{"id":77441,"date":"2017-08-21T09:09:53","date_gmt":"2017-08-21T09:09:53","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/08\/21\/le-desenchantement-de-dieu\/"},"modified":"2017-08-21T09:09:53","modified_gmt":"2017-08-21T09:09:53","slug":"le-desenchantement-de-dieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/08\/21\/le-desenchantement-de-dieu\/","title":{"rendered":"\u201c<em>Le d\u00e9senchantement de Dieu<\/em>\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">\u00ab\u00a0<em>Le d\u00e9senchantement de Dieu<\/em>\u00ab\u00a0<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>21 ao&ucirc;t 2017 &ndash; Ce titre, <em>Le d\u00e9senchantement de Dieu<\/em>, est<strong> celui de l&rsquo;introduction du Tome-III (<em>Le Premier Cercle<\/em>) de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em><\/strong> . Je peux ajouter pour \u00ab\u00a0faire complet\u00a0\u00bb que je connais d\u00e9j\u00e0 le titre de la conclusion de cette partie du r\u00e9cit, qui le fermera en tout \u00e9tat de cause (je veux dire m\u00eame si le livre n&rsquo;est pas achev\u00e9, et alors ce sera tout compl\u00e8tement symbolique), &ndash;<strong> et ce sera <em>Le r\u00e9enchantement de Dieu<\/em><\/strong>. On verra plus tard ce qu&rsquo;il en sera de son contenu et de ses ambitions (je parle de la conclusion).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai donc choisi de publier le texte complet de l&rsquo;introduction du Tome-III, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s-travaill\u00e9 de relecture en relecture, au point que je peux dire qu&rsquo;il est tr\u00e8s-proche de ce qui sera publi\u00e9 ou serait publi\u00e9 selon qu&rsquo;il le sera ou pas. Mais c&rsquo;est une remarque de pure forme puisque, \u00ab\u00a0publi\u00e9\u00a0\u00bb, il l&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 avec cette page du <em>Journal-dde.crisis<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette introduction n&rsquo;est pas d&rsquo;une forme g\u00e9n\u00e9rale mais s&rsquo;attache \u00e0 un sujet sp\u00e9cifique en s&rsquo;appuyant sur une chronologie et une activit\u00e9 historiques : au travers de ma carri\u00e8re dans l&rsquo;\u00e9criture (presse classique, Lettre d&rsquo;Analyse, livres, internet), <strong>\u00e9tudier et expliquer l&rsquo;\u00e9volution du style de l&rsquo;\u00e9crit que j&rsquo;ai pratiqu\u00e9, le lien extr\u00eamement fort de cette \u00e9volution non seulement avec le sujet trait\u00e9 mais surtout avec la fa\u00e7on de traiter le sujet<\/strong>. Ainsi est justifi\u00e9e cette id\u00e9e que j&rsquo;ai souvent exprim\u00e9e de travailler sur l&rsquo;\u00e9volution de la situation du monde de la fa\u00e7on la plus rapproch\u00e9e et la plus suivie (le travail dit \u00ab\u00a0d&rsquo;actualit\u00e9\u00a0\u00bb) en employant directement une m\u00e9thode que je qualifie de m\u00e9tahistorique, directement m\u00e9taphysique, qui est d&rsquo;habitude compl\u00e8tement d\u00e9tach\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements \u00ab\u00a0au-jour-le-jour\u00a0\u00bb. L&rsquo;argument essentiel de cette \u00e9volution et de cette m\u00e9thode est que les \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames, que je per\u00e7ois comme directement m\u00e9tahistoriques au moins depuis le 11 septembre 2001, <strong>r\u00e9clament cette approche<\/strong> ; que le syst\u00e8me de la communication, d&rsquo;une puissance inou\u00efe, <strong>contribue \u00e0 cette n\u00e9cessit\u00e9<\/strong> ; que le r\u00e9sultat est <strong>une contraction du Temps et une acc\u00e9l\u00e9ration de l&rsquo;Histoire<\/strong>, contribuant au renforcement d\u00e9cisif de l&rsquo;argument.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La chronologie de ma carri\u00e8re, certains \u00e9v\u00e9nements personnels, certaines situations, compl\u00e8tent l&rsquo;ensemble en contribuant \u00e0 faire mieux comprendre, je l&rsquo;esp\u00e8re, cette \u00e9volution dans le chef de celui qui a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;outil de cette \u00e9volution. Je pense que diverses questions qui peuvent venir \u00e0 l&rsquo;esprit du lecteur et qui m&rsquo;impliquent moi-m\u00eame, aussi bien concernant les sujets trait\u00e9s que l&rsquo;opportunit\u00e9 de cette publication sur le site r<strong>e\u00e7oivent directement et indirectement leurs r\u00e9ponses dans le texte lui-m\u00eame<\/strong>. Le fait que cette ann\u00e9e de 2017 marque le cinquantenaire de mon activit\u00e9 professionnelle de l&rsquo;\u00e9crit (j&rsquo;ai commenc\u00e9 le m\u00e9tier de journaliste en novembre 1967) ajoute un aspect anecdotique <strong>mais n\u00e9anmoins symbolique qui a renforc\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de cette publication<\/strong> : on comprend que je suis un \u00ab\u00a0vieil homme\u00a0\u00bb mais que cette condition ne m&rsquo;encha&icirc;ne en rien aux r\u00e9f\u00e9rences souvent modernistes concernant les lois et lieux communs terrestres qui nous sont habituels par rapport \u00e0 notre situation chronologique ; on comprend que <strong>seule ma condition personnelle en r\u00e9pond<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(L&rsquo;utilisation d&rsquo;ast\u00e9risques [***] marque le d\u00e9coupage du texte en plusieurs temps de \u00ab\u00a0respiration de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb plut\u00f4t qu&rsquo;en chapitres proprement dits, ce qui serait impropre \u00e0 mon sens. Ce m\u00eame texte sera republi\u00e9 prochainement pour figurer dans d&rsquo;autres rubriques du site.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>PhG <\/h4>\n<\/p>\n<p><p>____________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Le d\u00e9senchantement de Dieu<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pour introduire cette troisi\u00e8me partie (Tome III) du r\u00e9cit qui a tout pour en para&icirc;tre son terme, celui d&rsquo;une r\u00e9flexion et celui d&rsquo;une vie peut-\u00eatre, et la chose dite sans amertume ni crainte aucune en sachant qu&rsquo;ainsi c&rsquo;est aller au fond de moi-m\u00eame, pour cela il faut aller aux origines. J&rsquo;ignore quand ma vie a bascul\u00e9, quand je suis pass\u00e9 de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, quand l&rsquo;esprit a quitt\u00e9 sa posture d&rsquo;attente pour celle de l&rsquo;interrogation sans fin sur l&rsquo;accomplissement, mais je sais quand j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 me battre, dans le noir, en aveugle tragique, pour m&rsquo;extirper des illusions d&rsquo;une imagination qui avait embrass\u00e9 et embras\u00e9 toute ma jeunesse de solitaire. D\u00e8s ce moment, alors que j&rsquo;avais fait vocation d&rsquo;\u00e9crire de nombreuses ann\u00e9es auparavant, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 observer le monde pour le voir changer et s&rsquo;\u00e9loigner du premier spectacle qu&rsquo;il m&rsquo;avait offert ; j&rsquo;\u00e9tais devenu journaliste, ce qui est le m\u00e9tier le plus sot, le plus pr\u00e9tentieux et le plus inadvertant du monde pour celui qui croit que c&rsquo;est un m\u00e9tier (de \u00ab\u00a0<em>ministerium<\/em>\u00a0\u00bb puis \u00ab\u00a0mestier\u00a0\u00bb, qui signifie \u00ab\u00a0besoin\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0service\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0fonction\u00a0\u00bb) &#8230; En v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est un lieu de passage par o&ugrave; l&rsquo;on parvient, si le destin fait votre fortune, \u00e0 un poste d&rsquo;observation qui change ce soi-disant \u00ab\u00a0service\u00a0\u00bb en autre chose ; ces postes d&rsquo;observation, vous savez, comme ces refuges en bois mont\u00e9s sur pilotis qu&rsquo;on installe sur des \u00e9minences, dans une for\u00eat et au-dessus d&rsquo;elle mais sans rien pr\u00e9tendre, pour simplement surveiller jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;horizon les d\u00e9parts de feu qui peuvent allumer des incendies gigantesques. Pour un journaliste, pr\u00e9tendre \u00e0 ne plus \u00eatre que ce lieu de passage n&rsquo;a aucun sens et bouleverse la comp\u00e9tence jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inversion du jugement ; d&rsquo;o&ugrave; je dirais qu&rsquo;un \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb journaliste dans le sens d&rsquo;\u00eatre honorable, c&rsquo;est celui qui se sort du m\u00e9tier au moment qu&rsquo;il faut qui est celui o&ugrave; l&rsquo;on comprend de quoi il s&rsquo;agit qu&rsquo;\u00eatre journaliste, dans les circonstances qui valent et l&rsquo;esprit fait, pour de plus vastes entreprises.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi ai-je vu, depuis la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1967 o&ugrave; je d\u00e9butai dans ce \u00ab\u00a0journalisme\u00a0\u00bb-l\u00e0, le monde se transformer en m\u00eame temps que je me transformai moi-m\u00eame, et \u00e0 mesure, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans une harmonie parfaite, m\u00eame si les outils de cette harmonie (les \u00e9v\u00e9nements, de fait) n&rsquo;\u00e9taient pas, eux, un mod\u00e8le d&rsquo;harmonie. J&rsquo;ai veill\u00e9, sans aucun doute inconsciemment d&rsquo;abord puis de fa\u00e7on plus consciente en mesurant le ph\u00e9nom\u00e8ne, \u00e0 me laisser p\u00e9n\u00e9trer par le sens des \u00e9v\u00e9nements pour me changer moi-m\u00eame, et pour tenter de mieux en saisir la signification. De ce point de vue, la chance m&rsquo;a servi, ou bien faut-il dire que la fortune m\u00e9nag\u00e9e par le destin doit \u00eatre baptis\u00e9e, &ndash; convention entre nous destin\u00e9e \u00e0 brouiller les pistes, &ndash; justement du nom de \u00ab\u00a0chance\u00a0\u00bb&#8230; Au reste, cette co\u00efncidence des variables entre le destin du monde et le mien ne procure en rien le bonheur, ni ne flatte une vanit\u00e9 qui n&rsquo;a nulle place chez moi, ni ne b\u00e2tit la moindre fortune ; je crois m\u00eame que c&rsquo;est un fardeau, une charge \u00e9pouvantable, comme une main g\u00e9ante qui vous accompagne, presse sur vous par instants comme pour rappeler sa pr\u00e9sence, qui appuie avec une force diverse et dans des sens et des buts diff\u00e9rents, ici pour vous laisser vous redresser sinon pour vous y inciter voire vous y aider, l\u00e0 pour vous emp\u00eacher de trop avancer et trop follement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parfois, vous vous prenez \u00e0 penser qu&rsquo;il serait mieux d&rsquo;\u00eatre un oiseau, ou un poisson, ou un berger beauceron de sexe femelle comme l&rsquo;ont et le sont mes chiennes successives, et l&rsquo;\u00eatre dans un moment choisi o&ugrave; il n&rsquo;y a aucun humano\u00efde trop proche, o&ugrave; vous pouvez vous abstenir de sombrer dans le vertige des pens\u00e9es \u00e9lev\u00e9es ; non que j&rsquo;ai le moindre m\u00e9pris pour les capacit\u00e9s du caract\u00e8re de ces nobles animaux, au contraire je crois qu&rsquo;ils ont plus de caract\u00e8re que nous, qu&rsquo;ils se tiennent droits et fermes, qu&rsquo;ils font &laquo; <em>\u00e9nergiquement<\/em> [leur] <em>longue et lourde t\u00e2che <\/em>&raquo;, comme dit le loup de Vigny, sans un mot parce qu&rsquo;il ne parle pas au po\u00e8te dans cette circonstance, il pense le po\u00e8te avec les sens et l&rsquo;impr\u00e8gne des hautes intuitions que lui offre son propre caract\u00e8re. Je pr\u00e9f\u00e8re bien souvent les animaux aux <em>sapiens sapiens<\/em>, et je crois qu&rsquo;ils ont, d&rsquo;un point de vue qui \u00e9carte tous les stratag\u00e8mes de l&rsquo;apriorisme, plus de noblesse que nous dans leur perception du monde, et par cons\u00e9quent dans leur comportement ; plus loyaux, plus patients, sans la moindre hypocrisie, compl\u00e8tement innocents&#8230; Mais je laisse l\u00e0 cette noblesse naturelle qui est de toutes les fa\u00e7ons chose acquise et qui se joue du temps ; pour notre compte, il \u00e9tait entendu que je vous parle des origines, lorsque c&rsquo;\u00e9tait encore \u00ab\u00a0le lieu de passage\u00a0\u00bb pour moi, install\u00e9 dans les premiers actes de ma fonction de \u00ab\u00a0journaliste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, \u00e0 partir de 1967, je n&rsquo;avais pas encore entrepris d&rsquo;avoir une relation avec les animaux et je vivais encore avec moi-m\u00eame vivant avec ses semblables. Peut-\u00eatre dira-t-on que j&rsquo;\u00e9tais avide du monde, de le comprendre, de le saisir par les moyens habituels que le cadre o&ugrave; vous \u00eates contraint, ce que je me suis accoutum\u00e9 \u00e0 nommer \u00ab\u00a0Syst\u00e8me\u00a0\u00bb en m&rsquo;en expliquant souvent et longuement, met \u00e0 votre disposition. (Pourtant, je ne mettais nulle passion excessive dans tout cela du moment que j&rsquo;\u00e9crivais, puisqu&rsquo;\u00e9crire c&rsquo;est tout pour moi, d\u00e8s ce temps-l\u00e0 et m\u00eame avant.) Je croyais donc, dans ces premi\u00e8res ann\u00e9es, conqu\u00e9rir ma libert\u00e9 alors que j&rsquo;entrais dans le sch\u00e9ma de la construction de mon emprisonnement. Cela est dit peut-\u00eatre d&rsquo;une mani\u00e8re un peu dramatique, et m\u00e9rite aussit\u00f4t quelques am\u00e9nagements : vous d\u00e9couvrez vite, si vous avez l&rsquo;esprit un peu vif, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un emprisonnement, mais qu&rsquo;il faut tout de m\u00eame en passer par l\u00e0 ; il faut donc ruser avec le Syst\u00e8me, para&icirc;tre consentir, utiliser les outils dont il vous donne la disposition car ils sont n\u00e9cessaires, tout en pr\u00e9parant, inconsciemment d&rsquo;abord puis de plus en plus de fa\u00e7on concert\u00e9e, le lieu, le moment et les conditions de votre \u00e9vasion. Pour moi, cette \u00e9vasion eut lieu en 1985, pr\u00e9cis\u00e9ment en mars 1985, exactement le 9 mars 1985, et l&rsquo;on va voir que tous ces d\u00e9tails chronologiques extraordinairement pr\u00e9cis sont tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre fortuits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Effectivement, je passai les premi\u00e8res ann\u00e9es de la vie du destin que je veux conter ici dans un \u00e9tablissement dit socio-professionnel, un journal quotidien d&rsquo;information g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 b\u00e2tir la prison que je devais me destiner \u00e0 moi-m\u00eame selon la destin\u00e9e qui m&rsquo;\u00e9tait assign\u00e9e par le Syst\u00e8me et dont je devinais d\u00e9j\u00e0 le caract\u00e8re faussaire par rapport au destin dont je parle ; cela, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;outils qui semblaient ceux de l&rsquo;asservissement mais que je m&rsquo;appropriais peu \u00e0 peu, qui allaient se r\u00e9v\u00e9ler \u00e9galement pr\u00e9cieux, par inversion vertueuse, parce qu&rsquo;ils serviraient \u00e0 mon \u00e9vasion, puis \u00e0 d\u00e9barrasser ce destin qui m&rsquo;\u00e9tait assign\u00e9 de cette hypoth\u00e8que maudite de la prison-Syst\u00e8me, puis \u00e0 forger dans le cadre de ce m\u00eame destin une voie o&ugrave; je pourrais exprimer ce qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9 d&rsquo;accomplir selon la perspective qu&rsquo;il (ce destin) m&rsquo;offrait. Ainsi, dans un m\u00eame mouvement, je me lib\u00e9rais d&rsquo;un emprisonnement d&rsquo;abord volontairement \u00e9labor\u00e9, et je profitais de cette exp\u00e9rience de bagnard pour y parvenir dans les conditions les plus radicales possibles, par cons\u00e9quent les plus d\u00e9licates par rapport aux consid\u00e9rations convenues mais aussi les plus riches de promesses sans restriction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je parle donc d&rsquo;une p\u00e9riode qui compta exactement dix-sept ann\u00e9es et quelques mois : cette pr\u00e9cision est un \u00e9l\u00e9ment important du rapport que j&rsquo;en fais pour mon compte parce que les \u00e9v\u00e9nements qui ont forg\u00e9 la voie n\u00e9cessaire pour me conformer au destin que je devais suivre sont choses publiques et font partie de l&rsquo;historiographie officielle, celle qu&rsquo;ils baptisent \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb et qu&rsquo;ils r\u00e9\u00e9crivent constamment pour justifier leur pr\u00e9sent. Je v\u00e9cus donc les \u00e9v\u00e9nements des ann\u00e9es 1970 et les commentais disons assez conform\u00e9ment au cat\u00e9chisme qui domine le r\u00e9cit de cette historiographie. Le temps ayant pass\u00e9 et l&rsquo;esprit s&rsquo;\u00e9tant fait \u00e0 mesure pour mieux consid\u00e9rer cette p\u00e9riode pass\u00e9e, j&rsquo;en suis venu \u00e0 retenir de cette d\u00e9cennie qu&rsquo;il y eut une ann\u00e9e qui constitue une fracture profonde dans l&rsquo;histoire lorsqu&rsquo;elle devient, ou plut\u00f4t redevient Histoire, ou m\u00e9tahistoire pour ceux qui peuvent saisir cette dimension. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;ann\u00e9e 1973 et des \u00e9v\u00e9nements autour de ce qu&rsquo;on nomme \u00ab\u00a0choc p\u00e9trolier\u00a0\u00bb, avec l&#8217;embargo mis sur cette mati\u00e8re premi\u00e8re, avec les r\u00e9percussions sur les habitudes et les conceptions de la m\u00e9canique du monde d&rsquo;alors, et tout cela entra&icirc;nant souterrainement de formidables secousses que nous per\u00e7&ucirc;mes fort mal sur l&rsquo;instant avant d&rsquo;en mesurer plus tard les effets, et enfin un changement complet de paradigme, l&rsquo;installation d&rsquo;une nouvelle fa\u00e7on de construire l&rsquo;histoire du monde. Je crois que la psychologie collective d&rsquo;une part, et celle des \u00eatres ouverts \u00e0 ces bruits souterrains lorsqu&rsquo;ils sont adoub\u00e9s par le Ciel d&rsquo;autre part, en furent secr\u00e8tement instruits et que cela pesa sur le comportement des seconds qui les re\u00e7urent inconsciemment comme une initiation. De cette ann\u00e9e datent les semailles directes et op\u00e9rationnelles des \u00e9v\u00e9nements qui allaient faire de la fin du si\u00e8cle, puis du si\u00e8cle d&rsquo;apr\u00e8s, une s\u00e9quence m\u00e9tahistorique absolument catastrophique, d&rsquo;une catastrophe n\u00e9cessaire quand le sujet qui la subit a besoin d&rsquo;un tel choc, et pour tout dire permettant au monde de r\u00e9aliser son propre sort de la prison o&ugrave; l&rsquo;avait enferm\u00e9 le Syst\u00e8me, et donnant \u00e0 ceux-l\u00e0 qui en \u00e9taient pr\u00e9dispos\u00e9s le go&ucirc;t et l&rsquo;ardeur de chercher les moyens de l&rsquo;\u00e9vasion. Ceux qui furent investis du trouble salvateur de l&rsquo;initiation commenc\u00e8rent \u00e0 embrasser la cause et le destin d&rsquo;une telle \u00e9vasion et ils commenc\u00e8rent \u00e0 comprendre ce que c&rsquo;est que s&rsquo;\u00e9vader, et \u00e0 quelle mission imp\u00e9rative conduit cet acte radical.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans la logique de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, o&ugrave; la profondeur des \u00e9v\u00e9nements se r\u00e9v\u00e8le bien apr\u00e8s qu&rsquo;elle se soit creus\u00e9e, le passage aux ann\u00e9es 1980 r\u00e9v\u00e9la assez vite combien le choc souterrain de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente entamait son travail de d\u00e9construction d&rsquo;un monde dont le rangement n&rsquo;\u00e9tait que simulacre, machination, th\u00e9\u00e2tre. Cette d\u00e9cennie des ann\u00e9es 1980 se partage nettement en deux parties quasiment \u00e9gales, la premi\u00e8re cr\u00e9pusculaire comme si elle allait nous conduire au bord de l&rsquo;an\u00e9antissement, la seconde brutalement \u00e9clair\u00e9e d&rsquo;une lumi\u00e8re incroyable et que personne n&rsquo;avait vu venir malgr\u00e9 les rodomontades que les hagiographes du Syst\u00e8me se plaisent \u00e0 mettre, apr\u00e8s-coup, dans leurs explications o&ugrave; ils exposent post\u00e9rieurement et complaisamment la pr\u00e9monition extraordinaire et \u00e9videmment ant\u00e9rieure \u00e0 la chose, qu&rsquo;ils eurent de la chose. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement historique et public quasiment individuel, je veux dire d&rsquo;un seul \u00eatre qui fut le <em>deus ex machina<\/em> de ce tournant extraordinaire, sans en rien mesurer dans sa profondeur mais qui mit toute son ardeur dans la t\u00e2che m\u00e9tahistorique qu&rsquo;on d\u00e9crit, est pr\u00e9cis\u00e9ment dat\u00e9 du 9 mars 1985.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;on comprend alors la correspondance que je vois entre cela et la date pr\u00e9cise de mon \u00e9vasion mentionn\u00e9e plus haut : ce jour-l\u00e0, Mikha\u00efl Mikha\u00eflovitch Gorbatchev \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9 comme Premier Secr\u00e9taire du Parti Communiste de l&rsquo;URSS et j&rsquo;\u00e9tais remerci\u00e9 sans le moindre m\u00e9nagement qui put \u00eatre pris comme un remerciement pour services rendus, remerci\u00e9 comme l&rsquo;on chasse un opportun qui a pioch\u00e9 dans la caisse, avec une brutalit\u00e9 extr\u00eame et une inhumanit\u00e9 m\u00e9prisante, de la position que j&rsquo;avais dans le journal quotidien o&ugrave; j&rsquo;\u00e9tais employ\u00e9. Je m&rsquo;\u00e9vadai le jour m\u00eame o&ugrave; Gorbatchev arrivait ; j&rsquo;\u00e9tais ainsi pr\u00eat, dans la plus grande ind\u00e9pendance et dans la pr\u00e9carit\u00e9 soudaine d&rsquo;une situation sociale o&ugrave;, pour s&rsquo;en lib\u00e9rer, il faut parfois passer par les souffrances qui vous d\u00e9barrassent de vos cha&icirc;nes et vous ouvrent \u00e0 la possibilit\u00e9 de l&rsquo;initiation, \u00e0 suivre l&rsquo;\u00e9volution du monde hauss\u00e9 d&rsquo;un coup dans la pure m\u00e9tahistoire. Je veux dire par l\u00e0 que la d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;URSS que Gorbatchev mena \u00e0 bien n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un degr\u00e9 n\u00e9cessaire pour ouvrir le champ de la Crise G\u00e9n\u00e9rale, l\u00e0 o&ugrave; le Syst\u00e8me allait enfin se trouver, \u00e0 d\u00e9couvert et nu tel qu&rsquo;il est dans sa surpuissante imposture mal\u00e9fique, et donc plus surpuissant que jamais puisque d\u00e9barrass\u00e9 d&rsquo;un faux-rival qui lui donnait le faux-masque de l&rsquo;affrontement vertueux ; l\u00e0 o&ugrave; le Syst\u00e8me allait se manifester avec fureur tel qu&rsquo;en lui-m\u00eame, cible unique, monstre exhalant de lui-m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 en fournir la clef, la n\u00e9cessit\u00e9 de sa disparition dans la Crise G\u00e9n\u00e9rale devenue Crise G\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me ; l\u00e0 o&ugrave; l&rsquo;on finit par d\u00e9couvrir et comprendre que la surpuissance du Syst\u00e8me enfin lib\u00e9r\u00e9e de toutes les entraves et ainsi d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e, \u00e9tait productrice, d\u00e9j\u00e0 secr\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre, de sa propre destruction ; l\u00e0 o&ugrave; s&rsquo;inscrit en lettres de feu l&rsquo;\u00e9quation cosmique qui d\u00e9finit la crise g\u00e9n\u00e9rale de cette contre-civilisation aux abois et la hausse \u00e0 la dimension de la m\u00e9taphysique et de la mystique : surpuissance-autodestruction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>***<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;\u00e9tait passer d&rsquo;un monde que l&rsquo;on jugeait compr\u00e9hensible, m\u00eame si insatisfaisant et surtout faussaire, qui nous conduisait \u00e0 notre perte, \u00e0 notre entropisation sans montrer le bout de son nez puisque nous \u00e9tions plong\u00e9s dans une certaine acceptabilit\u00e9 coh\u00e9rente et encore rationnellement acceptable de notre sort ; en un monde incompr\u00e9hensible, insaisissable, extraordinaire, o&ugrave; les psychologies deviennent folles, se manifestent par hyst\u00e9rie et par paroxysme, engendrant des actes insens\u00e9es et insupportables qui enflamment votre r\u00e9volte et, si l&rsquo;on fait bien, vous initient \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit de retrouver par une enqu\u00eate minutieuse alors qu&rsquo;on en avait perdu toute trace depuis tant et tant de temps&#8230; C&rsquo;\u00e9tait passer d&rsquo;un monde o&ugrave; les hommes semblaient diriger vaille que vaille \u00ab\u00a0les affaires\u00a0\u00bb \u00e0 un monde o&ugrave; les <em>sapiens<\/em>, ceux qui ont fait all\u00e9geance d\u00e9finitive au Syst\u00e8me et au Diable de ce \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb que j&rsquo;ai tent\u00e9 de d\u00e9crire dans le Premier Tome de ce r\u00e9cit, ne dirigent plus rien, ni m\u00eame ne se contr\u00f4lent plus eux-m\u00eames, ne se connaissent plus, s&rsquo;abandonnant \u00e0 la barbarie retrouv\u00e9e qui est la raison d&rsquo;\u00eatre m\u00eame de ce temps de la modernit\u00e9. Ainsi, et sans aucun doute pour cela, ai-je baptis\u00e9 cette introduction \u00e0 ce volume qui doit clore mon travail qui est le rapport de la mission que m&rsquo;a assign\u00e9e le destin de l&rsquo;expression du &laquo; <em>D\u00e9senchantement de Dieu<\/em> &raquo;, lorsque les forces les plus hautes d\u00e9cid\u00e8rent de confronter <em>sapiens<\/em> \u00e0 son destin, et par cons\u00e9quent \u00e0 la possibilit\u00e9 de retrouver dans la souffrance l&rsquo;initiation perdue ; car il faut bien clairement en convenir et le signaler, &ndash; Dieu s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9senchant\u00e9 des hommes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai mesur\u00e9 depuis ces temps que j&rsquo;ai d\u00e9crits o&ugrave; toutes les choses du monde sembl\u00e8rent basculer sans que nul n&rsquo;ait vu venir cette temp\u00eate, combien j&rsquo;ai chang\u00e9 sans avoir conscience de ce changement. C&rsquo;est un sujet int\u00e9ressant, quoiqu&rsquo;il puisse en para&icirc;tre \u00e0 certains&#8230; Parler de soi-m\u00eame n&rsquo;est pas signe de vanit\u00e9 n\u00e9cessairement, m\u00eame si ce l&rsquo;est pour nombre de cas de peu de hauteur et de pi\u00e8tre magnanimit\u00e9, mais aussi et d&rsquo;abord, et exclusivement pour mon cas, c&rsquo;est parler de la chose que je dois conna&icirc;tre le mieux, et dont je d\u00e9couvre \u00e0 chaque instant et dans cette enqu\u00eate constante combien peu j&rsquo;en connais naturellement ; et surtout, pour mon cas sans aucun doute, c&rsquo;est parler d&rsquo;un \u00eatre qui est une part d&rsquo;un grand Myst\u00e8re collectif, qui r\u00e9percute en soi-m\u00eame les \u00e9v\u00e9nements du monde dans ce qu&rsquo;ils ont de cosmique, qui est pris et fa\u00e7onn\u00e9 par eux, qui en t\u00e9moigne souvent sans qu&rsquo;il le r\u00e9alise, qui est tout aussi souvent le simple medium de ces \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs \u00e0 lui et des immenses forces cosmiques qui les animent. C&rsquo;est en quoi les changements qui s&rsquo;op\u00e9r\u00e8rent en moi dans la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e d\u00e9sormais, apr\u00e8s le grand \u00e9branlement de 1989-1991, puis le plus grand \u00e9branlement encore et dans le m\u00eame sens de 1999-2001, sont porteurs d&rsquo;enseignements consid\u00e9rables qui nourrissent \u00e9videmment l&rsquo;\u00e9volution radicale de ma r\u00e9flexion depuis lors.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi suis-je justifi\u00e9 \u00e0 mes propres yeux de ce constat qui s&rsquo;est form\u00e9 peu \u00e0 peu de voir ma r\u00e9flexion sortir du seul champ fermement cl\u00f4tur\u00e9 des certitudes de la pratique habituelle et assez paresseuse de la raison habill\u00e9e des riches atours du technologisme et de la communication de la modernit\u00e9 ; je veux parler, bien entendu, de cette raison devenue raison-subvertie dans la postmodernit\u00e9 ; je veux parler \u00e9galement, bien entendu, de ces choses qui se disaient telles des certitudes de la raison, sans vergogne ni remords, malgr\u00e9 les imp\u00e9ratives pouss\u00e9es de l&rsquo;intuition que je tentais d&rsquo;apprivoiser quand je ne les repoussais pas compl\u00e8tement. Cette sortie du \u00ab\u00a0seul champ fermement cl\u00f4tur\u00e9 des certitudes\u00a0\u00bb, il ne s&rsquo;agit certes pas d&rsquo;un acte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, d&rsquo;un choix, d&rsquo;une orientation constat\u00e9e \u00e0 ses d\u00e9buts et encourag\u00e9e, mais bien d&rsquo;un constat apr\u00e8s-coup, et souvent venu d&rsquo;autres jugements que le mien, rationnalisant l&rsquo;historique de ce qui avait \u00e9t\u00e9 une d\u00e9marche que je ne peux d\u00e9crire que guid\u00e9e par l&rsquo;intuition, &ndash; puisque, par ailleurs, question de foi cela, je ne veux rien savoir ni du hasard ni de la n\u00e9cessit\u00e9 des forces terrestres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quoi qu&rsquo;il en soit et pour exposer ce constat dont je parle, il est av\u00e9r\u00e9 que, dans cette p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e, les sujets qui jusqu&rsquo;alors mobilisaient mon attention jusqu&rsquo;au d\u00e9tail r\u00e9v\u00e9lateur qui \u00e9claire toute une enqu\u00eate, donc sujets trait\u00e9s avec minutie et une belle conscience dont je n&rsquo;eus jamais \u00e0 rougir, &ndash; peu \u00e0 peu me semble-t-il, mais dans un retournement extraordinaire de puissance et de rapidit\u00e9 paradoxale, et d&rsquo;une profondeur \u00e0 ne pas croire, &ndash; ces sujets s&rsquo;affadirent et me parurent bient\u00f4t comme s&rsquo;ils disparaissent dans le mus\u00e9e secondaire o&ugrave; l&rsquo;on expose l&rsquo;accessoire et la futilit\u00e9 pour pr\u00e9venir le visiteur de s&rsquo;en garder m\u00eame s&rsquo;il en \u00e9prouve quelque int\u00e9r\u00eat. Ce mouvement, justement, correspondait parfaitement au basculement de l&rsquo;\u00e9poque, o&ugrave; les th\u00e8mes courants du chroniqueur qui se croit de haute vol\u00e9e, la diplomatie classique, les arrangements g\u00e9opolitiques, la puissance militaire des technologies, la pes\u00e9e des forces en pr\u00e9sence, etc., ne furent plus consid\u00e9r\u00e9s que par le bout ultime de leur enfantement, simplement comme des artefacts de troisi\u00e8me ou quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations ne valant mention que parce qu&rsquo;ils illustrent jusqu&rsquo;aux prog\u00e9nitures les plus \u00e9loign\u00e9es le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, le Syst\u00e8me, et la Grande Crise g\u00e9n\u00e9rale de notre contre-civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il \u00e9tait donc dit que mon existence dans ma fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre, mon comportement, et jusqu&rsquo;\u00e0 mon caract\u00e8re peut-\u00eatre, changeaient \u00e0 la fa\u00e7on des \u00e9v\u00e9nements du monde, et ici d\u00e9cisivement dans ce que l&rsquo;on pourrait nommer mon Grand Bouleversement, le grand bouleversement de mon destin ; ou bien \u00e9tait-ce que je r\u00e9alisais d&rsquo;une fa\u00e7on inconsciente ou qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait fait r\u00e9aliser de fa\u00e7on surconsciente les changements imp\u00e9ratifs, &ndash; un scientifique dirait \u00ab\u00a0les ajustements\u00a0\u00bb &ndash;, pour ne pas \u00eatre abandonn\u00e9 par mon destin et laiss\u00e9 dans les bas-c\u00f4t\u00e9s de la m\u00e9tahistoire, abandonn\u00e9 \u00e0 moi-m\u00eame et mon \u00e2me po\u00e9tique r\u00e9duite \u00e0 des illusions de fortune ? Quoi qu&rsquo;il en soit, la perspective s&rsquo;ouvrit sur le vrai sens de ma mission, sur la cause profonde de mon \u00e9vasion de 1985 ; ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement la \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb, cette chose dont l&rsquo;on se gargarise pour cause de besoin biologique et pour satisfaire les entreprises de l&rsquo;esprit, mais bien parce que cette libert\u00e9 prenait enfin un sens qui chuchotait \u00e0 l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique, &ndash; elle-m\u00eame sauv\u00e9e, n&rsquo;est-ce pas, &ndash; que s&rsquo;il existe une \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb elle n&rsquo;est certes pas d&rsquo;ordre terrestre, qu&rsquo;il faut \u00e9lever le regard pour parfaitement la saisir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>***<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est aussi comme si un objet c\u00e9leste, jusqu&rsquo;alors suivant une courbe qui semblait assur\u00e9e et lui semblait assign\u00e9e pour son existence, \u00e9tait soudain convi\u00e9 \u00e0 rejoindre une autre orbite promise \u00e0 le conduire vers des espaces inconnus ; par cette image volontairement cosmique, j&rsquo;entends bien montrer qu&rsquo;un tel changement ne peut se nommer que \u00ab\u00a0bouleversement\u00a0\u00bb et se d\u00e9finir comme un r\u00e9alignement d&rsquo;une puissance colossale, effectivement de dimension cosmique. C&rsquo;est bien cela que nous avons v\u00e9cu, \u00e0 peu pr\u00e8s entre 1984-1991 et aujourd&rsquo;hui, avec des chocs successifs que nul n&rsquo;ignore, entrant dans une p\u00e9riode que l&rsquo;on ne peut qualifier que de \u00ab\u00a0crisique\u00a0\u00bb tant les relations internationales sont devenues une succession de crises, d&rsquo;abord s&rsquo;enfilant comme les perles d&rsquo;un collier qu&rsquo;on ne peut qualifier que de \u00ab\u00a0diabolique\u00a0\u00bb, dans un ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0cha&icirc;ne crisique\u00a0\u00bb, puis acc\u00e9l\u00e9rant, et bient\u00f4t d\u00e9couvrant pour chaque cas l&rsquo;impossibilit\u00e9 de trouver une issue, donc tournant en rond litt\u00e9ralement dans un cercle diabolique dont nul ne s&rsquo;\u00e9chappe, et par cons\u00e9quent la cha&icirc;ne crisique se transformant en \u00ab\u00a0tourbillon crisique\u00a0\u00bb qui serait, selon les exercices et les humeurs, l&rsquo;&oelig;il du cyclone ou un vaste trou noir des abysses du Mordor. Il \u00e9tait impensable, grotesque et ridicule d&rsquo;envisager de telles images et de telles tournures de phrase pour d\u00e9crire la situation courante, disons il y a vingt ans encore ; apr\u00e8s des si\u00e8cles d&rsquo;observation cette sorte de jugements \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux fous, aux pr\u00e9dicateurs, aux psychopathes, aux pr\u00eatres exalt\u00e9s. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est pour moi le langage courant&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je crois \u00e9galement avec une conviction d&rsquo;une force qui me surprend moi-m\u00eame, qui me redonne vie \u00e0 certains moments de ma 73<sup>\u00e8me<\/sup> ann\u00e9e, de cette sorte d&rsquo;\u00e2ge o&ugrave; vous d\u00e9nombrez toutes les marques du naufrage qu&rsquo;est la vieillesse, pourtant cette conviction qui semble me faire rena&icirc;tre, qui retrouve la lumi\u00e8re de l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique ; je parle donc de cette conviction qui tient mon esprit et lui indique la voie du jugement clairvoyant, que les psychologies humaines, \u00e0 la fois en tant que telles prises l&rsquo;une s\u00e9par\u00e9ment de l&rsquo;autre, \u00e0 la fois selon divers entra&icirc;nements collectifs, ont subi le choc terrible de ces ann\u00e9es depuis plus de deux d\u00e9cennies. Il s&rsquo;agit du pendant, du c\u00f4t\u00e9 des <em>sapiens<\/em>, d&rsquo;une \u00e9poque transform\u00e9e en \u00ab\u00a0tourbillon crisique\u00a0\u00bb, t\u00e9moignant des effets de la seconde sur les premiers. Tous ces \u00e9l\u00e9ments vont ensemble, s&#8217;embo&icirc;tent et se rassemblent, s&rsquo;influencent jusqu&rsquo;\u00e0 se transmuter les uns les autres, pour donner cette impulsion que je veux vous d\u00e9crire, qui m&rsquo;a emport\u00e9 dans le bouleversement de mon travail que je viens d&rsquo;\u00e9voquer comme ouverture de l&rsquo;explication de mon destin durant la p\u00e9riode. Encore une fois, je n&rsquo;ai de meilleur terrain f\u00e9cond pour comprendre pour mon compte, et pour exposer aux lecteurs, comment, par le truchement de la description de mon \u00e9volution, l&rsquo;\u00e9poque s&rsquo;est radicalement transmut\u00e9e pour s&rsquo;instituer en un temps compl\u00e8tement diff\u00e9rent, une \u00e8re nouvelle, d\u00e9cisive, catastrophique et eschatologique, sans doute jusqu&rsquo;\u00e0 une certaine ultimit\u00e9 de cette s\u00e9quence de l&rsquo;histoire elle-m\u00eame transmut\u00e9e en m\u00e9tahistoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a d&rsquo;abord un aspect trivial qui sous-tend, comme le ferait un argument de cuisine, &ndash; mais il faut savoir jusqu&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;on peut \u00eatre bas si l&rsquo;on ne prend garde de vouloir \u00eatre haut, &ndash; cette exploration de mon \u00e9volution, et cette incursion dans un domaine que je n&rsquo;envisageais gu\u00e8re. Je parle ici d&rsquo;un temps qu&rsquo;on peut situer quelque part entre1995 et 2000, donc au moment o&ugrave; j&rsquo;allais commencer \u00e0 basculer vers cet espace de l&rsquo;\u00e9crit et de l&rsquo;esprit, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9laborer cette \u00e2me po\u00e9tique dont je parle beaucoup ; je ne sais plus pr\u00e9cis\u00e9ment le sujet du propos ici, est-ce un projet de livre, ou un livre d\u00e9j\u00e0 fait et depuis perdu dans les oubliettes, je ferais volontiers l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de Nietzsche&#8230; (Est-ce <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/interview-de-lauteur-fn-au-kosovo-cest-sur\">roman \u00e9trange<\/a> que j&rsquo;avais \u00e9crit, sous le titre de <em><a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/dp\/1521794618\/ref=sr_1_1?s=books&#038;ie=UTF8&#038;qid=1500295163&#038;sr=1-1&#038;keywords=nietzsche+grasset\">Nietzsche au Kosovo<\/a><\/em> ? Cela situerait le propos en 1999-2000.) Je fr\u00e9quentais alors, \u00e9pisodiquement, au gr\u00e9 de mes d\u00e9placements parisiens, un grand nom de la plume parisienne, essayiste, philosophe, romancier, un des ma&icirc;tres du Paris-intellectuel, &ndash; R\u00e9gis Debray, pour qui ne l&rsquo;a pas reconnu, &ndash; qui m&rsquo;avait un jour confi\u00e9, alors que je m&rsquo;enqu\u00e9rais des effets d&rsquo;attaques violentes port\u00e9es contre lui, et lui parlant de la Rive-Gauche, de Saint-Germain, des rues pleines d&rsquo;\u00e9diteurs prestigieux, de libraires d&rsquo;occasion superbement achaland\u00e9s et de caf\u00e9s o&ugrave; ils firent l&rsquo;histoire : &laquo; <em>Oh, tu sais, moi, je fais partie des meubles<\/em>. &raquo; Lui parlant donc de mon projet o&ugrave; je mettais un peu de philosophie ou de m\u00e9taphysique, ou bien est-ce que je lui aurais fait lire quelques pages, je ne sais plus tr\u00e8s bien ; pour moi, c&rsquo;\u00e9tait comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait jamais eu d&rsquo;avant \u00e0 Saint-Germain o&ugrave; j&rsquo;avais esp\u00e9r\u00e9 tant de fois trouver une sorte de formule magique qui aurait \u00e9clair\u00e9 mon chemin et me baignant de certitude&#8230; Mais j&rsquo;entends l\u00e0-dessus qu&rsquo;on me dit, comme une porte claque et bien que je n&rsquo;ai jamais cru un seul instant qu&rsquo;elle m&rsquo;e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 jamais ouverte, \u00e9tranger l\u00e0 aussi, \u00e9migr\u00e9 et immigr\u00e9 sans but, tournant et retournant sans espoir de jamais trouver un port : &laquo; <em>Fais attention, c&rsquo;est tr\u00e8s casse-gueule&#8230; Tu vas te faire descendre par tous les sp\u00e9cialistes, les universitaires, bard\u00e9s de dipl\u00f4mes et de citations. Contre eux, tu n&rsquo;as aucune chance<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puisque c&rsquo;\u00e9tait dit je me le tins pour dit sans me douter que, parall\u00e8lement, mon esprit et ma main allaient dans le sens que j&rsquo;ai d\u00e9crit plus haut et qu&rsquo;achevait de se former cette \u00e2me po\u00e9tique qui, chez moi, a toujours montr\u00e9 une si grande indiff\u00e9rence aux dipl\u00f4mes, aux citations des critiques et aux palmes acad\u00e9miques. Quelques ann\u00e9es plus tard, &mdash; c&rsquo;\u00e9tait autour de 2010, &ndash; je fus contact\u00e9 \u00e0 propos de mes travaux sur mon propre site (<em>dedefensa.org<\/em>) qui m&rsquo;\u00e9ditait \u00e9lectroniquement par un jeune homme, qui me sembla bient\u00f4t \u00eatre un ma&icirc;tre de la m\u00e9taphysique, avec des \u00e9tudes \u00e0 mesure mais pas vraiment le style, je veux dire de la personne physique, puisqu&rsquo;il faisait plut\u00f4t joyeux drille un peu boh\u00eame. Apr\u00e8s les pr\u00e9liminaires sur le contenu de certains de mes articles, \u00e9tudes, etc., que je publiai sur ce fameux <em>dedefensa.org<\/em>, il s&rsquo;exclama, rien de moins&#8230; J&rsquo;\u00e9tais en confiance au fil des entretiens et finis par lui confier, pour tenter d&rsquo;endiguer le flot de son enthousiasme, que je n&rsquo;\u00e9tais rien, sans dipl\u00f4me ni citations, d&rsquo;une culture extr\u00eamement moyenne par rapport aux classiques, aux Anciens et ainsi de suite, que j&rsquo;en avais grande honte mais que je ne parvenais pas \u00e0 me d\u00e9faire de ce fardeau de n&rsquo;avoir pas la force de m&rsquo;obtenir r\u00e9paration en me plongeant dans telle ou telle &oelig;uvre. &laquo; <em>Mais justement !<\/em> s&rsquo;exclama-t-il, <em>c&rsquo;est cela qui est magnifique, arriver \u00e0 ce que vous faites sans rien conna&icirc;tre de toute la base et la docu dont se chargent tous nos philosophes-mandarins&#8230; L\u00e0 est la magie de la chose !<\/em> &raquo; &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb, \u00e9tait-ce moi ? J&rsquo;avoue que cet enthousiasme, venu d&rsquo;une sommit\u00e9 habill\u00e9e en boh\u00eame et souvent ch\u00f4meur, mais avec ses dipl\u00f4mes de m\u00e9taphysicien et son &oelig;uvre de Gu\u00e9non connue sur le bout des doigts, j&rsquo;avoue que cela m&rsquo;encouragea, &ndash; ou bien, disons, que cela ne me d\u00e9couragea nullement&#8230; Le vrai est que je me sentis lib\u00e9r\u00e9 d&rsquo;un de ces poids qui vous tient vers le bas, et que la transformation dont j&rsquo;ai parl\u00e9 put ainsi, non pas tant se r\u00e9aliser pleinement, mais plut\u00f4t \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e pleinement par l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire par moi-m\u00eame et de moi-m\u00eame en un sens. Il y avait l\u00e0 une esp\u00e8ce de r\u00e9alisation tant attendue, dont j&rsquo;ignorais tout mais \u00e0 quoi j&rsquo;allais tout devoir d\u00e9sormais. Il est bien dommage et fort malheureux que ce jeune homme et moi nous soyons perdus de vue, pour une raison que j&rsquo;ignore encore, et selon un destin qui m&rsquo;attriste sans que je n&rsquo;ai jamais pu en comprendre le dessein. J&rsquo;ai le sentiment de lui devoir quelque chose d&rsquo;assez rare&#8230; Peut-\u00eatre, pour l&rsquo;explication, est-ce ceci qu&rsquo;il a tir\u00e9 sa r\u00e9v\u00e9rence une fois sa mission accomplie ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, dirais-je assez dramatiquement dans la mesure o&ugrave; il ne s&rsquo;agit que des modalit\u00e9s accessoires, ai-je rencontr\u00e9 et identifi\u00e9 mon destin avec le plus grand respect&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Mais les \u00ab\u00a0modalit\u00e9s accessoires\u00a0\u00bb sont comme une poussi\u00e8re qui peut parfois bloquer une dynamique pourtant si puissante et que tout avait pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper. Le destin qu&rsquo;on a fait attendre ou qu&rsquo;on put sembler trahir se venge parfois de cette fa\u00e7on : par m\u00e9pris et par d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, en laissant aller quelque poussi\u00e8re et chuchotant \u00ab\u00a0Vas jouer avec cette poussi\u00e8re\u00a0\u00bb, &ndash; de ce titre de Montherlant qui m&rsquo;a toujours fascin\u00e9, je dois dire, comme disant infiniment plus qu&rsquo;il ne para&icirc;t ; bien plus qu&rsquo;une poussi\u00e8re en v\u00e9rit\u00e9, titre d&rsquo;une ambigu\u00eft\u00e9 que l&rsquo;auteur lui-m\u00eame ne soup\u00e7onnait pas ; signe que les mots dans leur insondable profondeur disent toujours plus que nous qui les \u00e9crivons&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A partir de ce passage du temps, disons en 2010-2011, au moment de la vie o&ugrave; tant de vies se croient au terme, je ne sentis plus aucun de ces freins qui, jusqu&rsquo;ici, avait retenu l&rsquo;audace de ma pens\u00e9e et suspendu ma plume, \u00e0 plus d&rsquo;une occasion. Je d\u00e9couvris qu&rsquo;il pouvait m&rsquo;arriver d&rsquo;avoir des pens\u00e9es qu&rsquo;on pouvait comparer \u00e0 celles de grands penseurs qualifi\u00e9s, estampill\u00e9s et authentifi\u00e9s ; le lecteur verrait-il dans cette courte phrase un univers insondable et incroyable de vanit\u00e9 ? Il aurait grand tort, car la vanit\u00e9 m&rsquo;est parfaitement \u00e9trang\u00e8re, elle me coupe bras et jambes et fait na&icirc;tre en moi le plus grand m\u00e9pris pour moi-m\u00eame&#8230; Ma seule vanit\u00e9, si l&rsquo;on veut un paradoxe en forme de pirouette sans cons\u00e9quence mais qui n&rsquo;est pas vain, c&rsquo;est de tenir la vanit\u00e9 \u00e0 telle distance qu&rsquo;elle ne me touchera jamais. C&rsquo;est un serment que la nature de moi-m\u00eame s&rsquo;est faite \u00e0 l&rsquo;origine, et dont l&rsquo;injonction est bien sup\u00e9rieure \u00e0 moi-m\u00eame ; dans ce cas, votre nature parle et forme votre caract\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>***<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;importe, l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique s&rsquo;\u00e9tait ouverte, dans toute sa sublime splendeur, dans sa grandeur extr\u00eame, dans la douceur de son infinie nostalgie, et je r\u00e9alise, \u00e0 en parler comme je le fais, que j&rsquo;ai mis bien du temps \u00e0 la reconna&icirc;tre et \u00e0 l&rsquo;honorer pour ce qu&rsquo;elle est. Je ne crois pas une seconde que cette \u00e2me po\u00e9tique, de m\u00eame que les mots et les phrases qui naissent de-ci de-l\u00e0, de ma plume, je ne crois pas que tout cela soit de moi ; cela m&rsquo;est un don, c&rsquo;est-\u00e0-dire quelque chose que l&rsquo;on voulut bien me donner pour que j&rsquo;en fasse le message, que j&rsquo;en sois le rec\u00e9leur puis le porteur et rien d&rsquo;autre, rien de plus&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 croire, par diverses circonstances, \u00e0 ceci que le travail que j&rsquo;ex\u00e9cutais r\u00e9guli\u00e8rement (parution bimensuelle) avec la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie <\/em>(<em>dd&#038;e<\/em>), \u00e0 mesure qu&rsquo;il se raffinait, prenait une forme inattendue et impr\u00e9vue au d\u00e9part, et tr\u00e8s originale. (On trouve une reprise assez importante d&rsquo;un des textes qui y fut publi\u00e9 dans le Tome-II de <em>la Gr\u00e2ce<\/em>, dans la Cinqui\u00e8me Partie.) La chose m&rsquo;apparut \u00e0 mesure de cette \u00e9volution d&rsquo;elle-m\u00eame de la publication, comme mue par une n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle devienne quelque chose de tout \u00e0 fait particulier, avec la rubrique centrale d&rsquo;un volume tr\u00e8s important d&rsquo;autour de 60.000 signes (l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;une quarantaine de pages d&rsquo;un livre), justement nomm\u00e9e <em>dedefensa<\/em>. Il s&rsquo;agissait du commentaire d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements s\u00e9lectionn\u00e9s, de type politique, strat\u00e9gique, technologique, etc., essentiellement dans l&rsquo;aire euroatlantique dans sa plus grande extension vers toutes les directions, selon des points de vue de plus en plus diff\u00e9rentes, avec des r\u00e9f\u00e9rences de plus en plus \u00e9largies tandis que le sujet restait contenu dans les bornes de l&rsquo;actualit\u00e9 que je lui avais assign\u00e9es ; le r\u00e9sultat en \u00e9tait une r\u00e9flexion de plus en plus approfondie pour des \u00e9v\u00e9nements qui restaient en eux-m\u00eames limit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;imm\u00e9diat et \u00e0 l'\u00a0\u00bbop\u00e9rationnel\u00a0\u00bb. Cela supposait, de ma part, un effort d&rsquo;imagination de plus en plus important, mais qui ne m&rsquo;\u00e9tait ni \u00e9tranger ni p\u00e9nible, qui \u00e9tait ma nature m\u00eame ; je n&rsquo;ai jamais vraiment pu aller au bout d&rsquo;un rapport strat\u00e9gique, alors que chacune de mes rubriques pouvaient \u00eatre prise pour un rapport strat\u00e9gique original, et par ailleurs rarement pris en d\u00e9faut, et par ailleurs encore r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 \u00e0 des sources ou \u00e0 des r\u00e9flexions tr\u00e8s inhabituelles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Pour bien fixer les choses \u00e0 cet \u00e9gard et leur donner une incarnation significative, je cite un exemple de cette pseudo-\u00ab\u00a0m\u00e9thode\u00a0\u00bb pour ces rubriques bimensuelles ; lorsque, en 2005, j&rsquo;\u00e9crivis une de ces rubriques sur \u00ab\u00a0la m\u00e9taphysique de l&rsquo;avion de combat <em>Rafale<\/em>\u00ab\u00a0, ou encore \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notre-raison-detre-2005-6\">le <em>Rafale<\/em> comme artefact antimoderne<\/a> contre le JSF am\u00e9ricain, artefact postmoderne\u00a0\u00bb, tout cela avec une impeccable argumentation technique puisque l&rsquo;a\u00e9ronautique militaire \u00e9tait une des rares mati\u00e8res o&ugrave; je pouvais pr\u00e9tendre \u00e0 une culture puissante, &ndash; et cela ne m&rsquo;ayant jamais quitt\u00e9 au point o&ugrave; je pourrais vous conter sur l&rsquo;instant et d&rsquo;un seul jet l&rsquo;histoire de l&rsquo;aviation militaire, certes enrichie depuis de r\u00e9flexions qui sont \u00e0 la hauteur de ce sujet qui offre un exemple remarquable du m\u00e9lange du meilleur et du pire ; c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;homme restant jusqu&rsquo;au bout du possible de la chose un combattant-chevalier parfaitement antimoderne et souscripteur d&rsquo;une universalit\u00e9 renvoyant \u00e0 la tradition de l&rsquo;unit\u00e9 primordiale tandis que le d\u00e9veloppement du technologisme et de ses diaboliques machines l&#8217;emportait malgr\u00e9 lui et au point o&ugrave; il lui pr\u00e9f\u00e9rait la mort, dans l&rsquo;horreur de la barbarie postmoderne ; une v\u00e9ritable trag\u00e9die du XX\u00e8me si\u00e8cle dont il ne reste plus trace dans nos m\u00e9moires \u00e9teintes.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Plus tard, et c&rsquo;est ce que je fais exactement en \u00e9crivant ces lignes, j&rsquo;ai pu me dire, comme je l&rsquo;\u00e9cris maintenant, que cette \u00ab\u00a0imagination\u00a0\u00bb-l\u00e0 aurait pu d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00eatre reconnue, pouvait \u00eatre reconnue d\u00e9j\u00e0, dans nombre de cas, comme le simple compte-rendu d&rsquo;une intuition anim\u00e9e par une inspiration tr\u00e8s f\u00e9conde mais tenue dans l&rsquo;\u00e8re de surveillance de la raison.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au temps o&ugrave; je commen\u00e7ais vaguement \u00e0 r\u00e9aliser vers o&ugrave; m&#8217;emmenait cette publication (<em>dd&#038;e<\/em>), et alors que je conduisais parall\u00e8lement une sorte d&rsquo;anti-carri\u00e8re absolument inexistante d&rsquo;\u00e9crivain, et pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;\u00e9crivain-romancier, ambition o&ugrave; j&rsquo;avais mis tous mes espoirs d\u00e8s l&rsquo;origine, en ce temps-l\u00e0 je comprenais \u00e9galement que mon absence de culture universitaire, voire de culture tout court, dans les domaines de la litt\u00e9rature et de la philosophie sans aucun doute, pour ne rien dire des sciences, &ndash; seule l&rsquo;histoire \u00e9chappait \u00e0 cette d\u00e9sertification, &ndash; constituait un interdit d\u00e9cisif et irr\u00e9futable pour esp\u00e9rer quelque carri\u00e8re de l&rsquo;\u00e9crit que ce soit vers cette sorte de domaine o&ugrave; me poussait pourtant <em>dd&#038;e<\/em>. Je n&rsquo;\u00e9tais rien \u00e0 mes yeux, moi qui voulais \u00eatre un grand romancier et qui avais \u00e9cris entre vingt et trente romans dont un seul fut publi\u00e9 pour ne jamais \u00eatre oubli\u00e9 puisque jamais connu et ainsi immortel car quelque chose qui n&rsquo;est pas n\u00e9 ne peut mourir ; et l\u00e0-dessus, tout me poussait selon un esprit tr\u00e8s diff\u00e9rent \u00e0 pr\u00e9tendre \u00eatre quelque chose dans un domaine o&ugrave; non seulement je n&rsquo;\u00e9tais encore rien mais o&ugrave; je jugeais que je n&rsquo;avais rien pour y \u00eatre jamais et o&ugrave; je ne serais jamais par cons\u00e9quent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais peu \u00e0 peu je m&rsquo;habituai ; je veux dire que je prenais l&rsquo;habitude d&rsquo;avoir l&rsquo;audace de consid\u00e9rer qu&rsquo;une structure habitait cet \u00e9crit particulier, et une intuition \u00e9galement, et que j&rsquo;en \u00e9tais l&rsquo;ouvrier. Dans les promenades que je faisais dans une for\u00eat proche de notre habitation, d\u00e8s l&rsquo;aube de chaque jour, d\u00e8s 1990 o&ugrave; nous nous install\u00e2mes \u00e0 la campagne, et d\u00e8s 1994 avec mes chiens et chiennes successives qui furent et restent nos compagnons, m\u00eame lorsque leurs corps ont disparu car leurs \u00e2mes nous habitent jusqu&rsquo;au-del\u00e0 du temps ; eh bien il m&rsquo;arrivait, parlant tout seul, de d\u00e9tailler ma \u00ab\u00a0M\u00e9thode\u00a0\u00bb, qu&rsquo;on pourrait aussi bien d\u00e9signer comme une \u00ab\u00a0anti-m\u00e9thode\u00a0\u00bb, cela \u00e0 la suite de remarques faites par l&rsquo;un ou l&rsquo;autre interlocuteur, lecteurs de <em>dd&#038;e<\/em> qui avaient mesur\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>D&rsquo;abord<\/em>, me disais-je car je parlai tout haut comme si j&rsquo;\u00e9tais dans une conversation et ainsi rapporterai-je cela comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une citation, <em>d&rsquo;abord il y a cette chose surprenante qu&rsquo;il m&rsquo;arrive de \u00ab\u00a0survoler\u00a0\u00bb un article traitant d&rsquo;un de ces sujets au sens large de la politique \u00e9trang\u00e8re et de la s\u00e9curit\u00e9, m\u00eame pas de le \u00ab\u00a0lire en diagonale\u00a0\u00bb, non le \u00ab\u00a0survoler\u00a0\u00bb, en principe sans en rien lire ; et pourtant, quelque chose se passe, et je me dis :\u00a0\u00bbL\u00e0, oui, il y a quelque chose d&rsquo;int\u00e9ressant, l\u00e0-dedans, et \u00e7a me viendra, dans dix minutes, deux heures ou demain matin, selon la fa\u00e7on dont je le lirais plus en d\u00e9tails ou dont j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0, sans le savoir, le d\u00e9tail \u00e0 l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb. Bien s&ucirc;r, pour moi, cela ne s&rsquo;appelle pas lire, c&rsquo;est m\u00eame le contraire de \u00ab\u00a0lire\u00a0\u00bb qui consiste pour moi \u00e0 lire et relire et relire une phrase, comme conseillait Nietzsche, lire comme les vaches ruminent, en rem\u00e2chant ce qui est d\u00e9j\u00e0 m\u00e2ch\u00e9 et rem\u00e2ch\u00e9&#8230; Mais dans ce cas pr\u00e9cis expos\u00e9 plus haut qui effectivement est le contraire de lire, il s&rsquo;agit de trouver dans un \u00e9crit ext\u00e9rieur une clef qui ouvrira la porte de mes \u00e9crits int\u00e9rieurs dans cet exercice de r\u00e9flexion bimensuel que je faisais sur les \u00e9v\u00e9nements en cours, \u00e0 partir de points de vue de plus en plus divers&#8230;<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un certain temps passait (toujours dans les temps, car en vingt-sept ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9ditions-papier de cette Lettre d&rsquo;Analyse, \u00e0 partir de septembre 1985, je n&rsquo;ai jamais rat\u00e9 une seule \u00e9dition \u00e0 son jour de sortie) ; puis venait l'\u00a0\u00bbimagination\u00a0\u00bb, ou plut\u00f4t comme on a vu plus haut apr\u00e8s la reconnaissance n\u00e9cessaire, l&rsquo;intuition avec le moteur de l&rsquo;inspiration&#8230; &laquo; <em>Il suffit d&rsquo;un mot, d&rsquo;une phrase, d&rsquo;une citation \u00e0 placer en t\u00eate, la chose inspiratrice qui ouvre la voie et l\u00e0-dessus se d\u00e9roule le texte, \u00e0 son rythme, enti\u00e8rement structur\u00e9, avec sa signification d\u00e9j\u00e0 en forme et en place. Je n&rsquo;ai rien vu venir et j&rsquo;ignore o&ugrave; je vais, mais j&rsquo;ai toujours \u00e9crit d&rsquo;une main ferme et sans h\u00e9siter&#8230; et toujours, \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e, il y avait un sens, une forte signification, le texte \u00e9tait devenu \u00eatre en soi&#8230; C&rsquo;\u00e9tait un instant de bonheur fou. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un jour, une relation qui \u00e9tait aussi un de mes lecteurs, \u00e9tant dans une position au minist\u00e8re de la d\u00e9fense qui l&rsquo;inclinait \u00e0 suivre ces r\u00e9flexions qu&rsquo;il jugeait d&rsquo;ordre diplomatico-strat\u00e9gique, me dit que mes rubriques <em>dedefensa<\/em> \u00e9taient construites comme des symphonies. Je fus heureux de la comparaison, bien que je n&rsquo;eusse aucune connaissance de la structure des &oelig;uvres musicales, simplement parce que, dans son jugement, ce personnage surtout pr\u00e9occup\u00e9 des aspects politiques et techniques avait introduit, avec une certaine insistance, une notion artistique dans la description qu&rsquo;il avait faite. Je crois que, d\u00e8s cette \u00e9poque, &ndash; ce devait \u00eatre dans l&rsquo;une des derni\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent, &ndash; naissait en moi ce qui deviendrait bien plus tard le concept d'\u00a0\u00bb\u00e2me po\u00e9tique\u00a0\u00bb, qui serait l&rsquo;assemblage de la pens\u00e9e, du concept, de la perception du monde, avec toutes leur rugosit\u00e9 et leurs asp\u00e9rit\u00e9s, avec leurs exigences de complexit\u00e9, assembler tout cela avec une forme o&ugrave; j&rsquo;esp\u00e9rais que se glisseraient une dimension esth\u00e9tique, une certaine beaut\u00e9, qui apparenteraient l&rsquo;ensemble \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence artistique. Pour moi, aujourd&rsquo;hui, l'\u00a0\u00bb\u00e2me po\u00e9tique\u00a0\u00bb se dit de cette d\u00e9marche m\u00e9taphysique que je tente de suivre sans jamais rien sacrifier \u00e0 ce qui peut se rapprocher, malgr\u00e9 la difficult\u00e9 de l&rsquo;exercice, \u00e0 la beaut\u00e9 de la forme dans l&rsquo;\u00e9crit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi se transforma mon travail, insensiblement, durant ces ann\u00e9es, surtout \u00e0 partir de 2001 ; la forme restait cette pr\u00e9occupation centrale que j&rsquo;ai dite, tandis que les \u00e9v\u00e9nements exigeaient de plus en plus imp\u00e9rativement que je passasse \u00e0 d&rsquo;autres sujets, ou plut\u00f4t que j&rsquo;\u00e9levasse les sujets trait\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils deviennent autres, v\u00e9ritablement transmut\u00e9s ; l\u00e0-dessus, la forme elle-m\u00eame suivait cette \u00e9volution, en tentant de conserver l&rsquo;acquis esth\u00e9tique, en y veillant sans jamais se lasser. J&rsquo;ai appris \u00e0 d\u00e9couvrir depuis qu&rsquo;entre ces deux aspects du travail, il existe une correspondance dans la racine m\u00eame de la cr\u00e9ation ; dans les deux cas, l&rsquo;intuition veille et assure ainsi que l&rsquo;inspiration dont on se juge d\u00e9pendant reste constamment sous l&rsquo;influence de ces forces du-dehors qui dispensent ce qu&rsquo;il y a de plus haut et de plus sage dans ce qu&rsquo;on fait, qui n&rsquo;est donc pas vous tout \u00e0 fait, qui est aussi la chose puissante dont vous \u00eates le messager, on dit aussi \u00ab\u00a0le passeur\u00a0\u00bb selon une expression qui est \u00e0 la mode ces temps-ci. Ainsi l&rsquo;esth\u00e9tique elle-m\u00eame, ce qu&rsquo;il y a de \u00ab\u00a0po\u00e9tique\u00a0\u00bb dans l&rsquo;\u00e2me, est-elle de la m\u00eame inspiration que le contenu qu&rsquo;elle livre \u00e0 la m\u00e9ditation du lecteur ; la beaut\u00e9 est comme un garant de la hauteur du propos, et vaut apr\u00e8s tout largement un dipl\u00f4me d&rsquo;un de nos \u00e9tablissements universitaires, l&rsquo;un de ceux-ci dont je m&rsquo;affligeais parfois d&rsquo;en manquer si cruellement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>***<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Ecce Homo<\/em> &#8230; Ainsi naquit un autre homme. J&rsquo;\u00e9tais pr\u00eat pour cela, ayant connu et entretenu pour mon compte et sur mon compte ce que je d\u00e9signerais comme des \u00ab\u00a0trag\u00e9dies cach\u00e9es\u00a0\u00bb, deux si on les consid\u00e8re de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;une de caract\u00e8re historique et l&rsquo;autre psychologique ; ces trag\u00e9dies s&rsquo;av\u00e9rant dans l&rsquo;exp\u00e9rience et au terme de ma charge et de ma mission, \u00e0 contrepied du tragique dont elles m&rsquo;avaient charg\u00e9 comme ces \u00e9v\u00e9nements-Janus qui montrent une double face, d&rsquo;heureuses occurrences pour renforcer ma r\u00e9solution inconsciente de transmutation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La premi\u00e8re de ces \u00ab\u00a0trag\u00e9dies cach\u00e9e\u00a0\u00bb, dont je ne connus le poids qu&rsquo;\u00e0 mesure de l&rsquo;avancement de ma vie, et notamment avec le constat d&rsquo;une constante solitude sociale car mon caract\u00e8re farouche et distant ajoutait \u00e0 l&rsquo;occurrence historique, c&rsquo;est ma condition de migrant plus que d&rsquo;\u00e9migrant, comme si ma condition finale et inexorable e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 une migration sans fin tout au long de l&rsquo;histoire de ma vie. La v\u00e9rit\u00e9 est que j&rsquo;ai eu au moins sept vies, ce qui montre l&rsquo;apparence d&rsquo;une tr\u00e8s grande instabilit\u00e9 sociale, alors qu&rsquo;une partie tr\u00e8s conservatrice du fond de mon caract\u00e8re, voisinant avec une partie d&rsquo;ind\u00e9pendance et de la n\u00e9cessit\u00e9 de la libert\u00e9, a fait de ma vie une recherche sans fin et sans espoir d&rsquo;un enracinement d\u00e9cisif. Mais si l&rsquo;Histoire tranche, comme elle fit dans mon cas, faisant basculer le sort de l'\u00a0\u00bbAlg\u00e9rie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb dans l&rsquo;ind\u00e9pendance, il y a quelque chose d&rsquo;in\u00e9luctable : le sort est \u00e9crit et l&rsquo;Histoire ne revient jamais l\u00e0 o&ugrave; elle a tranch\u00e9 : ce n&rsquo;est pas vous qui quittez votre pays d&rsquo;origine, c&rsquo;est votre pays d&rsquo;origine qui vous quitte parce qu&rsquo;il dispara&icirc;t&#8230; Je n&rsquo;\u00e9tais pas un d\u00e9racin\u00e9, j&rsquo;\u00e9tais comme l&rsquo;on dirait d&rsquo;un guillotin\u00e9 ; on n&rsquo;avait pas arrach\u00e9 mes racines, on les avait tranch\u00e9es. Comme l&rsquo;on sait, des racines sorties de leur terre d&rsquo;origine peuvent reprendre vigueur dans un autre sol, mais en aucun cas des racines tranch\u00e9es puisqu&rsquo;elles n&rsquo;existent plus. En un sens, cette premi\u00e8re \u00ab\u00a0trag\u00e9die\u00a0\u00bb, par son absolutisme, m&rsquo;interdisait toute esp\u00e9rance et m&rsquo;obligeait au dilemme de me laisser mourir d&rsquo;absence d&rsquo;espoir ou d&rsquo;abandonner toute possibilit\u00e9 d&rsquo;une vie fond\u00e9e sur l&rsquo;esp\u00e9rance du retour. Ainsi mon enfance et ma premi\u00e8re jeunesse devinrent-elles ce souvenir qui ne pouvait survivre qu&rsquo;en se grandissant d\u00e9cisivement dans la repr\u00e9sentation symbolique de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, comme je l&rsquo;ai pr\u00e9sent\u00e9 dans le Conclusion du tome pr\u00e9c\u00e9dent de <em>La Gr\u00e2ce<\/em>. Cette fatalit\u00e9 historique de ma vie m&rsquo;a appris, d&rsquo;une part \u00e0 transmuter les souvenirs qui contiennent un germe d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 en une corroboration de mon sentiment intuitif g\u00e9n\u00e9ral sur l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, et sur la nostalgie qui est chez moi un absolu, qui est comme le moteur de ma repr\u00e9sentation de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ; d&rsquo;autre part, comme bienfait paradoxal de cette vie guillotin\u00e9e, \u00e0 me refaire en \u00ab\u00a0homme neuf\u00a0\u00bb pour chacune de mes vies, c&rsquo;est-\u00e0-dire en \u00ab\u00a0homme renouvel\u00e9\u00a0\u00bb et nullement \u00ab\u00a0homme nouveau\u00a0\u00bb, gardant pour chaque vie nouvelle toute sa puissance d&rsquo;exp\u00e9rience des vies pr\u00e9c\u00e9dentes de plus en plus enrichie de l&rsquo;intuition, au fond comme si je m&rsquo;\u00e9tais form\u00e9 ma propre tradition qui se transmettait d&rsquo;une de mes vies \u00e0 l&rsquo;autre, chronologiquement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La seconde trag\u00e9die qui me frappa est du domaine de l&rsquo;intime, dans le vaste domaine de la psychologie. Je peux dire qu&rsquo;elle a toute enti\u00e8re affect\u00e9 et marqu\u00e9 ma derni\u00e8re vie, en une blessure immense appel\u00e9e \u00e0 ne jamais cicatriser, perc\u00e9e dans mon flanc, toujours vive, \u00e0 jamais lancinante. Elle assombrit affreusement l&rsquo;hiver de ma vie qui est la saison de cette derni\u00e8re vie, o&ugrave; je me trouve encore, et pourtant elle lui donna \u00e9galement un \u00e9lan que je ne pouvais imaginer ni m\u00eame attendre. Je laisse ici les circonstances et la description de la souffrance, et les acteurs bien entendu puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;intime, mais qu&rsquo;on sache simplement qu&rsquo;elle fut une affreuse trag\u00e9die affective qui me priva, symboliquement dans le domaine de l&rsquo;affectif, et comme par une incantation diabolique puisque l&rsquo;enveloppe charnelle de l&rsquo;\u00eatre subsistait, qui me priva disais-je de l&rsquo;\u00eatre qui m&rsquo;\u00e9tait le plus cher au monde et la source du plus grand amour que je pouvais ressentir terrestrement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Je ne parle ainsi que de ce qu&rsquo;on nomme l&rsquo;humain. Je laisse de c\u00f4t\u00e9 comme sur un offertoire ces \u00eatres qui m&rsquo;ont apport\u00e9 un amour qui jamais ne tr\u00e9bucha ni ne se compliqua, qui garda sa puret\u00e9 originelle, son innocence comme son essence m\u00eame, qui ne disparut terrestrement qu&rsquo;avec la mort, sans jamais m&rsquo;abandonner tout \u00e0 fait. Je parle ici de mes chiennes successives, <em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/a-margot-pour-quelle-repose-en-paix\">Margot<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/klara-pour-leternite\">Klara<\/a><\/em> &#038; <em>Marie<\/em> [qui nous arrive sous peu \u00e0 l&rsquo;heure de cet \u00e9crit] avec <em>Balzac<\/em> pour ouvrir le d\u00e9fil\u00e9, tous ces \u00eatres et leur amour que je mets \u00e0 part comme une part si pr\u00e9cieuse de mon affectivit\u00e9 hauss\u00e9e \u00e0 hauteur des plus nobles sentiments pour m&rsquo;enrichir d&rsquo;une mati\u00e8re qui transcende la mati\u00e8re du monde telle que nous la subissons habituellement.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je sais que le Diable a sa part dans cette trag\u00e9die personnelle et si intime car le Diable est sans vergogne et rien ne le s\u00e9duit plus que frapper dans l&rsquo;intime des \u00eatres ; qu&rsquo;il en est, dirais-je avec col\u00e8re le <em>deus ex machina<\/em>, usurpateur complet puisque nous aurions d&ucirc; en rester au <em>diabolus ex machina<\/em>&#8230; Il ne changera jamais, le Diable ! Certes, sa ruse \u00e9ternelle est bien de se faire prendre pour ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas. Mais l\u00e0 aussi se manifesta cet effet-Janus d&rsquo;un bien pour le Mal : je soutins l&rsquo;\u00e9preuve de la souffrance et du chagrin d&rsquo;une fa\u00e7on qui bronza ma psychologie, qui la rendit plus forte \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de la terrible fatalit\u00e9 (la fatalit\u00e9, autre ruse du Diable), &ndash; si cela n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 le cas, j&rsquo;aurais succomb\u00e9&#8230; Cela aussi me constitua en \u00ab\u00a0homme renouvel\u00e9\u00a0\u00bb, priv\u00e9 de ses plus tendres et passionn\u00e9es attaches terrestres, et contraint de survivre, non plut\u00f4t de se renouveler avec cette autre amputation affreuse. J&rsquo;\u00e9tais alors compl\u00e8tement r\u00e9duit \u00e0 moi-m\u00eame, que ce soit historiquement et socialement, que ce soit amoureusement et psychologiquement, et cette r\u00e9duction, si je voulais survivre, devait \u00eatre conduite de telle fa\u00e7on que de ces multiples amputations surgisse une plantation nouvelle, fulgurante, pleine de s\u00e8ve et s&rsquo;\u00e9lan\u00e7ant vers le haut sans crainte du vertige de l&rsquo;inconnu. On comprend que j&rsquo;\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 modifier l&rsquo;orientation de mon travail dans le sens que j&rsquo;ai sugg\u00e9r\u00e9 plus haut, car mon travail, c&rsquo;est-\u00e0-dire ma Mission comme je pris coutume de dire dans cette nouvelle \u00e9poque, s&rsquo;imposait comme seule forme de survie possible ; et si je voulais non pas survivre seulement, mais survivre en me grandissant pour que ma survie ait un sens, il fallait que mon travail f&ucirc;t plus haut et se transform\u00e2t en Mission.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>***<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je fus alors enti\u00e8rement saisi par ce que j&rsquo;ai d\u00e9crit plus haut de ma \u00ab\u00a0M\u00e9thode\u00a0\u00bb \u00e9ventuellement r\u00e9alis\u00e9e comme une \u00ab\u00a0anti-m\u00e9thode\u00a0\u00bb, et que je reprends ici dans le sens du symbole et de l&rsquo;\u00e9nergie qui vous \u00e9claire myst\u00e9rieusement, en me r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la th\u00e8se des \u00ab\u00a0logocrates\u00a0\u00bb dont parle Gorge Steiner, dans une conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 Bruxelles en 1982 et reprise dans <em>Les Logocrates<\/em> (L&rsquo;Herne, Essais et Philosophie, 2003) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Le point de vue \u00ab\u00a0logocratique\u00a0\u00bb est beaucoup plus rare et presque par d\u00e9finition, \u00e9sot\u00e9rique. Il radicalise le postulat de la source divine, du myst\u00e8re de l&rsquo;incipit, dans le langage de l&rsquo;homme. Il part de l&rsquo;affirmation selon laquelle le logos pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;homme, que \u00ab\u00a0l&rsquo;usage\u00a0\u00bb qu&rsquo;il fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans une certaine mesure, une usurpation. Dans cette optique, l&rsquo;homme n&rsquo;est pas le ma&icirc;tre de la parole, mais son serviteur. Il n&rsquo;est pas propri\u00e9taire de la \u00ab\u00a0maison du langage\u00a0\u00bb (die Behausung der Sprache), mais un h\u00f4te mal \u00e0 l&rsquo;aise, voire un intrus<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi rencontrai-je sur le soir de ma vie, en une confluence sublime \u00e0 force de cette hauteur qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9 de pouvoir mesurer, l&rsquo;explication fondamentale saisissant l&rsquo;ensemble de ma vie avec son exp\u00e9rience, ses doutes, ses souffrances et sa perspective jusqu&rsquo;alors si \u00e9nigmatique. Je r\u00e9alisai qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9 \u00e9galement de pouvoir concevoir mon travail comme une \u00ab\u00a0m\u00e9taphysique intuitive\u00a0\u00bb, voire une \u00ab\u00a0m\u00e9taphysique po\u00e9tique\u00a0\u00bb correspondant \u00e0 ce que j&rsquo;ai nomm\u00e9 dans la Conclusion du Tome II de <em>La Gr\u00e2ce<\/em> \u00ab\u00a0\u00e2me po\u00e9tique\u00a0\u00bb. Je pouvais alors envisager d&rsquo;agir, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;\u00e9crire, en pleine connaissance de cause et en pleine connaissance de moi, moi-m\u00eame comme un porteur d&rsquo;une inspiration venue d&rsquo;ailleurs, comme l&rsquo;on vous fait une gr\u00e2ce ; c&rsquo;est d&rsquo;elle, de cette inspiration intuitive, que je tiens l&rsquo;autorit\u00e9 de ma parole et l&rsquo;audace de m&rsquo;exposer tel que je me con\u00e7ois. Je puis donner l&rsquo;assurance que cette apport ext\u00e9rieur ne me donne aucun privil\u00e8ge, ne m&rsquo;assure moi-m\u00eame de la moindre autorit\u00e9 m\u00eame si d&rsquo;autres peuvent en juger diff\u00e9remment, y compris avec une d\u00e9sapprobation que l&rsquo;on peut comprendre mais qui n&rsquo;est pas de mon univers ; la l\u00e9gitimit\u00e9 elle-m\u00eame que je r\u00e9clame n\u00e9cessairement et comme allant-de-soi dans ces pages ne m&rsquo;est d&rsquo;aucun secours lorsque les c\u00f4t\u00e9s les plus vuln\u00e9rables et les plus fragiles de moi s&rsquo;exposent ; la jubilation sublime qu&rsquo;il me semble parfois effleurer, lorsque surgit un concept, une phrase jaillie de moi, une pens\u00e9e qui s&rsquo;ordonne sous le magist\u00e8re de l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique, ne me garde en rien des incertitudes de la souffrance, des angoisses de l&rsquo;existence charnelle qu&rsquo;il me faut \u00e9galement suivre comme le tribut qu&rsquo;on doit n\u00e9cessairement payer. Il m&rsquo;arrive souvent de concevoir que l&rsquo;on puisse peiner dans des instants de souffrance indicible sous le poids de l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 de l&rsquo;ontologie de l&rsquo;\u00eatre, lorsqu&rsquo;elle est assum\u00e9e dans toute sa puissance, mesur\u00e9e dans toute sa grandeur et \u00e9clair\u00e9e de sa propre lumi\u00e8re si intense.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;ironie est singuli\u00e8re : toujours cela, \u00ab\u00a0au soir de ma vie\u00a0\u00bb, voil\u00e0 que j&#8217;embarque, avec ce Tome Trois de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire <\/em>et pour entrer dans le <em>Premier Cercle<\/em>, comme un homme plein d&rsquo;une force et d&rsquo;une \u00e9nergie qui semblerait de jeunesse, sur un navire qui doit franchir les Colonnes d&rsquo;Hercule pour explorer l&rsquo;inconnu du monde ; comme une sorte d&rsquo;Ulysse qui se serait tromp\u00e9, \u00e0 la fois, \u00e0 propos du temps de son \u00e9poque et du temps de son existence, en fait comme un Ulysse qui se jouerait du Temps. Le risque est consid\u00e9rable, d\u00e9mesur\u00e9, et l&rsquo;on dirait naturellement que je ne peux l&rsquo;ignorer ; mais on ne peut ignorer qu&rsquo;il n&rsquo;y a l\u00e0-dedans aucun choix de ma part, qu&rsquo;il y a un destin, que la route est d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9e m\u00eame si je ne la connais pas, que le destin roule souplement et avec une puissance indescriptible, comme une roue gigantesque. On ne soumet pas ces choses \u00e0 quelque d\u00e9cision que ce soit, on s&rsquo;ex\u00e9cute c&rsquo;est tout, et l&rsquo;on prie silencieusement pour que l&rsquo;enveloppe charnelle tienne son r\u00f4le et son rang.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je m&rsquo;\u00e9tonne dans ce m\u00eame instant o&ugrave; j&rsquo;\u00e9cris ces phrases, d&rsquo;avoir l&rsquo;audace de les \u00e9crire, et d&rsquo;avoir la certitude, plus tard et selon des circonstances qui ne sont pas de mon ressort, de les relire sans que l&rsquo;effroi s&#8217;empare de moi et fasse r\u00e9sonner dans ma t\u00eate cet avertissement du quotidien et du commerce des sarcasmes des ombres peuplant cette postmodernit\u00e9 : \u00ab\u00a0Mais tu es fou d&rsquo;\u00e9crire cela, mais tu es fou, pour qui te prends-tu ? &#8230;\u00a0\u00bb Seule m&rsquo;importera alors, les relisant plus tard, leur conformit\u00e9 \u00e0 cette voix qui roule en-dedans moi, venue d&rsquo;on ne sait o&ugrave; sinon qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une position de grande hauteur, et qui ne souffre rien de ces h\u00e9sitations et de ces interrogations qui continuent \u00e0 me guetter, \u00e0 mon prochain faux-pas. La raison du plus froid aura conclu \u00ab\u00a0encore un qui entend des voix\u00a0\u00bb ; il est vrai que le \u00ab\u00a0soir de ma vie\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9ment chaleureux, et cela m&rsquo;est une preuve suffisante de voir que je continue sans me cacher la difficult\u00e9 d&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;entreprise ; et que, selon le m\u00eame observateur qui me juge incompr\u00e9hensible et d\u00e9ment, je gaspille ainsi le temps pr\u00e9cieux qui m&rsquo;est laiss\u00e9. Il y a des largesses qu&rsquo;on se fait, des manquements du comptable de son propre temps que l&rsquo;on devrait \u00eatre, qui suffisent \u00e0 se comprendre soi-m\u00eame et qui constituent, dans mon chef, une r\u00e9ponse suffisante : on ne sacrifie pas \u00ab\u00a0le soir de sa vie\u00a0\u00bb s&rsquo;il n&rsquo;y a pas cet enjeu, lorsqu&rsquo;on sait parfaitement que sans lui ce sacrifice est un gaspillage.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, il s&rsquo;agit d&rsquo;en venir \u00e0 s&rsquo;expliquer de cette audace incroyable d&rsquo;accoster et de parler sans haine et sans crainte, dans ce troisi\u00e8me Tome de <em>La Gr\u00e2ce<\/em>, de choses si \u00e9lev\u00e9es et si peu ordinaires que la m\u00e9taphysique, la mystique et la spiritualit\u00e9, le suprahumain, toutes ces choses d&rsquo;habitude prot\u00e9g\u00e9es par une carapace puissante de brevets, de th\u00e8ses, de dipl\u00f4mes universitaires, et cetera, comme lorsqu&rsquo;on a dans l&rsquo;id\u00e9e de prot\u00e9ger le mieux possible en \u00e9touffant le b\u00e9n\u00e9ficiaire de cette largesse. Plus et mieux encore, je pr\u00e9tends, apr\u00e8s avoir abord\u00e9 cette situation par effraction et sans autorisation l\u00e9gale, user de ces formes sacr\u00e9es pour mieux expliquer l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements contemporains, ceux qui, par d\u00e9finition, sont inexplicables de cette fa\u00e7on. La cause de cette effronterie est des plus simples ; c&rsquo;est ceci que les \u00e9v\u00e9nements, soudain d&rsquo;une puissance et d&rsquo;une dynamique inimaginable, ont, par rapport \u00e0 <em>sapiens sapiens<\/em> qui a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 il y a quelques si\u00e8cles que tout vient de lui et se termine avec lui, d\u00e9clar\u00e9 leur ind\u00e9pendance pour se cr\u00e9er et se d\u00e9velopper d&rsquo;eux-m\u00eames, sans avoir besoin de ce <em>deus ex machina<\/em> humain qui est r\u00e9guli\u00e8rement convoqu\u00e9 pour s&rsquo;en expliquer, comme il croit pouvoir s&rsquo;expliquer de tout. <em>Sapiens sapiens<\/em>, l&rsquo;homme qui ne doute de rien, l&rsquo;homme qui se r\u00e9alise dans \u00ab\u00a0le dernier homme\u00a0\u00bb de Nietzsche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Effectivement, les \u00e9v\u00e9nements quotidiens, depuis le 11 septembre 2001, ne souffrent plus d&rsquo;explications humaines parce qu&rsquo;ils ne peuvent s&rsquo;en satisfaire en aucune fa\u00e7on. Cette impuissance humaine qui est si candidement, si compl\u00e8tement affich\u00e9e, on dirait \u00ab\u00a0en toute innocence\u00a0\u00bb, &ndash; pardi, <em>sapiens sapiens<\/em> ne s&rsquo;aper\u00e7oit de rien, &ndash;  cette impuissance fait que leur irritation, celle des \u00e9v\u00e8nements je veux dire, grandit prodigieusement, \u00e0 mesure de la pr\u00e9tention qui ne faiblit pas&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Car, au contraire, qui ne s&rsquo;en serait dout\u00e9, la pr\u00e9tention de <em>sapiens sapiens <\/em>ne cesse de s&rsquo;amplifier, comme mue par un <em>hybris<\/em> diabolique, et lui fait se croire \u00e0 lui-m\u00eame qu&rsquo;il est effectivement en mesure de nous confirmer que, sans aucun doute, il est plus que jamais le Machiniste du monde, le Grand Ordonnateur des choses cosmiques. Je ne connais rien de plus stup\u00e9fiant que la durabilit\u00e9 de la pr\u00e9tention humaine, de cette vanit\u00e9 qui avance et avance encore, sans frein, sans aucun doute d&rsquo;elle-m\u00eame, un peu comme une mar\u00e9e qui n&rsquo;aurait pas de fin, celle du Mont Saint-Michel bien entendu, la vanit\u00e9 humaine progressant en rond et sans but \u00ab\u00a0\u00e0 la vitesse du galop d&rsquo;un cheval\u00a0\u00bb, insensible au vent, aux humeurs du monde, \u00e0 la col\u00e8re des \u00e9v\u00e9nements d\u00e9cid\u00e9s par le Ciel, insensible \u00e0 tout sauf \u00e0 la promotion d&rsquo;elle-m\u00eame&#8230; \u00ab\u00a0Miroir, miroir, dis-moi, suis-je la plus fine plume de la pens\u00e9e en mon Royaume de l&rsquo;Histoire, Celle \u00e0 partir de laquelle tout se con\u00e7oit et tout se fait ? Suis-je celle-l\u00e0, miroir, miroir, dis-le moi ?\u00a0\u00bb) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai pris une autre voie, exactement inverse. Durant ces ann\u00e9es depuis \u00ab\u00a0leur\u00a0\u00bb d\u00e9but du si\u00e8cle et du mill\u00e9naire, ma consid\u00e9ration pour les capacit\u00e9s humaines \u00e9clair\u00e9es par le simulacre de la pr\u00e9tention humaine n&rsquo;a cess\u00e9 de baisser jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9rision, et bien souvent la plus compl\u00e8te indiff\u00e9rence. Il est entendu que je ne puis faire diff\u00e9remment que de me compter parmi les humains, donc logiquement dans cette m\u00eame appr\u00e9ciation sauf que je me garde de la moindre pr\u00e9tention, et op\u00e9rationnellement de la manipulation du simulacre qui est la technique courante de la modernit\u00e9. Au contraire, tout ce que j&rsquo;ai d\u00e9velopp\u00e9 dans les pages pr\u00e9c\u00e9dentes et qui s&rsquo;accorde avec la conception du logocrate, me r\u00e9duit \u00e0 la condition du porteur de la chose, le medium comme l&rsquo;on dirait d&rsquo;Herm\u00e8s et non du charlatan m\u00e9diatique, et simple r\u00e9ceptacle d&rsquo;une inspiration venue d&rsquo;ailleurs. C&rsquo;est d&rsquo;elle que je parle, dans ce cas o&ugrave; je ne suis rien d&rsquo;autre que le maillon d&rsquo;une cha&icirc;ne ; ainsi ai-je la sensation de ne point d\u00e9choir par trop de pr\u00e9tention \u00e0 une hauteur qui, justement n&rsquo;est qu&rsquo;un simulacre, pour mieux me pr\u00e9parer \u00e0 la hauteur de l&rsquo;esprit qui ne s&rsquo;accommode que des r\u00e9elles conditions de ce temps de si basses eaux pour le <em>sapiens<\/em>, alors que r\u00e8gne le Diable dont les basses &oelig;uvres productrices de simulacres sans fin s\u00e9duisent tant de ces esprits rendus si petits par leurs psychologies \u00e9puis\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi est-ce en tant que tel et rien d&rsquo;autre qu&rsquo;il m&rsquo;a sembl\u00e9 n\u00e9cessaire de faire appel \u00e0 ces domaines d&rsquo;une puissance consid\u00e9rable pour chercher \u00e0 interpr\u00e9ter les \u00e9v\u00e9nements courants, ceux du quotidien qui sont d&rsquo;habitude l&rsquo;aliment de l&rsquo;\u00e9chotier du commentaire. Ce dessein est d&rsquo;une ambition consid\u00e9rable, mais l&rsquo;on comprend d\u00e9sormais qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de moi, qu&rsquo;il fait partie de la mission qui m&rsquo;est impartie. C&rsquo;est ainsi et alors que j&rsquo;ai pu peu \u00e0 peu mesurer le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus caract\u00e9ristique de ces temps exceptionnels et maudits \u00e0 la fois, depuis le 11 septembre 2001 : l&rsquo;incapacit\u00e9 de l&rsquo;histoire \u00e9crite et r\u00e9crite par le Syst\u00e8me, l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me si l&rsquo;on veut, de rendre compte des \u00e9v\u00e9nements dans leur r\u00e9alit\u00e9 la plus \u00e9l\u00e9mentaire ; cela est all\u00e9 jusqu&rsquo;au point d&rsquo;une col\u00e8re extr\u00eame de l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me suscit\u00e9e par cette impuissance ; jusqu&rsquo;\u00e0 ce point de d\u00e9sespoir de cette impuissance o&ugrave; la r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;est trouv\u00e9e an\u00e9antie, pulv\u00e9ris\u00e9e, r\u00e9duite au n\u00e9ant par l&rsquo;action de la machinerie d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e par le stupide <em>hybris <\/em>des hommes. Le constat ne pouvait faire de doute, et bient\u00f4t il me fut sugg\u00e9r\u00e9 par je ne sais quel canal qui dispense l&rsquo;intuition que, dans une telle occurrence, des ordonnateurs nouveaux et n\u00e9cessairement puissants entraient en jeu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi justifierais-je \u00e0 mes yeux, selon une rationalit\u00e9 qui n&rsquo;est jamais qu&rsquo;une mise en ordre pour l&rsquo;esprit parfois menac\u00e9 par le vertige de l&rsquo;intuition n\u00e9cessaire et ma&icirc;tresse de tout, ce qui m&rsquo;apparut in\u00e9luctable et grandiose \u00e0 la fois lorsque je pus exactement mesurer l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Je pus alors \u00e9noncer ce ph\u00e9nom\u00e8ne sans pr\u00e9c\u00e9dent et sans \u00e9quivalent de cette fa\u00e7on : les \u00e9v\u00e9nements, le cours tumultueux et parfois paraissant d\u00e9ment de cette \u00e9poque, ne peuvent \u00eatre cont\u00e9s en un r\u00e9cit h\u00e9ro\u00efque comme ils le m\u00e9ritent et comme il est n\u00e9cessaire \u00e0 leur compr\u00e9hension, et \u00e9clair\u00e9e d&rsquo;une lumi\u00e8re r\u00e9v\u00e9latrice, que par l&rsquo;intervention directe de la m\u00e9taphysique, pour former la m\u00e9tahistoire comme je la con\u00e7ois, comme outil essentiel de sa description. Ainsi me suis-je lanc\u00e9 dans cette aventure de devoir percevoir, mesurer et commenter les \u00e9v\u00e9nements du monde, nullement du point de vue de l&rsquo;historien-hagiographe d\u00e9sormais r\u00e9duit au silence de son infamie mais du point de vue du m\u00e9tahistorien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;\u00e9tait une aventure in\u00e9dite et j&rsquo;ai rencontr\u00e9 nombre d&rsquo;obstacles, dont le moindre ne fut pas le comportement de mes semblables, les sarcasmes, le persiflage, l&rsquo;incompr\u00e9hension, l&rsquo;indiff\u00e9rence, l&rsquo;accusation de diablerie ou celle d&rsquo;un esprit d\u00e9vor\u00e9 par son <em>hybris<\/em> et sa volont\u00e9 de puissance. Je ne veux pas dire qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait interdit de poursuivre ou que j&rsquo;\u00e9tais censur\u00e9 par telle ou telle pression, mais plut\u00f4t \u00e9voquant les terribles faiblesses de ma psychologie, l&rsquo;affaissement sinon la d\u00e9pression de mon humeur, le d\u00e9couragement et la lassitude de l&rsquo;esprit, enfin la solitude extr\u00eame, malgr\u00e9 quelques proximit\u00e9s et estimes remarquables de quelques proches. M\u00eame si la solitude n&rsquo;est pas compl\u00e8te dans la v\u00e9rit\u00e9 de la situation, m\u00eame s&rsquo;il existe des encouragements ou de la consid\u00e9ration des proches, il y a dans mon caract\u00e8re une tendance \u00e0 se tourner vers l&rsquo;attaque la plus vile, ou la plus mordante dans certains cas, souvent la plus injustifi\u00e9e, parfois la mieux argument\u00e9e, et de c\u00e9der \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre en ne consid\u00e9rant que celle-l\u00e0 et rien d&rsquo;autre. Alors, l&rsquo;humeur semble se r\u00e9tr\u00e9cir, se r\u00e9duire en un seul point noir comme de l&rsquo;encre, toutes lumi\u00e8res \u00e9teintes, et l&rsquo;esprit qui sombre dans le d\u00e9samour de soi jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inexistence. Ainsi ai-je rencontr\u00e9 de ces escales affreuses o&ugrave; vous vous interrogez sur le sens des choses dans cette aventure, sur votre fonction, sur votre raison d&rsquo;\u00eatre, et cela est comme une voix dans le d\u00e9sert. M\u00eame aujourd&rsquo;hui o&ugrave; j&rsquo;\u00e9cris ces lignes, bien entendu, je ne suis en rien immunis\u00e9 contre cela, et d&rsquo;ailleurs je ne le serai jamais comme chacun sait ou s&rsquo;en doute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi et pour dire le vrai, au plus j&rsquo;avan\u00e7ai et au plus j&rsquo;avance, au plus je me sens press\u00e9 par un poids qui ne cesse de grandir. Cette fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9crire, loin des gloires du monde et de ses tromperies, c&rsquo;est-\u00e0-dire une autre sorte de solitude, cette fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9crire est \u00e0 la fois une ascension sublime et une plong\u00e9e vers l&rsquo;ombre de la mort. Des deux, je ne sais qui l&#8217;emportera et j&rsquo;ignore si, un jour, un lecteur parcourra ces lignes en songeant qu&rsquo;elles ouvrent le troisi\u00e8me tome de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> et qu&rsquo;il reste encore beaucoup \u00e0 lire, ou bien en s&rsquo;interrogeant sans espoir de r\u00e9ponse : \u00ab\u00a0Que voulait-il introduire ? Qu&rsquo;allait-il donc nous dire dans les pages qui devaient suivre ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Moi-m\u00eame, \u00e0 cet instant, sans assurance de rien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>***<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Quoi qu&rsquo;il en soit, et pour assurer la coh\u00e9rence de cette introduction, pour la justifier, c&rsquo;est-\u00e0-dire au bout du compte pour trouver sa signification cach\u00e9e car elle ne s&rsquo;est pas impos\u00e9e en vain, par caprice, il ne peut m&rsquo;avoir \u00e9chapp\u00e9 bien longtemps que la description de ce long parcours de ma vie conduit au constat, \u00e0 la d\u00e9couverte que l&rsquo;exploration que je projette d&rsquo;achever est celle de la cause \u00e0 trouver de cette affreuse occurrence du \u00ab\u00a0d\u00e9senchantement de Dieu\u00a0\u00bb. Ce constat est affreux et terrible \u00e0 la fois, il implique le dilemme d&rsquo;un renoncement \u00e0 tout et le naufrage dans la banalit\u00e9 entropique d&rsquo;une part, ou bien d&rsquo;autre part d&rsquo;une enqu\u00eate qui deviendrait une qu\u00eate o&ugrave; le missionnaire risquerait les plus affreux d\u00e9boires, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ass\u00e9chement de son \u00e9lan vital et, par cons\u00e9quent, la disparition de lui-m\u00eame. Mais enfin, il n&rsquo;y avait en v\u00e9rit\u00e9 aucun dilemme, car un seul choix m&rsquo;\u00e9tait possible et cela impliquant par l&rsquo;\u00e9vidence qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucun choix. J&rsquo;ai toujours cru au fond de moi, comme un acte de foi, qu&rsquo;il existe une pr\u00e9destination qui est une fonction constitutive de l&rsquo;\u00e2me avec ce qu&rsquo;elle re\u00e7oit d&rsquo;h\u00e9ritage de la transcendance, et qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;identifier pour \u00ab\u00a0retrouver sa voie\u00a0\u00bb. (Je me garde bien d&#8217;employer le mot \u00ab\u00a0pr\u00e9destination\u00a0\u00bb selon l&#8217;emploi religieux courant explicitement d\u00e9ploy\u00e9, mais avan\u00e7ant explicitement qu&rsquo;il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un processus de cette sorte que l&rsquo;individu ressent et observe \u00e0 partir de la reconnaisse qu&rsquo;il a faite humblement de l&rsquo;action et de la puissance de ces lois sup\u00e9rieures qui assurent le rangement du monde.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le \u00ab\u00a0d\u00e9senchantement de Dieu\u00a0\u00bb ne pouvait \u00eatre justifi\u00e9 que par le spectacle et l&rsquo;\u00e9tat terrifiants, et sans aucun doute diabolique, o&ugrave; \u00e9tait tomb\u00e9 le monde, et qui apparut d&rsquo;une fa\u00e7on si \u00e9vidente \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du XXI\u00e8me si\u00e8cle, avec la date terrible du 11 septembre 2001. Cette \u00e9vidence acquise, d&rsquo;abord inconsciemment mais sans le moindre doute, impliquait aussit\u00f4t que tout mon labeur allait tendre vers la constitution d&rsquo;outils permettant d&rsquo;avancer dans cette voie d\u00e9sormais identifi\u00e9e de d\u00e9couvrir la cause profonde de cet \u00e9tat du monde, et par cons\u00e9quent du \u00ab\u00a0d\u00e9senchantement de Dieu\u00a0\u00bb. Il importait d&rsquo;adapter mon labeur d&rsquo;\u00e9criture et ma position de logocrate, en fonction de cette qu\u00eate imp\u00e9rative. Ainsi s&rsquo;impose aussit\u00f4t, par l&rsquo;\u00e9vidence supr\u00eame, l&rsquo;\u00e9volution qui s&rsquo;op\u00e9ra dans mon travail, que j&rsquo;ai d\u00e9crite plus haut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je sais o&ugrave; mes pas me portent tant qu&rsquo;ils me porteront. Un tel sacril\u00e8ge ne peut rester en l&rsquo;\u00e9tat, car c&rsquo;en est bien un d&rsquo;appartenir \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce qui est la cause de ce qui serait ce \u00ab\u00a0d\u00e9senchantement de Dieu\u00a0\u00bb. Tout ce que nous allons \u00e9crire encore ne visera qu&rsquo;un seul but, et nous ne pouvons faire que jurer qu&rsquo;il sera atteint au terme, sans quoi rien de ce qui fut \u00e9crit n&rsquo;\u00e9chappe au simulacre ; ce but, ce sera, comme le titre lui-m\u00eame de la conclusion de ce travail et du reste, la conclusion de ce dernier Tome de <em>La Gr\u00e2ce <\/em>dont j&rsquo;ignore s&rsquo;il ira jamais jusqu&rsquo;\u00e0 son terme, &ndash; et je le connais d\u00e9j\u00e0, ce titre, &ndash; et ce ne sera rien d&rsquo;autre, humblement, que le constat et la mesure de ma tentative de participer pour mon compte \u00e0 la t\u00e2che gigantesque du  \u00ab\u00a0<em>R\u00e9enchantement de Dieu<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Le d\u00e9senchantement de Dieu\u00ab\u00a0 21 ao&ucirc;t 2017 &ndash; Ce titre, Le d\u00e9senchantement de Dieu, est celui de l&rsquo;introduction du Tome-III (Le Premier Cercle) de La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire . 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