{"id":77586,"date":"2017-11-05T05:02:48","date_gmt":"2017-11-05T05:02:48","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/11\/05\/vers-une-authentique-renaissance-de-lacite\/"},"modified":"2017-11-05T05:02:48","modified_gmt":"2017-11-05T05:02:48","slug":"vers-une-authentique-renaissance-de-lacite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/11\/05\/vers-une-authentique-renaissance-de-lacite\/","title":{"rendered":"Vers une authentique renaissance de la\u00a0cit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Vers une authentique renaissance de la cit\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; l&rsquo;heure de l&rsquo;ubiquit\u00e9 des \u00e9changes num\u00e9riques, dans un contexte o&ugrave; les conventions culturelles sont battues en br\u00e8che, la cit\u00e9 se meurt faute d&rsquo;oxyg\u00e8ne. Il ne demeure qu&rsquo;un vague agr\u00e9gat d&rsquo;int\u00e9r\u00eats disparates mettant en sc\u00e8ne des acteurs qui meublent l&rsquo;espace civique comme des potiches. La m\u00e9diation n&rsquo;est plus le lot des clercs d&rsquo;autrefois : les grands pr\u00eatres du spectacle m\u00e9diatique arbitrent aux diff\u00e9rents qui ne manquent de se multiplier alors que le &laquo; vivre ensemble &raquo; n&rsquo;est plus qu&rsquo;une vague chim\u00e8re. Il convient de rassembler les gens autour d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements construits comme autant de c\u00e9l\u00e9bration vides de sens, le temps de c\u00e9l\u00e9brer une f\u00eate pa\u00efenne ou chr\u00e9tienne travestie en journ\u00e9e de la consommation, le temps d&rsquo;une fugace fuite en avant.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Rituels de la cit\u00e9 confisqu\u00e9s par Hollywood<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Les m\u00e9dias, comme l&rsquo;ancien br\u00e9viaire de nos p\u00e8res et m\u00e8res, scandent le temps de la liturgie d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de la consommation qui a chass\u00e9 tous les rituels qui marquaient d&rsquo;une pierre blanche les fondations de la cit\u00e9. Il n&rsquo;y a presque plus de naissances, encore moins de bapt\u00eames \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer; alors pourquoi ne pas se concentrer sur la naissance des stars du monde du spectacle qui, \u00e0 l&rsquo;instar des certains astres fugaces, ne font que passer le temps de nous distraire de nous-m\u00eames. Les r\u00e9coltes se font rares : toujours moins de f\u00eates paysannes destin\u00e9es \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la corne d&rsquo;abondance des produits d&rsquo;un terroir laiss\u00e9 en friche entre les mains des promoteurs immobiliers. Plus personne ne se joint \u00e0 la cohorte des foules venues assister au mouillage d&rsquo;une embarcation qui transportera les p\u00eacheurs vers le large. Chacun de son c\u00f4t\u00e9, prostr\u00e9 devant son site pornographique, pourquoi prendre la peine de rencontrer des partenaires afin de tisser des relations qui culmineront par un mariage ? Une autre c\u00e9l\u00e9bration qui dispara&icirc;t de la carte &hellip; sauf pour les vedettes d&rsquo;Hollywood qui c\u00e9l\u00e8brent de nouvelles \u00e9pousailles au moment de changer leur garde-robe, entre deux saisons de tournage. Plus de bapt\u00eames, presque plus de mariages et jusqu&rsquo;aux enterrements de nos a\u00efeux qui sont proscrits par cette soci\u00e9t\u00e9 narcissique qui refuse de c\u00e9l\u00e9brer les moments charni\u00e8res qui permettaient \u00e0 la cit\u00e9 de se retrouver au gr\u00e9 de rituels qui survivaient \u00e0 l&rsquo;effondrement des empires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Oubliez les personnages historiques, les Saints et les autres symboles qui \u00e9toffaient la Geste de la nation. Il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer, hormis les potins des stars d&rsquo;Hollywood qui respirent \u00e0 notre place. Nous vivons par procuration au gr\u00e9 d&rsquo;une repr\u00e9sentation mim\u00e9tique qui n&rsquo;est qu&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre du simulacre, puisque le temps de la cit\u00e9 s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une authentique glaciation de la vie humaine, dans un contexte o&ugrave; la programmation du monde inorganique vient de r\u00e9ussir un v\u00e9ritable coup d&rsquo;\u00e9tat envers les &laquo; tr\u00e8s riches heures &raquo; de nos antiques soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La r\u00e9sistance et la reconstruction<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>V\u00e9ritable libre-penseur, philosophe avant la lettre, Hannah Arendt s&rsquo;est pench\u00e9e sur la catastrophe d&rsquo;une postmodernit\u00e9 qui semble \u00eatre le tombeau d&rsquo;une humanit\u00e9 priv\u00e9e de son terreau. C&rsquo;est avec <em>La Condition de l&rsquo;homme moderne<\/em>, publi\u00e9 en 1958, qu&rsquo;elle marque un grand coup en nous faisant prendre conscience de l&rsquo;avanc\u00e9e de ce totalitarisme technocrate qui menace jusqu&rsquo;\u00e0 la raison d&rsquo;\u00eatre de toute soci\u00e9t\u00e9 humaine. Disciple de Martin Heidegger, Arendt se penche, comme les f\u00e9es du berceau, sur les modalit\u00e9s de l&rsquo;AGIR qui fondent l&rsquo;existence dans le creuset de l&rsquo;humaine condition. Heidegger, le dernier des hell\u00e9nistes classiques, c\u00e9l\u00e8bre la pens\u00e9e de ces pr\u00e9socratiques qui avaient, d\u00e9j\u00e0, mis en garde l&rsquo;humanit\u00e9 contre les puissances d\u00e9moniaques d&rsquo;un hubris laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. Manifestement en porte-\u00e0-faux face \u00e0 l&rsquo;id\u00e9alisme h\u00e9g\u00e9lien, Arendt ambitionne de jeter les bases d&rsquo;une &laquo; anthropologie politique &raquo; susceptible de nous aider \u00e0 d\u00e9tricoter la condition humaine. Paul Ricoeur n&rsquo;affirme-t-il pas qu&rsquo; &laquo; il faut lire <em>Condition de l&rsquo;homme moderne<\/em> comme le livre de la r\u00e9sistance et de la reconstruction &raquo;. Mais, r\u00e9sister \u00e0 quoi et comment reconstruire, serait-on tent\u00e9s d&rsquo;ajouter ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Arendt travaille d&rsquo;arrache-pied sur les fondamentaux de cette <em>vita activa <\/em>qui permet \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 de se perp\u00e9tuer \u00e0 travers le temps et l&rsquo;espace. Rejetant toutes conceptions essentialistes qui repr\u00e9senteraient la nature de l&rsquo;homme en faisant abstraction de son v\u00e9cu en soci\u00e9t\u00e9; elle ne tombe pas, non plus, dans le pi\u00e8ge d&rsquo;un d\u00e9terminisme qui, \u00e0 l&rsquo;instar de notre actuelle th\u00e9orie du genre, stipulerait que l&rsquo;homme est un \u00eatre conditionn\u00e9 par son milieu ou par une repr\u00e9sentation culturelle. C&rsquo;est en accomplissant ses &oelig;uvres que l&rsquo;homme permet \u00e0 son \u00eatre de se manifester. L&rsquo;<em>Homo faber<\/em> agit sur son environnement, se projette dans son v\u00e9cu et prot\u00e8ge une libert\u00e9 qui est tout sauf une vue de l&rsquo;esprit. D\u00e9j\u00e0, son mentor, Heidegger, avait compris que le totalitarisme de la soci\u00e9t\u00e9 techniciste mena\u00e7ait de ravir \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 jusqu&rsquo;au souvenir d&rsquo;une libert\u00e9 perdue \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre coup\u00e9 de toutes les racines de l&rsquo;<em>anthropos<\/em>. Arendt t\u00e9lescope sa pens\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de la <em>polis<\/em> ath\u00e9nienne du Ve si\u00e8cle avant notre \u00e8re. C&rsquo;est au c&oelig;ur de l&rsquo;antique cit\u00e9 grecque qu&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 forg\u00e9es les bornes qui s\u00e9paraient le domaine priv\u00e9 et le domaine public, alors que l&rsquo;<em>oikos <\/em>&ndash; la maisonn\u00e9e &ndash; \u00e9tait un lieu sacr\u00e9, inviolable, distinct des d\u00e9bats qui pr\u00e9sidaient aux destin\u00e9es de la <em>polis<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Un foyer familial viol\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Notre modernit\u00e9 tardive, avec son machiav\u00e9lisme froid, a d\u00e9truit la maisonn\u00e9e de nos p\u00e8res et m\u00e8res pour y substituer une agora concentrationnaire qui menace toute forme d&rsquo;intimit\u00e9. V\u00e9ritables ilotes, sans attaches, ni liens filiaux, les consommateurs laissent le soin \u00e0 une caste de politicards de pr\u00e9sider aux destin\u00e9es d&rsquo;une <em>polis <\/em>pervertie par les forces du grand Capital. &Agrave; contrario, les patriotes de l&rsquo;antique cit\u00e9 grecque participaient \u00e0 la magistrature d&rsquo;un pouvoir qui n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9 par des <em>m\u00e9t\u00e8ques<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire des forces ext\u00e9rieures \u00e0 la cit\u00e9. La <em>polis <\/em>repr\u00e9sente, in fine, la prise de la parole au sein d&rsquo;une agora qui rassemble tous les citoyens libres qui composent cette authentique soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;<em>oikos<\/em> repr\u00e9sente le lieu de l&rsquo;intimit\u00e9 familiale, un espace en soustraction vis-\u00e0-vis de la <em>polis<\/em>, v\u00e9ritable matrice de la naissance et du travail n\u00e9cessaire \u00e0 la survie biologique. En outre, l&rsquo;espace familiale est le lit d&rsquo;une tradition propre \u00e0 une lign\u00e9e qui tentera de s&rsquo;illustrer au c&oelig;ur des d\u00e9bats qui pr\u00e9sident aux destin\u00e9es de la <em>cit\u00e9<\/em>. La cellule familiale, de l&rsquo;aveu de Arendt, repr\u00e9sente &laquo; un lieu que l&rsquo;on poss\u00e8de pour s&rsquo;y cacher &raquo;. Voil\u00e0 pourquoi l&rsquo;<em>oikos<\/em> est inviolable, malgr\u00e9 le fait que ses membres fassent partie de cette cit\u00e9 qui repr\u00e9sente l&rsquo;espace des \u00e9changes humains. Le vivre-ensemble n&rsquo;est possible qu&rsquo;au gr\u00e9 de la sym\u00e9trie d\u00e9mocratique, d&rsquo;une participation de tous aux affaires courantes de la <em>polis<\/em>, alors que l&rsquo;intimit\u00e9 familiale, l&rsquo;<em>oikos<\/em>, permet au citoyen de se ressourcer aupr\u00e8s des membres de son clan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les penseurs de la lucidit\u00e9 postmoderne, de Arendt \u00e0 Francis Cousin, en passant par Guy Debord, posent un diagnostic incontournable sur nos soci\u00e9t\u00e9s moribondes \u00e0 l&rsquo;heure de l&rsquo;ubiquit\u00e9 des m\u00e9dias tout-puissants. Le propre d&rsquo;un univers concentrationnaire c&rsquo;est d&rsquo;\u00e9liminer la distinction entre l&rsquo;intime et le public, pour que plus personne ne soit en mesure de prendre la parole et d&rsquo;apporter sa pierre \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9panouissante. Pendant que les politiciens professionnels monopolisent l&rsquo;espace public, les consommateurs se r\u00e9fugient dans un cocon pr\u00e9fabriqu\u00e9 &ndash; <em>cocooning <\/em>&ndash; qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec une cellule familiale puisque l&rsquo;\u00e9tat s&rsquo;occupe de r\u00e8glementer toutes les facettes de la vie de couple, prenant en charge les enfants et r\u00e8glementant jusqu&rsquo;aux usages domestiques pour finir par prendre en charge l&rsquo;intimit\u00e9 de chacun. L&rsquo;\u00e9tat totalitaire postmoderne viole les citoyens qui sont devenus des esclaves par consentement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Paradoxalement, Arendt et consorts ont, dans un premier temps, excit\u00e9 la curiosit\u00e9 de cette gauche soixante-huitarde qui ambitionnait de r\u00e9volutionner les rapports en soci\u00e9t\u00e9. De nos jours, ce sont les nouveaux conservateurs &ndash; combattant le n\u00e9olib\u00e9ralisme sous toutes ses formes &ndash; qui s&#8217;emparent de cette pens\u00e9e f\u00e9conde afin d&rsquo;\u00eatre en mesure de se forger des outils de combat effectifs et p\u00e9rennes. Puisque le n\u00e9olib\u00e9ralisme ambitionne de briser toutes les fronti\u00e8res du langage humain, laissant au langage machine le soin de baliser l&rsquo;espace transactionnel pour le plus grand profit des flux informatiques. La circulation de l&rsquo;INFORMATION ne supporte aucune prise de parole au sein d&rsquo;une agora qui a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en parquet par les marchands du temple. C&rsquo;est le Capital qui prend la parole \u00e0 travers ses m\u00e9dias autoris\u00e9s, lesquels permettent \u00e0 la caste des politicards de venir y donner leur repr\u00e9sentation factice.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Restaurer l&rsquo;intimit\u00e9 du foyer<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ceux et celles qui se r\u00e9clament du patriotisme ont tr\u00e8s bien compris qu&rsquo;il est minuit moins cinq. Dans un contexte o&ugrave; l&rsquo;argent liquide sera bient\u00f4t retir\u00e9 de la circulation et \u00e0 une \u00e9poque o&ugrave; les citoyens n&rsquo;ont plus aucun mot \u00e0 dire sur les destin\u00e9es de leur cit\u00e9 moribonde, un nombre croissant de r\u00e9sistants est conscient qu&rsquo;il devient urgent de pr\u00e9server ce qui reste de la cellule familiale. Puisqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9faut de participer aux affaires de la <em>polis<\/em>, le n\u00e9o-citoyen peut se donner les moyens de restaurer l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de son milieu de vie imm\u00e9diat, tout en tissant des liens de proximit\u00e9 et d&rsquo;entraide avec d&rsquo;autres r\u00e9sistants face \u00e0 cette impitoyable centrifugeuse que constitue le grand Capital pr\u00e9dateur. Il semblerait que les ma&icirc;tres de la Banque soient des \u00e9mules de Platon, cet anc\u00eatre de la Ma\u00e7onnerie sp\u00e9culative qui percevait le philosophe comme un \u00eatre sup\u00e9rieur \u00e0 celui qui s&rsquo;occupait de la chose politique. D&rsquo;ailleurs, la cit\u00e9 utopique pr\u00e9conis\u00e9e par Platon devrait, dans le <em>Meilleur des mondes<\/em>, \u00eatre dirig\u00e9e par une caste de philosophes-rois. Cette pens\u00e9e d\u00e9l\u00e9t\u00e8re inaugure un distinguo entre la <em>praxis <\/em>et la <em>theoria<\/em>, dans un contexte o&ugrave; le commun des mortels est raval\u00e9 au rang d&rsquo;un animal <em>laborans<\/em>, v\u00e9ritable esclave au service d&rsquo;une \u00e9lite de pr\u00e9dateurs qui, seule, a le droit de pr\u00e9sider aux affaires et aux destin\u00e9es de la cit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la cit\u00e9 hell\u00e9nique classique, seuls les citoyens libres avaient le droit de participer aux affaires de la cit\u00e9 &ndash; les femmes et les esclaves en \u00e9tant interdits d&rsquo;office &ndash; il n&#8217;emp\u00eache qu&rsquo;une part substantielle du corps social avait &laquo; droit de cit\u00e9 &raquo;. De nos jours, seuls les professionnels de la politique &ndash; et leurs auxiliaires des m\u00e9dias &ndash; agissent comme repr\u00e9sentants de ceux qui ont v\u00e9ritablement &laquo; droit de cit\u00e9 &raquo;. Le subterfuge est cynique puisque les payeurs de taxes sont ponctionn\u00e9s par une caste de pr\u00e9varicateurs faisant semblant de repr\u00e9senter la pi\u00e9taille qui travaille ou qui ch\u00f4me, c&rsquo;est selon. La cit\u00e9 ayant \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9e par les agent du Capital, le <em>g\u00e9nos<\/em> &ndash; tradition familiale bas\u00e9e sur l&rsquo;occupation du territoire par une population donn\u00e9e &ndash; sera liquid\u00e9 au moyen de l&rsquo;augmentation continue des flux d&rsquo;immigrants, de l&rsquo;augmentation vertigineuse des prix de l&rsquo;immobilier et de la destruction des fondations p\u00e9rennes de la famille. Priv\u00e9 de son <em>oikos<\/em> et n&rsquo;ayant plus aucun droit de parole effectif au sein des affaires de la cit\u00e9, le consommateur de la postmodernit\u00e9 n&rsquo;est d\u00e9finitivement plus un citoyen. De fait, les femmes et les esclaves m\u00e2les se disputent au beau milieu des restes fumants de cette <em>polis<\/em> d\u00e9truite par les nouveaux citoyens de l&rsquo;hyperclasse technocratique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La perte du monde commun<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Jean-Claude Poizat, dans son opuscule intitul\u00e9 &laquo; Hannah Arendt &ndash; une introduction &raquo;, ne coupe pas les cheveux en quatre lorsqu&rsquo;il affirme que &laquo; &hellip; la modernit\u00e9 nous renvoie \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience de la perte du monde commun. Or, au-del\u00e0 de la dimension historique, cette exp\u00e9rience porte atteinte \u00e0 deux conditions fondamentales de l&rsquo;existence humaine : l&rsquo;appartenance au monde et la pluralit\u00e9 &raquo;. En effet, il faut \u00eatre en mesure de pr\u00e9server nos liens de filiation &ndash; l&rsquo;intimit\u00e9 de la cellule familiale &ndash; si l&rsquo;on souhaite pouvoir participer aux destin\u00e9es d&rsquo;une cit\u00e9 qui, normalement, repr\u00e9sente le DIA-LOGOS en action. D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;importance pour l&rsquo;Imperium d&rsquo;\u00e9radiquer toutes traces de cultures authentiques, ce qui inclut le langage et ses manifestations. Le philosophe et th\u00e9ologien Paul Ricoeur, \u00e0 travers ses \u00e9tudes sur l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 &ndash; ou rapport \u00e0 la diff\u00e9rence &ndash; estime que le propre du totalitarisme absolu c&rsquo;est d&rsquo;abolir toutes les bornes qui agissaient comme des sas permettant de pr\u00e9server l&rsquo;intimit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre, condition essentielle d&rsquo;une authentique communication. Le monde commun c&rsquo;est l&rsquo;espace public o&ugrave; il est possible de partager un part de soi avec autrui, de faire connaissance et de nouer des liens f\u00e9conds et durables. Le civisme repr\u00e9sentant, donc, une prise de conscience citoyenne qui, seule, permet de b\u00e2tir les fondations d&rsquo;une cit\u00e9 qui ne soit pas concentrationnaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On parle du &laquo; commun des mortels &raquo;, afin d&rsquo;identifier ceux et celles qui composent les fondations de la cit\u00e9. La <em>pl\u00e8be<\/em> ne repr\u00e9sente pas un agr\u00e9gat d&rsquo;esclaves incultes; \u00e0 contrario ce terme r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;<em>humus<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire ceux qui cultivent la terre. Le monde commun c&rsquo;est l&rsquo;espace o&ugrave; les patriciens &ndash; oublions la confrontation entre patriarcat et matriarcat &ndash; peuvent se rencontrer afin de partager les fruits de la terre et de pr\u00e9sider aux affaires courantes de la <em>polis<\/em>. L&rsquo;homme postmoderne &laquo; hors-sol &raquo;, coup\u00e9 de ses racines, est comparables \u00e0 un ilote corv\u00e9able \u00e0 merci puisqu&rsquo;il ne participe plus d&rsquo;un <em>g\u00e9nos<\/em> effectif. Son identit\u00e9 lui est conf\u00e9r\u00e9e par son num\u00e9ro d&rsquo;assurance sociale et sa marge de cr\u00e9dit. Hors du <em>lexicon informatique<\/em>, l&rsquo;humano\u00efde ne repr\u00e9sente plus rien : sa libert\u00e9 est d\u00e9termin\u00e9e par son pouvoir d&rsquo;achat et rien d&rsquo;autre. &Agrave; tout moment, la Banque peut lui couper les vivres et le d\u00e9poss\u00e9der de cette identit\u00e9 factice qui lui permettait de nouer des liens transactionnels avec d&rsquo;autres consommateurs ali\u00e9n\u00e9s comme lui.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le droit de parole<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Tout le monde parle, tout le temps, sur son portable et les internautes \u00e9ructent des commentaires disgracieux sur les m\u00e9dias sociaux qui ne sont que des perchoirs \u00e0 perroquets. Ce babil incessant trahit l&rsquo;\u00e9norme angoisse qui p\u00e8se sur le monde actuel, dans un contexte o&ugrave; les citoyens ne participent plus aux d\u00e9bats politiques. M\u00eame la classe politique ne pr\u00e9side plus vraiment aux destin\u00e9es de la <em>polis<\/em>; elle se contente de jouer sa partition au beau milieu d&rsquo;une <em>agora <\/em>qui a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en amphith\u00e9\u00e2tre m\u00e9diatique. La classe politique donne le la, alors que les commentateurs et autres chroniqueurs de l&rsquo;air du temps improvisent \u00e0 partir de cette partita pip\u00e9e. Les consommateurs se chargent de faire circuler les racontars du jour, tout en les ponctuant avec force \u00e9ructations. La machine \u00e0 rumeur s&#8217;emballe et, au m\u00eame moment, les donneurs d&rsquo;ordres passent leurs commandes sur les parquets des grandes places boursi\u00e8res. C&rsquo;est le Capital qui tient le crachoir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Jean-Pierre Vernant, dans &laquo; <em>Les origines de la pens\u00e9e grecque<\/em> &raquo;, souligne que &laquo; le syst\u00e8me de la <em>polis<\/em>, c&rsquo;est d&rsquo;abord une extraordinaire pr\u00e9\u00e9minence de la parole sur tous les autres instruments du pouvoir &raquo;. C&rsquo;est ce qui explique l&rsquo;importance accord\u00e9e au fait de &laquo; tenir parole &raquo; chez les peuples primitifs. &laquo; Donner sa parole &raquo; signifie que le locuteur implique toute sa personne dans son discours et qu&rsquo;il ne sert point d&rsquo;obscurs int\u00e9r\u00eats qui agissent par procuration. L&rsquo;orateur de la Gr\u00e8ce antique prend la parole afin d&rsquo;apporter sa pierre \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une <em>polis<\/em> qui ne peut se concevoir sans la participation effective de ses constituants, les citoyens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Concluons sur ce passage de Jean-Claude Poizat qui nous rappelle que &laquo; l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de tous les citoyens devant la loi se mue en participation effective \u00e0 toutes les magistratures du pouvoir. Un tel r\u00e9gime politique implique, en particulier, que l&rsquo;action politique des citoyens soit une action sans mod\u00e8le et en quelque sorte improvis\u00e9e, par opposition au travail productif qui est une activit\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e au sp\u00e9cialiste et qui requiert un savoir particulier &ndash; comme c&rsquo;est le cas chez l&rsquo;artisan &raquo;. Il n&rsquo;y a pas \u00e0 dire, la caste politicienne ne sert \u00e0 rien, sinon qu&rsquo;\u00e0 ponctionner les finances publiques et \u00e0 tenir lieu d&rsquo;interface qui brouille la communication au profit d&rsquo;un Capital qui a tout loisir de mener ses projets \u00e0 terme. &Eacute;tienne Chouard, \u00e9conomiste et politologue iconoclaste, a parfaitement raison de proposer d&rsquo;\u00e9largir le spectre de la participation citoyenne aux affaires de la cit\u00e9; ce qui pourrait, in fine, conduire \u00e0 une marginalisation de la classe politique telle que nous la connaissons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le commun des mortels &ndash; tous les hommes et les femmes qui participent \u00e0 &laquo; l&rsquo;\u00eatre du monde &raquo; &ndash; ne doit plus accepter cette d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative qui n&rsquo;est qu&rsquo;un des rouages de la grande machination du monde de la &laquo; politique spectaculaire &raquo;, pour paraphraser Guy Debord, notre mentor. Ce n&rsquo;est plus la rue qu&rsquo;il faut occuper : la <em>pl\u00e8be<\/em> devrait rev\u00eatir ses plus beaux atours et investir l&rsquo;espace du Parlement. Le <em>d\u00e8mos<\/em> c&rsquo;est l&rsquo;ensemble des citoyens qui devraient, normalement, faire partie de l&rsquo;assembl\u00e9e patricienne du &laquo; grand peuple &raquo;. Le <em>kratos<\/em> &ndash; ou pouvoir effectif sur les affaires de la cit\u00e9 &ndash; ayant \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9 par la ploutocratie &ndash; ceux qui d\u00e9tiennent les richesses et qui repr\u00e9sentent le <em>plousios<\/em> &ndash;, il y a urgence que les forces vives de la nation prennent en main les r\u00eanes de cette d\u00e9mocratie qui n&rsquo;est plus qu&rsquo;un simulacre f\u00e9tide. &Agrave; contrario des stars et des ploutocrates, soyons humbles comme l&rsquo;<em>humus<\/em> afin de nous r\u00e9concilier les uns avec les autres et d&rsquo;\u00eatre en mesure de renouer avec le radical de notre humaine condition. Nos racines profondes.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Patrice-Hans Perrier<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>Publi\u00e9 le <a href=\"https:\/\/patricehansperrier.wordpress.com\/2017\/11\/03\/vers-une-authentique-renaissance-de-la-cite\/\">3 novembre 2017<\/a> sur le site de l&rsquo;auteur, <em>Carnets d&rsquo;un promeneur.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"> R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Hannah Arendt &ndash; une introduction<\/em> &raquo;, de Jean-Claude Poizat. Publi\u00e9 en 2003 par Pocket, Collection Agora, Paris. ISBN : 978-2-266-24307-0<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Les origines de la pens\u00e9e grecque<\/em> &raquo;, de Jean-Pierre Vernant. Publi\u00e9 en 1962 par les Presses Universitaires de France, Collection &laquo; Quadrige &raquo;, Paris. ISBN : <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sp%C3%A9cial:Ouvrages_de_r%C3%A9f%C3%A9rence\/978-2-13-054565-1\">978-2-13-054565-1<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>La condition de l&rsquo;homme moderne<\/em> &raquo;, de Hannah Arendt. Publi\u00e9 en fran\u00e7ais en 1961 par Calmann-L\u00e9vy, Paris.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Soi-m\u00eame comme un Autre<\/em> &raquo;, de Paul Ricoeur. Publi\u00e9 en 1990 par les \u00e9ditions du Seuil, Paris.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vers une authentique renaissance de la cit\u00e9 &Agrave; l&rsquo;heure de l&rsquo;ubiquit\u00e9 des \u00e9changes num\u00e9riques, dans un contexte o&ugrave; les conventions culturelles sont battues en br\u00e8che, la cit\u00e9 se meurt faute d&rsquo;oxyg\u00e8ne. Il ne demeure qu&rsquo;un vague agr\u00e9gat d&rsquo;int\u00e9r\u00eats disparates mettant en sc\u00e8ne des acteurs qui meublent l&rsquo;espace civique comme des potiches. 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