livre de 1946, aux \u00e9ditions Siboney, <em>La guerre pour 1948 ?<\/em> D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, on comprend son absence de notori\u00e9t\u00e9, lui qui continuait \u00e0 d\u00e9noncer le danger allemand apr\u00e8s 1945 alors que la politique g\u00e9n\u00e9rale, dict\u00e9e par les USA, \u00e9tait l&rsquo;int\u00e9gration acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e d&rsquo;une Allemagne \u00ab\u00a0d\u00e9mocratis\u00e9e\u00a0\u00bb dans le pseudo-<em>Monde Libre.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans son livre, Bardanne semble d\u00e9crire une enqu\u00eate qu&rsquo;il a effectu\u00e9e en Allemagne en 1946, o&ugrave; il d\u00e9nonce le danger d&rsquo;un n\u00e9o-nazisme destin\u00e9 \u00e0 s&rsquo;allier aux puissances anglo-saxonnes contre le bolch\u00e9visme. Si l&rsquo;on consid\u00e8re l&rsquo;Histoire telle qu&rsquo;on la raconte aujourd&rsquo;hui aux enfants bien sages, cela ressemble \u00e0 un complet d\u00e9lire&#8230; (Pour autant, qu&rsquo;il me soit permis de rappeler qu&rsquo;on peut fixer une \u00e9poque extraordinairement incertaine, compl\u00e8tement \u00e9touff\u00e9e par l&rsquo;historiographie officielle, dans les ann\u00e9es 1945 et 1948, qui est pr\u00e9sent\u00e9e dans le <em>Glossaire.dde <\/em>comme &laquo; <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-trou-noir-du-xxeme-siecle\">Le \u00ab\u00a0Trou Noir\u00a0\u00bb du XX\u00e8me si\u00e8cle <\/a>&raquo;. Dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, bien des politiques qui nous paraissent insens\u00e9es \u00e9taient envisageables.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au cours de ses p\u00e9r\u00e9grinations, Bardanne rencontre un universitaire allemand, le professeur Kannengesser, qualifi\u00e9 par Bardanne d&rsquo;&laquo; <em>antitotalitaire int\u00e9gral<\/em> &raquo; et, pour mon compte, absolument inconnu. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat qui me conduit, c&rsquo;est que ce Kannengesser, en voulant parler de la situation existante alors en Allemagne, est amen\u00e9 \u00e0 faire un historique qui l&rsquo;a conduit \u00e0 la catastrophe de 1945. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une vision absolument anti-prussienne qui nous permet de revoir certaines impressions g\u00e9n\u00e9rales d&rsquo;une fa\u00e7on radicale. J&rsquo;en \u00e9nonce quelques-unes, \u00e0 partir de mon savoir assez restreint&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La Prusse est une imposture \u00e0 tous \u00e9gards y compris pour sa pr\u00e9tendue noblesse et sa grandeur, par rapport au reste de l&rsquo;Allemagne, en termes de civilisation, d&rsquo;organisation et de coh\u00e9rence, de capacit\u00e9 de rangement des choses. Elle est en v\u00e9rit\u00e9 un facteur de d\u00e9s\u00e9quilibre dont le seul argument par rapport aux autres composants allemands est la force ; elle n&rsquo;est pas tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre inspir\u00e9e par des forces diaboliques et repr\u00e9sente parfaitement ce que Guglielmo Ferrero nommait l'\u00a0\u00bb<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-lideal-de-puissance-1\">id\u00e9al de puissance<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; En voulant unifier l&rsquo;Allemagne sous la f\u00e9rule de la Prusse, Bismarck a cr\u00e9\u00e9 le pangermanisme qu&rsquo;il ne cherchait nullement en tant que tel. Il a ouvert la bo&icirc;te de Pandore, lib\u00e9r\u00e9 le monstre qui a ensuite \u00e9volu\u00e9 de lui-m\u00eame, sans discontinuer ni rupture r\u00e9elle, jusqu&rsquo;au nazisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Il n&rsquo;y a donc <strong>aucune \u00ab\u00a0parenth\u00e8se d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb<\/strong> (th\u00e8se selon laquelle Weimar, bien que trop faible pour r\u00e9sister \u00e0 Hitler, avait travaill\u00e9 vec ardeur pour d\u00e9mocratiser l&rsquo;Allemagne). Au contraire, il y a continuit\u00e9 et filiation directe ; comme l&rsquo;affirme le professeur Kannengesser, <strong>Weimar \u00ab\u00a0n&rsquo;a pas d\u00e9mocratis\u00e9 l&rsquo;Allemagne, elle l&rsquo;a nazifi\u00e9e\u00a0\u00bb, elle l&rsquo;a pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 Hitler<\/strong>. (C&rsquo;\u00e9tait une id\u00e9e assez proche de celle de Bainville, le nazisme en moins [Bainville mourut en 1935, avant de pouvoir appr\u00e9cier le nazisme]. Bainville jugeait en 1923 les sociaux-d\u00e9mocrates allemands comme tout aussi pangermanistes que le Grand-Quartier-G\u00e9n\u00e9ral et <strong>comme les continuateurs \u00e0 peine dissimul\u00e9s de l&rsquo;entreprise imp\u00e9riale<\/strong>. Il \u00e9crivait en 1924, \u00e0 propos de Sadowa o&ugrave; la Prusse \u00e9crasa l&rsquo;Autriche-Hongrie : &laquo; <em>La France, en 1866, a cri\u00e9 : \u00ab\u00a0bon d\u00e9barras\u00a0\u00bb \u00e0 ce vieux particularisme allemand ross\u00e9 par la Prusse; nous paierions cher pour le ressusciter aujourd&rsquo;hui et nous saluerions avec plaisir sa renaissance<\/em>&#8230; &raquo; Bainville chroniquait, est-il besoin de le rappeler, \u00e0 <em>L&rsquo;Action Fran\u00e7aise<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Autrement dit, l<strong>a Prusse est une ruse du diable dans le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb<\/strong>, pour emporter la masse allemande vers une folie qui d\u00e9chira l&rsquo;Europe pendant deux si\u00e8cles. Dans ce cas, impossible d&rsquo;exon\u00e9rer la responsabilit\u00e9 dynamique allemande dans la guerre de 1914, avec cette Allemagne qui \u00e9tait avec sa puissance industrielle et d\u00e9mographique, en m\u00eame temps que sa fureur pangermaniste, comme une formidable chaudi\u00e8re productrice d&rsquo;\u00e9nergie et de puissance au centre de l&rsquo;Europe ; ainsi le pangermanisme a-t-il aussi un aspect m\u00e9canique, du progr\u00e8s industriel irr\u00e9sistible que repr\u00e9sente l&rsquo;Allemagne qui s&rsquo;inscrit lui aussi dans le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Extrait des <em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-la-grande-guerre\">&Acirc;mes de Verdun<\/a><\/em> : &laquo;<em>Il y a un autre facteur important, auquel en Allemagne nous ne pr\u00eatons pas toujours attention : c&rsquo;est l&rsquo;impression que fait l&rsquo;Allemagne vue du dehors ; on jette le regard sur cette<\/em> <strong><em>chaudi\u00e8re europ\u00e9enne<\/em><\/strong> (<em>c&rsquo;est moi qui souligne<\/em> [<em>\u00e9crit von Bulow, en commentaire de la lettre de Rathenau<\/em>])<em>, on y voit, entour\u00e9e de nations qui ne bougent plus, un peuple toujours au travail et capable d&rsquo;une \u00e9norme expansion physique ; huit cent mille Allemands de plus chaque ann\u00e9e ; \u00e0 chaque lustre, un accroissement presque \u00e9gal \u00e0 la population des pays scandinaves ou de la Suisse ; et l&rsquo;on se demande combien de temps la France, o&ugrave; se fait le vide, pourra r\u00e9sister \u00e0 la pression atmosph\u00e9rique de cette population.<\/em>&raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; On notera que jamais les particularismes int\u00e9rieurs allemands ne furent compl\u00e8tement vaincus, jusqu&rsquo;\u00e0 la catastrophe hitl\u00e9rienne. Il y a cette anecdote du professeur Kannengesser de troupes bavaroises tirant sur des r\u00e9giments prussiens en 1916, cette intervention suivie d&rsquo;un ordre d&rsquo;une tr\u00e8s dure punition d\u00e9cid\u00e9e par le <em>Kaiser <\/em>et transmise au g\u00e9n\u00e9ral Ludendorff particuli\u00e8rement contrari\u00e9e ; puis Ruprecht de Bavi\u00e8re, qui commande les arm\u00e9es bavaroises mena\u00e7ant de retirer ses forces et d&rsquo;ouvrir ainsi le front aux Fran\u00e7ais si les sanctions n&rsquo;\u00e9taient pas abandonn\u00e9es et Guillaume II c\u00e9dant finalement&#8230; Les trait\u00e9s (Versailles, Trianon) impos\u00e9s par les Alli\u00e9s en 1919 \u00e9touff\u00e8rent tous les particularismes allemands et liquid\u00e8rent la puissance stabilisatrice antiprussienne de l&rsquo;Autriche-Hongrie, pr\u00e9parant ainsi parfaitement la guerre en confirmant la structure de l&rsquo;unification allemande. (Bainville avait vu cela dans ses <em>Cons\u00e9quences politiques de la paix<\/em>&#8230; Il me semble que, lorsqu&rsquo;on voit l&rsquo;Allemagne en action aujourd&rsquo;hui, aussi bien avec l&rsquo;\u00e9pisode grec que dans sa fa\u00e7on de traiter les autres au sein de l&rsquo;UE, y compris pour l&rsquo;affaire des r\u00e9fugi\u00e9s, il s&rsquo;agit bien de l&rsquo;Allemagne d\u00e9crite et d\u00e9cri\u00e9e par le professeur Kannengesser&#8230; <strong>&laquo; <em>L&rsquo;&Eacute;tat-molosse, \u00e9trangleur d&rsquo;hommes<\/em> &raquo; de Kannengesser, c&rsquo;est aussi bien l&rsquo;UE comme institution-lige de Berlin<\/strong>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, le passage (p.83-88) du livre de Bardanne, publi\u00e9 en 1946 aux \u00e9ditions Siboney.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>___________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Extraits de <em>La guerre pour 1948 ?<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le m\u00e9tier semble avoir repris le professeur Kannengiesser au point de se croire au pupitre devant sa classe sur laquelle il \u00ab\u00a0d\u00e9verse l&rsquo;arrosoir\u00a0\u00bb de sa science. Sa face r\u00e9barbative, soudain comme illumin\u00e9 de foi, m&rsquo;impressionne. Avec une passion qu&rsquo;il a peine \u00e0 contenir, il expose :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; La vieille Allemagne, monsieur, c&rsquo;\u00e9tait la bonne et surtout la vraie Allemagne, au caract\u00e8re d\u00e9bonnaire, d&rsquo;une physionomie pittoresque, dont tous les gouvernements avaient, avec un charme d\u00e9suet peut-\u00eatre, une politique patriarcale. Chaque royaume, chaque duch\u00e9, chaque principaut\u00e9 constituait un foyer de culture, une immense famille autour du \u00ab\u00a0p\u00e8re du pays\u00a0\u00bb. On ne pensait alors ni aux guerres, ni aux conqu\u00eates, mais aux bonnes alliances de familles princi\u00e8res. Le malheur de cette bonne vieille Allemagne, celle des antiques familles (comme les Wittelsbach qui r\u00e9gnaient d\u00e9j\u00e0 au XII\u00e8me si\u00e8cle), c&rsquo;est que, justement, n&rsquo;ayant pas d&rsquo;ambition politique, elle laissa peu \u00e0 peu, apr\u00e8s la disparition de Napol\u00e9on, les aventuriers de Berlin mener les affaires de haute diplomatie&#8230; Ce fut l&rsquo;origine de tous les malheurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; L&rsquo;homme qui a transform\u00e9 la Germanie et lui a chang\u00e9 non seulement le visage mais l&rsquo;\u00e2me, c&rsquo;est le prince de Bismarck. C&rsquo;est lui qui, utilisant au profit de son ma&icirc;tre, le pouvoir brutal adapt\u00e9 \u00e0 la force scientifique, a mis en mouvement cette lourde masse populaire d&rsquo;origine infiniment m\u00eal\u00e9e surgissant de cette Prusse froide, pauvre, d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9e, inhospitali\u00e8re, sans go&ucirc;t et presque sans autre histoire que la seule nomenclature fastidieuse de rapts, de pillages et de trahisons de ceux avec lesquels elle avait contract\u00e9 des accords.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; C&rsquo;est Bismarck qui a lanc\u00e9 les hordes de Brandebourgeois m\u00eal\u00e9es d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments slaves et conduites la plupart du temps par des Fran\u00e7ais ren\u00e9gats, &ndash; des grands noms de votre pays, monsieur, &ndash; venus servir le Prussien pour \u00e9chapper au sectarisme religieux de vos souverains. C&rsquo;est Bismarck qui a lanc\u00e9 ces barbares contre l&rsquo;Autriche et la vraie Allemagne. C&rsquo;est lui qui, pour placer \u00e0 la t\u00eate de la Germanie les descendants de petits Burgraves de Nuremberg improvis\u00e9s rois de Prusse, fit quitter \u00e0 la vieille Allemagne \u00ab\u00a0ses ch\u00e2teaux de la Belle-au-Bois-Dormant\u00a0\u00bb, secoua sa philosophie accommodante qui avait charm\u00e9 Renan et \u00e9touffa son lyrisme qui avait ravi Victor Hugo.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; C&rsquo;est Bismarck, &ndash; dont les r\u00eaves ont d\u00e9pass\u00e9 d&rsquo;ailleurs les esp\u00e9rances, &ndash; qui a l\u00e2ch\u00e9 sur la civilisation allemande la brutalit\u00e9 prussienne sans se douter que la noblesse militaire cr\u00e9\u00e9e par Fr\u00e9d\u00e9ric le Grand, les hobereaux et les semi-intellectuels de Berlin n&rsquo;auraient pas la robuste vertu de se contenir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Bismarck, en cr\u00e9ant l&rsquo;Empire allemand, en pla\u00e7ant les princes allemands sous le joug despotique des Hohenzollern, a fait triompher l&rsquo;autoritarisme prussien et implant\u00e9 les th\u00e9ories des \u00e9nergum\u00e8nes du pangermanisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; L&rsquo;inutile guerre de 1914 fut la cons\u00e9quence de la domination des Hohenzollern sur les autres princes allemands. Jamais un Wittelsbach n&rsquo;aurait consenti \u00e0 semblable aventure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Mais il y participa avec toutes ses forces et sans protester.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; En 1916, sur le front fran\u00e7ais, dans un cantonnement de repos, les Bavarois \u00e9taient tellement exasp\u00e9r\u00e9s contre les chefs de l&rsquo;Allemagne qu&rsquo;ils ouvrirent le feu sur une compagnie prussienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Le Quartier G\u00e9n\u00e9ral, tr\u00e8s ennuy\u00e9 de l&rsquo;incident et connaissant l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit des Bavarois, avisa Guillaume II qui ordonna qu&rsquo;un soldat sur dix f&ucirc;t pass\u00e9 par les armes. Mais Ruprecht de Bavi\u00e8re, apprenant la d\u00e9cision du Kaiser, t\u00e9l\u00e9phona \u00e0 Ludendorff, &ndash; depuis quelques jours quartier-ma&icirc;tre de l&rsquo;arm\u00e9e allemande, &ndash; pour lui notifier qu&rsquo;il donnerait dans la nuit, lui Ruprecht de Bavi\u00e8re, l&rsquo;ordre \u00e0 ses troupes de quitter leur emplacement de combat, que le quartier-ma&icirc;tre g\u00e9n\u00e9ral veuille donc prendre toutes mesures pour assurer la rel\u00e8ve, s&rsquo;il ne voulait pas que le lendemain les adversaires de l&rsquo;Empire n&rsquo;aient plus de troupes devant eux dans le secteur d&rsquo;Arras. Guillaume II fut pr\u00e9venu. Il eut, par t\u00e9l\u00e9phone, un entretien violent avec Ruprecht qui ne c\u00e9da point. Guillaume dut annuler son ordre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Les Bavarois ont bien chang\u00e9 ! Ils furent cette fois, et de leur plein gr\u00e9, les plus fid\u00e8les collaborateurs des Prussiens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Pr\u00e9cis\u00e9ment, et ceci par la faute des Alli\u00e9s qui favoris\u00e8rent la destruction des vieilles dynasties princi\u00e8res, qui instaur\u00e8rent une r\u00e9publique centralisatrice enti\u00e8rement \u00e0 la solde du capitalisme et de l&rsquo;autoritarisme pangermaniste<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Pour satisfaire les uns leur sectarisme, les autres leurs formules creuses, vous avez tu\u00e9 le v\u00e9ritable esprit d\u00e9mocratique et patriarcal qui r\u00e9gnait chez nous. Vous avez commis la m\u00eame erreur en Autriche. Et les gens auxquels vous faisiez confiance ont pr\u00e9par\u00e9, avec votre appui, l&rsquo;explosion la plus violente du pangermanisme prussien, une explosion devant laquelle vous n&rsquo;avez pas eu le courage de r\u00e9agir lorsqu&rsquo;il \u00e9tait encore possible de le faire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; D&rsquo;ailleurs, vos r\u00e9actions n&rsquo;eussent fait que retarder l&rsquo;heure de la guerre puisqu&rsquo;en face du pangermanisme prussien, il n&rsquo;y avait pas le contrepoids des anciens &Eacute;tats et de leurs petits souverains. Vous croyiez les avoir d\u00e9mocratis\u00e9s, vous les avez nazifi\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et se levant de son si\u00e8ge, me dominant de toute sa longue maigreur, le doigt tendu, le professeur me posa la question suivante :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Savez-vous ce qu&rsquo;est r\u00e9ellement l&rsquo;autoritarisme prussien ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais avant que j&rsquo;ai pu r\u00e9pondre, il poursuivit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Inutile de chercher une d\u00e9finition politique, &ndash; une formule chimique conviendrait mieux. L&rsquo;autoritarisme prussien, c&rsquo;est le fumier sur lequel se sont vautr\u00e9s les Hohenzollern et qui a \u00e9t\u00e9 enrichi de leur fiente d&rsquo;envie, d&rsquo;orgueil, d&rsquo;app\u00e9tit, de vices. Le fumier a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandu sur toute l&rsquo;Allemagne et c&rsquo;est sur ce fumier qu&rsquo;ont pouss\u00e9 ces champignons v\u00e9n\u00e9neux que l&rsquo;on appelle : pangermanisme, bolchevisme, fascisme, hitl\u00e9risme. Tous ces cryptogrammes sont des moisissures sur le fumier prussien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; L&rsquo;autoritarisme prussien, que la politiquer des Alli\u00e9s renfor\u00e7a en 1919, a \u00e9trangl\u00e9 la vraie Allemagne, qui a fait dispara&icirc;tre les particularisme r\u00e9gionaux, l&rsquo;individualisme, en caporalisant les hommes. Il a cr\u00e9\u00e9 une patrie factice, une patrie dont les Prussiens se pr\u00e9tendent les plus purs citoyens. Or, ils sont, pour la plupart, de race \u00e9trang\u00e8re. Et, en adoptant notre langue, ils ne sont pas m\u00eame arriv\u00e9s \u00e0 maintenir l&rsquo;harmonie de celle-ci ; Croyez-vous, monsieur, que Goethe pourrait admettre l&rsquo;Allemand prussianis\u00e9, macul\u00e9 de grossi\u00e8res expressions \u00e9trang\u00e8res, de termes triviaux, de casernes, d&rsquo;argot d&rsquo;\u00e9tudiants ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ils ont d\u00e9form\u00e9 notre pens\u00e9e, souill\u00e9 notre langue, \u00e9cras\u00e9 notre civilisation qui \u00e9tait tr\u00e8s belle et, sur les ruines, ils ont \u00e9difi\u00e9 un &Eacute;tat-molosse, \u00e9trangleur d&rsquo;hommes&#8230; &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une histoire de l&rsquo;Allemagne 13 juillet 2017 &ndash; Voici une histoire de l&rsquo;Allemagne qui n&rsquo;a rien d&rsquo;officiel, rien d&rsquo;acad\u00e9mique, rien d&rsquo;estampill\u00e9 conforme, rien de scientifiquement historiographique selon les canons de la chose. Mais elle ne me semble pas absurde et elle correspond compl\u00e8tement \u00e0 une logique qui rejoint ma propre intuition m\u00e9tahistorique telle que je&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[3078,13176,4710,3065,2631,2782,3805,2778,13178,13177,3387,6633,2779,13179,9656,7780,13180],"class_list":["post-77368","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-bainville","tag-bardanne","tag-baviere","tag-bismarck","tag-de","tag-ferrero","tag-hitler","tag-ideal","tag-kaiser","tag-kannengesser","tag-noir","tag-prusse","tag-puissance","tag-ruprecht","tag-trou","tag-weimar","tag-wittelsbach"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77368","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77368"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77368\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77368"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77368"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77368"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}