{"id":77745,"date":"2018-02-01T10:53:59","date_gmt":"2018-02-01T10:53:59","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/02\/01\/la-sagesse-biblique-de-montaigne-et-notre-actualite\/"},"modified":"2018-02-01T10:53:59","modified_gmt":"2018-02-01T10:53:59","slug":"la-sagesse-biblique-de-montaigne-et-notre-actualite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/02\/01\/la-sagesse-biblique-de-montaigne-et-notre-actualite\/","title":{"rendered":"La sagesse biblique de Montaigne et notre actualit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La sagesse biblique de Montaigne et notre actualit\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Fatigu\u00e9 des nouvelles du jour, je me remets \u00e0 glaner dans tout Montaigne. Sur nos guerres protestantes, am\u00e9ricaines, notre choc des civilisations, j&rsquo;y trouve ceci :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;&hellip; je trouve mauvais ce que je vois en usage aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est-\u00e0-dire de chercher \u00e0 affermir et imposer notre religion par la prosp\u00e9rit\u00e9 de nos entreprises.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre foi a suffisamment d&rsquo;autres fondements pour qu&rsquo;il ne soit pas n\u00e9cessaire de fonder son autorit\u00e9 sur les \u00e9v\u00e9nements. Car il y a danger quand le peuple, habitu\u00e9 \u00e0 ces arguments plausibles et bien de son go&ucirc;t, voit sa foi \u00e9branl\u00e9e par des \u00e9v\u00e9nements qui lui sont contraires et d\u00e9favorables. Ainsi en est-il des guerres de religion dans lesquelles nous sommes plong\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;abondance et de consommation qui produit sati\u00e9t\u00e9 et d\u00e9pression, j&rsquo;y trouve cela :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Pensons-nous que les enfants de ch&oelig;ur prennent vraiment du plaisir \u00e0 la musique ? La sati\u00e9t\u00e9 la leur rend plut\u00f4t ennuyeuse. Les festins, les danses, les mascarades, les tournois r\u00e9jouissent ceux qui ne les voient pas souvent, et qui d\u00e9sirent depuis longtemps les voir ; mais pour celui dont ils forment l&rsquo;ordinaire, le go&ucirc;t en devient fade et m\u00eame d\u00e9plaisant : les femmes n&rsquo;excitent plus celui qui en jouit autant qu&rsquo;il veut&hellip; Celui qui n&rsquo;a pas l&rsquo;occasion d&rsquo;avoir soif ne saurait avoir grand plaisir \u00e0 boire. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Montaigne ajoute, comme s&rsquo;il pensait \u00e0 nos comiques :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> \u00ab\u00a0Les farces des bateleurs nous amusent, mais pour eux, c&rsquo;est une vraie corv\u00e9e. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;abondance ? Il la d\u00e9finit ainsi Montaigne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il n&rsquo;est rien de si ennuyeux, d&rsquo;aussi \u00e9c&oelig;urant que l&rsquo;abondance. Quel d\u00e9sir ne s&rsquo;\u00e9mousserait d&rsquo;avoir trois cent femmes \u00e0 sa disposition, comme le Grand Turc dans son s\u00e9rail ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quel d\u00e9sir et quelle sorte de chasse pouvait bien avoir celui de ses anc\u00eatres qui n&rsquo;y allait jamais qu&rsquo;avec au moins sept mille fauconniers ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur l&rsquo;espionnage par l&rsquo;Etat profond, Montaigne nous rappelle tout simplement que les Grands sont plus espionn\u00e9s que les petits, mais qu&rsquo;ils y ont pris go&ucirc;t (pensez \u00e0 son pessimiste ami La Bo\u00e9tie):<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tout le monde redoute d&rsquo;\u00eatre contr\u00f4l\u00e9 et \u00e9pi\u00e9 ; les grands le sont jusque dans leurs comportements et leurs pens\u00e9es, le peuple estimant avoir le droit d&rsquo;en juger et int\u00e9r\u00eat \u00e0 le faire. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pensons au harc\u00e8lement de nos pauvres peoples. A son \u00e9poque c&rsquo;est pire :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Et il ne m&rsquo;est jamais venu \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que cela puisse constituer un quelconque avantage, dans la vie d&rsquo;un homme cultiv\u00e9, que d&rsquo;avoir une vingtaine d&rsquo;observateurs quand il est sur sa chaise perc\u00e9e&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Deux si\u00e8cles avant Montesquieu, Montaigne d\u00e9nonce les caprices de la mode :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La fa\u00e7on dont nos lois tentent de r\u00e9gler les folles et vaines d\u00e9penses de table et de v\u00eatements semble avoir un effet contraire \u00e0 son objet. Le vrai moyen, ce serait de susciter chez les hommes le m\u00e9pris de l&rsquo;or et de la soie, consid\u00e9r\u00e9s comme des choses vaines et inutiles. Au lieu de cela, nous en augmentons la consid\u00e9ration et la valeur qu&rsquo;on leur attache, ce qui est bien une fa\u00e7on stupide de proc\u00e9der si l&rsquo;on veut en d\u00e9go&ucirc;ter les gens. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La mode va vite comme la t\u00e9l\u00e9 (cf. Virgile-Ovide) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il est \u00e9tonnant de voir comment la coutume, dans ces choses de peu d&rsquo;importance, impose si facilement et si vite son autorit\u00e9. &Agrave; peine avions-nous port\u00e9 du drap pendant un an \u00e0 la cour, pour le deuil du roi Henri II, que d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;opinion de tous, la soie \u00e9tait devenue si vulgaire, que si l&rsquo;on en voyait quelqu&rsquo;un v\u00eatu, on le prenait aussit\u00f4t pour un bourgeois. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Fontaine dira que le courtisan est un ressort. Montaigne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le reste de la France prend pour r\u00e8gle celle de la cour.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Que les rois renoncent \u00e0 cette vilaine pi\u00e8ce de v\u00eatement qui montre si ostensiblement nos membres intimes, \u00e0 ce balourd grossissement des pourpoints qui nous fait si diff\u00e9rents de ce que nous sommes et si incommode pour s&rsquo;armer, \u00e0 ces longues tresses eff\u00e9min\u00e9es de cheveux&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Montaigne vit au <em>pr\u00e9sent perp\u00e9tue<\/em>l, les ridicules qu&rsquo;ils d\u00e9noncent sont donc ceux de la cit\u00e9 grecque d&rsquo;Alan Bloom et Platon :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Dans ses <em>Lois, <\/em>Platon estime que rien n&rsquo;est plus dommageable \u00e0 sa cit\u00e9 que de permettre \u00e0 la jeunesse de changer ses accoutrements, ses gestes, ses danses, ses exercices et ses chansons, en passant d&rsquo;une mode \u00e0 l&rsquo;autre, adoptant tant\u00f4t tel jugement, tant\u00f4t tel autre, et de courir apr\u00e8s les nouveaut\u00e9s, adulant leurs inventeurs. C&rsquo;est ainsi en effet que les m&oelig;urs se corrompent, et que les anciennes institutions se voient d\u00e9daign\u00e9es, voire m\u00e9pris\u00e9es. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Oui, il n&rsquo;est pas trop r\u00e9formateur, Montaigne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parfois il divague gentiment et il nous fait r\u00eaver avec ce qu&rsquo;il a lu dans sa biblioth\u00e8que digne de Borges (voyez Gu\u00e9non, R\u00e8gne de la Quantit\u00e9, les limites de l&rsquo;histoire et de la g\u00e9ographie) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; On lit dans H\u00e9rodote qu&rsquo;il y a des peuples chez qui les hommes dorment et veillent par demi ann\u00e9es. Et ceux qui ont \u00e9crit la vie du sage &Eacute;pim\u00e9nide disent qu&rsquo;il dormit cinquante-sept ans de suite. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bon catholique, homme raisonnable surtout, Montaigne tape sur la R\u00e9forme, rappelant que deux si\u00e8cles avant la r\u00e9volution on a voulu changer les noms :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La post\u00e9rit\u00e9 ne dira pas que notre R\u00e9forme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui a \u00e9t\u00e9 subtile et judicieuse ; car elle n&rsquo;a pas seulement combattu les erreurs et les vices, et rempli le monde de d\u00e9votion, d&rsquo;humilit\u00e9, d&rsquo;ob\u00e9issance, de paix et de toutes les vertus. <strong>Elle est aussi all\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 combattre ces anciens noms de bapt\u00eame <\/strong>tels que Charles, Louis, Fran\u00e7ois, pour peupler le monde de Mathusalem, &Eacute;z\u00e9chiel, Malachie, suppos\u00e9s plus impr\u00e9gn\u00e9s par la foi ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur ce sujet lisez son disciple Rothbard et son texte sur l&rsquo;id\u00e9al communisme-mill\u00e9nariste des protestants, en particulier des anabaptistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lire Montaigne (il d\u00e9nonce le rustre son temps et sa mode eff\u00e9min\u00e9es !), qui nourrit Pascal, Cervant\u00e8s et Shakespeare, c&rsquo;est retomber dans l&rsquo;enfance de la sagesse de la grande civilisation europ\u00e9enne aujourd&rsquo;hui engloutie. Une sagesse biblique un rien sceptique, h\u00e9rit\u00e9e de Salomon, plus sympathique que celle du sinistre Francis Bacon, qui triompha avec son Atlantide scientiste et son coll\u00e8ge d&rsquo;experts en folles manipulations psychologiques, g\u00e9n\u00e9tiques et m\u00eame agronomiques (lisez-le pour ne pas rire). Montaigne a moins voulu nous pr\u00e9venir contre la tradition que contre cette folle quantit\u00e9 de coutumes, de modes et de snobismes qui s&rsquo;imposeraient dans notre monde moderne d\u00e9racin\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On le laisse nous remettre chr\u00e9tiennement \u00e0 notre place (apologie de Raymond Sebond) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le moyen que j&rsquo;utilise pour combattre cette fr\u00e9n\u00e9sie, celui qui me semble le plus propre \u00e0 cela, c&rsquo;est de froisser et fouler aux pieds l&rsquo;orgueil et la fiert\u00e9 humaine. Il faut faire sentir \u00e0 ces gens-l\u00e0 l&rsquo;inanit\u00e9, la vanit\u00e9, et le n\u00e9ant de l&rsquo;homme, leur arracher des mains les faibles armes de la raison, leur faire courber la t\u00eate et mordre la poussi\u00e8re sous le poids de l&rsquo;autorit\u00e9 et du respect de la majest\u00e9 divine. Car c&rsquo;est \u00e0 elle, et \u00e0 elle seule qu&rsquo;appartiennent la connaissance et la sagesse&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 pour le paganisme aseptis\u00e9 de nos couillons de nos manuels scolaires !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ou bien (Essais, I, L) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je ne pense pas qu&rsquo;il y ait en nous autant de malheur que de frivolit\u00e9, autant de m\u00e9chancet\u00e9 que de b\u00eatise ; nous sommes moins remplis de mal que d&rsquo;inanit\u00e9, nous sommes moins malheureux que vils. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A transmettre \u00e0 Davos. Et comme on parlait du roi Salomon, on citera ses proverbes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; La gloire de Dieu est de cacher une chose, et la gloire des rois est de sonder une chose. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Enfin pour  faire lire et relire Montaigne je prends plaisir \u00e0 recommander l&rsquo;\u00e9dition-traduction de Guy de Pernon, que j&rsquo;ai trouv\u00e9e juteuse et agr\u00e9able, presque autant que le l\u00e9gendaire texte original (ebooksgratuits.com).<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La sagesse biblique de Montaigne et notre actualit\u00e9 Fatigu\u00e9 des nouvelles du jour, je me remets \u00e0 glaner dans tout Montaigne. 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