{"id":77452,"date":"2017-08-28T06:07:58","date_gmt":"2017-08-28T06:07:58","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/08\/28\/feuerbach-et-la-copie-de-christianisme-vers-1860\/"},"modified":"2017-08-28T06:07:58","modified_gmt":"2017-08-28T06:07:58","slug":"feuerbach-et-la-copie-de-christianisme-vers-1860","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/08\/28\/feuerbach-et-la-copie-de-christianisme-vers-1860\/","title":{"rendered":"Feuerbach et la copie de christianisme vers 1860"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Feuerbach et la copie de christianisme vers 1860<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai \u00e9crit sur ce sujet, citant le fameux texte de Swift qui se demande avec quoi on pourra remplacer le christianisme en 1707 (voyez Paul Hazard). Dans ses lettres si per\u00e7antes, Montesquieu se moque du pape, &laquo; vieille idole qu&rsquo;on encense par habitude. &raquo; Un si\u00e8cle apr\u00e8s Michelet se demande, \u00e0 propos de la fin du moyen \u00e2ge, ce que la religion fait encore en occident (elle attendait Bergoglio !) et impute son maintien \u00e0 l&rsquo;habitude et \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation, ce qui n&rsquo;est pas si faux, la natalit\u00e9 catholique dans les classes privil\u00e9gi\u00e9es s&rsquo;\u00e9tant bien maintenue. Seule une poign\u00e9e de chr\u00e9tiens, souvent socialistes alors, se r\u00e9volt\u00e8rent contre l&rsquo;involution des bourgeoisies d\u00e9votes, des patrons bien f\u00e9roces, des clerg\u00e9s plus ou moins p\u00e9dophiles et les d\u00e9mocraties chr\u00e9tiennes que Bayrou ou Merkel ont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es et accompagn\u00e9es comme une cohorte d&rsquo;euphoriques d\u00e9moniaques. Car on ne m&#8217;emp\u00eachera pas de dire ce que j&rsquo;ai \u00e0 dire sur ce sujet pointu. <strong>L&rsquo;Eglise catholique romaine est un des bras d\u00e9sarmants de Soros, du mondialisme et du trotskysme de la fin. <\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et si cette Eglise n&rsquo;a peut-\u00eatre pas de divisions au sens de Staline, elle en est une.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;en viens \u00e0 Ludwig Feuerbach.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Feuerbach est un grand philosophe ath\u00e9e qui a exerc\u00e9 une grande influence, y compris stylistique, sur des ma&icirc;tres tels que Karl Marx ou Guy Debord.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans l&rsquo;introduction \u00e0 la deuxi\u00e8me \u00e9dition de son livre sur le christianisme, il \u00e9crit ces phrases tr\u00e8s justes et tr\u00e8s sens\u00e9es, qui annoncent notre \u00e8re postmoderne du simulacre et de la simulation, pour reprendre une expression que Baudrillard puis le film Matrix ont rendue c\u00e9l\u00e8bre. On est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Flaubert ou Dosto\u00efevski qui eux aussi se moquent comme ils peuvent du pseudo-christianisme de leur \u00e9poque (voyez l&rsquo;ignor\u00e9 Idiot ou bien s&ucirc;r Bouvard et P\u00e9cuchet).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et cela donne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Pour ce temps-ci, il est vrai, qui pr\u00e9f\u00e8re l&rsquo;image \u00e0 la chose, la copie \u00e0 l&rsquo;original, la repr\u00e9sentation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;apparence \u00e0 l&rsquo;\u00eatre, cette transformation est une ruine absolue ou du moins une profanation impie, parce qu&rsquo;elle enl\u00e8ve toute illusion. Sainte est pour lui l&rsquo;illusion et profane la v\u00e9rit\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Feuerbach pressent la falsification de la soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;image avant que celle-ci n&rsquo;apparaisse. Mais le t\u00e9l\u00e9graphe, mais la presse, mais l&rsquo;agence Reuters, mais la photographie sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0&hellip; La soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;ineptie actuelle est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, et son abjection spirituelle qui se reconna&icirc;t dans le nullissime pape Fran\u00e7ois qu&rsquo;elle accepte sans broncher.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Feuerbach comprenait comme le jeune Marx de la question juive que <em>Rome n&rsquo;est plus dans Rome, que le chr\u00e9tien moderne n&rsquo;est pas vraiment chr\u00e9tien<\/em>. Il est coquet et <em>sans caract\u00e8re<\/em> (pensez au <em>mensch ohne eigenschaften, l&rsquo;homme sans qualit\u00e9s<\/em> de Robert Musil):<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;ai d\u00e9clar\u00e9 par cons\u00e9quent que, pour trouver dans le christianisme un digne objet d&rsquo;\u00e9tude, j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de faire abstraction <strong>du christianisme moderne, dissolu, confortable, \u00e9picurien, coquet et sans caract\u00e8re<\/strong>, et de me reporter dans ces temps o&ugrave; la fianc\u00e9e du Christ, vierge encore, chaste et pure, n&rsquo;avait pas m\u00eal\u00e9 \u00e0 la couronne d&rsquo;\u00e9pines de son fianc\u00e9 c\u00e9leste les roses et les myrtes de la V\u00e9nus pa\u00efenne, dans ces temps o&ugrave;, pauvre en v\u00e9rit\u00e9 des tr\u00e9sors de la terre, elle \u00e9tait riche et heureuse dans la jouissance des myst\u00e8res d&rsquo;un amour surnaturel. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis Feuerbach enfonce le clou ; et \u00e0 notre \u00e9poque de culte papiste (<em>papimane<\/em>, disait d\u00e9j\u00e0 le pauvre Rabelais), ces phrases ne feront pas de mal \u00e0 certains &ndash; et en confirmeront d&rsquo;autres dans leurs pr\u00e9varications (comme le remarque \u00e0 ses frais mon amie B\u00e9atrice du site Benoit-et-moi.fr, <strong>on adore encore, on adore toujours les chasses aux sorci\u00e8res et on est toujours pr\u00eat \u00e0 accompagner la police de la pens\u00e9e ath\u00e9e et multiculturelle pour les mener en humant l&rsquo;odeur de la chair r\u00f4tie<\/strong>) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Depuis longtemps la religion a disparu et sa place est occup\u00e9e par son apparence<\/strong>, <strong>son masque, c&rsquo;est-\u00e0-dire par l&rsquo;Eglise,<\/strong> m\u00eame chez les protestants, pour faire croire au moins \u00e0 la foule ignorante et incapable de juger que la foi chr\u00e9tienne existe encore, parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui comme il y a mille ans les temples son encore debout, parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui comme autrefois <strong>les signes ext\u00e9rieurs de la croyance sont encore en honneur et en vogue. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Feuerbach parle d\u00e9j\u00e0, parle d\u00e9j\u00e0, assez g\u00e9nialement je dois dire, de<strong> monde moderne, ce monde que les vrais chr\u00e9tiens comme L\u00e9on Bloy ou Chesterton condamneront une g\u00e9n\u00e9ration plus tard<\/strong> en invoquant \u00e0 tort ou \u00e0 raison le moyen \u00e2ge :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce qui n&rsquo;a plus d&rsquo;existence dans la foi, &mdash;<strong> et la foi du monde moderne, comme cela a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 par moi et par d&rsquo;autres, n&rsquo;est qu&rsquo;une foi apparente, ind\u00e9cise, qui ne croit pas ce qu&rsquo;elle se figure croire<\/strong> ; &mdash; ce qui n&rsquo;existe plus dans la foi, doit, on le veut \u00e0 toute force, exister dans l&rsquo;opinion; ce qui en v\u00e9rit\u00e9 et par soi-m\u00eame n&rsquo;est plus saint doit au moins le para&icirc;tre encore. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>La foi est remplac\u00e9e par l&rsquo;opinion. Le mot doxa est ainsi promis \u00e0 une riche manipulation.<\/strong> Je vous laisse d\u00e9couvrir ce grand auteur, qui n&rsquo;est pas l\u00e0 vous \u00f4ter la foi, mais vos illusions sur la religion modernis\u00e9e, cent ans avant le culte de l&rsquo;abjection vaticane.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ajouterai ce morceau du meilleur guide de voyages de tous les temps, le voyage en Espagne de Th\u00e9ophile Gautier :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le peuple aussi commence \u00e0 calculer combien vaut l&rsquo;or du ciboire ; lui qui nagu\u00e8re n&rsquo;osait lever les yeux sur le blanc soleil de l&rsquo;hostie, il se dit que des morceaux de cristal remplaceraient parfaitement les diamants et les pierreries de l&rsquo;ostensoir ; l&rsquo;\u00e9glise n&rsquo;est plus gu\u00e8re fr\u00e9quent\u00e9e que par les voyageurs, les mendiants et d&rsquo;horribles vieilles, d&rsquo;atroces <em>duenhas <\/em>v\u00eatues de noir, aux regards de chouette, au sourire de t\u00eate de mort, aux mains d&rsquo;araign\u00e9e, qui ne se meuvent qu&rsquo;avec un cliquetis d&rsquo;os rouill\u00e9s, de m\u00e9dailles et de chapelets, et, sous pr\u00e9texte de demander l&rsquo;aum\u00f4ne, vous murmurent je ne sais quelles effroyables propositions de cheveux noirs, de teints vermeils, de regards br&ucirc;lants et de sourires toujours en fleur. L&rsquo;Espagne elle-m\u00eame n&rsquo;est plus catholique ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e9on Bloy, encore et toujours :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>&laquo;Et ce cort\u00e8ge est contempl\u00e9 par un peuple immense, mais si prodigieusement imb\u00e9cile qu&rsquo;on peut lui casser les dents \u00e0 coups de maillet et l&rsquo;\u00e9masculer avec des tenailles de forgeur de fer, avant qu&rsquo;il s&rsquo;aper\u00e7oive seulement qu&rsquo;il a des ma&icirc;tres, &mdash; les \u00e9pouvantables ma&icirc;tres qu&rsquo;il tol\u00e8re et qu&rsquo;il s&rsquo;est choisis. &raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ludwig Feuerbach &ndash; L&rsquo;essence du christianisme (pr\u00e9face \u00e0 la deuxi\u00e8me \u00e9dition)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Th\u00e9ophile Gautier &ndash; Voyage en Espagne, ch.14.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Paul Hazard &ndash; La crise de la conscience europ\u00e9enne<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Comment les peuples sont devenus jetables (Amazon.fr)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Feuerbach et la copie de christianisme vers 1860 J&rsquo;ai \u00e9crit sur ce sujet, citant le fameux texte de Swift qui se demande avec quoi on pourra remplacer le christianisme en 1707 (voyez Paul Hazard). Dans ses lettres si per\u00e7antes, Montesquieu se moque du pape, &laquo; vieille idole qu&rsquo;on encense par habitude. &raquo; Un si\u00e8cle apr\u00e8s&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2656,2640,2963,12663],"class_list":["post-77452","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-bloy","tag-bonnal","tag-christianisme","tag-feuerbach"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77452","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77452"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77452\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77452"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77452"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77452"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}