{"id":77498,"date":"2017-09-19T11:17:57","date_gmt":"2017-09-19T11:17:57","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/09\/19\/macron-au-microscope\/"},"modified":"2017-09-19T11:17:57","modified_gmt":"2017-09-19T11:17:57","slug":"macron-au-microscope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/09\/19\/macron-au-microscope\/","title":{"rendered":"Macron au microscope"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Macron au microscope<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous nous sommes permis d&#8217;emprunter cette interview de Pierre-Andr\u00e9 Taguieff, par Alexandre Devecchio de <em>Figaro-Vox<\/em>, le <a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/vox\/politique\/2017\/09\/15\/31001-20170915ARTFIG00365-pierre-andre-taguieff-macron-c-est-de-la-com-encore-de-la-com-toujours-de-la-com.php\">15 septembre 2017<\/a> parce que l&rsquo;appr\u00e9ciation de Taguieff nous semble correspondre \u00e0 une analyse tout \u00e0 fait raisonnable et d\u00e9velopp\u00e9e par un regard critique et extr\u00eamement ferme, <strong>avec des jugements tranchants qui correspondent parfaitement \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de Macron devenu pr\u00e9sident<\/strong>. C&rsquo;est dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit moins de mettre en cause une personne en tant que telle (Macron) que cette personne dans la repr\u00e9sentation qu&rsquo;on a faite d&rsquo;elle et \u00e0 laquelle elle s&rsquo;est pr\u00eat\u00e9e sans la moindre restriction (Macron-pr\u00e9sident).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Macron est ce qu&rsquo;il est en tant que personnalit\u00e9 propre et ce n&rsquo;est pas l\u00e0 ce qui est en cause, &ndash; et peut-\u00eatre est-ce d&rsquo;ailleurs l&rsquo;un des n&oelig;uds les plus serr\u00e9s du probl\u00e8me, que la question du \u00ab\u00a0il est ce qu&rsquo;il est\u00a0\u00bb n&rsquo;apparaisse que secondairement, sinon dans quelques-uns de ses \u00e9carts publics qui sont d\u00e9sign\u00e9s comme des \u00ab\u00a0d\u00e9rapages\u00a0\u00bb et qui, en g\u00e9n\u00e9ral, restituent bien l&rsquo;esprit du temps. \u00ab\u00a0Macron-pr\u00e9sident\u00a0\u00bb, par contre, voil\u00e0 \u00ab\u00a0ce qui est cause\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0Macron-pr\u00e9sident\u00a0\u00bb appara&icirc;t dans cette interview, sans nous choquer une seule seconde bien au contraire, <strong>comme un produit comme en fabriquent les \u00e9quipes de communication<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, Macron nous appara&icirc;t comme le produit d&rsquo;une construction de communication marqu\u00e9e par des d\u00e9clamations politiques ostentatoires, aussi visibles que de tr\u00e8s grosses ficelles et aussi solides que de grossiers subterfuges, allant dans toutes les directions pour satisfaire des publics diff\u00e9rents, assez sommaires pour ne pas risquer d&rsquo;\u00eatre prises pour des engagements contraignants. Le propos de Macron se d\u00e9couvre, \u00e0 cette lumi\u00e8re et derri\u00e8re un ton martial ou compatissant, <strong>comme une structure molle et incertaine, faite pour int\u00e9grer tous les effets de mode<\/strong> par r\u00e9flexe compulsif et sans plus s&rsquo;interroger sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;op\u00e9ration. Le jugement de Taguieff en forme d&rsquo;analogie historique dit tout du \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne-Macron\u00a0\u00bb, <strong>qui serait plut\u00f4t un \u00ab\u00a0\u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb ou un spasme de la communication<\/strong> correspondant \u00e0 un courant visible partout et absolument conforme au Syst\u00e8me : <strong>&laquo; [D]<em>e la com&rsquo;, encore de la com&rsquo;, toujours de la com&rsquo; <\/em>&raquo;<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On conna&icirc;t Taguieff, grande r\u00e9f\u00e9rence intellectuelle essentiellement par ce qui est per\u00e7u comme le s\u00e9rieux presque scientifique de ses analyses, souvent dans le domaine soci\u00e9tal autant qu&rsquo;id\u00e9ologique. Nous ne partageons pas pour autant toutes ses analyses, y compris dans les r\u00e9ponses qu&rsquo;il donne dans cette interview.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Par exemple, lorsqu&rsquo;il dit : &laquo; <em>Le souci de la souverainet\u00e9 nationale<strong>, h\u00e9ritage de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/strong>, est stupidement attribu\u00e9 en propre \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;extr\u00eame droite\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;. Limiter le \u00ab\u00a0souci\u00a0\u00bb, &ndash; et nous dirions plut\u00f4t \u00ab\u00a0la conscience quasi-transcendante\u00a0\u00bb, &ndash; de \u00ab\u00a0la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0\u00bb \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise nous para&icirc;t extr\u00eamement court et faire partie du r\u00e9flexe souvent rencontr\u00e9 de limiter l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;existence souveraine de la France \u00e0 1789-1793 pour pouvoir \u00eatre quitte des \u00ab\u00a0quarante rois qui ont fait la France\u00a0\u00bb. De Saint-Louis, du \u00ab\u00a0Temps des Cath\u00e9drales\u00a0\u00bb et des Cap\u00e9tiens \u00e0 Richelieu et \u00e0 Vergennes, cela nous para&icirc;t vraiment tr\u00e8s court et l\u00e0, nos opinions et nos analyses divergent.)<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&#8230;Il n&#8217;emp\u00eache : lorsqu&rsquo;il passe \u00e0 Macron, <strong>Taguieff abandonne sa m\u00e9thode rigoureuse et quasi-scientifique pour passer \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation quasi-pol\u00e9mique, \u00e0 la formule furieuse et pleine d&rsquo;une d\u00e9rision path\u00e9tique pour le mod\u00e8le<\/strong>. Il n&rsquo;a pas tort et nous dirions m\u00eame que cette humeur <strong>est un argument de plus en faveur de la th\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale<\/strong>. Puisqu&rsquo;on commence maintenant \u00e0 le conna&icirc;tre, on dira que cette pol\u00e9mique furieuse et cette d\u00e9rision path\u00e9tique sont en effet tout ce qu&rsquo;un Macron peut vraiment solliciter comme jugement ; il est malheureux de pouvoir et de devoir dire que <strong>notre-pr\u00e9sident d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une sorte d'\u00a0\u00bbavorton-d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb<\/strong>, une fabrication de type plaqu\u00e9-or, une non-substance abritant une non-essence.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ce n&rsquo;est pas montrer quelque animosit\u00e9 que ce soit que d&rsquo;\u00e9mettre de tels jugements, car finalement Macron <strong>est autant la victime que le complice d&rsquo;une \u00e9poque, d&rsquo;une cabale de petits marquis et de gros-investisseurs, bref du Syst\u00e8me<\/strong>. Il ne se fait pas croire, on l&rsquo;a fait \u00ab\u00a0se faire croire\u00a0\u00bb. Il a \u00e0 peu pr\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de Bonaparte qui devient Napol\u00e9on mais il n&rsquo;a absolument rien de l&rsquo;audace, de l&rsquo;improvisation en un \u00e9clair, de la vision historique de l&rsquo;aventurier corse dont l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme tragique et l&rsquo;ambition suprahumaine conduisirent \u00e0 une catastrophe qui reste comme un des paroxysmes de l&rsquo;Histoire. Macron n&rsquo;est pas et ne saurait \u00eatre la cause ou l&rsquo;occasion directes d&rsquo;un paroxysme d&rsquo;une histoire qui, pour ce qui le concerne, a perdu tout espoir d&rsquo;\u00eatre majuscul\u00e9e. Taguieff a raison d&rsquo;insister sur la \u00ab\u00a0com&rsquo;, encore la com&rsquo;, toujours la com'\u00a0\u00bb car l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme et le sens du tragique de Macron se trouvent effectivement dans le domaine de la publicit\u00e9 et des relations publiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En un sens pourtant et sans laisser penser que l&rsquo;on pousse un peu trop ais\u00e9ment au paradoxe facile, Macron est une sorte de miracle, un peu comme Trump aux USA, m\u00eame si les deux semblent (&lsquo;semblent\u00a0\u00bb seulement) avoir des orientations diff\u00e9rentes, &ndash; quoi qu&rsquo;ils se croient tous deux antiSyst\u00e8me, ce qui est leur signe de ralliement, &ndash; et bien qu&rsquo;ils puissent appara&icirc;tre au final comme effectivement antiSyst\u00e8me, <strong>mais sans le vouloir, \u00e0 cause de leurs \u00e9checs, de leurs d\u00e9fauts, de leur incompr\u00e9hension de ce que c&rsquo;est qu&rsquo;\u00eatre antiSyst\u00e8me<\/strong>. Macron est \u00ab\u00a0un miracle\u00a0\u00bb en ceci qu&rsquo;il est compl\u00e8tement, d&rsquo;une fa\u00e7on finalement criante qui est tout de suite apparue dans les sondages, compl\u00e8tement un simulacre, <strong>d&rsquo;une fa\u00e7on tellement grossi\u00e8re et \u00e9vidente que c&rsquo;en est presque trop facile<\/strong>&#8230; C&rsquo;en est au point o&ugrave; l&rsquo;on r\u00eave parfois s&rsquo;\u00eatre tromp\u00e9 et qu&rsquo;enfin, par un tour de passe-passe magique, il parvienne \u00e0 nous donner tort et \u00e0 nous montrer d&rsquo;une mani\u00e8re irr\u00e9futable qu&rsquo;il n&rsquo;est pas un simulacre et que le masque de Jupiter lui va aussi bien qu&rsquo;il allait \u00e0 Bonaparte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous ne sommes pas, dans cette logique, pour dire que tout ce qu&rsquo;il fera serait mauvais, ni m\u00eame, comme on l&rsquo;a vu, pour envisager qu&rsquo;il ne pourrait pas changer, etc., toutes ces surprises possibles. Nous en sommes pour l&rsquo;instant \u00e0 ce qu&rsquo;il est, tel qu&rsquo;il nous appara&icirc;t, et que Taguieff d\u00e9cortique fort bien. Macron est tellement faussaire par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;il voudrait \u00eatre, tellement simulacre trop vite bidouill\u00e9, qu&rsquo;il en est presque parfaitement un objet st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 de notre folie politique et de notre parodie d\u00e9mocratique plong\u00e9e dans ses abysses de m\u00e9diocrit\u00e9, &ndash; une sorte d&rsquo;article <strong>qui pourrait figurer, avec son aventure, comme une &oelig;uvre de la p\u00e9riode dite de l&rsquo;Art Contemporain (A.C.)<\/strong>. Apr\u00e8s quelques mois d&rsquo;exp\u00e9rience, &ndash; et encore une fois, nous insistons, sans pr\u00e9juger de l&rsquo;avenir, &ndash; on en est \u00e0 se demander comment le Syst\u00e8me parvient \u00e0 nous offrir des simulacres d&rsquo;une telle m\u00e9diocrit\u00e9 banale que le pot-aux-roses s&rsquo;impose \u00e0 notre regard avant que les roses aient seulement fleuri. On dira que si le Syst\u00e8me nous offre cela, c&rsquo;est que nous sommes assez abattus-abrutis pour pouvoir l&rsquo;accepter ; mais on pourra dire \u00e9galement que c&rsquo;est d&rsquo;abord le Syst\u00e8me qui est abattu-abruti, puisque nous en sommes d\u00e9j\u00e0 \u00e0 d\u00e9noncer les \u00e9pines des roses sans pr\u00eater la moindre attention aux fleurs non-\u00e9closes du pot-aux-roses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bref, c&rsquo;est dire que Taguieff s&rsquo;en donne \u00e0 c&oelig;ur joie. Il est vrai que c&rsquo;est aussi un signe que Macron soit aussi facilement la cible r\u00eav\u00e9e des intellectuels, peut-\u00eatre encore plus que Hollande qui n&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pas mal. Taguieff poursuit une tradition qui s&rsquo;est impos\u00e9e tout au long de la perspective Sarkozy-Hollande et qui est d\u00e9sormais bien accroch\u00e9e chez nos intellectuels, de critique vigoureuse et sans la moindre pr\u00e9caution de langage \u00e0 l&rsquo;encontre de nos dirigeants politiques dont le calibre, le souffle et le caract\u00e8re ne cessent de d\u00e9cliner. La R\u00e9publique, quant \u00e0 elle, poursuit sa chevauch\u00e9e mais nous craignons que ce soit plut\u00f4t la piste du cirque que le Grand Prix de l&rsquo;Arc de Triomphe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;interview ci-dessous de Pierre-Andr\u00e9 Taguieff, du 15 septembre 2017, est r\u00e9alis\u00e9 notamment \u00e0 l&rsquo;occasion de son livre, <em>Macron, mirage ou mirage ?<\/em> aux \u00e9ditions de l&rsquo;Observatoire.  <\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>___________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">&laquo; &#8230; [D]<em>e la com&rsquo;, encore de la com&rsquo;, toujours de la com&rsquo;<\/em> &raquo;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Figaro-Vox<\/em><\/strong> : &laquo; <em>Trois mois seulement apr\u00e8s son \u00e9lection, alors m\u00eame qu&rsquo;il commence \u00e0 peine \u00e0 mettre en &oelig;uvre son programme, Emmanuel Macron est d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9 \u00e0 une chute vertigineuse dans les sondages. Le nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique peut-il \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un &laquo;mirage&raquo; pour reprendre le titre de votre livre? <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Pierre-Andr\u00e9 Taguieff <\/em><\/strong>: &laquo; <em>C&rsquo;est le prix \u00e0 payer pour avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une op\u00e9ration publicitaire r\u00e9ussie dans un contexte politique ultra-favorable, qui, aux yeux des plus na\u00effs, lui a donn\u00e9 la figure d&rsquo;un envoy\u00e9 de la Providence ou d&rsquo;un ange descendu du ciel. Le pr\u00e9tendu miracle, l&rsquo;av\u00e8nement impr\u00e9visible d&rsquo;un &laquo;sauveur&raquo; de la France, aura eu le statut d&rsquo;une apparition furtive. Nous sommes pass\u00e9s en quelques mois d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement improbable, per\u00e7u sous le signe du merveilleux, \u00e0 la prise de conscience qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un simple mirage en train de se dissiper. Les principaux th\u00e8mes du mythe macroniste, le h\u00e9ros combattant les &laquo;forces du monde ancien&raquo; qui veulent &laquo;faire \u00e9chouer la France&raquo;, le sauveur qui allait stopper le d\u00e9clin de la nation, ont perdu leur attractivit\u00e9. Mais la fascination a \u00e9t\u00e9 telle que la dissipation du mirage peut durer un certain temps. Les croyants et les \u00e9namour\u00e9s tiennent \u00e0 leurs illusions. Quant aux int\u00e9ress\u00e9s, \u00e0 tous ceux qui vivent ou b\u00e9n\u00e9ficient du nouveau pouvoir, ils tiennent \u00e0 ce que les autres ne perdent pas leurs illusions et mettent toute leur \u00e9nergie \u00e0 les entretenir. De la com&rsquo; \u00e0 la com&rsquo; en passant par la com&rsquo;: c&rsquo;est \u00e0 cette petite histoire stationnaire que se r\u00e9duit le moment &laquo;r\u00e9volutionnaire&raquo; que Macron s&rsquo;est efforc\u00e9 d&rsquo;incarner<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Figaro-Vox<\/em><\/strong> : &laquo; <em>Dans le grand entretien qu&rsquo;il vient d&rsquo;accorder au Point, Macron explique qu&rsquo;il est absurde de pr\u00e9tendre le juger au bout de cent jours seulement &hellip; N&rsquo;est-il pas trop t\u00f4t pour \u00eatre conclusif?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Pierre-Andr\u00e9 Taguieff <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Si les sondages lui \u00e9taient favorables, il dirait le contraire. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un faux probl\u00e8me. Dans le roman de Balzac, Le P\u00e8re Goriot (1835), Eug\u00e8ne de Rastignac voulait conqu\u00e9rir Paris: &laquo;&Agrave; nous deux maintenant!&raquo;, s&rsquo;\u00e9criait-il. Macron est plus ambitieux: c&rsquo;est la France qu&rsquo;il a voulu conqu\u00e9rir. Dans R\u00e9volution, revenant sur sa d\u00e9couverte passionn\u00e9e de Paris, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de seize ans, il fait cet aveu: &laquo;J&rsquo;\u00e9tais port\u00e9 par l&rsquo;ambition d\u00e9vorante des jeunes loups de Balzac.&raquo; Le strat\u00e8ge machiav\u00e9lien d&rsquo;\u00e2ge m&ucirc;r semble avoir r\u00e9alis\u00e9 les r\u00eaves de l&rsquo;adolescent: acc\u00e9der aux sommets, \u00eatre &laquo;grand&raquo; et reconnu comme tel en France et surtout ailleurs<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Figaro-Vox<\/em><\/strong> : &laquo; <em>\u00ab\u00a0Nous sommes en train de payer le prix de cette b\u00eatise collective qui consiste \u00e0 croire en la fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb, explique Macron au Point. Sur les questions r\u00e9galiennes et sur le plan de la politique \u00e9trang\u00e8re, Macron a tout de m\u00eame surpris<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Pierre-Andr\u00e9 Taguieff <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Parole en l&rsquo;air, car personne ne croit plus \u00e0 la l\u00e9gende n\u00e9o-h\u00e9g\u00e9lienne de la fin de l&rsquo;Histoire, lanc\u00e9e par Francis Fukuyama en 1989. Depuis au moins le 11-Septembre, la l\u00e9gende s&rsquo;est dissip\u00e9e. Macron est mal inform\u00e9 sur la question: il en reste \u00e0 ses souvenirs d&rsquo;\u00e9tudiant de la fin des ann\u00e9es 1990. Macron s&rsquo;adapte \u00e0 chaque public en lui offrant ce qu&rsquo;il attend, dans un contexte donn\u00e9. C&rsquo;est pourquoi il enfonce si souvent des portes ouvertes, et donne, &laquo;sans rien c\u00e9der&raquo; (l&rsquo;une de ses formules fig\u00e9es), dans les clich\u00e9s ou les lieux communs, comme \u00e0 la fin de son interview du Point: &laquo;Dans ce monde de changements profonds, la France a tout pour r\u00e9ussir, avec un objectif: \u00eatre plus forte et r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s.&raquo; Il y en a pour tout le monde, et \u00e0 la port\u00e9e de tous. Il lui fallait justement surprendre pour tenter de remonter la pente de son impopularit\u00e9. Question, encore, de com&rsquo;<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Il faut frapper fort pour frapper les esprits, quitte \u00e0 rester allusif: &laquo;Nous devons renouer avec l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme politique propre au monde r\u00e9publicain, retrouver le sens du r\u00e9cit historique.&raquo; Suit un appel lyrique aux &laquo;h\u00e9ros&raquo;, \u00e0 l&rsquo;esprit conqu\u00e9rant contre &laquo;l&rsquo;esprit de d\u00e9faite&raquo;. Une bouff\u00e9e de gaullisme pour faire oublier Hollande. On admire la capacit\u00e9 de m\u00e9tamorphose du h\u00e9ros r\u00e9formiste. Tel un cam\u00e9l\u00e9on, il prend la couleur du lieu o&ugrave; il se trouve, \u00e9pouse les valeurs de ses interlocuteurs, change de discours au gr\u00e9 des sondages. On l&rsquo;a connu d\u00e9guis\u00e9 en aviateur, en boxeur, en footballeur, en tennisman, etc., on l&rsquo;a m\u00eame aper\u00e7u muni d&rsquo;une raquette en fauteuil roulant, on le trouve dans les habits du visionnaire dissertant sur les affaires du monde et sur l&rsquo;avenir des relations internationales. Il est vrai qu&rsquo;on ne pouvait attendre d&rsquo;un Sarkozy ou d&rsquo;un Hollande des propos d&rsquo;une telle hauteur de vue, s&rsquo;inscrivant dans le noble projet d&rsquo;inventer un &laquo;nouvel humanisme&raquo;. Encore qu&rsquo;il ne faille pas oublier l&rsquo;ambitieuse &laquo;politique de civilisation&raquo; \u00e9voqu\u00e9e par Sarkozy en 2008, ni la &laquo;Nouvelle soci\u00e9t\u00e9&raquo; colberto-centriste de Jacques Chaban-Delmas (1969). Le cimeti\u00e8re des id\u00e9es mortes est plein de ces chim\u00e8res r\u00e9chauff\u00e9es et de ces utopies avort\u00e9es.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Le pr\u00e9sident-h\u00e9ros est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 mettre fin \u00e0 &laquo;trois d\u00e9cennies d&rsquo;inefficacit\u00e9&raquo; par la grande et profonde &laquo;transformation&raquo; qu&rsquo;il annonce. Parmi les travaux hercul\u00e9ens en cours, la r\u00e9forme du droit du travail joue le r\u00f4le d&rsquo;une baguette magique. Une &laquo;r\u00e9volution copernicienne&raquo;, ose-t-il dire de sa &laquo;r\u00e9forme globale&raquo;. Poudre aux yeux: il n&rsquo;y a l\u00e0 qu&rsquo;une modeste refonte destin\u00e9e pour l&rsquo;essentiel \u00e0 accro&icirc;tre le pouvoir du chef d&rsquo;entreprise. Bref: ni &laquo;casse&raquo;, ni &laquo;transformation profonde&raquo;. Un petit pas \u00e0 droite (version n\u00e9olib\u00e9rale), dans lequel on ne saurait sans ridicule voir la preuve d&rsquo;un quelconque &laquo;h\u00e9ro\u00efsme politique&raquo;<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Figaro-Vox<\/em><\/strong> : &laquo; <em>La victoire de Macron a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9e comme une recomposition du syst\u00e8me politique. Vous \u00e9mettez l&rsquo;hypoth\u00e8se que son \u00e9lection serait \u00e0 l&rsquo;inverse le produit d&rsquo;une d\u00e9composition, un sympt\u00f4me plut\u00f4t qu&rsquo;un rem\u00e8de. Cela expliquerait la rapidit\u00e9 de sa chute?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Pierre-Andr\u00e9 Taguieff <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Dans mon livre, j&rsquo;examine en effet les trois grandes hypoth\u00e8ses cens\u00e9es expliquer la victoire \u00e9lectorale de Macron. La premi\u00e8re se r\u00e9duit au r\u00e9cit d&rsquo;un miracle historique, qui a toujours ses adeptes candides et enthousiastes. La deuxi\u00e8me est celle de l&rsquo;action habilement men\u00e9e d&rsquo;un fin strat\u00e8ge qui a su exploiter \u00e0 son profit l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9composition du syst\u00e8me politique fran\u00e7ais. Voil\u00e0 qui donne \u00e0 Macron la figure d&rsquo;un produit du syst\u00e8me, dont il conna&icirc;t tous les rouages et les dysfonctionnements. En jouant le r\u00f4le d&rsquo;un candidat anti-syst\u00e8me cr\u00e9dible (au contraire de M\u00e9lenchon) tout en misant sur la respectabilit\u00e9 (qui manquait \u00e0 Marine Le Pen), il s&rsquo;est conf\u00e9r\u00e9 un suppl\u00e9ment d&rsquo;attractivit\u00e9. Un trublion anti-syst\u00e8me qui s\u00e9duit les retrait\u00e9s (qui vont regretter leur vote pro-Macron), un &laquo;r\u00e9volutionnaire&raquo; qui n&rsquo;effraie personne: un tel \u00eatre hybride ne peut que plaire aux Fran\u00e7ais qui r\u00eavent de r\u00e9volution tout en ex\u00e9crant le d\u00e9sordre et la violence<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>La troisi\u00e8me hypoth\u00e8se est celle du mirage, de l&rsquo;illusion que Macron incarne, et qui se dissipe peu \u00e0 peu. La rh\u00e9torique du &laquo;renouvellement&raquo; et de la &laquo;recomposition&raquo; est de la poudre aux yeux. Comme la comique entreprise de &laquo;moralisation&raquo; de la vie politique, dernier avatar de l&rsquo;utopie de la &laquo;transparence&raquo;. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Figaro-Vox<\/em><\/strong> : &laquo; <em>Vous analysez la pol\u00e9mique avec le g\u00e9n\u00e9ral de Villiers comme sa premi\u00e8re faute. Pourquoi cette affaire a-t-elle cristallis\u00e9 autant de d\u00e9fiance?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Pierre-Andr\u00e9 Taguieff <\/em><\/strong>: &laquo; <em>La l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, pour la majorit\u00e9 des citoyens fran\u00e7ais, fix\u00e9e sur le g\u00e9n\u00e9ral de Villiers, symbole de ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;\u00e9minemment respectable dans l&rsquo;arm\u00e9e. Dans cette affaire, Macron s&rsquo;est comport\u00e9 et a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme incapable de rassembler les Fran\u00e7ais. Disons simplement que le masque &laquo;jupit\u00e9rien&raquo; est tomb\u00e9<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Figaro-Vox<\/em><\/strong> : &laquo; <em>Plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 un renouvellement des \u00e9lites, assiste-t-on \u00e0 un rajeunissement des \u00e9lites?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Pierre-Andr\u00e9 Taguieff <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Rajeunir \u00e0 tout prix n&rsquo;est pas une politique. Le jeunisme affich\u00e9, ostentatoire, rel\u00e8ve du politiquement correct et d&rsquo;une forme de d\u00e9magogie client\u00e9liste. Tout comme le spectacle de la parit\u00e9 ou de la &laquo;diversit\u00e9&raquo;. L&rsquo;ennui, c&rsquo;est que cette politique-spectacle ne tient pas compte de l&rsquo;exp\u00e9rience ni de la comp\u00e9tence des personnes nomm\u00e9es. Apr\u00e8s la d\u00e9mission contrainte de Sylvie Goulard, sp\u00e9cialiste des affaires europ\u00e9ennes, Macron a nomm\u00e9 ministre des Arm\u00e9es une sp\u00e9cialiste des dossiers budg\u00e9taires, Florence Parly. &Agrave; cet \u00e9gard, le contraste avec le ministre de l&rsquo;&Eacute;ducation nationale, Jean-Michel Blanquer, grand connaisseur du syst\u00e8me d&rsquo;enseignement en France, est maximal.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Dans mon livre, j&rsquo;analyse la red\u00e9finition de la d\u00e9mocratie dans l&rsquo;optique macronienne: le pouvoir des jeunes, par les jeunes, pour les jeunes, un pouvoir incarn\u00e9 par &laquo;le plus jeune pr\u00e9sident&raquo; d&rsquo;un pays europ\u00e9en, et &laquo;optimiste&raquo; comme il convient \u00e0 tout jeune de l&rsquo;\u00eatre. Il d\u00e9clare vertueusement vouloir &laquo;redonner une place et un avenir \u00e0 notre jeunesse&raquo;. Qui pourrait \u00eatre contre? Mais point de juv\u00e9nophilie sans g\u00e9rontophobie. Ce qui revient \u00e0 opposer les g\u00e9n\u00e9rations entre elles: les jeunes en qu\u00eate d&#8217;emploi contre les retrait\u00e9s, scandaleusement &laquo;ais\u00e9s&raquo;. Macron divise et conflictualise ainsi, subrepticement, la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, en opposant aussi ceux qui ont un &laquo;statut&raquo; (les &laquo;prot\u00e9g\u00e9s&raquo;) et les autres (les &laquo;exclus&raquo;), ceux qui sont &laquo;pour l&rsquo;ouverture&raquo; et les autres, ceux qui &laquo;regardent vers l&rsquo;ext\u00e9rieur&raquo; et les h\u00e9ritiers suppos\u00e9s de &laquo;la France de P\u00e9tain&raquo;, \u00e9rig\u00e9e en paradigme de la France &laquo;fig\u00e9e&raquo; et &laquo;crisp\u00e9e&raquo;, alors m\u00eame qu&rsquo;elle regardait beaucoup du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Allemagne hitl\u00e9rienne, qui construisait alors une Europe \u00e0 sa botte. Le bon &laquo;ext\u00e9rieur&raquo; de Macron n&rsquo;est autre qu&rsquo;une globalisation qui s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re et une Europe toujours plus int\u00e9gr\u00e9e. Il ne voit l&rsquo;avenir de la France que sous l&rsquo;angle d&rsquo;une adaptation croissante \u00e0 la marche du monde, r\u00e9duite \u00e0 sa composante \u00e9conomico-financi\u00e8re. Le &laquo;progr\u00e8s&raquo; selon Macron consiste \u00e0 combattre ce qu&rsquo;il appelle les &laquo;forces du monde ancien&raquo;, non les forces du monde pr\u00e9sent<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Figaro-Vox<\/em><\/strong> : &laquo; <em>Est-ce finalement le triomphe de la technocratie sur la politique?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Pierre-Andr\u00e9 Taguieff <\/em><\/strong>: <em>&laquo; Le macronisme est une tentative de faire entrer la France dans la mondialisation techno-marchande, en d\u00e9politisant les enjeux fondamentaux. Mais le chantre de la mobilit\u00e9 plan\u00e9taire n&rsquo;assume pas sa th\u00e8se fondamentale, et multiple les d\u00e9n\u00e9gations du type: &laquo;Le but, ce n&rsquo;est pas de s&rsquo;adapter \u00e0 la mondialisation, c&rsquo;est de r\u00e9ussir, d&rsquo;\u00eatre des leaders.&raquo; Le seul message macronien non ambigu est que &laquo;l&rsquo;\u00e9conomie est notre destin&raquo;, selon la c\u00e9l\u00e8bre formule de Walther Rathenau. Cet \u00e9conomicisme chasse le politique, qui se r\u00e9duit \u00e0 un d\u00e9cor, \u00e0 un blabla d\u00e9magogique empruntant ses clich\u00e9s \u00e0 n&rsquo;importe quelle source id\u00e9ologique<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Figaro-Vox<\/em><\/strong> : &laquo; <em>Macron risque-t-il d&rsquo;\u00eatre \u00e0 son tour victime du &laquo;d\u00e9gagisme&raquo;?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Pierre-Andr\u00e9 Taguieff <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Le processus a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. L&rsquo;aveuglement et l&rsquo;engouement du printemps 2017 n&rsquo;auront \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne de mode. Il aura \u00e9t\u00e9, le temps d&rsquo;un printemps, le suborneur d&rsquo;une France d\u00e9\u00e7ue et d\u00e9sorient\u00e9e. Il a mis son intelligence et sa culture au service de son d\u00e9sir effr\u00e9n\u00e9 d&rsquo;ascension sociale. Disons qu&rsquo;il est un Cagliostro de la politique postmoderne. Mais le d\u00e9grisement g\u00e9n\u00e9ral fera probablement de lui une \u00e9toile filante. Ce qui veut dire qu&rsquo;il prendra sa place dans cet ordre normal des choses qu&rsquo;il a pr\u00e9tendu bousculer. L&rsquo;\u00e9narque frott\u00e9 de litt\u00e9rature et de philosophie reste un \u00e9narque<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Figaro-Vox<\/em><\/strong> : &laquo; <em>Dans l&rsquo;affrontement &laquo;progressistes&raquo;\/&laquo;conservateurs&raquo; th\u00e9oris\u00e9 par Macron ou dans la confrontation &laquo;mondialistes&raquo;\/ &laquo;patriotes&raquo; d\u00e9finie par Marine Le Pen, n&rsquo;y a-t-il pas, malgr\u00e9 tout, un v\u00e9ritable clivage id\u00e9ologique peut-\u00eatre plus tangible que le traditionnel clivage droite\/gauche<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Pierre-Andr\u00e9 Taguieff <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Ces nouveaux clivages impos\u00e9s par les macronistes et les marinistes rel\u00e8vent du discours de propagande. Il va de soi que le mot &laquo;conservateur&raquo; fonctionne comme un mode d&rsquo;ill\u00e9gitimation, voire comme une insulte dans le parler macronien. Synonyme de &laquo;r\u00e9actionnaire&raquo;, il fait partie des mots destin\u00e9s \u00e0 disqualifier tous ceux qui ne se rallient pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9tendard du grand leader bien-aim\u00e9. De tels termes sont des op\u00e9rateurs d&rsquo;amalgames pol\u00e9miques, et, \u00e0 ce titre, ils n&rsquo;ont pas de pertinence conceptuelle. En outre, les deux couples d&rsquo;oppos\u00e9s ne se recouvrent pas: des &laquo;patriotes&raquo; peuvent se dire ou \u00eatre dits &laquo;progressistes&raquo; ou &laquo;conservateurs&raquo;<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Si le clivage droite\/gauche est us\u00e9, s&rsquo;il ne permet plus de d\u00e9finir sans \u00e9quivoque des identit\u00e9s politiques distinctives, il garde une relative valeur fonctionnelle. Mais les crit\u00e8res et les rep\u00e8res qu&rsquo;il pr\u00e9suppose et propose sont brouill\u00e9s. Si la grande vague populiste d&rsquo;orientation nationaliste commenc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1980 signifie quelque chose, c&rsquo;est avant tout la mise en place d&rsquo;une opposition entre le haut et le bas, entre les \u00e9lites et le peuple, ou, si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re, entre les classes sup\u00e9rieures d\u00e9territorialis\u00e9es et les classes moyennes et populaires se reconnaissant dans une appartenance nationale. Outre cette opposition sur un axe vertical, on constate l&rsquo;existence d&rsquo;un conflit d&rsquo;intensit\u00e9 croissante entre la vision r\u00e9publicaine de la communaut\u00e9 des citoyens et la vision multiculturaliste ou multicommunautariste de la &laquo;soci\u00e9t\u00e9 des individus&raquo; instaur\u00e9e par la mondialisation. La France d\u00e9couvre, longtemps apr\u00e8s le monde anglo-saxon, la &laquo;politique des identit\u00e9s&raquo;, identit\u00e9s ethniques ou culturelles, religieuses ou linguistiques, sexuelles ou de genre, qui, par leurs rivalit\u00e9s et leur mise en concurrence, divisent et conflictualisent le champ social. Il est vrai que les \u00e9lites de l&rsquo;\u00e9conomie et de la culture tendent \u00e0 soutenir la vision multiculturaliste d&rsquo;une d\u00e9mocratie id\u00e9alement cosmopolite, tandis que les classes moyennes et populaires restent attach\u00e9es \u00e0 la vision r\u00e9publicaine de la nation.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Mais ces clivages qui se chevauchent sont eux-m\u00eames recoup\u00e9s par d&rsquo;autres clivages: par exemple, entre les d\u00e9fenseurs d&rsquo;une stricte la\u00efcit\u00e9 et les partisans d&rsquo;am\u00e9nagements divers du principe de la\u00efcit\u00e9, ou entre les chantres du productivisme, de la croissance ou de l&rsquo;innovation technologique et les d\u00e9fenseurs de telle ou telle forme de limitation du &laquo;progr\u00e8s technologique&raquo;. N&rsquo;oublions pas non plus le clivage entre les adeptes de la religion ir\u00e9nique du &laquo;vivre ensemble&raquo;, qui postulent notamment une diff\u00e9rence de nature entre l&rsquo;islam (religion d&rsquo;amour et de paix) et toutes les formes de l&rsquo;islamisme, et les partisans d&rsquo;une vision r\u00e9aliste de la menace salafiste-djihadiste, qui appellent \u00e0 une vigilance permanente face au communautarisme islamique. La nouvelle vision politiquement correcte de la la\u00efcit\u00e9 est un &laquo;coexistentialisme&raquo;, variante simplifi\u00e9e du multiculturalisme normatif. Dans Le Point, Macron caract\u00e9rise la France comme un pays &laquo;de catholiques, de protestants, de juifs et de musulmans&raquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme une nation multicommunautaire \u00e0 base religieuse, jetant le reste de la population dans le gouffre du &laquo;rien&raquo;. C&rsquo;est l\u00e0 sa conception de l&rsquo;identit\u00e9 de la France. Il l&rsquo;a r\u00e9affirm\u00e9e le 13 septembre 2017, \u00e0 l&rsquo;occasion de la &laquo;victoire historique&raquo; de Paris pour les JO 2024: &laquo;D\u00e9fendre les valeurs de l&rsquo;olympisme, c&rsquo;est aussi &oelig;uvrer pour plus d&rsquo;\u00e9quilibre et plus de multiculturalisme.&raquo; Et Anne Hidalgo, la &laquo;gagnante&raquo; s&rsquo;\u00e9criant \u00e0 Lima &laquo;C&rsquo;est immense!&raquo; ou &laquo;C&rsquo;est magique!&raquo;, d&rsquo;appliquer le mod\u00e8le multiculturaliste en l&rsquo;illustrant: &laquo;Je pense \u00e0 la Seine-Saint-Denis, \u00e0 cette jeunesse tr\u00e8s cosmopolite qui va l\u00e0 pouvoir se projeter dans quelque chose de fort.&raquo; L&rsquo;avenir de la France, c&rsquo;est le multiculturalisme et le jeuno-cosmopolitisme.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Quant aux &laquo;r\u00e9volutionnaires&raquo; en peau de lapin qui se multiplient \u00e0 droite, \u00e0 gauche, aux deux extr\u00eames et au centre macronis\u00e9, le mieux \u00e0 faire est de les laisser bavarder entre eux. Dans les d\u00e9mocraties occidentales, la &laquo;r\u00e9volution&raquo; est depuis longtemps un argument publicitaire. L&rsquo;\u00e2ge de la r\u00e9forme permanente et inoffensive a chass\u00e9 celui des r\u00e9volutions violentes. Je ne suis pas de ceux qui regrettent Robespierre, L\u00e9nine, Staline, Mao ou Castro. Mais je ne saurais me satisfaire de vivre dans ces d\u00e9mocraties satisfaites, aseptis\u00e9es, drogu\u00e9es aux m\u00e9dias et soumises au politiquement correct qui pr\u00e9tendent incarner le dernier mot du &laquo;Progr\u00e8s&raquo;, en pr\u00f4nant une &laquo;r\u00e9volution positive&raquo; ou une &laquo;r\u00e9volution citoyenne&raquo;. Mani\u00e8res de sortir de l&rsquo;Histoire en brodant sur de grandes r\u00e9f\u00e9rences historiques<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Figaro-Vox<\/em><\/strong> : &laquo; <em>Face \u00e0 &laquo;En Marche\u00a0\u00bb peut-il na&icirc;tre un &laquo;En Marche arri\u00e8re toute\u00a0\u00bb, un mouvement souverainiste, conservateur et identitaire soucieux de la pr\u00e9servation de l&rsquo;identit\u00e9 nationale?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Pierre-Andr\u00e9 Taguieff <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Pourquoi \u00ab\u00a0Arri\u00e8re toute\u00a0\u00bb? C&rsquo;est l\u00e0 croire encore au grand r\u00e9cit trompeur du mouvement en avant comme processus d&rsquo;\u00e9mancipation impliquant la fin des nations et leur fusion dans un grand tout r\u00e9gi par la norme d&rsquo;uniformit\u00e9. Mais je doute qu&rsquo;il puisse se former un front commun qui soit \u00e0 la fois souverainiste, conservateur et identitaire. Les mondialisateurs &laquo;progressistes&raquo; sont d&rsquo;accord sur presque tout, au contraire de ceux qui r\u00e9sistent, sur des bases th\u00e9oriques diverses, au processus plan\u00e9taire pr\u00e9sent\u00e9 comme fatal et c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme une grande marche vers un &laquo;monde meilleur&raquo;. Le souci de la souverainet\u00e9 nationale, h\u00e9ritage de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, est stupidement attribu\u00e9 en propre \u00e0 &laquo;l&rsquo;extr\u00eame droite&raquo;.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>En d\u00e9pit de ses propos sur la &laquo;grandeur de la France&raquo;, qui sonnent gaulliens (&laquo;La France doit redevenir une grande puissance&raquo;), Macron a choisi son camp, celui de l&rsquo;europ\u00e9isme salvateur: &laquo;L&rsquo;Europe est le niveau appropri\u00e9 pour recouvrer notre pleine souverainet\u00e9.&raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>La question des identit\u00e9s collectives reste une vraie question qu&rsquo;il ne faut pas abandonner aux th\u00e9oriciens du multiculturalisme. Quant au conservatisme, en g\u00e9n\u00e9ral confondu abusivement avec telle ou telle doctrine r\u00e9actionnaire, il demeure aussi m\u00e9connu que stigmatis\u00e9 rituellement, alors m\u00eame qu&rsquo;il commence \u00e0 \u00eatre discut\u00e9 intelligemment en France. La simple r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 nationale a \u00e9t\u00e9 diabolis\u00e9e par les n\u00e9olib\u00e9raux comme par les id\u00e9ologues du gauchisme culturel. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;imp\u00e9ratif de souverainet\u00e9, du besoin d&rsquo;identit\u00e9 ou de l&rsquo;exigence de conservation des h\u00e9ritages, il faut se garder de toute absolutisation. Or, les d\u00e9fenses nuanc\u00e9es ou mesur\u00e9es des principes normatifs sont moins audibles et mobilisatrices que celles qui d\u00e9rivent vers l&rsquo;exc\u00e8s et la radicalit\u00e9<\/em>. &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Macron au microscope Nous nous sommes permis d&#8217;emprunter cette interview de Pierre-Andr\u00e9 Taguieff, par Alexandre Devecchio de Figaro-Vox, le 15 septembre 2017 parce que l&rsquo;appr\u00e9ciation de Taguieff nous semble correspondre \u00e0 une analyse tout \u00e0 fait raisonnable et d\u00e9velopp\u00e9e par un regard critique et extr\u00eamement ferme, avec des jugements tranchants qui correspondent parfaitement \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[12890,2617,2904,3965,13407],"class_list":["post-77498","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-figaro-vox","tag-macron","tag-president","tag-simulacre","tag-taguieff"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77498","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77498"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77498\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77498"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77498"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77498"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}