{"id":77661,"date":"2018-01-12T09:52:59","date_gmt":"2018-01-12T09:52:59","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/01\/12\/walter-benjamin-et-le-nouveau-desordre-mondial\/"},"modified":"2018-01-12T09:52:59","modified_gmt":"2018-01-12T09:52:59","slug":"walter-benjamin-et-le-nouveau-desordre-mondial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/01\/12\/walter-benjamin-et-le-nouveau-desordre-mondial\/","title":{"rendered":"Walter Benjamin et le nouveau d\u00e9sordre mondial"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Walter Benjamin et le nouveau d\u00e9sordre mondial<\/h2>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Pr\u00e9ambule<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous poursuivons (voir <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-vertige-mortifere-du-marxisme-culturel-i\">le 14 d\u00e9cembre 2017<\/a>) notre analyse sur l&rsquo;\u00e9trange mutation d&rsquo;une <em>th\u00e9orie marxiste de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie culturelle<\/em> qui s&rsquo;est infiltr\u00e9e par tous les pores des m\u00e9dias de masse afin de finir par contaminer jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ensemble de nos perceptions. Partant de l&rsquo;<em>approche gramscienne <\/em>pour aboutir en plein c&oelig;ur de l&rsquo;<em>&Eacute;cole de Frankfurt<\/em>, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de faire un arr\u00eat sur la pens\u00e9e d&rsquo;un v\u00e9ritable h\u00e9r\u00e9tique, penseur d&rsquo;une h\u00e9g\u00e9monie culturelle con\u00e7ue comme l&rsquo;instrument de subversion par excellence. En effet, <strong>Walter Benjamin<\/strong> a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 de &laquo; th\u00e9ologien du marxisme &raquo; par ses proches et pour cause lorsque l&rsquo;on prend la peine d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;\u00e9trange parcours intellectuel qui marque son &oelig;uvre inclassable. &Eacute;mule de la <em>Kabbale<\/em>, Walter Benjamin s&rsquo;est laiss\u00e9 tent\u00e9 par la critique marxiste des rapports de classe dans un contexte o&ugrave; son Allemagne natale \u00e9tait emport\u00e9e par les affres de cette d\u00e9r\u00e9liction qui caract\u00e9rise la p\u00e9riode de l&rsquo;entre-deux guerres. Proche de <em>Gershom Scholem<\/em>, un historien et philosophe sp\u00e9cialiste de l&rsquo;histoire du juda\u00efsme, Benjamin constitue un cas de figure extraordinairement f\u00e9cond.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;il nous soit permis d&rsquo;ajouter, en guise de pr\u00e9ambule, que cette analyse n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue afin d&rsquo;intenter un proc\u00e8s aux adeptes de la <em>kabbale<\/em> alors que certains cercles des hautes sph\u00e8res de l&rsquo;oligarchie peuvent s&rsquo;adonner \u00e0 des pratiques d\u00e9riv\u00e9es de cette mystique mill\u00e9naire. Nous souhaitons, plut\u00f4t, mettre en perspective l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de Walter Benjamin pour les enseignements de la Kabbale dans un contexte o&ugrave; le marxisme classique s&rsquo;appuie, qu&rsquo;on le reconnaisse ou non, sur la volont\u00e9 des <em>Lumi\u00e8res<\/em> de transformer l&rsquo;<em>homme <\/em>afin de paver la voie \u00e0 l&rsquo;<em>av\u00e8nement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si le marxisme constitue une utopie, il ne faudrait pas oublier que plusieurs de ses \u00e9pigones se sont inspir\u00e9 des anciennes traditions kabbalistiques qui pr\u00f4nent un certain manich\u00e9isme. En effet, la <em>tradition gnostique<\/em> clame que notre monde aurait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par un faux d\u00e9miurge, d\u00e9it\u00e9 qui nous aurait emprisonn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une cr\u00e9ation mal\u00e9fique et d\u00e9vi\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A contrario, la <em>vision chr\u00e9tienne traditionnelle<\/em> accepte le monde tel qu&rsquo;il est, dans son int\u00e9gralit\u00e9, en reconnaissant que le p\u00e9ch\u00e9 fait partie d&rsquo;une existence constituant un premier passage initiatique. Pour nous &ndash; et nous endossons sans h\u00e9sitation cette posture &ndash; la corruption du monde n&rsquo;est pas le fruit d&rsquo;une cr\u00e9ation &laquo; contrefaite &raquo; qu&rsquo;il conviendrait de rectifier au moyen de r\u00e9volutions consid\u00e9r\u00e9es comme autant de modes op\u00e9ratoires. La cr\u00e9ation, \u00e0 l&rsquo;image de son cr\u00e9ateur, est parfaite de sa source jusqu&rsquo;\u00e0 sa fin eschatologique. C&rsquo;est le p\u00e9ch\u00e9, v\u00e9ritable &laquo; g\u00e9nome du mal &raquo;, qu&rsquo;il importe de circonvenir. Sans rejeter l&rsquo;analyse marxiste des rapports de classe, nous ne partageons pas son approche prophylaxique, c&rsquo;est-\u00e0-dire cette id\u00e9e qui stipule qu&rsquo;il faille abolir jusqu&rsquo;\u00e0 toutes les structures anthropologiques et spirituelles qui fondaient nos cit\u00e9s p\u00e9rennes. Si, nous reconnaissons bien le mal qui est caus\u00e9 par les classes dominantes, nous refusons d&rsquo;abolir jusqu&rsquo;\u00e0 la m\u00e9moire de nos anc\u00eatres afin de pr\u00e9parer l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;un &laquo; homme nouveau &raquo;, d\u00e9livr\u00e9 de lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est du <em>p\u00e9ch\u00e9<\/em> que l&rsquo;homme doit \u00eatre soulag\u00e9 et la &laquo; lutte des classes &raquo; ne constitue pas une panac\u00e9e universelle face au <em>fatum<\/em> ou destin. L&rsquo;homme doit reprendre contact avec sa <em>nature divine<\/em> et c&rsquo;est ici que Walter benjamin nous int\u00e9resse.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&#8217;embourgeoisement de la cit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; La plus intime impulsion donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;utopie fouri\u00e9riste, il faut la voir dans l&rsquo;apparition des machines. Le phalanst\u00e8re devait ramener les hommes \u00e0 un syst\u00e8me de rapports o&ugrave; la moralit\u00e9 n&rsquo;a plus rien \u00e0 faire. N\u00e9ron y serait devenu un membre plus utile de la soci\u00e9t\u00e9 que F\u00e9nelon. Fourier ne songe pas \u00e0 se fier pour cela \u00e0 la vertu, mais \u00e0 un fonctionnement efficace de la soci\u00e9t\u00e9 dont les forces motrices sont les passions. Par les engrenages des passions, par la combinaison complexe des passions m\u00e9canistes avec la passion cabaliste, Fourier se repr\u00e9sente la psychologie collective comme un m\u00e9canisme d&rsquo;horlogerie. L&rsquo;harmonie fouri\u00e9riste est le produit n\u00e9cessaire de ce jeu combin\u00e9. &raquo; <\/em>(Extrait de &laquo; <em>Paris, capitale du XIXe si\u00e8cle<\/em> &raquo;, ou &laquo; <em>Livre des passages<\/em> &raquo;, \u00e9crit par Walter Benjamin [1939].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;entr\u00e9e de jeu, le d\u00e9cor est plant\u00e9 par les observations contenues \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un essai compos\u00e9 par Benjamin en 1939. L&rsquo;auteur y traite de la transformation des rues de Paris durant les bouleversements provoqu\u00e9s par le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise du XIXe si\u00e8cle. Par-del\u00e0 les grands travaux entrepris par le <em>Baron Haussmann<\/em> sur le r\u00e9am\u00e9nagement des circulations de la ville-lumi\u00e8re, c&rsquo;est la f\u00e9tichisation des objets de consommation qui taraude Benjamin. Il s&rsquo;arr\u00eate sur le fait que les petits bourgeois ont chass\u00e9 les classes populaires du c&oelig;ur de la m\u00e9tropole et que les quartiers se sont vid\u00e9s de toute trace de vie v\u00e9ritablement communautaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les grands magasins font leur apparition et le ph\u00e9nom\u00e8ne de la mode fait en sorte d&rsquo;imposer des styles de vie qui correspondent \u00e0 la mise en march\u00e9 de nouveaux objets de consommation qu&rsquo;il convient d&rsquo;\u00e9couler. La valeur marchande des commodit\u00e9s supplante leur valeur d&rsquo;usage et la consommation devient un v\u00e9ritable appendice d&rsquo;une production que rien ne semble pouvoir arr\u00eater. Le bourgeois s&rsquo;entoure d&rsquo;objets qui &laquo; tapissent &raquo; son int\u00e9rieur, au point qu&rsquo;on pourrait comparer sa domesticit\u00e9 \u00e0 une forme d&#8217;embaumement, d&rsquo;enterrement pr\u00e9matur\u00e9. Benjamin prend la peine de pr\u00e9ciser que &laquo; les expositions universelles id\u00e9alisent la valeur d&rsquo;\u00e9change des marchandises. Elles cr\u00e9ent un cadre o&ugrave; leur valeur d&rsquo;usage passe au second plan. Les expositions universelles furent une \u00e9cole o&ugrave; les foules \u00e9cart\u00e9es de force de la consommation se p\u00e9n\u00e8trent de la valeur d&rsquo;\u00e9change des marchandises jusqu&rsquo;au point de s&rsquo;identifier avec elle : &laquo; Il est d\u00e9fendu de toucher aux objets expos\u00e9s &raquo;. Elles donnent ainsi acc\u00e8s \u00e0 une fantasmagorie o&ugrave; l&rsquo;homme p\u00e9n\u00e8tre pour se laisser distraire &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le f\u00e9tichisme de la consommation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Prolongeant la vision marxiste de la <em>r\u00e9ification de l&rsquo;homme<\/em> par l&rsquo;entropie \u00e9conomique, Benjamin pave la voie \u00e0 la vision d&rsquo;un <em>Guy Debord<\/em> qui ira jusqu&rsquo;\u00e0 proph\u00e9tiser que les marchandises finiront par nous consommer. Le lecteur attentif aura compris que ce sont les d\u00e9clinaisons de l&rsquo;ali\u00e9nation qui int\u00e9ressent ce philosophe iconoclaste qui examine toutes les facettes des grands changements socioculturels qui ont boulevers\u00e9 Paris en moins d&rsquo;un si\u00e8cle. Les anciens quartiers d\u00e9favoris\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 ras\u00e9s, de grandes art\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9es afin de favoriser les mouvements de marchandises, mais tout autant pour permettre aux troupes militaires de r\u00e9primer d&rsquo;\u00e9ventuels soul\u00e8vements populaires. Les usines s&rsquo;implantent \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la cit\u00e9 et l&rsquo;alignement des b\u00e2timents devient la norme, avec des boutiques et des bureaux implant\u00e9s au rez-de-chauss\u00e9e. La ville produit des \u00e9changes et des \u00e9v\u00e9nements. Ses nouveaux habitants, fonctionnaires et nouveaux riches, ressemblent \u00e0 des acteurs qui s&rsquo;agitent au milieu d&rsquo;une sorte de kermesse qui ne s&rsquo;arr\u00eate jamais. &laquo; La mode prescrit le rite suivant lequel le f\u00e9tiche qu&rsquo;est la marchandise demande \u00e0 \u00eatre ador\u00e9 &hellip; Elle accouple le corps vivant au monde inorganique. Vis-\u00e0-vis du vivant elle d\u00e9fend les droits du cadavre. Le f\u00e9tichisme qui est ainsi sujet au sex-appeal du non-organique, est son nerf vital &raquo;, pr\u00e9cise-t-il de mani\u00e8re presque initiatique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;ali\u00e9nation de l&rsquo;\u00e2me<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Lecteur assidu de <em>Beaudelaire<\/em>, Walter Benjamin est fascin\u00e9 par cette notion de <em>spleen <\/em>ou de n\u00e9vrose urbaine, \u00e0 une \u00e9poque o&ugrave; c&rsquo;est le transfert des affects sur la marchandise qui pr\u00e9occupe les donneurs d&rsquo;ordre du monde de la culture et des communications. On aura compris que Benjamin se passionne pour un certain d\u00e9tournement du chamanisme afin de conditionner les m\u00e9canismes de la repr\u00e9sentation. Cette tactique finira par faire les choux-gras de la psychanalyse, de la s\u00e9miotique et des agences de publicit\u00e9. L&rsquo;auteur du &laquo; Livre des passages &raquo; est un publiciste sans le savoir, une sorte d&rsquo;\u00e9mule de <em>Willi M\u00fcnzenberg<\/em>, l&rsquo;activiste communiste qui s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 le premier aux pouvoir de manipulation de la presse. Il est int\u00e9ressant de noter que Benjamin d\u00e9clarait, dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 <em>Scholem<\/em>, que l&rsquo;effondrement de l&rsquo;ancien monde, celui de l&rsquo;ordre et du sacr\u00e9, provoquait le d\u00e9voilement des nouveaux horizons d&rsquo;un monde totalement profane. Pour dire vrai, il est totalement obs\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;all\u00e9gorie de <em>l&rsquo;ange d\u00e9chu<\/em> et se passionne par le fait que le monde postmoderne provoque un &laquo; d\u00e9clin irr\u00e9m\u00e9diable de l&rsquo;aura &raquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire une <em>extinction de la vie spirituelle<\/em> des citoyens transform\u00e9s en consommateurs serviles de la marchandise. Cette chute de l&rsquo;ancien monde des croyances transcendantes est pr\u00e9sent\u00e9e comme une sorte d&rsquo;\u00e9piphanie, condition in\u00e9vitable pour que puisse \u00e9merger une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Ce d\u00e9voilement, que les esprits taquins pourraient qualifier de d\u00e9voiement, consiste \u00e0 retirer le &laquo; voile des apparences &raquo; qui emp\u00eache l&rsquo;humaine condition de s&rsquo;\u00e9panouir. On peut se demander, dans ces conditions, de quoi veut-on lib\u00e9rer les \u00e2mes d\u00e9chues ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fuyant les pers\u00e9cutions nazies, Walter Benjamin r\u00e9interpr\u00e8te le r\u00e9cit de <em>l&rsquo;exil biblique<\/em>, le transposant sur ses propres conditions d&rsquo;existence au point d&rsquo;en faire un \u00e9l\u00e9ment de m\u00e9taphysique. La perte de l&rsquo;identit\u00e9, la fuite en avant et la double-contrainte deviennent des clefs de lib\u00e9ration apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 des obstacles qui semblaient insurmontables. Il n&rsquo;est pas surprenant, dans ce contexte, d&rsquo;apprendre que Benjamin s&rsquo;est coltin\u00e9 au <em>sabbata\u00efsme<\/em> et au <em>frankisme<\/em>, deux <em>h\u00e9r\u00e9sies du juda\u00efsme<\/em> qui pr\u00f4nent le &laquo; grand retournement &raquo; du monde &hellip; toujours avec l&rsquo;id\u00e9e principale de dissoudre le monde chr\u00e9tien et un occident qui repr\u00e9sentent un sch\u00e9ma cosmique qu&rsquo;il convient de briser. Walter Benjamin ne manque jamais de souligner, dans son &oelig;uvre et sa correspondance, sa perception du monde actuel vu comme une contrefa\u00e7on d&rsquo;un paradis terrestre primordial qui n&rsquo;existerait plus \u00e0 cause d&rsquo;un big bang ontologique qui peut correspondre au p\u00e9ch\u00e9 originel ou \u00e0 quelque chose du m\u00eame genre. C&rsquo;est ici que l&rsquo;on r\u00e9alise avoir affaire \u00e0 un <em>gnostique<\/em> pur et dur qui se fascine pour la th\u00e9matique de la chute, de la perdition et du &laquo; grand retournement &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;avilissement de la culture<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La <em>m\u00e9taphore kabbalistique de l&rsquo;&laquo; exil int\u00e9rieur &raquo;<\/em> constitue une piste incontournable si l&rsquo;on veut aller au c&oelig;ur de la m\u00e9taphysique de Benjamin. Nous ne sommes plus tr\u00e8s loin de cette schizophr\u00e9nie ambiante qui deviendra le lot d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de la consommation totalement laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame. Et, c&rsquo;est son ami et mentor, le <em>kabbaliste Gershom Scholem<\/em>, qui nous en donne les clefs. <em>Scholem<\/em> n&rsquo;a, d&rsquo;ailleurs, jamais pardonn\u00e9 \u00e0 son ami d&rsquo;avoir dilu\u00e9 sa qu\u00eate spirituelle \u00e0 travers une doxa marxiste qu&rsquo;il n&rsquo;arrivait toujours pas \u00e0 maitriser au point d&rsquo;en faire un \u00e9l\u00e9ment constitutif de son exp\u00e9rience philosophique. <em>Scholem<\/em> n&rsquo;a probablement pas tort puisque le principal int\u00e9ress\u00e9, malgr\u00e9 un s\u00e9jour prolong\u00e9 en Russie, ne parviendra jamais \u00e0 joindre les rangs d&rsquo;un parti communiste en particulier, raillant les militants politiques qui sont les otages du &laquo; brutal n\u00e9ant de pens\u00e9e qui caract\u00e9rise l&rsquo;argumentation officielle et la politicaillerie en g\u00e9n\u00e9ral &raquo;. On le constate, Walter Benjamin s&rsquo;est probablement servi du marxisme comme d&rsquo;une trame s\u00e9mantique afin de s&rsquo;exercer \u00e0 quelques sp\u00e9culations m\u00e9taphysiques destin\u00e9es \u00e0 mieux explorer les facteurs d&rsquo;ali\u00e9nation de l&rsquo;esprit du temps.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut lire son court essai, intitul\u00e9 &laquo; <em>L&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Art \u00e0 l&rsquo;&Eacute;poque de sa Reproductibilit\u00e9 Technique<\/em> &raquo;, histoire de mieux comprendre les tenants et les aboutissants d&rsquo;une qu\u00eate m\u00e9taphysique qui flirte avec l&rsquo;occulte par moments.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; La reproduction se distingue de l&rsquo;image. Unicit\u00e9 et dur\u00e9e sont aussi \u00e9troitement li\u00e9es que le sont en celle-l\u00e0 fugacit\u00e9 et possible r\u00e9p\u00e9tition. Sortir de son halo l&rsquo;objet, d\u00e9truire son aura, c&rsquo;est la marque d&rsquo;une perception dont le &laquo; sens de l&rsquo;identique dans le monde &raquo; s&rsquo;est aiguis\u00e9 au point que, moyennant la reproduction elle parvient \u00e0 standardiser l&rsquo;unique &raquo;.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; D\u00e9finir l&rsquo;aura comme ceci, c&rsquo;est exprimer la valeur culturelle de l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;art en termes de perception spatio-temporelle. Lointain s&rsquo;oppose \u00e0 proche. Ce qui est essentiellement lointain est inapprochable. Ce caract\u00e8re est l&rsquo;une des principales caract\u00e9ristiques de l&rsquo;image servant au culte &raquo;.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; La valeur unique de l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;art &laquo; authentique &raquo; se fonde sur ce rituel qui fut sa valeur d&rsquo;usage originelle et premi\u00e8re &raquo;. <\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Extrait de &laquo; <em>L&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Art \u00e0 l&rsquo;&Eacute;poque de sa Reproductibilit\u00e9 Technique<\/em> &raquo;, \u00e9crit par Walter Benjamin [1935])<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Benjamin s&rsquo;int\u00e9resse, donc, au <em>ph\u00e9nom\u00e8ne de la r\u00e9ification<\/em> (perte de la valeur) induit pas la m\u00e9canisation des moyens de production et de reproduction cult-urelle. Il souligne, par ailleurs, que l&rsquo;apparition de la photographie est symptomatique de la destruction de ce qu&rsquo;il nomme &laquo; une th\u00e9ologie de l&rsquo;art &raquo;. N&rsquo;y allant pas par quatre chemins, il va jusqu&rsquo;\u00e0 affirmer que &laquo; l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;art s&rsquo;\u00e9mancipe de l&rsquo;existence parasitaire qui lui \u00e9tait impartie dans le cadre du rituel &raquo;. In fine, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce d\u00e9voiement de l&rsquo;art qui int\u00e9resse Benjamin et on a qu&rsquo;\u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Jean Clair, ancien conservateur des mus\u00e9es de France, qui affirmait que l&rsquo;art, en coupant le cordon ombilical qui le reliait au monde de la spiritualit\u00e9, est devenu son propre dieu. En effet, l&rsquo;art, principalement consacr\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation du sacr\u00e9, commandait une distance qui trouvait son apex dans la contemplation et le recueillement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La photographie et, plus tard, le cin\u00e9ma permettent de croquer les sc\u00e8nes les plus triviales, de les mettre en sc\u00e8ne et de reproduire \u00e0 l&rsquo;infini ce spectacle d&rsquo;une servitude qui nous est pr\u00e9sent\u00e9e comme une lib\u00e9ration. Il s&rsquo;agit, bel et bien, d&rsquo;un d\u00e9voiement de la fonction de l&rsquo;art, alors que l&rsquo;acte du d\u00e9voilement qui pr\u00e9side \u00e0 toute forme d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation spirituelle est \u00e9vacu\u00e9 sans autre forme de proc\u00e8s. Et, c&rsquo;est ici que la fonction pornographique (voir et \u00eatre vu) endosse son meilleur r\u00f4le, \u00e0 une \u00e9poque o&ugrave;, comme le disait si bien Andy Warhol, &laquo; tout le monde aura ses 15 minutes de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 &raquo;. Le d\u00e9voiement s&rsquo;amplifie du fait de la perte de l&rsquo;authenticit\u00e9 et c&rsquo;est au moyen du f\u00e9tichisme que l&rsquo;on parvient \u00e0 aiguillonner les affects des consommateurs qui n&rsquo;arrivent plus \u00e0 s&rsquo;extraire de cette <em>n\u00e9o-culture du simulacre<\/em>. De la <em>pornographie<\/em> \u00e0 la <em>prison panoptique<\/em> (soci\u00e9t\u00e9 o&ugrave; les surveillants peuvent tout voir sans \u00eatre vus) il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas et Benjamin n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 brosser les contours de ce qui deviendra notre monde actuel des m\u00e9dias sociaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La cr\u00e9ation d&rsquo;un nouveau culte<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Paradoxalement, m\u00eame s&rsquo;il d\u00e9nonce l&rsquo;avilissement du <em>f\u00e9tichisme de la consommation<\/em>, Benjamin c\u00e9l\u00e8bre la destruction des cultes m\u00e9taphysiques qui fondaient les balises spirituelles de la cit\u00e9. Il n&rsquo;est pas sans savoir que la reproduction \u00e0 l&rsquo;infini des codes de nos soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9cadentes ira jusqu&rsquo;\u00e0 mettre en sc\u00e8ne les nouvelles icones du cin\u00e9ma, les <em>stars d&rsquo;Hollywood<\/em> ou les grands personnages de la politique &hellip; politicienne<em>. <\/em>Ainsi : &laquo; D\u00e8s lors que le crit\u00e8re d&rsquo;authenticit\u00e9 n&rsquo;est plus applicable \u00e0 la production artistique, toute la fonction de l&rsquo;art se trouve boulevers\u00e9e. Au lieu de reposer sur le rituel, elle se fonde d\u00e9sormais sur une autre pratique : la politique &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La politique qui est l&rsquo;art des m\u00e9diations par excellence, au c&oelig;ur d&rsquo;une cit\u00e9 non-d\u00e9voy\u00e9e, n&rsquo;est pas ce \u00e0 quoi fait r\u00e9f\u00e9rence Benjamin. Il faut prendre la peine de d\u00e9crypter cette mise \u00e0 plat de &laquo; l&rsquo;ontologie culturelle &raquo; pour finir par comprendre qu&rsquo;il annonce que les m\u00e9diations ne passeront plus \u00e0 travers un vecteur spirituel, mais qu&rsquo;elles seront prises en charge par une politique du conditionnement des affects. Nous sommes tr\u00e8s loin de l&rsquo;analyse marxiste qui ne sert que de faire-valoir \u00e0 cette prophylaxie qui se rapproche bien plus de l&rsquo;<em>\u00e9sot\u00e9risme<\/em> que d&rsquo;une quelconque forme de politologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La reproduction de la vie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Benjamin utilise l&rsquo;<em>herm\u00e9neutique<\/em> et la <em>s\u00e9miologie<\/em> afin de d\u00e9tourner ce qu&rsquo;il observe au profit d&rsquo;une <em>vision kabbalistique du monde<\/em>. Il s&rsquo;agir de profiter de l&rsquo;ali\u00e9nation provoqu\u00e9e par le consum\u00e9risme pour <em>utiliser le f\u00e9tichisme comme un outil de programmation des affects<\/em>. Puisque le d\u00e9miurge prom\u00e9th\u00e9en tente de reprogrammer un univers qui a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement contrefait afin de le plier \u00e0 sa volont\u00e9. Et, c&rsquo;est \u00e0 partir de l&rsquo;invocation de certains \u00e9l\u00e9ments du langage que les adeptes de la <em>kabbale<\/em> parviennent \u00e0 provoquer des coupures s\u00e9mantiques (voir la notion capitale de <em>cut-ups<\/em> d\u00e9velopp\u00e9e par les adeptes de la contreculture californienne), histoire de <em>reprogrammer les affects<\/em> et de faire d\u00e9vier les r\u00e9cits ontologiques de leurs sources. Le monde doit accoucher de &laquo; nouveaux mondes &raquo; qui seront autant d&rsquo;outils paradigmatiques permettant d&rsquo;esquisser les traits de l&rsquo;homme nouveau, ce <em>Golem<\/em> hors-sol qui a perdu jusqu&rsquo;\u00e0 la m\u00e9moire de ses racines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le <em>cin\u00e9ma<\/em>, m\u00e9dium mim\u00e9tique par excellence, met en sc\u00e8ne, de l&rsquo;avis de Benjamin, un &laquo; homme [qui] doit agir, avec toute sa personne vivante assur\u00e9ment, mais en renon\u00e7ant \u00e0 son aura. Car l&rsquo;aura est li\u00e9e \u00e0 son hic et son nunc. Il n&rsquo;en existe aucune reproduction. Sur la sc\u00e8ne, l&rsquo;aura de Macbeth est ins\u00e9parable, aux yeux du public vivant, de l&rsquo;aura de l&rsquo;acteur qui joue ce r\u00f4le. L&rsquo;aura des interpr\u00e8tes ne peut alors que dispara&icirc;tre &ndash; et, avec elle, celle des personnages qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent &raquo;. On comprendra, ici, que nous p\u00e9n\u00e9trons dans les d\u00e9dales d&rsquo;une v\u00e9ritable alchimie qui s&rsquo;attaque \u00e0 pervertir les modes de repr\u00e9sentation afin de <em>d\u00e9r\u00e9aliser la vie<\/em> dans son plus simple appareil. Il s&rsquo;agit, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, d&rsquo;ali\u00e9ner l&rsquo;homme en captant son image, son imago. C&rsquo;est ce qui explique pourquoi les sorciers de certaines tribus primitives refusaient de se faire photographier, puis filmer, au tout d\u00e9but du si\u00e8cle dernier. Ils avaient peur de &laquo; se faire voler leur \u00e2me &raquo;. Et, ils avaient bien raison !<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">De l&rsquo;homme-machine jusqu&rsquo;au transhumanisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Walter Benjamin s&rsquo;est servi de sa propre exp\u00e9rience de l&rsquo;ali\u00e9nation au c&oelig;ur d&rsquo;une cit\u00e9 d\u00e9voy\u00e9e &ndash; \u00e9cartel\u00e9 entre son amour pour la culture allemande et l&rsquo;irr\u00e9sistible appel de la reconstruction du Temple de J\u00e9rusalem &ndash; pour formuler une v\u00e9ritable m\u00e9thodologie de l&rsquo;ali\u00e9nation et du reconditionnement des \u00e2mes. Ses mentors, les activistes de l&rsquo;<em>&Eacute;cole<\/em> dite <em>de Frankfurt<\/em>, lui permettront de se pr\u00e9valoir de bourses d&rsquo;\u00e9tude ou d&rsquo;autres exp\u00e9dients afin de pouvoir lui siphonner sa substantifique mo\u00eblle. Le c\u00e9l\u00e9brissime <em>Herbert Marcuse<\/em> utilisera la <em>m\u00e9thodologie kabbalistique<\/em> de Benjamin en pr\u00f4nant une lib\u00e9ration de ce qu&rsquo;il qualifie d&rsquo;&laquo; homme unidimensionnel &raquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire en pourfendant toute forme de totalitarisme qui pourrait emp\u00eacher l&rsquo;homme de <em>d\u00e9velopper ses potentialit\u00e9s libidinales<\/em>. N&rsquo;a-t-il pas affirm\u00e9, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de son essai justement nomm\u00e9 &laquo; L&rsquo;homme unidimensionnel &raquo;, que &laquo; la meilleure satisfaction des besoins est certainement la t\u00e2che et le but de toute lib\u00e9ration, mais, en progressant vers ce but, la libert\u00e9 elle-m\u00eame doit devenir un besoin instinctuel et, en tant que telle, elle doit m\u00e9diatiser les autres besoins, aussi bien les besoins m\u00e9diatis\u00e9s que les besoins imm\u00e9diats &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La famille \u00e9tant la structure garante de toute les formes d&rsquo;oppression qui permettront \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste de fructifier, il faut donc en \u00e9radiquer jusqu&rsquo;\u00e0 la m\u00e9moire afin de permettre aux enfants de na&icirc;tre comme une g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e, libre de toutes attaches. Cette approche libertaire, faussement th\u00e9rapeutique, deviendra une source d&rsquo;inspiration motrice pour toute cette doxa \u00e9manant des <em>cultural studies <\/em>impos\u00e9es de force sur les campus universitaires am\u00e9ricains durant les ann\u00e9es 1950 et 1960.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; l&rsquo;instar de Benjamin, <em>Marcuse<\/em> d\u00e9nonce la logique de la productivit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 techniciste, \u00e0 une \u00e9poque o&ugrave; le confort mat\u00e9riel et le conformisme social repr\u00e9sentent des conditions qui permettent au grand capital de maintenir les prol\u00e9taires et autres petits bourgeois dans les rets de l&rsquo;oppression. Si une partie de cette analyse de l&rsquo;ali\u00e9nation de la <em>soci\u00e9t\u00e9<\/em> dite <em>des loisirs<\/em> semble tenir la route, c&rsquo;est tout le traitement propos\u00e9 qui repr\u00e9sente un endoctrinement particuli\u00e8rement d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. En effet, les <em>pr\u00e9dicats gramsciens<\/em> menant \u00e0 la &laquo; guerre culturelle &raquo; et le <em>diagnostic marcusien<\/em> de la r\u00e9pression issue des soci\u00e9t\u00e9s patriarcales seront utilis\u00e9s comme les \u00e9l\u00e9ments moteurs d&rsquo;une RECTITUDE POLITIQUE appel\u00e9e \u00e0 policer les d\u00e9bats sur les campus universitaires et, in fine, \u00e0 mener une &laquo; contre-r\u00e9pression &raquo; envers ceux qui refuseraient de se conformer \u00e0 la nouvelle doxa.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour Walter Benjamin l&rsquo;ali\u00e9nation de la soci\u00e9t\u00e9 est une cons\u00e9quence directe de cette fameuse cr\u00e9ation contrefaite dont il convient, une fois pour toutes, de tarir les sources. A contrario, les tenants du christianisme, mais de toute autre forme de pens\u00e9e v\u00e9ritablement transcendante, estiment que ce d\u00e9sir de r\u00e9former jusqu&rsquo;aux structures langagi\u00e8res primordiales repr\u00e9sente un p\u00e9ch\u00e9 aiguillonn\u00e9 par un <em>hubris <\/em>r\u00e9ellement <em>d\u00e9moniaque<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Concluons, \u00e0 ce propos, que l&rsquo;utopie de la refondation d&rsquo;un langage expurg\u00e9 de toute trace patriarcale m\u00e8ne \u00e0 la d\u00e9construction de la langue. La <em>langue<\/em> repr\u00e9sente la <em>fondation anthropologique<\/em> de toute culture v\u00e9ritablement p\u00e9renne et, a contrario des affabulations des tenants du <em>marxisme culturel<\/em>, elle n&rsquo;est pas une cr\u00e9ation id\u00e9ologique au service d&rsquo;une classe dominante ou de traits de civilisation dominants. C&rsquo;est ce qui explique l&rsquo;obsession des thurif\u00e9raires des <em>id\u00e9ologies du genre<\/em> pour l&rsquo;abolition du genre dans le domaine linguistique dans un contexte o&ugrave; il convient de d\u00e9construire la langue pour qu&rsquo;elle puisse, in fine, correspondre au projet de <em>l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;homme nouveau<\/em>. C&rsquo;est dans ce contexte, et ayant pris appui sur nos propres exp\u00e9riences de vie, que nous sommes en mesure de consid\u00e9rer le <em>transhumanisme<\/em> dans toute sa splendeur mortif\u00e8re. L&rsquo;homme et la femme \u00e9tant les cr\u00e9atures du &laquo; faux d\u00e9miurge &raquo;, il importe donc, pour les promoteurs du <em>transhumanisme<\/em>, de morceler leur identit\u00e9 afin de les r\u00e9duire \u00e0 un r\u00f4le d&rsquo;<em>alter<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire une composante psychique mall\u00e9able \u00e0 souhait.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Patrice-Hans Perrier<\/h4>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/patricehansperrier.wordpress.com\/2017\/12\/21\/small-is-beautiful\/\">patricehansperrier.wordpress.com<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Post mortem<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;il nous soit permis de remercier Madame <strong>Sonia Noreau-P\u00e9rodeau<\/strong> pour sa tr\u00e8s belle th\u00e8se intitul\u00e9e <strong>&laquo; &Eacute;tude sur la relation entre le marxisme et le messianisme dans &laquo; Sur le concept d&rsquo;histoire &raquo; de Walter Benjamin &raquo;<\/strong> pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Ottawa en 2015.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;approche de Madame Noreau-P\u00e9rodeau nous a aid\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer notre analyse des &oelig;uvres et de la pens\u00e9e du principal int\u00e9ress\u00e9. Ce pr\u00e9cieux document constitue une base m\u00e9thodologique int\u00e9ressante pour quiconque s&rsquo;int\u00e9resse au sujet qui nous occupe.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences <\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>St\u00e9phane Mos\u00e8s, &laquo; Walter Benjamin et Gershom Scholem: deux exp\u00e9riences de l&rsquo;exil &raquo;, Les Temps Modernes 2006\/7 (n&deg; 641), p. 95-104. DOI 10.3917\/ltm.641.0095.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Herbert Marcuse, &laquo; L&rsquo;homme unidimensionnel &raquo;, Les &Eacute;ditions de Minuit, Boston, 1968. ISBN : 978-2-7073-0373-8.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Daniel Bensa\u00efd, &laquo; Visages et mirages du marxisme fran\u00e7ais &raquo;, Quatri\u00e8me Internationale n&deg; 46, septembre-novembre 1993.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Walter Benjamin, &laquo; Paris, capitale du XIXe si\u00e8cle &raquo;, ou &laquo; Livre des passages &raquo;, compos\u00e9 en 1939 &ndash; \u00e9crit directement en fran\u00e7ais par W. Benjamin &ndash; in Das Passagen-Werk (le livre des Passages), Frankfurt am Main, Suhrkamp Verlag, 1982.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Walter Benjamin, &laquo; L&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Art \u00e0 l&rsquo;&Eacute;poque de sa Reproductibilit\u00e9 Technique &raquo;, \u00e9crit en 1935, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par &Eacute;ditions Allia en 2003. ISBN : 978-2-84485-443-8.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Walter Benjamin et le nouveau d\u00e9sordre mondial Pr\u00e9ambule Nous poursuivons (voir le 14 d\u00e9cembre 2017) notre analyse sur l&rsquo;\u00e9trange mutation d&rsquo;une th\u00e9orie marxiste de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie culturelle qui s&rsquo;est infiltr\u00e9e par tous les pores des m\u00e9dias de masse afin de finir par contaminer jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ensemble de nos perceptions. 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