{"id":77427,"date":"2017-08-14T09:54:14","date_gmt":"2017-08-14T09:54:14","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/08\/14\/philippe-grasset-et-lalitterature-notes-sur-le-dernier-roman\/"},"modified":"2017-08-14T09:54:14","modified_gmt":"2017-08-14T09:54:14","slug":"philippe-grasset-et-lalitterature-notes-sur-le-dernier-roman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/08\/14\/philippe-grasset-et-lalitterature-notes-sur-le-dernier-roman\/","title":{"rendered":"Philippe Grasset et l&rsquo;alitt\u00e9rature\u00a0: notes sur le dernier roman"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Philippe Grasset et l&rsquo;alitt\u00e9rature : notes sur le dernier roman<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Comment peut-on \u00eatre romancier, cent ans pr\u00e8s Flaubert, son Bouvard et son copain de plume ? Borges se pose la question.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai connu jeune Raymond Abellio, qui m&rsquo;avait rendu fou de bonheur \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e quand j&rsquo;avais d\u00e9couvert dans les fosses de Vincennes (au S.H.A.T. pour parler comme Philippe et ses imbroglios de sigles) la Fosse de Babel. Le roman du huiti\u00e8me jour ! Ensuite j&rsquo;ai bien connu Jean Parvulesco, qui se surpassait en \u00e9crivant la servante portugaise (car je ne crois qu&rsquo;\u00e0 la chance du d\u00e9butant). Moi-m\u00eame j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s fier de mon Nev le bureaucrate et de son atmosph\u00e8re messianique et  technologique qui avait s\u00e9duit Dimitrijevic. Et je suis reparti dans cette atmosph\u00e8re rococo de litt\u00e9rature d&rsquo;apr\u00e8s la litt\u00e9rature pour faire mes ma&icirc;tres carr\u00e9s. Parodie, recyclage, Dumas, Dostoievski, Leslie Nielsen (la derni\u00e8re star am\u00e9ricaine) et la descente aux affaires remixant Virgile et Trump l&rsquo;humour !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Eh bien j&rsquo;ai retrouv\u00e9 un peu de cette atmosph\u00e8re jubilatoire et rutilante ici.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Philippe Grasset a cr\u00e9\u00e9 le meilleur blog du monde, parce qu&rsquo;il n&rsquo;en est pas un, et un style viral, hypnotique, apocalyptique et translucide qui n&rsquo;appartient qu&rsquo;\u00e0 lui seul. Il d\u00e9crypte pour tout le monde, plagiaires y compris dont moi, les secrets du grand monde, et il nous rappelle \u00e0 ce sujet (&laquo; le roi n&rsquo;est pas un sujet, mais l&rsquo;agence ? &raquo;) les faits suivants dans son Nietzsche au Kosovo.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; L&rsquo;Agence s&rsquo;\u00e9tait fortement implant\u00e9e \u00e0 Paris, dans les milieux intellectuels et artistiques, et donc dans l&rsquo;\u00e9dition, dans les ann\u00e9es 1950, surtout \u00e0 partir d&rsquo;avril 1952 avec le festival du Congr\u00e8s pour la Libert\u00e9 de la Culture. (Jefferson McPeak parlait \u00e0 Cassady comme \u00e0 un \u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;Agence. C&rsquo;est lui faire l&rsquo;honneur qu&rsquo;il m\u00e9rite.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est la litt\u00e9rature sous contr\u00f4le CIA, la litt\u00e9rature et le roman comme s\u00e9vices secrets. Le blogueur d\u00e9jant\u00e9 Miles Mathis nous raconte \u00e7a tout le temps ! Le colonel Kurz lit et cite TS Eliot \u00e0 la fin d&rsquo;Apocalypse Now (voyez mon d\u00e9cryptage sur mon blog \u00e0 images pour grands enfants de trente ans). Tout cela vient des s\u00e9vices secrets qui ont investi la culture. La litt\u00e9rature c&rsquo;est pour les<em> spooks<\/em> (voyez Miles), une poste restante pour grands initi\u00e9s \u00e0 la Schur\u00e9 remix\u00e9s par la CIA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quant \u00e0 Philippe je suis que dans sa for\u00eat ardennaise, il est un chef discret de l&rsquo;Otan d\u00e9guis\u00e9 en promeneur de chien et bradeur antisyst\u00e8me des secrets de l&rsquo;agence. Revoyez le dernier \u00e9pisode du Prisonnier, diantre !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On laisse Philippe nous instruire (son crypt\u00e9 roman devient une nouvelle conversation secr\u00e8te comme chez Coppola) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;\u00e9tait une \u00e9norme organisation, mont\u00e9e et conduite par Michael Josselson, Melvin Lasky, Nicolas Nabokov et d&rsquo;autres, et cela fut un des chefs d&rsquo;&oelig;uvre de l&rsquo;Agence, avec des piliers comme Raymond Aron et Denis de Rougemont. Paris fut enlev\u00e9 sans crier gare, quadrill\u00e9, verrouill\u00e9 derri\u00e8re l&rsquo;apparence des criailleries anti-am\u00e9ricaines que nous servaient le PCF et ses \u00ab\u00a0compagnons de route\u00a0\u00bb, puis les divers gauchistes et tiers-mondistes, et puis les gaullistes surtout. Regardez aujourd&rsquo;hui, que reste-t-il de ces soi-disant anti-am\u00e9ricains \u00e0 part quelques dissidents qui ont sauv\u00e9 leur honneur en pr\u00e9f\u00e9rant se tourner vers une tendance plut\u00f4t gaulliste ? (De Gaulle, le vrai rebelle, je l&rsquo;ai toujours dit, <em>bullshit<\/em> !) Les marxistes ont disparu, la plupart convertis vite fait \u00e0 la vertu lib\u00e9raliste et am\u00e9ricaniste. Tout cela remonte aux ann\u00e9es 1950, un coup de ma&icirc;tre vous dis-je. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9v\u00e8nement essentiel, Jean Parvulesco me l&rsquo;avait aussi dit, c&rsquo;est la Fin du gaullisme, cet <em>aboli bibelot d&rsquo;inanit\u00e9 sonore.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et le triomphe am\u00e9ricain, c&rsquo;est l&rsquo;universitaire germain Holler qui me l&rsquo;a appris, c&rsquo;est le triomphe des grandes familles US qui ont contr\u00f4l\u00e9 la CIA et le monde par la kultur. Voyez Fred Astaire et Leslie Caron dans Daddy Long legs d&rsquo;un autre roumain exfiltr\u00e9, Negulesco, ey vous nous comprendrez.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Philippe encore, Philippe toujours :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cassady ricana avant de tirer la conclusion qui s&rsquo;impose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Nous avions fait mieux que les Soviets ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Et comment, sans le moindre doute. Les Soviets les avaient investis id\u00e9ologiquement ; nous, nous avions choisi la culture. Avec les Fran\u00e7ais, c&rsquo;est la m\u00e9thode.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cassady ricana encore avant d&rsquo;aller \u00e0 la conclusion suivante, tout aussi n\u00e9cessaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Donc, les voil\u00e0 verrouill\u00e9s, les Fran\u00e7ais, les Parisiens en fait ? Alors, que vaut votre projet ? Notre ami Louis-Beyle n&rsquo;a pas l&rsquo;ombre d&rsquo;une chance si l&rsquo;on vous suit, il n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9ment conforme-USA. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Beyle ! En aura-t-on parl\u00e9 de Stendhal et de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme de Leuwen.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le paradoxe c&rsquo;est que le gaullisme accompagne l&rsquo;am\u00e9ricanisation de la France, transform\u00e9e en hexagone et bulle de verre (Tati, Play Time) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Philippe (90% de dialogues, comme chez Dosto\u00efevski ou Don Quichotte) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash;  En fait, c&rsquo;est dans les ann\u00e9es 1960, paradoxalement, en pleine politique gaulliste, que la France a \u00e9t\u00e9 le plus compl\u00e8tement am\u00e9ricaniste en substance, vous voyez ? La raison, la mesure, l&rsquo;avenir \u00e9taient du c\u00f4t\u00e9 de type comme Aron, \u00ab\u00a0nos\u00a0\u00bb types, et les anti-am\u00e9ricains fran\u00e7ais de l&rsquo;\u00e9poque, bien diff\u00e9rents de ceux l&rsquo;\u00e9poque des ann\u00e9es vingt-trente, l&rsquo;\u00e9taient d&rsquo;une fa\u00e7on brouillonne et tr\u00e8s-id\u00e9ologis\u00e9e, \u00e0 la fa\u00e7on des Am\u00e9ricains eux-m\u00eames (les Am\u00e9ricains antiam\u00e9ricanistes , je veux dire, qui pullulent) ; ils l&rsquo;\u00e9taient comme s&rsquo;il y avait eu \u00e0 Paris des am\u00e9ricanistes pro-<em>establishment<\/em>, nos compagnons de route, et des am\u00e9ricanistes anti-<em>establishment<\/em>, ceux qui manifestaient contre la guerre du Vietnam&#8230; Quelle diff\u00e9rence entre les gauchistes du Quartier Latin et ceux de Berkeley, de Harvard ou de Watts ? Aucune, tout cela faisait d&rsquo;excellents petits am\u00e9ricanis\u00e9s en r\u00e9volte et c&rsquo;est fait pour rentrer dans le rang au bout du compte, sauf quelques oiseaux rares, et ils l&rsquo;ont fait ma foi, &ndash; je veux dire, rentrer dans le rang. A ce moment-l\u00e0, dans les ann\u00e9es 1960, nous avions une vraie doctrine, une vraie pr\u00e9sence, une v\u00e9ritable influence, malgr\u00e9 les criailleries dans les rues. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Exactement : en \u00e9tant contre la fausse guerre du Vietnam, qui \u00e9tait un \u00e9v\u00e9nement m\u00e9diatique avant tout (Baudrillard ou Debord ?), on parachevait notre am\u00e9ricanisation. Etre am\u00e9ricanis\u00e9, c&rsquo;est \u00eatre anti-am\u00e9ricain ! Enfants de Marx et de Coca-Cola, o&ugrave; alliez-vous ? A Disneyland bien s&ucirc;r !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais de Gaulle fut un carbonaro dont les p\u00e9tards ne cessent de retentir :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais il y avait de Gaulle. De Gaulle est un sacr\u00e9 bonhomme, chapeau bas. Il avait compris le coup. Il a sem\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 un antidote \u00e0 ce que l&rsquo;Agence avait sem\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950, vous comprenez ? Lui, il s&rsquo;est appuy\u00e9 sur la l\u00e9gitimit\u00e9 historique retrouv\u00e9e, sur l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;identit\u00e9 souveraine. Il a fait croire, ou bien il a expliqu\u00e9 pour faire comprendre, je ne sais pas. Il a fait croire et comprendre aux Fran\u00e7ais qu&rsquo;ils existaient. Il fallait que \u00e7a mature. R\u00e9sultat des courses, aujourd&rsquo;hui, face \u00e0 tous nos fils spirituels et nos agents, il y a un courant vigoureux qui n&rsquo;accepte pas tout cuit ce que nous vendons. En plus, toute la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine, toute notre habilet\u00e9 un peu frustre mais bien r\u00e9elle, l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;action du \u00ab\u00a0Monde Libre\u00a0\u00bb, avec nous en t\u00eate bien s&ucirc;r, cette esp\u00e8ce d&rsquo;attitude commune et pourtant \u00e9labor\u00e9e, r\u00e9fl\u00e9chie, originale, tout cela que nous avions \u00e0 cette \u00e9poque a compl\u00e8tement disparu. Reste la puissance brute, et l&rsquo;on se paye des pr\u00e9sidents comme l&rsquo;inconnu-devenu-pr\u00e9sident, et c&rsquo;est la bouillie pour chats am\u00e9ricaine d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Voil\u00e0 pourquoi notre ami Louis-Beyle, soutenu l\u00e0 o&ugrave; il faut et comme il faut, quoiqu&rsquo;avec discr\u00e9tion bon Dieu, peut faire un raffut terrible avec son bouquin. En un sens (rire soudain de Jefferson, d\u00e9couvrant toutes les facettes de la farce), Louis-Beyle est l&rsquo;arme secr\u00e8te de De Gaulle ! (Et de Gaulle est notre ami puisqu&rsquo;il d\u00e9fend le principe de souverainet\u00e9 autour duquel nous voulons rassembler l&rsquo;Am\u00e9rique.) Quant \u00e0 moi, comme je vous l&rsquo;ai dit, je tiens ferme certains de nos relais que j&rsquo;activerai quand il le faudra, qui sont dans les r\u00e9seaux d&rsquo;influence, l\u00e0 o&ugrave; il faut. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s, une histoire belge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je dois avouer que j&rsquo;\u00e9prouvais une rage sainte lorsque les Fran\u00e7ais, votre de Gaulle en t\u00eate, quitt\u00e8rent l&rsquo;OTAN. C&rsquo;\u00e9tait une sorte de sacril\u00e8ge. On dit que notre Roi, le roi Baudouin Ier, violemment choqu\u00e9 lorsqu&rsquo;il apprit la nouvelle, se pencha vers un conseiller pr\u00e9sent et l&rsquo;interrogea : \u00ab\u00a0Je croyais que le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e9tait un bon chr\u00e9tien et un catholique pratiquant ?\u00a0\u00bb Pour lui, quitter l&rsquo;OTAN, c&rsquo;\u00e9tait trahir notre civilisation en g\u00e9n\u00e9ral et la chr\u00e9tient\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Ce Baudouin, quelle verve ! Et ce de Gaulle ! Et vous-m\u00eame, monsieur Chabert-Mermoz ! Excusez-moi de vous interpeller aussi lestement, mais vous semblez intarissable, l&rsquo;ermite le bien mal nomm\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A d&rsquo;autres moments Philippe se l\u00e2che et nous d\u00e9livre la lumi\u00e8re ; les yeux d&rsquo;Ez\u00e9chiel s&rsquo;ouvrent, pour parler comme Abellio :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;industrie de l&rsquo;<em>entertainment<\/em> est devenue la premi\u00e8re des industries am\u00e9ricaines. Par <em>entertainment<\/em>, on comprend tout ce qui charrie une information, n\u00e9cessairement accompagn\u00e9e ou substantiv\u00e9e visuellement par des images, qui est organis\u00e9e comme un \u00ab\u00a0spectacle\u00a0\u00bb sans pr\u00e9juger de la v\u00e9racit\u00e9, de la justesse, de la moralit\u00e9, de l&rsquo;orientation et de la destination de cette information. (On parlera de l'\u00a0\u00bbindustrie du spectacle\u00a0\u00bb, dans le sens que d\u00e9finit le Fran\u00e7ais Debord dans son live <em>La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/em>.) &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais le monde alors bascule dans le simulacre, entre Lucr\u00e8ce et Baudrillard :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; William Pfaff rapportait en octobre 1996 : \u00ab\u00a0John Kenneth Galbraith [&#8230;] fait une observation frappante et pr\u00e9occupante sur l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine. Il y a 75 ans, elle reposait sur l&rsquo;agriculture, il y a 50 ans sur l&rsquo;industrie manufacturi\u00e8re, aujourd&rsquo;hui elle repose sur &lsquo;l&rsquo;industrie du spectacle&rsquo; [<em>entertainment<\/em>]. L&rsquo;agriculture et l&rsquo;industrie sont li\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 fondamentale de l&rsquo;activit\u00e9 humaine. L&rsquo;industrie du spectacle implique l&rsquo;\u00e9vasion de la r\u00e9alit\u00e9. On en apprend beaucoup sur les &Eacute;tats-Unis aujourd&rsquo;hui si l&rsquo;on admet que nous fonctionnons d\u00e9sormais, au niveau national, moins en r\u00e9action \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;en r\u00e9action aux images de la r\u00e9alit\u00e9 fabriqu\u00e9es par l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine du spectacle, principale force de l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La communication bouffe la culture en France. L&rsquo;information bouffe la science. Raymond Abellio parle de n\u00e9crose dans sa Fosse. Mais l&rsquo;USA est devenue une n\u00e9crose immat\u00e9rielle. Le war business devient une variante du show business. Je l&rsquo;ai dit un jour je crois, le terroriste (le russe, l&rsquo;arabe, le cor\u00e9en) est un EGM, un \u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9 m\u00e9diatiquement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On <strong>laisse parler<\/strong> Philippe, on ne le lit pas (Kafka, Gogol, lisaient leurs romans aux amis, Mann p\u00e9tait de rire en d\u00e9clamant ses Buddenbrook \u00e0 la famille) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines d\u00e9veloppent toutes leurs structures, leur programmation, leurs missions, leurs strat\u00e9gies, en fonction de ce qu&rsquo;elles d\u00e9signent comme \u00ab\u00a0la r\u00e9volution de l&rsquo;information\u00a0\u00bb. Cela touche tous les domaines militaires : la reconnaissance, la protection des forces, la d\u00e9termination des objectifs, la destruction des objectifs, etc. Des satellites de communication aux avions de guerre \u00e9lectronique (ils ont effectu\u00e9 12.000 missions lors de la guerre du Kosovo, contre 10.000 missions offensives d&rsquo;attaque), ces activit\u00e9s sont tributaires de l&rsquo;information et de la circulation de l&rsquo;information. La strat\u00e9gie elle-m\u00eame est influenc\u00e9e de fa\u00e7on d\u00e9cisive, et, avec elle, les grandes options \u00e0 caract\u00e8re psychologique et politico-strat\u00e9gique. La doctrine officieuse dite de \u00ab\u00a0z\u00e9ro-mort\u00a0\u00bb n&rsquo;est possible que dans le cadre de la r\u00e9volution de l&rsquo;information avec ses multiples ramifications, d&rsquo;une part parce que la soi-disant exigence du z\u00e9ro-mort passe par la pression m\u00e9diatique, d&rsquo;autre part parce que les missions effectu\u00e9es pour satisfaire \u00e0 z\u00e9ro-mort ne sont possibles que gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;information. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Faites z\u00e9ro mort, pas la guerre !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est temps alors de reparler de litt\u00e9rature :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La litt\u00e9rature a-t-elle encore sa place ? Il n&rsquo;y a plus de grands \u00e9crivains. Ils se sont tir\u00e9s, reconvertis en chroniqueurs, en cultivateurs, en amants st\u00e9riles. Les \u00e9crivains sont morts, qui songerait \u00e0 les lire encore ? Nous sommes dans une \u00e9poque troubl\u00e9e, dont on ne sait plus ce qu&rsquo;elle veut et dont je sais bien ce qu&rsquo;elle vaut. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je suis le seul \u00e0 lire encore les vieux \u00e9crivains. C&rsquo;est ma seule revendication. Ici encore Philippe nous livre un secret am\u00e9ricain : c&rsquo;est le pays de l&rsquo;apr\u00e8s-apocalypse. D&rsquo;o&ugrave; son triomphe culturel et communiquant :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aujourd&rsquo;hui, nous sommes entr\u00e9s dans les temps de la crise du monde qui ont remplac\u00e9 le temps classique, et d\u00e9j\u00e0 en croisi\u00e8re agit\u00e9e. Il faut que la litt\u00e9rature s&rsquo;y fasse. Je vous recommande d&rsquo;observer autour de vous : d\u00e9j\u00e0, dans un pays de grande litt\u00e9rature existe la litt\u00e9rature du temps de la crise ; c&rsquo;est la litt\u00e9rature de l&rsquo;Am\u00e9rique, elle ne fut jamais classique, elle touchait \u00e0 peine \u00e0 sa majorit\u00e9 au d\u00e9but de ce si\u00e8cle qui se termine, qu&rsquo;elle se transformait aussit\u00f4t en litt\u00e9rature de la crise am\u00e9ricaine, qui \u00e9tait le signe avant-coureur de la crise du monde, qui allait faire du temps classique de la litt\u00e9rature un temps de crise. Tout cela, vous voyez, s&#8217;embo&icirc;te assez bien. Tout cela est li\u00e9, la litt\u00e9rature toujours \u00e0 la premi\u00e8re place. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Litt\u00e9rature de poubelle et de terrain vague, pu pire encore de bestsellers. American tricot ! Alors il faut sonner le tocsin :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La litt\u00e9rature est devenue t\u00e9moignage, observation des soubresauts du monde, d\u00e9couvreuse des myst\u00e8res cach\u00e9s qui encha&icirc;nent les hommes. Je me rappelle des querelles, il y a un demi-si\u00e8cle, sur la litt\u00e9rature engag\u00e9e, Sartre le p\u00e8re-fouettard qui r\u00e9clamait que tout \u00e9crivain f&ucirc;t avant tout petit-soldat de la r\u00e9volution, et des jeunes qui rechignaient, on les appelait les \u00ab\u00a0hussards\u00a0\u00bb, c&rsquo;\u00e9tait la \u00ab\u00a0droite buissonni\u00e8re\u00a0\u00bb, d&rsquo;ailleurs faite de jeunes gens qu&rsquo;on avait rapproch\u00e9s pour l&rsquo;occasion mais qui ne s&rsquo;estimaient li\u00e9s par rien, et certains avec fort peu de sympathie entre eux (Nimier et Laurent, par exemple et exemple principal). En ce temps-l\u00e0, la litt\u00e9rature pouvait encore s&rsquo;offrir de ces querelles. La litt\u00e9rature du p\u00e8re-fouettard n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le r\u00f4le que je lui vois aujourd&rsquo;hui, et inutile de songer \u00e0 jouer au hussard avec la litt\u00e9rature d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Finis les jeux de rive-gauche. La litt\u00e9rature devient pure politique ou elle n&rsquo;existe plus. C&rsquo;est l\u00e0 le march\u00e9 o&ugrave; elle se trouve plac\u00e9e : elle l&rsquo;accepte ou elle meurt. Voil\u00e0 pourquoi ce livre sur le Kosovo, c&rsquo;est de la politique pure, c&rsquo;est la litt\u00e9rature ressuscit\u00e9e. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qu&rsquo;il faut respecter chez l&rsquo;Am\u00e9rique, c&rsquo;est ses mani\u00e8res florentines :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Vous savez que James Jesus fit ses \u00e9tudes \u00e0 Yale, qu&rsquo;en 1937 il fonda une revue de po\u00e9sie, <em>Furioso<\/em>, et qu&rsquo;il eut comme collaborateurs des amis \u00e0 lui, qui se nommaient Yates, T.S. Eliot, Ezra Pound, la fine fleur de la po\u00e9sie am\u00e9ricaine. Puis ce fut la guerre, l&rsquo;OSS o&ugrave; il entra, les missions tordues o&ugrave; se manifest\u00e8rent son go&ucirc;t incroyable pour le retournement, la nuance perverse, l&rsquo;incertitude de l&rsquo;apparence, la manipulation de la r\u00e9alit\u00e9. James Jesus joua un r\u00f4le tr\u00e8s actif en Italie \u00e0 partir de 1944 et jusqu&rsquo;en 1948-49, o&ugrave; il organisa la manipulation \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un pays, pour faire triompher aux \u00e9lections la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne contre l&rsquo;hydre communiste. Entre temps, l&rsquo;OSS avait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par la CIA. Il y avait chez James Jesus une sorte de go&ucirc;t florentin pour l&rsquo;intrigue, sorte d'\u00a0\u00bbart pour l&rsquo;art\u00a0\u00bb, vous comprenez ? Certains virent chez cet homme un hyst\u00e9rique, un fou \u00e0 lier, un cas pathologique, et mon Dieu avec des arguments bien sentis ; d&rsquo;autres, un homme de la Renaissance \u00e9gar\u00e9 dans notre si\u00e8cle, un po\u00e8te d\u00e9tourn\u00e9, un amateur d&rsquo;orchid\u00e9es dont il entretenait amoureusement des centaines de sortes dans une serre, chez lui, dont il raffolait effectivement, dont il \u00e9tait un sp\u00e9cialiste \u00e0 part \u00e9gale avec sa sp\u00e9cialisation des transfuges sovi\u00e9tiques. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un peu de fili\u00e8re po\u00e9tique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; &#8230; Ou par les po\u00e8tes ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Voil\u00e0 &#8230; C&rsquo;est par la \u00ab\u00a0fili\u00e8re po\u00e9tique\u00a0\u00bb que Jefferson McPeak rencontra James Jesus puis entra \u00e0 la CIA. Il \u00e9tait de la famille d&rsquo;Ezra Pound, et Ezra Pound, bris\u00e9 apr\u00e8s ses ann\u00e9es pass\u00e9es litt\u00e9ralement en cage, lorsqu&rsquo;on le ramena d&rsquo;Italie o&ugrave; il avait jou\u00e9 au speaker de radio fasciste du r\u00e9gime mussolinien, revit tout de m\u00eame James Jesus. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La litt\u00e9rature reste la derni\u00e8re conspiration. Chesterton nous le disait d\u00e9j\u00e0 dans son Nomm\u00e9 jeudi :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Artiste, anarchiste ; personnages identiques, termes interchangeables. L&rsquo;homme qui jette une bombe est un artiste, parce qu&rsquo;il pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 toutes choses la beaut\u00e9 d&rsquo;un grand instant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il sait qu&rsquo;un jet \u00e9blouissant de lumi\u00e8re, un coup de tonnerre harmonieux ont plus de prix que les corps vulgaires de quelques informes policemen. L&rsquo;artiste nie tous les gouvernements, abolit toutes les conventions. Le d\u00e9sordre, voil\u00e0 l&rsquo;atmosph\u00e8re n\u00e9cessaire du po\u00e8te. Si je me trompais, il faudrait donc dire que le m\u00e9tropolitain de Londres est la chose la plus po\u00e9tique du monde ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le foutoir am\u00e9ricain comme machinerie artistique alors ? Mais Philippe (il faut une police po\u00e9tique pour surveiller les lascars de l&rsquo;anarchisme beaucoup moins sot alors, proph\u00e9tise Chesterton) leur donne des noms d&rsquo;oiseaux et d&rsquo;artistes \u00e0 ses dingos des agences (autre nom des d\u00e9mons dans le Manfred de Lord Byron, comme je dis toujours !) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Je m&rsquo;appelle donc Orson Lee Jefferson-McPeak, Deputy Director Special Projects, monsieur Louis-Beyle ; ici, \u00e0 ma gauche, monsieur John-Arturo Lopez-Brennan, un adjoint, ici, \u00e0 ma droite, monsieur Singbad Clingway Garson, consultant rattach\u00e9, enfin le professeur LaFolette sp\u00e9cialiste en psychologie du virtualisme, Orville Seagourweather LaFolette, eh eh, il nous arrive de le surnommer LaFayette ; voyez, nous sommes en terrain de connaissance ? (Apr\u00e8s un silence, et voulant s&rsquo;expliquer et expliquer son geste d&rsquo;amiti\u00e9 entre leurs deux peuples au Fran\u00e7ais devant lui \ud83d\ude42 La Fayette, la vieille amiti\u00e9 entre la France et l&rsquo;Am\u00e9rique, la dette que notre R\u00e9publique a contract\u00e9e \u00e0 votre endroit, \u00e0 vous autres les Fran\u00e7ais, et puis Paris, la Ville-Lumi\u00e8re, la plus belle ville du monde, je dis !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Nous sommes tous du m\u00eame service, et l&rsquo;une de nos sp\u00e9cialit\u00e9s est la psychologie. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais quelle ob\u00e9sit\u00e9 onomastique anglo-mexicaine \u00e0 rallonge \u00e9clectique que voil\u00e0 ! Il rivalise avec notre Jules Verne alors ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais comme dit Syme, le personnage de Chesterton, &laquo; seul le cours des choses est po\u00e9tique &raquo;. Et comme dit Philippe en rentrant de son Alg\u00e9rie fluviale (au sens gu\u00e9nonien, bien compris encore &ndash; vive l&rsquo;intelligence US et surtout polonaise ! &ndash; dans Apocalypse now), &laquo; l&rsquo;histoire est (quand m\u00eame) un fardeau. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Philippe Grasset &ndash; Nietzsche au Kosovo (Dedefensa.org, <em><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/dp\/1521794618\/ref=sr_1_1?s=books&#038;ie=UTF8&#038;qid=1500295163&#038;sr=1-1&#038;keywords=nietzsche+grasset\">Amazon.fr<\/a> <\/em>et <em><a href=\"https:\/\/www.bookelis.com\/romans-historiques\/28044-Frederic-Nietzsche-au-Kosovo.html?search_query=grasset&#038;results=2\">Bookelis.com<\/a>.<\/em>)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Litt\u00e9rature et conspiration (Amazon.fr)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chesterton &ndash; Le nomm\u00e9 jeudi (Wikisource)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Philippe Grasset et l&rsquo;alitt\u00e9rature : notes sur le dernier roman Comment peut-on \u00eatre romancier, cent ans pr\u00e8s Flaubert, son Bouvard et son copain de plume ? Borges se pose la question. J&rsquo;ai connu jeune Raymond Abellio, qui m&rsquo;avait rendu fou de bonheur \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e quand j&rsquo;avais d\u00e9couvert dans les fosses de Vincennes (au S.H.A.T. pour&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[4186,2640,3104,12906,3125,3085,3073,3997,9992],"class_list":["post-77427","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-au","tag-bonnal","tag-cia","tag-frederic","tag-grasset","tag-kosovo","tag-nietzsche","tag-philippe","tag-roman"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77427","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77427"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77427\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77427"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77427"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77427"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}