{"id":77459,"date":"2017-08-31T06:05:06","date_gmt":"2017-08-31T06:05:06","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/08\/31\/ortega-y-gasset-et-la-montee-eschatologique-de-la-stupidite\/"},"modified":"2017-08-31T06:05:06","modified_gmt":"2017-08-31T06:05:06","slug":"ortega-y-gasset-et-la-montee-eschatologique-de-la-stupidite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/08\/31\/ortega-y-gasset-et-la-montee-eschatologique-de-la-stupidite\/","title":{"rendered":"Ortega Y Gasset et la mont\u00e9e eschatologique de la stupidit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Ortega Y Gasset et la mont\u00e9e eschatologique de la stupidit\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Relire Ortega Y Gasset, pourquoi faire ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour y trouver les \u00e9l\u00e9ments expliquant notre pr\u00e9sent effondrement moral, intellectuel et psychique, qui ne frappe pas encore tout le monde, comme il ne frappait pas encore tout le monde \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;Hitler, Staline et Mussolini !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sous un masque lib\u00e9ral d&#8217;emprunt britannique, Ortega a surtout c\u00e9l\u00e9br\u00e9 l&rsquo;homme traditionnel, l&rsquo;\u00e9lite traditionnelle, et a il a regrett\u00e9 l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;homme-masse, le dernier homme nietzsch\u00e9en, qui est toujours plus content, toujours plus massifi\u00e9 et toujours plus soumis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme Tocqueville, le tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9 (en apparence) auteur espagnol voit arriver un homme bien nouveau et bien inqui\u00e9tant :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Sympt\u00f4me d&rsquo;une autre r\u00e9alit\u00e9, d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s grave : l&rsquo;effroyable homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de situation o&ugrave; le monde occidental tout entier sombre de plus en plus. Depuis que ce livre a paru, et par les effets de la m\u00e9canique qui y est d\u00e9crite, cette identit\u00e9 s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re angoissante. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au fait, laissons de c\u00f4t\u00e9 la paling\u00e9n\u00e9sie sur l&rsquo;homme de droite ou de gauche \u00e0 laquelle ce grand penseur est ramen\u00e9 par les ilotes et les aborig\u00e8nes de la culture. Le mot important ici, comme sous la plume de Bernanos, celui de la France contre les robots, est celui d&rsquo;imb\u00e9cile.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Etre de gauche ou \u00eatre de droite c&rsquo;est choisir une des innombrables mani\u00e8res qui s&rsquo;offrent \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;\u00eatre un imb\u00e9cile; toutes deux, en effet, sont des formes d&rsquo;h\u00e9mipl\u00e9gie morale. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ortega Y Gasset reprend la comparaison coutumi\u00e8re avec le vieil et d\u00e9cati empire romain, mais avec quelle subtilit\u00e9 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; A suivre la route o&ugrave; nous nous sommes engag\u00e9s, nous aboutirons tout droit, par la diminution progressive de la &laquo; vari\u00e9t\u00e9 des situations &raquo;, au Bas-Empire, qui fut lui aussi une \u00e9poque de masses et d&rsquo;effroyable homog\u00e9n\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9j\u00e0 sous le r\u00e8gne des Antonins on per\u00e7oit clairement un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9trange qui aurait m\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre mieux mis en \u00e9vidence et analys\u00e9 par les historiens : les hommes sont devenus stupides. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs vrai, il n&rsquo;y a plus eu de grand \u00e9crivain, de grand po\u00e8te romain, ni m\u00eame de grand compositeur, apr\u00e8s le d\u00e9but du deuxi\u00e8me si\u00e8cle. Comme pour nous pour le d\u00e9but du mis\u00e9rable (horreur puis divertissement) vingti\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ortega souligne l&rsquo;effondrement du langage (Nietzsche le fait bien s&ucirc;r, quand il parle de David Strauss et de la presse &ndash; de la langue press\u00e9e &ndash;  qui bouffe le verbe allemand)&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais le sympt\u00f4me et, en m\u00eame temps le document le plus accablant de cette forme \u00e0 la fois homog\u00e8ne et stupide &#8211; et l&rsquo;un par l&rsquo;autre &#8211; que prend la vie d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de l&rsquo;Empire se trouve o&ugrave; l&rsquo;on s&rsquo;y attendait le moins et o&ugrave; personne, que je sache, n&rsquo;a encore song\u00e9 \u00e0 le chercher : dans le langage. Le premier est l&rsquo;incroyable simplification de son organisme grammatical compar\u00e9 \u00e0 celui du latin classique&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s la langue, ce qui nourrit le cr\u00e9tinisme est non pas la politique, mais le politicisme. On \u00e9coute le grand homme :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le politicisme int\u00e9gral, l&rsquo;absorption de tout et de tous par la politique n&rsquo;est que le ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00eame de la r\u00e9volte des masses, d\u00e9crit dans ce livre. La masse en r\u00e9volte a perdu toute capacit\u00e9 de religion et de connaissance, elle ne peut plus contenir que de la politique &#8211; une politique fr\u00e9n\u00e9tique, d\u00e9lirante, une politique exorbit\u00e9e puisqu&rsquo;elle pr\u00e9tend supplanter la connaissance, la religion, la &laquo; sagesse &raquo;, en un mot les seules choses que leur substance rend propres \u00e0 occuper le centre de l&rsquo;esprit humain. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le politicisme a une fonction anti-spirituelle, comme le sport d&rsquo;ailleurs qui accompagnait le d\u00e9veloppement des fascismes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La politique vide l&rsquo;homme de sa solitude et de sa vie intime, voil\u00e0 pourquoi la pr\u00e9dication du politicisme int\u00e9gral est une des techniques que l&rsquo;on emploie pour le socialiser. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ortega n&rsquo;est gu\u00e8re optimiste. Nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 nous standardiser (de l&rsquo;\u00e9tendard de Jeanne d&rsquo;Arc \u00e0 la standardisation fordienne, un beau programme de civilisation, pas vrai ?)<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; L&rsquo;homme de vingt ans constatera bient\u00f4t que son projet se heurte \u00e0 celui du voisin, il sentira combien la vie du voisin opprime la sienne.<\/strong> Le d\u00e9couragement le portera \u00e0 renoncer, avec la facilit\u00e9 d&rsquo;adaptation propre \u00e0 son \u00e2ge, non seulement \u00e0 tout acte, mais encore \u00e0 tout d\u00e9sir personnel ; il cherchera la solution contraire,<strong> et imaginera alors pour lui-m\u00eame une vie <em>standard, <\/em>faite des desiderata  communs \u00e0 tous;<\/strong> et il comprendra que pour obtenir cette vie, il doit la demander ou l&rsquo;exiger en collectivit\u00e9 avec les autres. Voil\u00e0 l&rsquo;action en masse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est une chose horrible&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien avant la prison plan\u00e8te, le camp de concentration \u00e9lectronique, Ortega Y Gasset note :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; Dans une prison o&ugrave; sont entass\u00e9s beaucoup plus de prisonniers qu&rsquo;elle n&rsquo;en doit contenir<\/strong>, personne ne peut changer de position de sa propre initiative ; le corps des autres s&rsquo;y oppose. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Enfin une jolie notation qui fera plaisir aux partisans du g\u00e9n\u00e9ral Lee (le refus de l&rsquo;Etat centralis\u00e9 totalitaire &ndash; dixit Murray Rothbard, philosophe juif libertarien).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ces mois derniers, tout en tra&icirc;nant ma solitude par les rues de Paris,<strong> je <\/strong>d\u00e9couvrais qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 je ne connaissais personne dans la grande ville, personne sauf les statues. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ortega remet d&rsquo;ailleurs l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 sa place :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le vieux lieu commun: &laquo; l&rsquo;Am\u00e9rique est l&rsquo;avenir &raquo;, avait obscurci un instant leur perspicacit\u00e9. J&rsquo;eus alors le courage de m&rsquo;inscrire en faux contre cette erreur et j&rsquo;affirmai que l&rsquo;Am\u00e9rique, loin d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;avenir, \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 un pass\u00e9 lointain, puisqu&rsquo;elle \u00e9tait une fa\u00e7on de primitivisme&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela est dans ses g\u00e9niales pr\u00e9faces. Voyons le corpus de cette r\u00e9volte des masses. Apr\u00e8s un \u00e9prouvant et larmoyant trimestre de tourisme, il est bon de se replonger dans un Ortega Y Gasset :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce trait, d&rsquo;une analyse complexe, est bien facile \u00e0 \u00e9noncer. Je le nommerai le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;agglom\u00e9ration, du &laquo; plein &raquo;. Les villes sont pleines de population ; les maisons, de locataires. Les h\u00f4tels sont remplis de pensionnaires ; les trains, de voyageurs; les caf\u00e9s, de consommateurs ; les promenades, de passants. Les salles d&rsquo;attente des m\u00e9decins c\u00e9l\u00e8bres sont envahies de malades, et les spectacles &#8211; \u00e0 moins qu&rsquo;ils ne soient trop d\u00e9concertants, trop intempestifs &#8211; regorgent de spectateurs. Les plages fourmillent de baigneurs. Ce qui, autrefois, n&rsquo;\u00e9tait jamais un probl\u00e8me, en devient un presque continuel aujourd&rsquo;hui : trouver de la place.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Restons-en l\u00e0. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un homme nouveau, un mutant est apparu : l&rsquo;homme-masse. Ortega :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip; <strong>autrefois, aucun de ces \u00e9tablissements et de ces v\u00e9hicules n&rsquo;\u00e9tait habituellement plein. Aujourd&rsquo;hui, ils regorgent de monde, et, au dehors, grossit une foule impatiente d&rsquo;en profiter \u00e0 son tour.<\/strong> Bien que ce fait soit logique, naturel, il est hors de doute qu&rsquo;il ne se produisait pas auparavant, et qu&rsquo;il se produit aujourd&rsquo;hui. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une observation naturelle. La Guerre et le divertissement de masse <em>made in USA<\/em> (lisez mon C\u00e9line, le chapitre sur Hermann Hesse et son Loup des steppes) ont produit un homme qui aime l&rsquo;amonc\u00e8lement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les individus qui composent ces foules ne sont pourtant pas surgis du n\u00e9ant. Il y a quinze ans, il existait \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame nombre d&rsquo;\u00eatres qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette masse est fi\u00e8re d&rsquo;elle :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aujourd&rsquo;hui, au contraire, les masses croient qu&rsquo;elles ont le droit d&rsquo;imposer et de donner force de loi \u00e0 leurs lieux communs de caf\u00e9 et de r\u00e9unions publiques&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9poque aussi craint ; elle se dit moderne et elle enterre tout le reste (d&rsquo;o&ugrave; la disparition des statues, livres, histoire, peuples, sexes, etc. qui embarrassent notre modernit\u00e9 devenue abusive en ce d\u00e9but de vingt-et-uni\u00e8me si\u00e8cle) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; Il est inqui\u00e9tant qu&rsquo;une \u00e9poque se nomme elle-m\u00eame &laquo; moderne &raquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire derni\u00e8re, d\u00e9finitive, <\/strong>comme si toutes les autres n&rsquo;\u00e9taient que des pass\u00e9s morts, de modestes pr\u00e9parations, et des aspirations vers elle&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je parle tout le temps de <strong>pr\u00e9sent perp\u00e9tuel<\/strong>, notion pr\u00e9sente chez Hegel, Koj\u00e8ve, Debord. On le rencontre d\u00e8s le d\u00e9but du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle en lisant Balzac, Gogol, Tocqueville, Edgar Poe. Plus g\u00e9nialement, Ortega parle lui d&rsquo;un <strong>pr\u00e9sent d\u00e9finitif<\/strong> qui accompagne nos cr\u00e9tins du progr\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; Sous le masque d&rsquo;un g\u00e9n\u00e9reux futurisme, l&rsquo;amateur de progr\u00e8s ne se pr\u00e9occupe pas du futur; convaincu de ce qu&rsquo;il n&rsquo;offrira ni surprises, ni secrets, nulle p\u00e9rip\u00e9tie, aucune innovation essentielle; assur\u00e9 que le monde ira tout droit, sans d\u00e9vier ni r\u00e9trograder, il d\u00e9tourne son inqui\u00e9tude du futur et s&rsquo;installe dans un pr\u00e9sent d\u00e9finitif. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est tellement beau qu&rsquo;on le r\u00e9p\u00e8te en espagnol, langue aujourd&rsquo;hui interdite sur le tiers du territoire espagnol :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Bajo su m&aacute;scara de generoso futurismo, el progresista no se preocupa del futuro: convencido de que no tiene sorpresas ni secretos, peripecias ni innovaciones esenciales; seguro de que ya el mundo ir&aacute; en v&iacute;a recta, sin desv&iacute;os ni retrocesos, retrae su inquietud del porvenir y se instala en un definitivo presente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ortega insiste apr\u00e8s Bloy ou Flaubert sur l&rsquo;autosatisfaction de cet homme masse moderne qui ex\u00e9cute partout des<em> jugements sommaires<\/em> (Guy Debord) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;homme-masse se sent parfait&hellip; En revanche, l&rsquo;homme m\u00e9diocre de notre temps, ce nouvel Adam, ne doute jamais de sa propre pl\u00e9nitude&hellip; Sa confiance en lui-m\u00eame est paradisiaque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le sot ne soup\u00e7onne pas sa sottise : il se croit tr\u00e8s spirituel. De l\u00e0 cette enviable tranquillit\u00e9 avec laquelle il se compla&icirc;t et s&rsquo;\u00e9panouit dans sa propre b\u00eatise. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il cite une belle phrase d&rsquo;Anatole France&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le m\u00e9chant se repose quelquefois, le sot jamais. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le con, pour reprendre Audiard, qui reprenait saint Thomas (1), ose en effet tout, mais surtout tout le temps.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre humaniste remet \u00e0 leur place fascisme et bolch\u00e9visme, mais on n&rsquo;insistera pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;est pourquoi bolchevisme et fascisme, les deux essais &laquo; nouveaux &raquo; de politique que tentent l&rsquo;Europe et ses voisines, sont deux exemples \u00e9vidents de r\u00e9gression essentielle. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il observe comme Alexis Carrel ou la Bo\u00e9tie que l&rsquo;homme est victime du luxe, et qu&rsquo;il sombre dans l&rsquo;imb\u00e9cillit\u00e9. J&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 cette notion chez Pearson, et bien s&ucirc;r chez P\u00e9trone et Juv\u00e9nal.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Nous aurions tendance \u00e0 nous imaginer qu&rsquo;une vie engendr\u00e9e dans l&rsquo;abondance excessive serait meilleure, de qualit\u00e9 sup\u00e9rieure, plus &laquo; vivante &raquo; que celle qui consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 lutter contre la disette. Mais il n&rsquo;en n&rsquo;est pas ainsi. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bizarrement, Ortega n&rsquo;aime ni le sport ni la plage ! La culture et l&rsquo;amour \u00e9taient mal vus dans la soci\u00e9t\u00e9 de<em> bronz\u00e9s<\/em> qui s&rsquo;annon\u00e7ait&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Par exemple, la tendance \u00e0 faire des jeux et des sports l&rsquo;occupation centrale de la vie; le culte du corps &ndash; r\u00e9gime hygi\u00e9nique et souci de la beaut\u00e9 du costume; l&rsquo;absence de tout romantisme dans les relations avec les femmes; se distraire avec l&rsquo;intellectuel, mais le &#8211; m\u00e9priser au fond, et le faire fouetter par les sbires et les laquais; pr\u00e9f\u00e9rer une vie soumise \u00e0 une autorit\u00e9 absolue plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 un r\u00e9gime de libre discussion, etc.). &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur le sport et les plages, notre auteur se montre une rare fois optimiste :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tout, depuis la manie du sport physique (la manie, non le sport lui-m\u00eame), jusqu&rsquo;\u00e0 la violence en politique, depuis l&rsquo; &laquo; art nouveau &raquo; jusqu&rsquo;aux bains de soleil sur<strong> les ridicules plages \u00e0 la mode<\/strong>. Rien de tout cela n&rsquo;a vraiment de racines profondes, car tout cela n&rsquo;est au fond que pure invention, dans le mauvais sens du mot, dans le sens de caprice frivole. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le caprice frivole est pr\u00eat \u00e0 en reprendre pour un troisi\u00e8me si\u00e8cle ! Enfin il donne une bonne d\u00e9finition de l&rsquo;homme-masse :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je m&rsquo;attarde donc loyalement, mais avec tristesse, \u00e0 montrer que cet homme p\u00e9tri de tenda<strong>nces inciviles, que ce barbare frais \u00e9moulu est un produit automatique de la civilisation moderne. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Barbare automatique<\/strong> est une belle expression, un oxymore pour nous qui allons bient\u00f4t \u00eatre remplac\u00e9s ou d\u00e9pec\u00e9s par les robots.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Ortega Y Gasset \u00e9voque aussi un effondrement moral, un encanaillement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; L&rsquo;avilissement, l&rsquo;encanaillemen<\/strong>t n&rsquo;est pas autre chose que le mode de vie qui reste \u00e0 l&rsquo;individu qui s&rsquo;est refus\u00e9 \u00e0 \u00eatre celui qu&rsquo;il fallait qu&rsquo;il f&ucirc;t. Son \u00eatre authentique n&rsquo;en meurt pas pour cela. Mais il se convertit en une ombre accusatrice, en un fant\u00f4me qui lui rappelle constamment l&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 de l&rsquo;existence qu&rsquo;il m\u00e8ne, en l&rsquo;opposant \u00e0 celle qu&rsquo;il aurait d&ucirc; mener. L&rsquo;avili est un suicid\u00e9 qui se survit. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Qui vit trop meurt vivant<\/em>, dit Chateaubriand. L&rsquo;occident ne peut pas mourir puisqu&rsquo;il est d\u00e9j\u00e0 zombie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nouvelle pique contre les am\u00e9ricains :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quand la masse agit par elle-m\u00eame, elle ne le fait que d&rsquo;une seule mani\u00e8re &#8211; elle n&rsquo;en conna&icirc;t point d&rsquo;autre. Elle lynche. Ce n&rsquo;est pas par un pur hasard que la loi de Lynch est am\u00e9ricaine : l&rsquo;Am\u00e9rique est en quelque sorte le paradis des masses &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais ne nous acharnons plus sur eux ! Que sommes-nous devenus, Fran\u00e7ais, Italiens, Allemands, pour jeter la pierre aux pauvres am\u00e9ricains ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ortega Y Gasset consacre ensuite un beau chapitre \u00e0 la catastrophe \u00e9tatique (voyez Nietzsche et son monstre froid, Tocqueville et sa puissance tut\u00e9laire) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Etat est devenu une machine formidable, qui fonctionne prodigieusement, avec une merveilleuse efficacit\u00e9, par la quantit\u00e9 et la pr\u00e9cision de ses moyens.<\/strong> Etablie au milieu de la soci\u00e9t\u00e9, il suffit de toucher un ressort pour que ses \u00e9normes leviers agissent et op\u00e8rent d&rsquo;une fa\u00e7on foudroyante sur un tron\u00e7on quelconque du corps social.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Etat contemporain est le produit le plus visible et le plus notoire de la civilisation. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9tatisme suppose la fin de la vie et de sa spontan\u00e9it\u00e9 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; Voil\u00e0 le plus grand danger qui menace aujourd&rsquo;hui la civilisation: l&rsquo;\u00e9tatisation de la vie, l&rsquo; &laquo; interventionnisme &raquo; de l&rsquo;Etat<\/strong>, l&rsquo;absorption de toute spontan\u00e9it\u00e9 sociale par l&rsquo;Etat; C&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;annulation de la spontan\u00e9it\u00e9 historique qui, en d\u00e9finitive, soutient, nourrit et entra&icirc;ne les destins humains. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9tatisation suppose bureaucratisation et st\u00e9rilisation, elle est la cl\u00e9 de notre suicide. Nous sommes assassin\u00e9s par l&rsquo;Etat (il nous \u00f4tera la peine de vivre, pronostique Tocqueville), par le super-Etat europ\u00e9en, et par l&rsquo;Etat mondial techno-totalitaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;Etat p\u00e8se avec une supr\u00e9matie antivitale sur la soci\u00e9t\u00e9. Celle-ci commence- \u00e0 devenir esclave, \u00e0 ne plus pouvoir vivre <em>qu&rsquo;au service de<\/em> <em>l&rsquo;Etat. <\/em>Toute la vie se bureaucratise. Que se produit- il? La bureaucratisation provoque un appauvrissement fatal de la vie dans tous les domaines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La richesse d\u00e9cro&icirc;t et les femmes enfantent peu. Alors l&rsquo;Etat, pour subvenir \u00e0 ses propres besoins, renforce la bureaucratisation de l&rsquo;existence humaine. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La bureaucratisation aboutit \u00e0 la guerre moderne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cette bureaucratisation \u00e0 la seconde puissance est la militarisation de la soci\u00e9t\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je vous laisse relire ce classique qui n&rsquo;a pas encore r\u00e9v\u00e9l\u00e9 tous ses secrets, comme on dit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 !<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Note<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>(1) Thomas : Et propter eandem rationem etiam omnes stulti, et deliberatione non utentes, omnia tentant, et sunt bonae spei<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Petite bibliographie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; C\u00e9line, la col\u00e8re et les mots (Avatar) ; Chroniques sur la fin de l&rsquo;histoire ; le livre noir de la d\u00e9cadence romaine (Amazon.fr)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chateaubriand &ndash; M\u00e9moires d&rsquo;outre-tombe, la Conclusion<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ortega Y Gasset &ndash; la r\u00e9volte des masses<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alexis de Tocqueville &ndash; De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, II<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Hermann Hesse &ndash; le loup des steppes<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche &ndash; Ainsi parlait Zarathoustra ; consid\u00e9rations inactuelles (David Strauss)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Edgar Poe &ndash; Entretiens avec une momie<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ortega Y Gasset et la mont\u00e9e eschatologique de la stupidit\u00e9 Relire Ortega Y Gasset, pourquoi faire ? 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