{"id":77693,"date":"2018-01-04T04:21:09","date_gmt":"2018-01-04T04:21:09","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/01\/04\/debord-a-hollywood\/"},"modified":"2018-01-04T04:21:09","modified_gmt":"2018-01-04T04:21:09","slug":"debord-a-hollywood","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/01\/04\/debord-a-hollywood\/","title":{"rendered":"Debord \u00e0 Hollywood"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Debord \u00e0 Hollywood<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>04 janvier 2018 &ndash; <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-mentalite-du-drone-ideologique\">L&rsquo;article<\/a> mis en ligne  3 janvier 2018 (du <em>Saker-<\/em>US avec notre commentaire) sur la mentalit\u00e9 am\u00e9ricaniste, sur la psychologie US par rapport \u00e0 la guerre principalement, nous a conduits \u00e0 proposer une r\u00e9flexion prolongeant le sujet vers certaines de ses racines historiques et l&rsquo;illustrant principalement par un extrait du livre <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, Tome-I, dans sa Cinqui\u00e8me Partie consacr\u00e9e \u00e0 la communication (&laquo; <em>Le pont de la communication <\/em>&raquo;). Effectivement, c&rsquo;est de communication qu&rsquo;il est question, et cela autour et \u00e0 propos de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale<strong> <\/strong>; communication parce que cette guerre &laquo; <em>fut le premier film dans lequel chaque Am\u00e9ricain pouvait avoir un r\u00f4le<\/em> &raquo; ; Deuxi\u00e8me guerre mondiale, parce que ce conflit fut l&rsquo;occasion, gr\u00e2ce \u00e0 la communication, d&rsquo;une \u00ab\u00a0victoire strat\u00e9gique majeure\u00a0\u00bb des USA<strong> <\/strong>qui a transform\u00e9 l&rsquo;\u00e9poque et orient\u00e9 l&rsquo;histoire du monde vers o&ugrave; nous nous trouvons :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La transmutation de la Deuxi\u00e8me Guerre, en Europe, en victoire am\u00e9ricaine et am\u00e9ricaniste est le fait strat\u00e9gique majeur du conflit, &ndash; et une victoire, puisque victoire il y a, de la communication.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Avec la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, la psychologie am\u00e9ricaniste est conduite vers l&rsquo;abandon du culte de l&rsquo;isolationnisme et orient\u00e9e apr\u00e8s un <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-trou-noir-du-xxeme-siecle\">\u00e9trange \u00ab\u00a0trou noir\u00a0\u00bb<\/a> qui aurait pu tout faire basculer mais qui agit finalement comme un sas de d\u00e9compression, <strong>v<\/strong>ers l&rsquo;entr\u00e9e dans le monde comme si le monde \u00e9tait une immense Am\u00e9rique-en-devenir, attendant ainsi cette mutation de la psychologie am\u00e9ricaniste pour s&rsquo;offrir lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisation. A partir de l&rsquo;apr\u00e8s-Deuxi\u00e8me Guerre mondiale s&rsquo;affirm\u00e8rent dans les relations internationales tous les travers et les difformit\u00e9s de la mentalit\u00e9 am\u00e9ricaniste que le <em>Saker-<\/em>US rel\u00e8ve dans son article, et \u00e9galement le bellicisme maximaliste qui caract\u00e9rise cette psychologie. Bien entendu, tout cela existait depuis l&rsquo;origine en germe ou d\u00e9j\u00e0 activement, sur les fondements de <strong>ce <\/strong>pays qui ne sut jamais se constituer en nation, comme Tocqueville le voyait bien d\u00e9j\u00e0 en 1831, qui n&rsquo;avait en commun que \u00ab\u00a0l&rsquo;int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb ; cela d\u00e9boucherait n\u00e9cessairement sur l'\u00a0\u00bb<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-lideal-de-puissance-1\">id\u00e9al de puissance<\/a>\u00a0\u00bb et le culte de la force transmut\u00e9e par la communication en vertu faussaire que l&rsquo;on nommerait \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>Tocqueville : &laquo; <em>Ils n&rsquo;ont ni religion, ni m&oelig;urs, ni id\u00e9es communes ; jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent on ne peut dire qu&rsquo;il y ait un caract\u00e8re am\u00e9ricain \u00e0 moins que ce soit celui de n&rsquo;en point avoir. Il n&rsquo;existe point ici de souvenirs communs, d&rsquo;attachements nationaux. Quel peut donc \u00eatre le seul lien qui unisse les diff\u00e9rentes parties de ce vaste corps ?<\/em> <em>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat<\/em><strong><em> <\/em><\/strong>&raquo;. <\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Dans l&rsquo;extrait de <em>La Gr\u00e2ce <\/em>que nous pr\u00e9sentons sont esquiss\u00e9s deux th\u00e8mes fondamentaux qui engendrent ou s&rsquo;arrangent c&rsquo;est selon, de tous les vices et distorsions psychologiques relev\u00e9s dans le comportement US dans les conflits, et qui par cons\u00e9quent d\u00e9veloppent et confortent le ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique qu&rsquo;on identifie, &ndash; avec <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-notre-psychologie\">ses caract\u00e8res<\/a> que nous avons d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9s de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/linculpabilite-et-la-psychologie-americaniste-1\">inculpabilit\u00e9<\/a> et de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/apres-linculpabilite-lindefectibilite\">ind\u00e9fectibilit\u00e9<\/a>&#8230; Le premier de ces th\u00e8mes est la communication, dans le sens de la cr\u00e9ation d&rsquo;une fiction, ou <em>narrative<\/em>, ou bien encore dans un sens plus achev\u00e9, simulacre bien entendu ; le second est le r\u00f4le fondamental, primordial sinon exclusif, de la politique politicienne US prise dans son sens le plus large et le plus vulgaire, avec bien entendu les diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats et forces de l&rsquo;argent dans le jeu, dans la d\u00e9termination, le choix et la provocation des conflits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; On voit notamment, dans ce texte, comment on pourrait consid\u00e9rer effectivement la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale du point de vue am\u00e9ricaniste, comme l&rsquo;\u00e9crit le professeur Roeder Jr., comme un v\u00e9ritable spectacle o&ugrave; chaque Am\u00e9ricain serait \u00e0 la fois spectateur et acteur, et spectacle \u00e9videmment hollywoodien comme du Debord avant son heure. Il se serait agi ainsi d&rsquo;atteindre \u00e0 une certaine perfection du st\u00e9r\u00e9otype hollywoodien o&ugrave; la production de \u00ab\u00a0l&rsquo;usine \u00e0 r\u00eaves\u00a0\u00bb se confondrait avec son consommateur, faisant du \u00ab\u00a0r\u00eave\u00a0\u00bb \u00e0 pr\u00e9tention expansionniste une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9sormais intangible :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale fut le premier film dans lequel chaque Am\u00e9ricain pouvait avoir un r\u00f4le<\/em>. [&#8230;] <em>La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale offrit \u00e0 chaque citoyen<\/em> [am\u00e9ricain] <em>le double r\u00f4le de spectateur et de participant<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Pour cette raison, la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale fut confisqu\u00e9e, avec la complicit\u00e9 aveugle d&rsquo;un Churchill (on cite dans le texte l&rsquo;admonestation de De Gaulle \u00e0 l&rsquo;intention d&rsquo;un Churchill g\u00ean\u00e9, qui ne r\u00e9pond pas, &ndash; parce que Churchill c\u00e8de toutes les commandes de la guerre aux USA alors qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque [novembre 1942] l&rsquo;Angleterre assume l&rsquo;essentiel de l&rsquo;effort de guerre \u00e0 l&rsquo;Ouest) ; d&rsquo;une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, pour parler du sort de la machine de guerre allemande en soi, la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale fut confisqu\u00e9e au d\u00e9triment des Russes, comme ces derniers ont pu s&rsquo;en apercevoir ces derni\u00e8res ann\u00e9es o&ugrave; le r\u00f4le de l&rsquo;URSS\/Russie dans la d\u00e9faite de l&rsquo;Allemagne a \u00e9t\u00e9 minor\u00e9e, et parfois ni\u00e9e dans des conditions invraisemblables de falsification historique. On voit ainsi, avec ce dernier exemple, combien l&rsquo;op\u00e9ration de \u00ab\u00a0rapt\u00a0\u00bb r\u00e9alis\u00e9 par les USA en 1941-1945 constitue le socle de la falsification historique soutenant la politique russe actuelle des USA (et du bloc-BAO, surtout des anciens pays-satellites de l&rsquo;URSS). Elle ne cesse d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0authentifi\u00e9e\u00a0\u00bb par les productions hollywoodiennes, comme ce film de Spielberg, &lsquo;<em>Il faut sauver le soldat Ryan<\/em>&lsquo;, o&ugrave; les Am\u00e9ricains sont seuls \u00e0 d\u00e9barquer le 6 juin 1944 et o&ugrave; les indig\u00e8nes se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre des sauvages sans le moindre int\u00e9r\u00eat, connus sous le nom de \u00ab\u00a0les Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. L&rsquo;arrogance, le m\u00e9pris pour le reste du monde, la certitude de la sup\u00e9riorit\u00e9, etc., tous ces travers cit\u00e9s par le <em>Saker-<\/em>US sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, ils font partie de la recette et de la tambouille qui continuent \u00e0 nous \u00eatre servies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Voil\u00e0 donc bien le supr\u00e9macisme, &ndash; non pas \u00ab\u00a0blanc\u00a0\u00bb comme on se le barbouille aujourd&rsquo;hui pour les besoins de la cause postmoderne et soci\u00e9tale en cours, mais bien supr\u00e9macisme am\u00e9ricaniste, ou anglosaxoniste quand les Britts parviennent \u00e0 se maintenir sur leur path\u00e9tique strapontin. Les <em>blacks<\/em> du Congr\u00e8s comme les dames f\u00e9ministes d&rsquo;Hollywood s&rsquo;arrangent aussi bien de ce supr\u00e9macisme-l\u00e0, dans leur vie courante, avec les privil\u00e8ges et le sentiment de puissance que cette vie am\u00e9ricaniste r\u00e9serv\u00e9e aux \u00e9lites-Syst\u00e8me leur fournit.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le deuxi\u00e8me point important que l&rsquo;on retrouve dans le texte ci-dessous existe toujours, lui aussi, &ndash; sinon plus que jamais jusqu&rsquo;\u00e0 la caricature tellement voyante de l&rsquo;actuelle \u00ab\u00a0D.C.-la-folle\u00a0\u00bb, &ndash; comme un des caract\u00e8res fondamentaux de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et des guerres sans nom et sans nombre que l&rsquo;am\u00e9ricanisme r\u00e9pand dans le monde. Il s&rsquo;agit du d\u00e9sint\u00e9r\u00eat complet pour les situations ext\u00e9rieures dans le cas de ces guerres ext\u00e9rieures, qui sont d\u00e9cid\u00e9es et conduites dans la mesure o&ugrave; elles occipent une place dans les affrontements politiciens sans piti\u00e9 qui se d\u00e9roulent dans les couloirs du Congr\u00e8s et dans les bureaux richissimes des lobbyistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Avant-hier encore, un long et int\u00e9ressant article <a href=\"https:\/\/www.veteranstoday.com\/2018\/01\/02\/how-politics-shaped-the-korean-war\/\">nous r\u00e9v\u00e9lait<\/a>, &ndash; car c&rsquo;est bien une r\u00e9v\u00e9lation par rapport au cat\u00e9chisme qui nous est impos\u00e9, &ndash; que la guerre de Cor\u00e9e fut conduite essentiellement pour des raisons politiciennes internes \u00e0 Washington D.C., &ndash; \u00ab\u00a0D.C.-la-cynique\u00a0\u00bb qui n&rsquo;\u00e9tait pas encore \u00ab\u00a0D.C.-la-folle\u00a0\u00bb&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi voit-on les m\u00e9andres et les incompr\u00e9hensions qui accompagnent la d\u00e9cision solitaire de Roosevelt, contre l&rsquo;avis de tous ses conseillers, chefs et alli\u00e9s, d&rsquo;exiger le 23 janvier 1943 une \u00ab\u00a0capitulation sans condition\u00a0\u00bb de l&rsquo;Allemagne. On doit finalement reconna&icirc;tre qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9cision politique-politicienne, comme sans doute \u00e9galement (c&rsquo;est clairement l&rsquo;avis de PhG dans l&rsquo;extrait) la d\u00e9cision de larguer la bombe atomique sur le Japon prise par Truman. Rien d&rsquo;historique au sens haut du qualificatif, rien qui ne s&#8217;embarrasse de la moindre vision, de la moindre pens\u00e9e d&rsquo;une certaine hauteur, dans ces d\u00e9cisions pourtant historiques et dont les premiers effet directs et visibles furent un terrifiant suppl\u00e9ment de massacres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On retrouve facilement le fil rouge devenu corde grossi\u00e8re qui nous ram\u00e8ne \u00e0 notre \u00e9poque, lorsqu&rsquo;on voit en fonction de quels \u00e9l\u00e9ments et selon quels calculs sont prises aujourd&rsquo;hui les d\u00e9cisions de guerre, les menaces, les pressions, etc., contre des pays \u00e9trangers et desarrangementsinterationaux. La seule diff\u00e9rence, gr\u00e2ce au bienheureux processus d&rsquo;effondrement en cours, est que \u00ab\u00a0D.C.-la-cynique\u00a0\u00bb est devenue \u00ab\u00a0D.C.-la-folle\u00a0\u00bb. Ainsi, du fait de la cons\u00e9quence de la transformation de l&rsquo;arrogance et de l&rsquo;ignorance du reste du monde en un d\u00e9lire exacerb\u00e9 v\u00e9cu dans un monde int\u00e9rieur ferm\u00e9 sur lui-m\u00eame et compl\u00e8tement fictif, c&rsquo;est-\u00e0-dire un spectacle \u00e0-la-Debord o&ugrave; les acteurs sont aussi les spectateurs d&rsquo;eux-m\u00eames et croyant du simulacre qu&rsquo;ils interpr\u00e8tent, \u00ab\u00a0D.C.-la-cynique\u00a0\u00bb devenue \u00ab\u00a0D.C.-la-folle\u00a0\u00bb se heurte d\u00e9sormais durement aux v\u00e9rit\u00e9s du monde. Les d\u00e9faites qui se succ\u00e8dent ont de plus en plus de mal \u00e0 se parer du doux nom de \u00ab\u00a0victoires\u00a0\u00bb, \u00e0 un point o&ugrave; l&rsquo;on sentirait chez de nombreux chefs militaires am\u00e9ricanistes une prudence, voire une r\u00e9ticence pour partir en guerre. La mascarade mont\u00e9e de toutes pi\u00e8ces par la folie encore dissimul\u00e9e de cette psychologie d\u00e9moniaque s&rsquo;est transform\u00e9e en <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-tragedie-bouffe\">trag\u00e9die-bouffe<\/a> interpr\u00e9t\u00e9e en exclusivit\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9tablissement psychiatrique de \u00ab\u00a0D.C.-la-folle\u00a0\u00bb qui jouxte l&rsquo;usine \u00e0 gaz de <em>America Inc.<\/em> o&ugrave; l&rsquo;on ne distingue plus que l&rsquo;ombre devenue maigrelette du grand et gras Albert, dit-Al Capone comme r\u00e9f\u00e9rence historique du <em>businessman <\/em>postmoderne&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Extraits de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, Tome-I<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Des studios du cin\u00e9matographe, nous passons ais\u00e9ment \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 puisque la r\u00e9alit\u00e9 est d\u00e9sormais celle qui sort des studios, et rien d&rsquo;autre ne s&rsquo;y peut comparer en v\u00e9rit\u00e9. Le professeur George H. Roeder Jr., qui est professeur <em>of liberal art<\/em>, dont l&rsquo;image du cin\u00e9matographe fait partie, et nullement historien, nous pr\u00e9sente la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale sous les traits d&rsquo;une \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/yalebooks.yale.edu\/book\/9780300062915\/censored-war\">guerre censur\u00e9e<\/a>\u00a0\u00bb ; mais bien au-del\u00e0 de cet aspect somme toute conjoncturel, il nous instruit dans ses remarques introductives de ceci qui r\u00e9sume notre propos \u00e0 merveille : &laquo; <em>La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale fut le premier film dans lequel chaque Am\u00e9ricain pouvait avoir un r\u00f4le<\/em>. [&#8230;] <em>La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale offrit \u00e0 chaque citoyen<\/em> [am\u00e9ricain] <em>le double r\u00f4le de spectateur et de participant<\/em>. &raquo; George H. Roeder Jr. nous dit bien plus de la r\u00e9elle substance de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, de sa puissance et de son influence sur la psychologie am\u00e9ricaniste (et sur le renforcement de l&rsquo;am\u00e9ricanisation de la psychologie des Am\u00e9ricains), dans cette fa\u00e7on \u00ab\u00a0cin\u00e9matographique\u00a0\u00bb de l&rsquo;aborder, et il nous dit bien plus par cons\u00e9quent sur l&rsquo;histoire am\u00e9ricaniste ainsi sortie du spectre de la Grande D\u00e9pression, cette \u00e9pouvantable agression de la r\u00e9alit\u00e9, cette scandaleuse provocation en v\u00e9rit\u00e9 ; certes, il nous en dit bien plus que toutes les studieuses et laborieuses, et n\u00e9cessairement conformistes, \u00e9tudes historiographiques enfant\u00e9es par le syst\u00e8me. Il ne s&rsquo;agit pas ici de signaler un \u00e0-c\u00f4t\u00e9, un aspect int\u00e9ressant mais tout de m\u00eame marginal de la perception du grand conflit, notamment chez les Am\u00e9ricains mais \u00e9galement sur les terres ext\u00e9rieures. Au contraire, nous pr\u00e9tendons d\u00e9crire la substance, et m\u00eame l&rsquo;essence de la chose, telle qu&rsquo;elle fut model\u00e9e par la communication. L&rsquo;appr\u00e9ciation de George H. Roeder Jr., si elle para&icirc;t sortir du laboratoire original mais limit\u00e9 du sp\u00e9cialiste, concerne au contraire l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne. La politique g\u00e9n\u00e9rale, les appr\u00e9ciations des dirigeants de cette politique, du moins ceux qui sont acquis au syst\u00e8me, montrent une transcription en des concepts \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb de cette fa\u00e7on de percevoir l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une v\u00e9ritable mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;Histoire dans laquelle croit entrer l&rsquo;Am\u00e9rique, alors que ce qu&rsquo;elle fait est de tenter d&rsquo;annexer l&rsquo;Histoire pour la faire \u00ab\u00a0traiter\u00a0\u00bb par les r\u00e9giments de sc\u00e9naristes de Hollywood. Pour un certain temps, quelques d\u00e9cennies au moins, on put consid\u00e9rer que le tour avait r\u00e9ussi, du passe-passe, certes, mais dans le cadre s\u00e9rieux de l&rsquo;industrie cin\u00e9matographique. Il s&rsquo;agit de convenir l\u00e0 encore que la communication constitue l&rsquo;arme absolue de l&rsquo;am\u00e9ricanisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Puisque la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale fut un film o&ugrave; les Am\u00e9ricains \u00e9taient acteurs et dont ils \u00e9taient les spectateurs, il importait que ce film f&ucirc;t tourn\u00e9 \u00e0 Hollywood, que les bons y triomphassent sans qu&rsquo;on puisse \u00e9mettre le moindre doute sur leur vertu et leur puissance, que les mauvais y fussent punis \u00e0 mesure, que les acolytes fussent mis \u00e0 leur place et ainsi de suite. Ainsi la Deuxi\u00e8me Guerre devint-elle une guerre am\u00e9ricaniste et, v\u00e9ritablement, l&rsquo;aube claire et radieuse d&rsquo;une \u00e9poque nouvelle et sans pr\u00e9c\u00e9dent. Certains nomm\u00e8rent cela, avec le sens de l&rsquo;\u00e0-propos et du raccourci, <em>The American Century<\/em>. Monsieur Henry Luce, qui a impos\u00e9 la formule en 1941, \u00e9tait encore modeste, avec l&rsquo;arri\u00e8re-go&ucirc;t d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de la Grande D\u00e9pression et l&rsquo;humeur morose, sinon anxieuse ; il aurait pu \u00e9crire plus justement, pour d\u00e9signer la p\u00e9riode qui s&rsquo;ouvrait : <em>The American History as the History of the World<\/em> ou, plus prestement dit, <em>America as the World<\/em>. M\u00eame les non-Am\u00e9ricains qui comptent, les \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb les plus proches, les fid\u00e8les porteurs d&rsquo;eau qui pr\u00e9tendent garder leur verbe libre au nom d&rsquo;une parent\u00e9 vertueuse entre toutes, au nom du cousinage anglo-saxon, m\u00eame ceux-l\u00e0 accept\u00e8rent, en se conformant aux th\u00e9ories fumeuses et aux man&oelig;uvres qualifi\u00e9es d&rsquo;habiles, le sc\u00e9nario du cin\u00e9matographe. Nul ne doit douter que, derri\u00e8re cette raison, se dissimule \u00e0 peine, je veux dire maquill\u00e9e \u00e0 la va-vite et tr\u00e8s vite d\u00e9couverte, une passion extr\u00eame qui se nourrit des apparences s\u00e9duisantes, des illusions enj\u00f4leuses, des r\u00eaveries entreprenantes, qui est absolument vuln\u00e9rable au charme g\u00e9n\u00e9ral de la communication, qui lui c\u00e8de avec un d\u00e9lice \u00e0 peine dissimul\u00e9 ; cette passion d\u00e9vorante, br&ucirc;lante, irr\u00e9sistible, \u00e9prouv\u00e9e pour l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;Am\u00e9rique comme Nouveau Monde et Terre Promise&hellip; Certes, on est en droit de se trouver confondu par cette passion accept\u00e9e, d\u00e9vor\u00e9e presque avec un d\u00e9lice anthropophagique pour l&rsquo;apparence, pour la construction artificielle, pour le montage de la communication, et tout cela couronn\u00e9 du nom de \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle, l&rsquo;Am\u00e9rique, ne m\u00e9rita jamais vraiment, et surtout pas en cette circonstance ; cette passion pour l&rsquo;apparence de cette pseudo-nation, ignorant tout de ce qu&rsquo;il importe d&rsquo;\u00eatre pour faire une nation, au rythme de l&rsquo;Histoire, de la patience et de la cruaut\u00e9, de la mort et de la souffrance, de la trag\u00e9die et de la dur\u00e9e, pour faire une nation qu&rsquo;on pourrait bient\u00f4t qualifier de \u00ab\u00a0vieille\u00a0\u00bb, qui deviendrait, si l&rsquo;on veut, pour retrouver notre r\u00e9f\u00e9rence, la Grande Nation. Ce go&ucirc;t pour l&rsquo;absence de substance et l&rsquo;ignorance de l&rsquo;essence, pour le refus de la gr\u00e2ce, pour le m\u00e9pris des choses hautes et pourtant qui poserait \u00e0 \u00eatre hautain, voil\u00e0 bien le myst\u00e8re qui enrobe l&rsquo;\u00e9nigme am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; En novembre 1942, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, qui n&rsquo;est pas de ce troupeau des porteurs d&rsquo;eau de l&rsquo;Am\u00e9rique, admonesta s\u00e9v\u00e8rement Winston Churchill, qui, lui, aurait tendance \u00e0 en \u00eatre, m\u00eame lorsqu&rsquo;il se pare de la crini\u00e8re flamboyante du vieux lion britannique. Cela se passait le 18 novembre 1942, une d\u00e9cade apr\u00e8s le d\u00e9barquement alli\u00e9 en Afrique du Nord, l&rsquo;op\u00e9ration <em>Torch <\/em>dont le g\u00e9n\u00e9ral avait fortement pris ombrage de n&rsquo;en avoir pas \u00e9t\u00e9 averti. La cause de cet ostracisme, inacceptable pour lui puisque l&rsquo;Afrique du Nord \u00e9tait territoire fran\u00e7ais, lui semblait \u00e9vidente, dans la r\u00e9v\u00e9lation que lui avaient fait les Britanniques en l&rsquo;informant du d\u00e9barquement, de la direction am\u00e9ricaniste de l&rsquo;affaire ;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>je comprends mal, <\/em>avait-il dit \u00e0 Churchill et \u00e0 Eden, <em>que vous, Anglais, passiez aussi compl\u00e8tement la main dans une entreprise qui int\u00e9resse l&rsquo;Europe au premier chef.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Puis ce furent ses observations pleines de fureur contenue, \u00e0 l&rsquo;intention de Churchill, ce 18 novembre 1942 :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>&hellip;Quant \u00e0 vous, je ne vous comprends pas. Vous faites la guerre depuis le premier jour. On peut m\u00eame dire que vous \u00eates, personnellement, cette guerre. Votre arm\u00e9e progresse en Lybie. Il n&rsquo;y aurait pas d&rsquo;Am\u00e9ricains en Afrique si, de votre c\u00f4t\u00e9, vous n&rsquo;\u00e9tiez pas en train de battre Rommel. A l&rsquo;heure qu&rsquo;il est, jamais encore un soldat de Roosevelt n&rsquo;a rencontr\u00e9 un soldat d&rsquo;Hitler tandis que, depuis trois ans, vos hommes se battent sous toutes les latitudes. D&rsquo;ailleurs, dans l&rsquo;affaire africaine, c&rsquo;est l&rsquo;Europe qui est en cause et l&rsquo;Angleterre appartient \u00e0 l&rsquo;Europe. Cependant, vous laissez l&rsquo;Am\u00e9rique prendre la direction du conflit. Or, c&rsquo;est \u00e0 vous de l&rsquo;exercer, tout au moins dans le domaine moral. Faites-le ! L&rsquo;opinion europ\u00e9enne vous suivra.<\/em> &raquo; (Selon les <em>M\u00e9moires de guerre<\/em> du g\u00e9n\u00e9ral.)<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&raquo; L&rsquo;id\u00e9e offerte par cette intervention est fondamentale, et c&rsquo;est \u00e0 partir d&rsquo;elle qu&rsquo;on peut rapidement observer que la Deuxi\u00e8me Guerre fut aussi un film de cin\u00e9matographie pour d&rsquo;autres que les citoyens am\u00e9ricains, beaucoup d&rsquo;autres, et parmi eux des dirigeants aussi grandement historiques que Churchill. La transmutation de la Deuxi\u00e8me Guerre, en Europe, en victoire am\u00e9ricaine et am\u00e9ricaniste est le fait strat\u00e9gique majeur du conflit, &ndash; et une victoire, puisque victoire il y a, de la communication. Un simple survol de l&rsquo;histoire militaire doit nous en convaincre, c&rsquo;est-\u00e0-dire nous confirmer ce que nous devrions savoir d\u00e9j\u00e0. L&rsquo;intervention substantielle des forces arm\u00e9es US dans la guerre contre l&rsquo;Allemagne (disons, autour de 50% du potentiel alli\u00e9 sur un front donn\u00e9) commence avec le d\u00e9barquement de Normandie, en juin 1944 ; m\u00eame l&rsquo;offensive strat\u00e9gique a\u00e9rienne ne commen\u00e7a \u00e0 sortir ses effets, d&rsquo;ailleurs diff\u00e9rents de ceux qu&rsquo;on attendait, qu&rsquo;\u00e0 partir du printemps 1944. Mais l&rsquo;on sait, ou l&rsquo;on devrait savoir, que le tournant de la guerre se situe en 1943, et que cette guerre fut v\u00e9ritablement gagn\u00e9e avec les batailles de Stalingrad et de Koursk, avec la <em>Wehrmacht<\/em> battue, sur la pente de la destruction, &ndash; tout cela, sans les USA. M\u00eame la puissance de l&rsquo;industrie de guerre des USA, si elle joua sans doute un r\u00f4le important et progressivement de plus en plus important, ne joua jamais ce r\u00f4le exclusif d&rsquo;une condition <em>sine qua non<\/em> de la victoire qu&rsquo;on lui attribua.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Qui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 cela ? La Seconde Guerre est entr\u00e9e dans les esprits, et plus encore, dirais-je, dans la psychologie pour devenir un r\u00e9flexe du jugement, comme la \u00ab\u00a0guerre am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0Grande Guerre am\u00e9ricaniste\u00a0\u00bb, l&rsquo;on dirait par substance m\u00eame. Pour compl\u00e9ter l&rsquo;hypoth\u00e8se et ajouter le destin aux manipulations inconscientes, on observerait que par un acte essentiel pos\u00e9 \u00e0 un moment essentiel, Roosevelt joue un r\u00f4le clef dans la poursuite de la guerre et sa transformation d\u00e9cisive en une \u00ab\u00a0guerre am\u00e9ricaniste\u00a0\u00bb, comme s&rsquo;il voulait s&rsquo;assurer, en la transmutant, de la sc\u00e8ne grondante et terrible \u00e0 partir de laquelle l&rsquo;Am\u00e9rique installera son empire de la communication sur le monde. Le pr\u00e9sident est l&rsquo;ordonnateur et le grand pr\u00eatre de la transmutation, autant que le magouilleur de ses pr\u00e9misses ; ainsi est-on conduit \u00e0 avancer une interpr\u00e9tation hyperbolique de la conviction de fer de Roosevelt et de l&rsquo;insistance inattaquable qui en r\u00e9sulte, pour la capitulation de l&rsquo;Allemagne sans conditions (cette exigence sera \u00e9galement \u00e9nonc\u00e9e pour le Japon, mais l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 est incontestablement pour l&rsquo;Allemagne, et, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, la m\u00eame politique fut appliqu\u00e9e pour le Japon parce que la logique politique et id\u00e9ologique interdisait apr\u00e8s ce pr\u00e9c\u00e9dent-l\u00e0 de faire autrement). Appr\u00e9ci\u00e9e d&rsquo;un point de vue simplement historique, classique dirions-nous, cette politique est maladroite et stupide, selon l&rsquo;appr\u00e9ciation la plus mod\u00e9r\u00e9e qu&rsquo;on puisse en avoir. Lorsque Roosevelt l&rsquo;annonce, au d\u00e9but de 1943, le 23 janvier lors d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse \u00e0 Casablanca, c&rsquo;est contre l&rsquo;avis quasiment unanime qu&rsquo;on conna&icirc;tra ensuite, du monde politique washingtonien, de ses propres chefs militaires, des Britanniques (Churchill en t\u00eate), de Staline lui-m\u00eame. L&rsquo;historien Thomas Fleming, dans son livre <em>The New Dealer&rsquo;s War<\/em>, \u00e9crit :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; L&rsquo;ironie ultime est que l&rsquo;id\u00e9e de la capitulation sans condition ne fit aucune impression sur l&rsquo;homme pour qui Roosevelt affirma qu&rsquo;il avait pris cette d\u00e9cision : Joseph Staline. Le dictateur sovi\u00e9tique consid\u00e9rait, selon des arguments presque semblables \u00e0 ceux des g\u00e9n\u00e9raux Eisenhower, Wedemeyer et Eaker, que cela ne ferait qu&rsquo;accro&icirc;tre la duret\u00e9 et la pugnacit\u00e9 de la r\u00e9sistance allemande.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&raquo; Tous les arguments militent contre ce choix et l&rsquo;histoire confirmera cela, en ajoutant \u00e0 la maladresse et \u00e0 la stupidit\u00e9 de cette politique, son caract\u00e8re indirectement criminel. Fleming d\u00e9taille, avec bien des arguments sinon l&rsquo;\u00e9vidence, les diverses circonstances, pertes, massacres et destructions qui eussent \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits ou \u00e9vit\u00e9s, selon lui, sans parler de bouleversements g\u00e9ostrat\u00e9giques d\u00e9stabilisants, si l&rsquo;exigence de capitulation sans conditions n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9mise. Il poursuit en constatant qu&rsquo;elle interf\u00e9ra d\u00e9cisivement dans les n\u00e9gociations engag\u00e9es notamment par les services de renseignement britannique et US avec une r\u00e9sistance constituant une opposition d\u00e9mocratique allemande, s&rsquo;appuyant sur les SR allemands (amiral Canaris), qu&rsquo;ils auraient pu aider dans le projet d&rsquo;un renversement de Hitler, de l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un r\u00e9gime d\u00e9mocratique avec lequel une paix de compromis \u00e9tait envisageable. Fleming rapporte le contenu d&rsquo;un m\u00e9morandum du capitaine Basil Liddell Hart, le futur fameux historien militaire :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Liddle Hart pensait qu&rsquo;il existait une tr\u00e8s r\u00e9elle possibilit\u00e9 d&rsquo;un coup d&rsquo;&Eacute;tat qui entra&icirc;nerait la chute de Hitler. (Il ne savait rien de l&rsquo;existence du mouvement allemand de r\u00e9sistance.) Il mit en \u00e9vidence le fait que l&rsquo;exigence de capitulation sans condition constituait un obstacle insurmontable pour une telle initiative. Les gens qui se sentiraient eux-m\u00eames \u00ab\u00a0l&rsquo;objet d&rsquo;attaques sans aucune retenue\u00a0\u00bb, <\/em>[&hellip;] <em>seraient inclin\u00e9s \u00e0 continuer \u00e0 soutenir ou \u00e0 rallier le r\u00e9gime qui, bien qu&rsquo;il f&ucirc;t une tyrannie, organisait au moins leur d\u00e9fense.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&raquo; Il est apparu difficile de donner une explication \u00e0 l&rsquo;attitude de FDR alors qu&rsquo;il existait une telle unanimit\u00e9 contre sa d\u00e9cision lorsqu&rsquo;elle fut annonc\u00e9e, alors que les graves faiblesses de la politique de la capitulation sans conditions \u00e9taient \u00e9videntes d\u00e8s l&rsquo;origine. Plusieurs hypoth\u00e8ses furent avanc\u00e9es. En d\u00e9sespoir de cause, nombre d&rsquo;historiens ont accept\u00e9 l&rsquo;explication sommaire et extraordinaire de FDR, selon laquelle l&rsquo;id\u00e9e de la capitulation inconditionnelle lui \u00e9tait &laquo; <em>venue \u00e0 l&rsquo;esprit<\/em> &raquo; pendant la conf\u00e9rence de presse de janvier 1943, o&ugrave; il annon\u00e7a effectivement cette exigence. Les notes prises par FDR pour cette conf\u00e9rence portaient des indications pr\u00e9cises sur cette politique de capitulation inconditionnelle qu&rsquo;il allait annoncer. Thomas Fleming observe que<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>l&rsquo;exigence de capitulation sans conditions \u00e9tait tout ce qu&rsquo;on veut sauf accidentelle et son but \u00e9tait extr\u00eamement s\u00e9rieux et \u00e9labor\u00e9. Elle repr\u00e9sentait une tentative de FDR pour rassurer ses critiques lib\u00e9raux en Am\u00e9rique et donner<\/em> [au pays] <em>un but moral, un cri de ralliement qui avait manqu\u00e9 jusqu&rsquo;alors<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&raquo; Cette appr\u00e9ciation convient effectivement \u00e0 la situation int\u00e9rieure difficile o&ugrave; se trouvait FDR, alors qu&rsquo;aucun r\u00e9sultat encourageant de la guerre n&rsquo;\u00e9tait venu conforter le moral de la population (l&rsquo;insistance de FDR pour l&rsquo;op\u00e9ration <em>Torch<\/em> de novembre 1942 r\u00e9pondait pour une bonne partie \u00e0 son d\u00e9sir de fouetter le moral d\u00e9faillant des Am\u00e9ricains). Cette appr\u00e9ciation qui concerne une situation int\u00e9rieure par d\u00e9finition secondaire des grands engagements historiques, para&icirc;trait bien maigre en regard, justement, de l&rsquo;importance historique de l&rsquo;exigence de la capitulation sans conditions. Mais c&rsquo;est bien ainsi que le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme fonctionne, d&rsquo;abord attentif \u00e0 ses exigences internes puisque sa puissance ext\u00e9rieure, dans son esprit, ne pose aucune esp\u00e8ce de probl\u00e8me. Dans nombre de cas, on rencontre de ces exemples de d\u00e9cisions de consid\u00e9rable importance, qu&rsquo;on cherchera ensuite \u00e0 habiller des atours de la d\u00e9marche historique, voire morale, et qui s&rsquo;av\u00e8rent \u00eatre de pure tactique interne dans leur conception initiale. On comprend mal le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme si l&rsquo;on ne comprend pas que la ma&icirc;trise des r\u00e9seaux et des obligations de tactique interne prime tout dans un arrangement qui n&rsquo;impose aucune obligation sup\u00e9rieure, aucun engagement r\u00e9galien et aucune r\u00e9elle vision historique. Une autre d\u00e9cision, aussi historique sans aucun doute que celle de l&rsquo;exigence de \u00ab\u00a0capitulation sans conditions\u00a0\u00bb, et pour la cause de laquelle les historiens continuent de s&rsquo;affronter, est celle de la d\u00e9cision de l&rsquo;utilisation de la bombe atomique par Truman. Ma religion est faite l\u00e0-dessus depuis que j&rsquo;ai entendu (dans le documentaire film\u00e9 <em>Le Soleil noir<\/em>, de 1995) le t\u00e9moignage de l&rsquo;aide de camp de Truman lors de sa d\u00e9cision, alors capitaine de vaisseau de l&rsquo;U.S. Navy, rapportant que le pr\u00e9sident craignait une proc\u00e9dure d&rsquo;<em>impeachment<\/em> du Congr\u00e8s contre lui s&rsquo;il n&rsquo;utilisait pas la bombe. L&rsquo;argument \u00e9tait simple, selon lequel le Congr\u00e8s jugerait injustifiable d&rsquo;avoir d\u00e9pens\u00e9 pr\u00e8s de $2 milliards pour d\u00e9velopper une arme qu&rsquo;on n&rsquo;utiliserait pas. La crainte de cette proc\u00e9dure parlementaire aurait d\u00e9cid\u00e9 Truman, dont la rouerie d&rsquo;une culture parlementaire sans faille \u00e9tait bien connue, et ma conviction est bien que ce point a jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans sa d\u00e9cision historique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Dans ce cadre g\u00e9n\u00e9ral de jugement, l&rsquo;explication de Fleming est compl\u00e8tement acceptable, logique et naturelle au syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Loin des clich\u00e9s hollywoodiens sur la grande unit\u00e9 nationale accept\u00e9s avec empressement par des esprits si prompts \u00e0 succomber \u00e0 la fascination de la grandeur suppos\u00e9e du mod\u00e8le, la situation en Am\u00e9rique en 1941-42, avec une opinion int\u00e9rieure r\u00e9ticente, une remont\u00e9e des r\u00e9publicains (victoire \u00e9lectorale de novembre 1942), des conditions int\u00e9rieures, sociales et raciales, notablement difficiles, &ndash; cette situation pouvait appara&icirc;tre fort inqui\u00e9tante pour un homme politique washingtonien avis\u00e9. Il importait de la redresser sous peine de voir l&rsquo;\u00e9rosion du soutien des Am\u00e9ricains \u00e0 la guerre se transformer en une situation de crise. Le pr\u00e9sident avait besoin d&rsquo;une cause, d&rsquo;un \u00e9tendard, comme Lincoln en 1862, alors que la Guerre Civile tournait \u00e0 l&rsquo;avantage des \u00ab\u00a0rebelles\u00a0\u00bb (certains disent m\u00eame \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb, aujourd&rsquo;hui, en parlant des forces sudistes). En 1863, Lincoln choisit la cause des Noirs comme acte sublimant le conflit, avec l&rsquo;Acte d&rsquo;&Eacute;mancipation, cette solennelle proclamation de la fin de l&rsquo;esclavage qui \u00e9tait, \u00e0 sa fa\u00e7on, une exigence proche de la reddition sans conditions que demandait FDR en 1943. Dans les deux attitudes, la m\u00eame fa\u00e7on de radicaliser la cause, de porter la guerre \u00e0 son paroxysme, qui force \u00e0 la mobilisation populaire et ne laisse plus de choix. Dans les deux cas, c&rsquo;est Cortez qui br&ucirc;le ses vaisseaux. Dans les deux cas, et cela pour nous conforter dans la validit\u00e9 de notre th\u00e8se, on observera qu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;appel \u00e0 la communication, \u00e0 son syst\u00e8me magique&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Or, pour l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame, pour sa situation g\u00e9n\u00e9rale et dans l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;on donne \u00e0 cette situation, c&rsquo;est vraiment l&rsquo;occurrence de \u00ab\u00a0Cortez qui br&ucirc;le ses vaisseaux\u00a0\u00bb. Dans son texte fameux de 1941 que nous avons mentionn\u00e9 plus haut, <em>The American Century<\/em>, Henry Luce annonce l&#8217;empire am\u00e9ricain en le pr\u00e9sentant sur les fonts baptismaux d&rsquo;un d\u00e9sarroi profond et d&rsquo;un path\u00e9tisme an\u00e9miant ; ces sentiments du d\u00e9sespoir de la Grande D\u00e9pression interrompus pendant une poussi\u00e8re d&rsquo;ann\u00e9es par Roosevelt le magicien du verbe, ren\u00e9s devant l&rsquo;\u00e9vidence des conditions \u00e9conomiques de la d\u00e9pression persistante, confort\u00e9s par la r\u00e9alisation que Roosevelt avait sauv\u00e9 la psychologie mais nullement le syst\u00e8me et son \u00e9conomie. C&rsquo;est ainsi que la guerre, celle que Henry Luce au fond de lui appelait de ses v&oelig;ux secrets, apporte un r\u00e9pit \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, et qu&rsquo;elle apporte peut-\u00eatre plus encore. Pour en exploiter toute la latence am\u00e9ricaniste, il faut qu&rsquo;elle devienne la \u00ab\u00a0Grande Guerre am\u00e9ricaniste\u00a0\u00bb, qu&rsquo;elle soit port\u00e9e \u00e0 son comble et \u00e0 son paroxysme de rupture apocalyptique (reddition sans condition, l&rsquo;Allemagne \u00e9cras\u00e9e, Hiroshima), que sa repr\u00e9sentation quasiment cin\u00e9matographique nimbe, en exaltant sa vertu \u00e9vidente et sa destin\u00e9e exemplaire, la puissance am\u00e9ricaniste d&rsquo;une sorte de l\u00e9gitimit\u00e9 presque surnaturelle, pour \u00e9tablir sur le monde un empire qui ne puisse \u00eatre contest\u00e9 en v\u00e9rit\u00e9 ; et un empire lui aussi d&rsquo;une nouveaut\u00e9 qui le mettrait en dehors de l&rsquo;histoire et de ses lois contingentes d\u00e9test\u00e9es puisque d\u00e9sormais configur\u00e9 dans son enti\u00e8ret\u00e9 par cette Am\u00e9rique destin\u00e9e \u00e0 s&rsquo;\u00e9tendre sur le reste de l&rsquo;univers en l&rsquo;am\u00e9ricanisant. C&rsquo;\u00e9tait cela ou bien c&rsquo;\u00e9tait la fin de la Grande R\u00e9publique des P\u00e8res Fondateurs. Ainsi en fut-il du dilemme qui, en v\u00e9rit\u00e9, conduisit \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e dans la guerre ; ainsi la Seconde Guerre entra-t-elle \u00ab\u00a0dans les esprits, et plus encore, dans la psychologie pour devenir un r\u00e9flexe du jugement, comme la &lsquo;Grande Guerre am\u00e9ricaniste'\u00a0\u00bb. Une nouvelle v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait n\u00e9e. &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Debord \u00e0 Hollywood 04 janvier 2018 &ndash; L&rsquo;article mis en ligne 3 janvier 2018 (du Saker-US avec notre commentaire) sur la mentalit\u00e9 am\u00e9ricaniste, sur la psychologie US par rapport \u00e0 la guerre principalement, nous a conduits \u00e0 proposer une r\u00e9flexion prolongeant le sujet vers certaines de ses racines historiques et l&rsquo;illustrant principalement par un extrait&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[2631,3532,3969,2645,3371,3634,4735,8118,8386,2622,3851,3099,3080,13164,3965,3638,3098],"class_list":["post-77693","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-de","tag-deuxieme","tag-grace","tag-guerre","tag-hollywood","tag-inculpabilite","tag-indefectibilite","tag-lamericanisme","tag-lhistoire","tag-la","tag-mondiale","tag-psychologie","tag-roosevelt","tag-saker-us","tag-simulacre","tag-spielberg","tag-tocqueville"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77693","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77693"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77693\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77693"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77693"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77693"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}