{"id":77680,"date":"2017-12-26T05:45:36","date_gmt":"2017-12-26T05:45:36","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/12\/26\/divagations-et-citations-sur-les-simulacres\/"},"modified":"2017-12-26T05:45:36","modified_gmt":"2017-12-26T05:45:36","slug":"divagations-et-citations-sur-les-simulacres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/12\/26\/divagations-et-citations-sur-les-simulacres\/","title":{"rendered":"Divagations (et citations) sur les simulacres"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Divagations (et citations) sur les simulacres<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>2017 ann\u00e9e du Bitcoin, du Trump KGB, de la cr\u00e8che homo-\u00e9rotique&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>PhG en parle souvent du simulacre. Baudrillard a intitul\u00e9 un de ses livres Simulacres et simulation, qui est repris dans le film-culte Matrix, livre de chevet du pseudo-messie N\u00e9o. Avec une attention capt\u00e9e neuf heures par jour en moyenne par la machine, le web, la t\u00e9l\u00e9, la radio (encore trois heures\/jour en moyenne en oxydant), nous vivons entour\u00e9s de songes et d&rsquo;ombres &ndash; de simulacres. Et tout ne fera que s&rsquo;aggraver (si j&rsquo;ose dire).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans mon dictionnaire oxonien le simulacre d\u00e9signe une imitation qui ne donne pas satisfaction ; ainsi de nos libert\u00e9s, de notre d\u00e9mocratie et de notre syst\u00e8me \u00e9conomique &ndash; sans oublier cet empire am\u00e9ricain grotesque, farcesque et d\u00e9sastreux. Pour Baudrillard la r\u00e9f\u00e9rence est borg\u00e9sienne : le royaume des cartes qui se substitue au royaume du monde avec <strong>des cartes qui prennent autant de place que la terre <\/strong>m\u00eame. Borges dans son recueil El Hacedor \u00e9voque les cartes de cartes. Et Baudrillard au d\u00e9but des Simulacres \u00e9voque le r\u00f4le factieux des j\u00e9suites qui ont assist\u00e9 la disparition de Dieu et l&rsquo;ont remplac\u00e9 par la manipulation des esprits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le philosophe ath\u00e9e Feuerbach, qui \u00e9valuait d\u00e9j\u00e0 le simulacre de catholicisme romain qui a atteint son Epiphanie sous l&rsquo;incroyable pontificat du pizzicati Bergoglio, \u00e9crivait il y a un si\u00e8cle et demi :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Pour ce temps-ci, il est vrai, qui pr\u00e9f\u00e8re l&rsquo;image \u00e0 la chose, la copie \u00e0 l&rsquo;original, la repr\u00e9sentation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;apparence \u00e0 l&rsquo;\u00eatre,<\/strong> cette transformation est une ruine absolue ou du moins une profanation impie, parce qu&rsquo;elle enl\u00e8ve toute illusion. <strong>Sainte est pour lui l&rsquo;illusion et profane la v\u00e9rit\u00e9.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un journal t\u00e9l\u00e9 fran\u00e7ais me montre ces priorit\u00e9s : la bouffe de No\u00ebl, le ski de No\u00ebl, le pr\u00e9sident de No\u00ebl, la chasse antiterroriste de No\u00ebl.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Feuerbach (un concepteur de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle-simulacre de Guy Debord) poursuit admirablement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<strong> Depuis longtemps la religion a disparu et sa place est occup\u00e9e par son apparence, son masque<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire par l&rsquo;Eglise, m\u00eame chez les protestants, pour faire croire au moins \u00e0 la foule ignorante et incapable de juger que la foi chr\u00e9tienne existe encore, parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui comme il y a mille ans les temples son encore debout, parce qu&rsquo;<strong>aujourd&rsquo;hui comme autrefois les signes ext\u00e9rieurs de la croyance sont encore en honneur et en vogue<\/strong>. Ce qui n&rsquo;a plus d&rsquo;existence dans la foi, &mdash; et la foi du monde moderne, comme cela a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 par moi et par d&rsquo;autres, n&rsquo;est qu&rsquo;<strong>une foi apparente, ind\u00e9cise, qui ne croit pas ce qu&rsquo;elle se figure croire<\/strong>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et Feuerbach n&rsquo;avait pas vu le d\u00e9fil\u00e9-simulacre du clerg\u00e9 romain dans le meilleur Fellini&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;en viens \u00e0 Lucr\u00e8ce, livre IV bien s&ucirc;r du <em>De natura rerum<\/em> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Et maintenant je vais t&rsquo;entretenir d&rsquo;un sujet qui tient \u00e9troitement \u00e0 ceux-l\u00e0. Il existe pour toutes choses ce que nous appelons<strong> leurs simulacres, sortes de membranes l\u00e9g\u00e8res, d\u00e9tach\u00e9es de la surface des corps et qui voltigent en tous sens dans les airs.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les simulacres agissent sur notre esprit comme les songes de Pindare ou les esprits de Shakespeare :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>C&rsquo;est eux qui le jour comme la nuit viennent effrayer nos esprits en nous faisant appara&icirc;tre des figures \u00e9tranges ou les ombres de ceux qui ne jouissent plus de la lumi\u00e8re <\/strong>; et ces images nous ont souvent arrach\u00e9s au sommeil, frissonnants et glac\u00e9s d&rsquo;effroi. Ne croyons pas que ce soient des m\u00eames \u00e9chapp\u00e9es de l&rsquo;Ach\u00e9ron, des ombres qui viennent errer parmi nous ; ni d&rsquo;ailleurs que rien de nous puisse subsister apr\u00e8s la mort, lorsque le corps et l&rsquo;\u00e2me, frapp\u00e9s d&rsquo;un m\u00eame coup, ont \u00e9t\u00e9 rendus l&rsquo;un et l&rsquo;autre \u00e0 leurs \u00e9l\u00e9ments. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est que les simulacres frappent un monde ath\u00e9e, mat\u00e9rialiste, qui est celui de cet empire romain finissant, qui ressemble tant \u00e0 notre empire occidental agonisant (Tolkien parlait de beurre trop \u00e9tal\u00e9 sur du pain).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lucr\u00e8ce ajoute, comme s&rsquo;il avait lu Calderon ou l&rsquo;illusion comique de Corneille &ndash; le monde comme th\u00e9\u00e2tre shakespearien, comme sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Vois notamment l&rsquo;effet produit par les voiles jaunes, rouges et verts tendus au-dessus de nos vastes th\u00e9\u00e2tres et qui flottent et ondulent entre les m\u00e2ts et les poutres. <strong>Le public assembl\u00e9, le d\u00e9cor de la sc\u00e8ne, les rangs des s\u00e9nateurs, des matrones et les statues des dieux, tout cela se colore des reflets qui flottent avec eux. Plus le th\u00e9\u00e2tre est \u00e9troit, plus les objets s&rsquo;\u00e9gayent \u00e0 ces couleurs dans la lumi\u00e8re rar\u00e9fi\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Or si des \u00e9l\u00e9ments color\u00e9s se d\u00e9tachent de ces toiles, n&rsquo;est-ce pas tout objet qui doit \u00e9mettre de subtiles images, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit toujours d&rsquo;\u00e9manations superficielles ? Voil\u00e0 donc bien les simulacres qui voltigent dans l&rsquo;air sous une forme si impalpable que l&rsquo;&oelig;il ne saurait en distinguer les \u00e9l\u00e9ments. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Saint Paul parle de ce monde que sans Dieu nous voyons par sp\u00e9culation (per speculum, par le miroir) deux mille ans avant cette t\u00e9l\u00e9vision qui est notre rapport au monde :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Enfin dans les miroirs, dans l&rsquo;eau, dans toute surface polie, nous apparaissent des simulacres qui ressemblent parfaitement aux objets refl\u00e9t\u00e9s et ne peuvent donc \u00eatre form\u00e9s que par des images \u00e9man\u00e9es d&rsquo;eux. Pourquoi admettre de telles \u00e9manations qui se produisent manifestement pour un grand nombre de corps, si l&rsquo;on m\u00e9conna&icirc;t d&rsquo;autres \u00e9manations plus subtiles ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le pi\u00e8ge se pr\u00e9cise chez Lucr\u00e8ce :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il existe donc pour tous les corps des reproductions exactes et subtiles dont les \u00e9l\u00e9ments isol\u00e9s \u00e9chappent \u00e0 la vue, mais dont l&rsquo;ensemble contin&ucirc;ment renvoy\u00e9 par l&rsquo;action du miroir, est capable de la frapper. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les simulacres sont bien mobiles :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Avec quelle facilit\u00e9, quelle promptitude l\u00e9g\u00e8re, ces simulacres se forment et \u00e9manent sans arr\u00eat des corps !<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On a d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 ici la <em>fama<\/em>, la renomm\u00e9e, autre nom de la rumeur, de l&rsquo;information, chez Ovide comme chez Virgile (chant IV quand la rumeur people se moque litt\u00e9ralement de Didon et En\u00e9e). Lucr\u00e8ce :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Sache maintenant quelle est<strong> la vitesse de ces simulacres, avec quelle agilit\u00e9 ils traversent les airs, capables de franchir en un court instant de longues distances,<\/strong> quel que soit le but o&ugrave; les portent leurs tendances diverses. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un peu de Virgile qui souligne aussi la vitesse de Fama :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Soudain la Renomm\u00e9e parcourt les grandes villes de Libye, <strong>la Renomm\u00e9e plus rapide qu&rsquo;aucun autre fl\u00e9au. Le mouvement est sa vie et la marche accro&icirc;t ses forces. Humble et craintive \u00e0 sa naissance, elle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve bient\u00f4t dans les airs<\/strong> ; ses pieds sont sur le sol et sa t\u00eate se cache au milieu des nues. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Toutes ces intuitions litt\u00e9raires, tous ces \u00e9clairs de g\u00e9nie philosophiques sont aujourd&rsquo;hui r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de&hellip; simulacres. L&rsquo;industrie de la communication arrive \u00e0 obnubiler, tripatouiller ou conditionner, un, deux, quatre ou six milliards de nouilles, et ce simultan\u00e9ment. On alt\u00e8re\/corrompt la r\u00e9alit\u00e9 au point que l&rsquo;on arrive \u00e0 ces simulacres de vie ou de pens\u00e9e, de guerre ou de religion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Virgile enfin d\u00e9peignant les enfers&hellip; Une hypallage c\u00e9l\u00e8bre, chant VI de l&rsquo;En\u00e9ide :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Ibant obscuri sola sub nocte per umbram,<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>perque domos Ditis uacuas et inania regna&hellip;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;ce qui en langue d&rsquo;Amyot (comme dirait C\u00e9line, car le fran\u00e7ais depuis ce sinistre traducteur de Plutarque est aussi un simulacre &#8211; de fran\u00e7ais&hellip;) donne : Ils allaient <strong>comme des ombres par la nuit d\u00e9serte <\/strong>\u00e0 travers l&rsquo;obscurit\u00e9 et les vastes demeures de Pluton et son <strong>royaume de simulacres<\/strong>&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il vaut mieux aller se coucher en \u00e9vitant, t\u00e9l\u00e9vision et radio \u00e9teinte, ces somnif\u00e8res qui nous offrent un simulacre de sommeil&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources principales<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Jorge Luis Borges &ndash; El hacedor (<em>del rigor en la ciencia<\/em>). Notre argentin quasi-aveugle et poss\u00e9d\u00e9 par les textes et les alphabets \u00e9crit que nos falsificateurs-g\u00e9ographes \u00ab\u00a0levantaron un Mapa del Imperio, que ten&iacute;a el tama&ntilde;o del Imperio &raquo;&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Jean Baudrillard &ndash; Simulacres et simulation (premi\u00e8res pages)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ludwig Feuerbach &ndash; L&rsquo;essence du christianisme<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Guy Debord &ndash; La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Philippe Grasset &ndash; Nietzsche et le Kosovo &ndash; La gr\u00e2ce de l&rsquo;histoire (mols)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Les grands \u00e9crivains et la th\u00e9orie de la conspiration ; C\u00e9line pacifiste enrag\u00e9 ; le livre noir de la d\u00e9cadence romaine (Amazon.fr)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Virgile &ndash; En\u00e9ide, IV et VI<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ovide &ndash; M\u00e9tamorphoses, 12<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lucr\u00e8ce &ndash; <em>De natura rerum<\/em>, IV<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Divagations (et citations) sur les simulacres 2017 ann\u00e9e du Bitcoin, du Trump KGB, de la cr\u00e8che homo-\u00e9rotique&hellip; PhG en parle souvent du simulacre. 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