{"id":77711,"date":"2018-01-13T05:30:51","date_gmt":"2018-01-13T05:30:51","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/01\/13\/le-vicomte-de-bonald-et-le-lugubre-destin-anglo-saxon\/"},"modified":"2018-01-13T05:30:51","modified_gmt":"2018-01-13T05:30:51","slug":"le-vicomte-de-bonald-et-le-lugubre-destin-anglo-saxon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/01\/13\/le-vicomte-de-bonald-et-le-lugubre-destin-anglo-saxon\/","title":{"rendered":"Le vicomte de Bonald et le lugubre destin anglo-saxon"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le vicomte de Bonald et le lugubre destin anglo-saxon<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous sommes domin\u00e9s par le monde anglo-am\u00e9ricain depuis deux si\u00e8cles, et sommes \u00e0 la veille de la troisi\u00e8me guerre mondiale voulue par ses \u00e9lites folles. Alors une petite synth\u00e8se.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai glan\u00e9 ces citations sur archive.org, dans les dix-sept volumes de Bonald (1754-1838), cet unique d\u00e9fenseur de la Tradition (j&rsquo;allais \u00e9crire bon gu\u00e9nonien : hyperbor\u00e9enne) fran\u00e7aise. Je les distribue \u00e0 mes lecteurs au petit bonheur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;\u00e9poque de Macron et de l&rsquo;oligarchie mondialiste, ce rappel :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ceci nous ram\u00e8ne \u00e0 la constitution de l&rsquo;Angleterre, o&ugrave; <strong>il n&rsquo;y a pas de corps de noblesse destin\u00e9e \u00e0 servir le pouvoir, mais un patriciat destin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exercer<\/strong>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai souvent cit\u00e9 ce surprenant passage des M\u00e9moires d&rsquo;Outre-tombe de Chateaubriand (<strong>3 L32 Chapitre 2)<\/strong> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ainsi <strong>ces Anglais qui vivent \u00e0 l&rsquo;abri dans leur &icirc;le, vont porter les r\u00e9volutions chez les autres ; vous les trouvez m\u00eal\u00e9s dans les quatre parties du monde \u00e0 des querelles qui ne les regardent pas<\/strong> : pour vendre une pi\u00e8ce de calicot, peu leur importe de plonger une nation dans toutes les calamit\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend enfin que le commerce am\u00e9ricain ne pr\u00e9pare pas la paix mais la guerre. Bonald se montre ici d&rsquo;accord avec les marxistes (comme souvent) en rappelant que l&rsquo;Angleterre est toujours en guerre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>L&rsquo;Angleterre est en syst\u00e8me habituel, je dirais presque naturel de guerre, ou du moins d&rsquo;opposition, avec tous les peuples du monde, et le repos ne peut \u00eatre pour elle qu&rsquo;un \u00e9tat forc\u00e9 et accidentel.<\/strong> Cet \u00e9tat d&rsquo;opposition est totalement ind\u00e9pendant des dispositions personnelles et du caract\u00e8re particulier de ceux qui la gouvernent : il tient \u00e0 sa position insulaire, \u00e0 sa constitution populaire, qui donne \u00e0 sa politique un caract\u00e8re inquiet et agresseur, et qui la place<strong> constamment dans le syst\u00e8me d&rsquo;accroissement, et jamais dans celui de repos et de stabilit\u00e9; en sorte que, comme elle est continuellement agit\u00e9e au dedans, on peut dire qu&rsquo;elle entretient au dehors et dans le monde politique le mouvement perp\u00e9tuel. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur le m\u00eame inqui\u00e9tant sujet Bonald ajoute, non sans quelque r\u00e9miniscence de Thucydide (voyez livre premier, CXL et suivantes):<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cette disposition \u00e0 toujours s&rsquo;\u00e9tendre, et <strong>cette facilit\u00e9 \u00e0 attaquer partout, ont, dans tous les temps, donn\u00e9 aux peuples dominateurs des mers, comme l&rsquo;observe Montesquieu, un tour particulier d&rsquo;esprit imp\u00e9rieux et arrogant<\/strong>, dont les Anglais ne sont pas exempts; en sorte que le caract\u00e8re particulier de l&rsquo;Anglais est la soif d\u00e9mesur\u00e9e d&rsquo;acqu\u00e9rir et la fureur de la cupidit\u00e9, parce que le syst\u00e8me politique de l&rsquo;Angleterre est <strong>une tendance sans mesure \u00e0 l&rsquo;accroissement.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sanctions \u00e9conomiques et commerciales ? L&rsquo;Angleterre les applique d\u00e9j\u00e0 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;Angleterre n&rsquo;attaque pas le territoire de tous les peuples; mais <strong>elle en attaque le commerce ou par la force ou par la ruse&hellip;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au reste,<strong> les peuples commer\u00e7ants ont tous plus ou moins de cet esprit envahisseur<\/strong>, comme tous les hommes qui font le commerce ont tous le d\u00e9sir de s&rsquo;enrichir les uns aux d\u00e9pens des autres. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bonald offre une belle comparaison psychologique entre les peuples agricoles qui ont disparu et les commer\u00e7ants :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Et il est peut-\u00eatre vrai de dire que<strong> le commerce, qui peuple les cit\u00e9s, rapproche les hommes sans les r\u00e9unir, et que l&rsquo;agriculture, qui les isole dans les campagnes, les r\u00e9unit sans les rapprocher.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et de conclure cruellement sur le destin colonial anglo-saxon :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ainsi <strong>le vol et l&rsquo;intemp\u00e9rance, vices particuliers aux sauvages, sont tr\u00e8s-communs chez les Anglais. Le peuple y est f\u00e9roce jusque dans ses jeux<\/strong>; les voyageurs l&rsquo;accusent d&rsquo;un penchant extr\u00eame \u00e0 la superstition, autres caract\u00e8res des peuples sauvages&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si &laquo; le credo a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par le cr\u00e9dit &raquo; (Marx toujours), la superstition aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est le fanatisme m\u00e9diatique (voyez Macluhan encore et la galaxie Gutenberg). Ces peuples soi-disant libres sont toujours les plus conditionn\u00e9s par la presse et leurs m\u00e9dias. &laquo; L&rsquo;ineptie qui se fait respecter partout, il n&rsquo;est plus permis d&rsquo;en rire &raquo;, \u00e9crit un Guy Debord toujours hautement inspir\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Angleterre, rappelle Bonald est aussi philosophe (&laquo; quelle race peu philosophique que ces Anglais &raquo;, \u00e9crira Nietzsche dans Jenseits, &sect;252), et sa philosophie a cr\u00e9\u00e9 le bourgeois moderne, &laquo; le dernier homme &raquo;, comme l&rsquo;a bien vu Fukuyama (The end of history, chapter XVII) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; On pourrait, avec plus de raison, repr\u00e9senter l&rsquo;Angleterre exportant dans les autres &Eacute;tats <strong>le philosophisme, dissolvant universel qu&rsquo;elle nous a envoy\u00e9 un peu brut \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, mais que nous avons raffin\u00e9 en France avec un si d\u00e9plorable succ\u00e8s.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>H\u00e9las, l&rsquo;Angleterre est une <em>puissance mim\u00e9tique<\/em>, disait Ren\u00e9 Girard, et Bonald avant lui :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les autres nations, et particuli\u00e8rement la France, n&rsquo;ont pas fait assez d&rsquo;attention \u00e0 <strong>cet engouement g\u00e9n\u00e9ral que les Anglais ont eu l&rsquo;art d&rsquo;inspirer pour leurs m&oelig;urs, leurs usages, leur litt\u00e9rature, leur constitution. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bonald voit poindre le continent am\u00e9ricain, qui sauvera les mis\u00e9reux de Dickens d&rsquo;une organisation sociale scandaleuse (combien de famines, de pendaisons, de d\u00e9portations ?) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Dans l&rsquo;\u00e9tat o&ugrave; se trouvent aujourd&rsquo;hui les deux mondes, il en faudrait un troisi\u00e8me o&ugrave; pussent se r\u00e9fugier tous les malheureux et tous les m\u00e9contents. <strong>L&rsquo;Am\u00e9rique, dans l&rsquo;autre si\u00e8cle, sauva peut-\u00eatre l&rsquo;Angleterre d&rsquo;un bouleversement total.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bonald explique m\u00eame l&rsquo;excentricit\u00e9 britannique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Apr\u00e8s les changements religieux et politiques arriv\u00e9s en Angleterre sous Henri VIII, on remarqua dans cette &icirc;le<strong> une prodigieuse quantit\u00e9 de fous, et il y a encore plus d&rsquo;hommes singuliers que partout ailleurs<\/strong>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les individus et m\u00eame le pays peuvent rester sympathiques (William Morris, Chesterton, Tolkien, mes t\u00e9moins de mariage&hellip;) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Heureusement pour l&rsquo;Angleterre, elle a conserv\u00e9 de vieux sentiments, avec ou plut\u00f4t malgr\u00e9 ses institutions. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Surtout, l&rsquo;Angleterre ne d\u00e9fend que l&rsquo;argent :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Dans ce gouvernement, il est, dans les temps ordinaires, <strong>plus ais\u00e9 au particulier de constituer en prison son d\u00e9biteur, qu&rsquo;au roi de faire arr\u00eater un s\u00e9ditieux<\/strong>, et <strong>il est moins dangereux pour sa libert\u00e9 personnelle d&rsquo;ourdir une conspiration que d&rsquo;endosser une lettre de change;<\/strong> c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle la libert\u00e9 publique. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut dire que le roi l\u00e0-bas n&rsquo;est pas un monarque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le mod\u00e8le social (Bonald \u00e9crit avant Dickens, il est contemporain du grand penseur incompris Godwin) reste ignominieux et humainement destructeur :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les fabriques et les manufactures qui entassent dans des lieux chauds et humides des enfants des deux sexes, alt\u00e8rent les formes du corps et d\u00e9pravent les \u00e2mes. <strong>La famille y gagne de l&rsquo;argent, des infirmit\u00e9s et des vices ; et l&rsquo;&Eacute;tat une population qui vit dans les cabarets et meurt dans les h\u00f4pitaux. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le commerce n&rsquo;enrichit pas forc\u00e9ment les nations, rappelle notre grand esprit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Le commerce fait la prosp\u00e9rit\u00e9 des &Eacute;tats; on le dit : mais avant tout il veut la sienne<\/strong>; et toutes les usurpations y trouvent des fournisseurs, la contrebande des assureurs, et les finances des agioteurs, qui font <strong>hausser ou baisser les fonds publics dans leur int\u00e9r\u00eat, et jamais dans celui de l&rsquo;&Eacute;tat. <\/strong>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La d\u00e9pravation sociale, morale, mentale, y est totale (relisez Defoe, l&rsquo;affreux de Quincey ou d\u00e9couvrez Hogarth sous un autre angle &ndash;le rake&rsquo;s progress) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Dans les petites villes, <strong>les spectacles et les caf\u00e9s, prodigieusement multipli\u00e9s, et les cabarets dans les campagnes, d\u00e9pravent et ruinent toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9<\/strong>, et troublent la paix et le bonheur des familles. <strong>Les tavernes et les liqueurs fortes sont, en Angleterre, une cause f\u00e9conde de mendicit\u00e9<\/strong>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9ficit commercial ? Perversion de mod\u00e8le \u00e9conomique ? D\u00e9pendance aux importations ? Lisez Bonald sur l&rsquo;Angleterre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Telle nation qu&rsquo;on regarde comme la plus riche, l&rsquo;Angleterre, par exemple, est, comme nation, r\u00e9ellement plus pauvre que bien d&rsquo;autres, parce qu&rsquo;elle est, comme nation, moins ind\u00e9pendante, et qu&rsquo;<strong>elle a, plus que les nations continentales, besoin des autres peuples et du commerce qu&rsquo;elle fait avec eux, sur eux, ou contre eux, pour subsister telle qu&rsquo;elle est. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Surtout pas de blocus, pas d&rsquo;autarcie alors :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; De l\u00e0 vient que la guerre la plus dangereuse qu&rsquo;on lui ait faite, est la mesure qui l&rsquo;excluait des ports de toute l&rsquo;Europe. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bonald ne parle pas de la dette publique qui \u00e9merveille Marx (Capital, I, sixi\u00e8me partie) et atteint 200% du PNB pendant les guerres napol\u00e9oniennes !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le bilan du miracle industriel c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par tous les imb\u00e9ciles depuis deux si\u00e8cles ou plus :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Qu&rsquo;est-il r\u00e9sult\u00e9 en Angleterre de l&rsquo;extension prodigieuse donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;industrie et au syst\u00e8me manufacturier ? <strong>une population excessive, une immense quantit\u00e9 de prol\u00e9taires, une taxe des pauvres qui accable les propri\u00e9taires, une guerre interminable entre agriculture , qui veut vendre ses denr\u00e9es \u00e0 un haut prix pour atteindre le haut prix des frais de culture, et les fabricants qui voudraient les acheter \u00e0 bon march\u00e9 pour pouvoir baisser le prix de leurs salaires et soutenir la concurrence dans les march\u00e9s \u00e9trangers ; l&rsquo;impossibilit\u00e9 \u00e0 une famille distingu\u00e9e de vivre \u00e0 Londres conform\u00e9ment \u00e0 son rang, m\u00eame avec cent mille livres de rente <\/strong>; tous les extr\u00eames de l&rsquo;opulence et de la mis\u00e8re, et les malheurs dont ils menacent tous les Etats. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et c&rsquo;est ce mod\u00e8le qui a triomph\u00e9 dans le monde ; il n&rsquo;aurait plus manqu\u00e9 que cela&hellip;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le vicomte de Bonald et le lugubre destin anglo-saxon Nous sommes domin\u00e9s par le monde anglo-am\u00e9ricain depuis deux si\u00e8cles, et sommes \u00e0 la veille de la troisi\u00e8me guerre mondiale voulue par ses \u00e9lites folles. 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