{"id":77671,"date":"2017-12-21T05:34:40","date_gmt":"2017-12-21T05:34:40","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/12\/21\/small-is-beautiful\/"},"modified":"2017-12-21T05:34:40","modified_gmt":"2017-12-21T05:34:40","slug":"small-is-beautiful","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/12\/21\/small-is-beautiful\/","title":{"rendered":"<em>Small is beautiful<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>Small is beautiful<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le penseur austro-am\u00e9ricain L\u00e9opold Kohr \u00e9tait cit\u00e9 avec Jacques Ellul et Guy Debord \u00e0 la fin du documentaire apocalyptique Koyaanisqatsi. C&rsquo;est comme cela que je l&rsquo;ai d\u00e9couvert en 1983. En r\u00e9alit\u00e9 son nom est inconnu alors que son lemme est mythique : <em>small is beautiful<\/em>. Kohr est l&rsquo;esprit qui a mis en doute le monde moderne dans tout ce qu&rsquo;il a de gigantesque, de titanesque et de compliqu\u00e9. Pour lui tout s&rsquo;\u00e9croulera de ce fait ; ou, si cela ne s&rsquo;\u00e9croule pas, finira mal. A l&rsquo;heure o&ugrave; l&rsquo;Europe tangue, o&ugrave; les USA tanguent, o&ugrave; l&rsquo;Espagne et le royaume d\u00e9suni tanguent, on ferait mieux de red\u00e9couvrir son <em>breakdown of nations<\/em> publi\u00e9 il y a plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle. Proche des libertariens ou des traditionnels (je suis des deux \u00e9coles, donc je me sens bien concern\u00e9), la pens\u00e9e de Kohr ne pourrait qu&rsquo;inspirer une solution de rechange \u00e0 notre civilisation marqu\u00e9e par le gigantisme messianique et l&rsquo;hypnotisme techno-totalitaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e9opold Kohr est un peu comme Ren\u00e9 Girard. Son explication doit tout expliquer. Voici ce qu&rsquo;il \u00e9crit au d\u00e9but de son effondrement des nations :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Comme les physiciens de notre temps ont essay\u00e9 d&rsquo;\u00e9laborer une th\u00e9orie unique, capable d&rsquo;expliquer non seulement certains mais tous ph\u00e9nom\u00e8nes de l&rsquo;univers physique, j&rsquo;ai essay\u00e9 de d\u00e9velopper une seule th\u00e9orie \u00e0 travers laquelle non seulement certains mais tous les ph\u00e9nom\u00e8nes de l&rsquo;univers social peuvent \u00eatre r\u00e9duits \u00e0 un commun d\u00e9nominateur. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et son secret, inspir\u00e9 par une remarque de notre Jonathan Swift est le refus du <em>bulk<\/em>, de la masse, de la taille :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Le r\u00e9sultat est une philosophie politique nouvelle et unifi\u00e9e centr\u00e9e autour de la taille. Elle sugg\u00e8re qu&rsquo;il semble y avoir une seule cause derri\u00e8re toutes les formes de mis\u00e8re sociale: la grandeur. Aussi simpliste que cela puisse para&icirc;tre, nous trouverons l&rsquo;id\u00e9e plus facilement acceptable si nous consid\u00e9rons que la grandeur, ou sur-dimension, est vraiment beaucoup plus que juste un probl\u00e8me social. Elle semble \u00eatre le seul et unique probl\u00e8me impr\u00e9gnant toute la cr\u00e9ation. <strong>O&ugrave; quelque chose ne va pas, c&rsquo;est que quelque chose est trop gros<\/strong>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il multiplie ensuite les exemples physiques et m\u00e9dicaux :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Si les \u00e9toiles dans le ciel ou les atomes d&rsquo;uranium se d\u00e9sagr\u00e8gent en explosion spontan\u00e9e, ce n&rsquo;est pas parce que leur substance a perdu son \u00e9quilibre. C&rsquo;est parce que <strong>la mati\u00e8re a tent\u00e9 d&rsquo;\u00e9tendre au-del\u00e0 des barri\u00e8res infranchissables fix\u00e9es \u00e0 chaque accumulation.<\/strong> Leur masse est devenue trop grande. Si le corps humain devient malade, c&rsquo;est, comme dans le cancer, parce qu&rsquo;une cellule, ou un groupe de cellules, a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer ses limites \u00e9troites attribu\u00e9es. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sans alluder \u00e0 Le Bon et \u00e0 tous ceux (Canetti, Freud, Pearson), qui ont \u00e9tudi\u00e9 la triste civilisation des masses et de l&rsquo;abrutissement collectiviste moderne, Kohr ajoute tr\u00e8s justement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Et si les corps sociaux deviennent malades avec la fi\u00e8vre de l&rsquo;agression, la brutalit\u00e9, le collectivisme, ou l&rsquo;idiotie massive, ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 victimes d&rsquo;un mauvais leadership ou d&rsquo;un d\u00e9rangement mental. C&rsquo;est parce que <strong>les \u00eatres humains, si charmants en tant qu&rsquo;individus ou en petites agr\u00e9gations, ont \u00e9t\u00e9 soud\u00e9s en unit\u00e9s sociales concentr\u00e9es telles que des foules, syndicats, cartels ou grandes puissances<\/strong>. C&rsquo;est alors qu&rsquo;ils commencent \u00e0 glisser en catastrophe incontr\u00f4lable. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La soci\u00e9t\u00e9 postmoderne semble moins dangereuse mais devient plus stupide. Huizinga avait bien parl\u00e9 lui de cette d\u00e9rive du sport massifi\u00e9 dans son Homo ludens, qui est aussi un hommage au monde traditionnel non massifi\u00e9. Kohr ajoute en hommage \u00e0 Malthus (pourquoi pas ?) cette fois :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Les probl\u00e8mes sociaux, pour paraphraser la doctrine de la population de Thomas Malthus, ont la malheureuse tendance \u00e0 cro&icirc;tre \u00e0 un rapport g\u00e9om\u00e9trique avec la croissance de l&rsquo;organisme dont ils font partie, tandis que la capacit\u00e9 de l&rsquo;homme \u00e0 faire face avec eux, si elle peut \u00eatre \u00e9tendue, ne cro&icirc;t qu&rsquo;\u00e0 un rapport arithm\u00e9tique. Ce qui signifie que, <strong>si une soci\u00e9t\u00e9 se d\u00e9veloppe au-del\u00e0 de sa taille optimale, ses probl\u00e8mes doivent finalement d\u00e9passer la croissance des facult\u00e9s humaines qui sont n\u00e9cessaires pour y faire face.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On se rapproche de notre sujet du moment : la d\u00e9rive fasciste et eschatologique des Etats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique. Kohr \u00e9crit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, une tendance similaire \u00e0 la destruction de sa propre puissance mondiale s&rsquo;installa, \u00e0 un rythme cependant beaucoup plus lent. Entre-temps, il a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement arr\u00eat\u00e9. Il n&rsquo;y a plus de possibilit\u00e9 que les &Eacute;tats-Unis ne soient pas une grande puissance. En cons\u00e9quence, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit correspondant, se d\u00e9veloppant comme une cons\u00e9quence peut-\u00eatre ind\u00e9sirable mais in\u00e9vitable, a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 se manifester \u00e0 de nombreuses reprises, par exemple lorsque le secr\u00e9taire \u00e0 la D\u00e9fense du Pr\u00e9sident Truman, Louis Johnson, a envisag\u00e9 en 1950 une guerre pr\u00e9ventive, ou lorsque <strong>le g\u00e9n\u00e9ral Eisenhower, dans un discours devant le Congr\u00e8s dans la m\u00eame ann\u00e9e, a d\u00e9clar\u00e9 que nous pouvons \u00e9crabouiller (lick) le monde<\/strong>. Ce dernier mot ressemblait plus \u00e0 une d\u00e9claration de l&rsquo;exub\u00e9rant Kaiser d&rsquo;Allemagne qu&rsquo;au pr\u00e9sident de l&rsquo;universit\u00e9 de Columbia. Pourquoi un d\u00e9fenseur de la paix et de la d\u00e9mocratie devrait-il vouloir \u00e9crabouiller le monde? Exprim\u00e9e de fa\u00e7on non agressive, l&rsquo;affirmation aurait \u00e9t\u00e9 que, si nous sommes unis, le monde entier ne peut pas nous liquider. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Kohr donne son explication \u00e0 ces temps nouveaux d&rsquo;hubris et de terreur et de lutte contre la terreur :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cependant, cela montre comment le pouvoir engendre cet \u00e9tat d&rsquo;esprit particulier, en particulier chez un homme qui, en g\u00e9n\u00e9ral, doit conna&icirc;tre toute l&rsquo;\u00e9tendue du potentiel de l&rsquo;Am\u00e9rique. Il montre aussi qu&rsquo;aucune id\u00e9ologie de la paix, aussi ancr\u00e9e soit-elle dans les traditions d&rsquo;un pays, ne peut emp\u00eacher la guerre si une certaine condition de pouvoir est apparue. Il peut avoir un effet retardateur et embellissant, mais c&rsquo;est tout, comme l&rsquo;indique<strong> le mythe trompeur de la guerre pr\u00e9ventive qui pr\u00e9conise l&rsquo;agression pour le but solennellement d\u00e9clar\u00e9 de l&rsquo;\u00e9viter. C&rsquo;est comme si quelqu&rsquo;un allait tuer un homme pour lui \u00e9pargner la peine de mourir. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela me fait penser au &laquo; principe de pr\u00e9caution &raquo; dont l&rsquo;usage ne peut \u00eatre que mena\u00e7ant dans ses applications, d\u00e9risoire dans ses r\u00e9sultats et totalitaire dans son aboutissement. Kohr reprend Hegel et Marx pour qui <strong>la modification quantitative entra&icirc;ne n\u00e9cessairement une mutation qualitative.<\/strong> La tranquille nation de Jefferson devient un petit monstre sous Lincoln ou Roosevelt I, une \u00e9norme monstre sous Roosevelt II-Truman et une cr\u00e9ature t\u00e9ratologique et cocasse sous Bush-Obama-Trump.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il explique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>C&rsquo;est donc toujours la masse critique du pouvoir qui transforme les nations en agresseurs<\/strong>, tandis que l&rsquo;absence de pouvoir critique semble toujours la condition qui les rend pacifiques. Le calme n&rsquo;est donc pas une attitude mentale ou une qualit\u00e9 acquise qui peut \u00eatre form\u00e9e en nous. Il nous revient automatiquement comme le r\u00e9sultat de la faiblesse physique. <strong>Les tribus les plus sauvages sont paisibles lorsqu&rsquo;elles sont faibles. Mais, pour la m\u00eame raison, les peuples civilis\u00e9s deviennent des sauvages quand ils sont forts. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>En devenant forts nous devenons dangereux (Etats tortionnaires puis empires coloniaux pour les nations extr\u00eame-occidentales europ\u00e9ennes). Et en devenant gros nous devenons aussi m\u00e9diocres. Nietzsche, Hobsbawn ou Bakounine ont remarqu\u00e9 la st\u00e9rilisation culturelle et musicale de l&rsquo;Allemagne et de l&rsquo;Italie au moment de leur unification&hellip; qui a d\u00e9bouch\u00e9 sur les monstres politiques que l&rsquo;on sait par ailleurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Kohr redoute plus encore, vers 1960, l&rsquo;Etat mondial ou la d\u00e9mence farfelue de la construction europ\u00e9enne. Il nous reste \u00e0 remarquer que son culte des petits Etats (plus pacifiques, solidaires, cultiv\u00e9s, etc.) peut facilement \u00eatre d\u00e9tourn\u00e9 et recycl\u00e9 par &laquo; les puissances &raquo;, au sens paulinien, du jour. <strong>Il n&rsquo;est pas d\u00e9montr\u00e9 que la d\u00e9construction de nos pauvres Etats-nations &#8211; ou de ce qu&rsquo;il en reste &#8211; serve n\u00e9cessairement la libert\u00e9, la prosp\u00e9rit\u00e9 et surtout la culture de nos peuples<\/strong>. C&rsquo;est une \u00e9limination de plus dans le projet flasque et grotesque d&rsquo;une gargantuesque construction mondialiste.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Small is beautiful Le penseur austro-am\u00e9ricain L\u00e9opold Kohr \u00e9tait cit\u00e9 avec Jacques Ellul et Guy Debord \u00e0 la fin du documentaire apocalyptique Koyaanisqatsi. C&rsquo;est comme cela que je l&rsquo;ai d\u00e9couvert en 1983. 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