{"id":77787,"date":"2018-02-20T06:11:14","date_gmt":"2018-02-20T06:11:14","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/02\/20\/comment-internet-et-linformatique-ont-cree-notre-dystopie\/"},"modified":"2018-02-20T06:11:14","modified_gmt":"2018-02-20T06:11:14","slug":"comment-internet-et-linformatique-ont-cree-notre-dystopie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/02\/20\/comment-internet-et-linformatique-ont-cree-notre-dystopie\/","title":{"rendered":"Comment Internet et l&rsquo;informatique ont cr\u00e9\u00e9 notre dystopie"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Comment Internet et l&rsquo;informatique ont cr\u00e9\u00e9 notre dystopie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pendant que nous avons le nez plong\u00e9 dans nos portables ou nos \u00e9crans d&rsquo;ordinateur, le monde s&rsquo;endette, s&rsquo;enlaidit et s&rsquo;appauvrit. Les huit hommes les plus riches du monde ont autant que les quatre ou cinq milliards les plus pauvres, et cent millions de gamines pas forc\u00e9ment idiotes s&rsquo;extasient tous les jours de la page Instagram de la fille Jenner. On peut continuer pendant des pages&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les hommes les plus riches du monde sont souvent jeunes et sortis de la nouvelle \u00e9conomie. Ils hypnotisent ou contr\u00f4lent des milliards d&rsquo;hommes (Alfred Hitchcock parle d&rsquo;<em>une orgue dont les touches sont l&rsquo;humanit\u00e9, et que les malins font r\u00e9sonner \u00e0 volont\u00e9<\/em>), emploient des milliers ou des millions de personnes en Inde ou ailleurs, et pay\u00e9s au lance-pi\u00e8ces. La globalisation est n\u00e9o-f\u00e9odale et divise le monde en deux castes principales : les <em>brainlords<\/em>, les<em> manipulateurs de symboles<\/em>, qui ont d\u00e9truit les classes moyennes en occident par le &laquo; progr\u00e8s technologique &raquo; (d\u00e9fense d&rsquo;exploser de rire) et<em> les techno-serfs<\/em>. On va tout expliquer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici comment j&rsquo;annon\u00e7ais la situation pr\u00e9sente \u00e0 la fin de mon livre sur Internet nouvelle voie initiatique (les Belles lettres, 2000), traduit en portugais et recens\u00e9 par Roger-Pol Droit dans le Monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Si le programme de la nouvelle \u00e9conomie est la richesse et l&rsquo;information pour tout le monde, la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. <strong>Robert Reich avait d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 en 1990 que l&rsquo;informatique ne nourrissait pas du tout son homme. Il distingue une \u00e9lite, des cadres et des mainteneurs, charg\u00e9s de vider ou de recharger les machines.<\/strong> L&rsquo;assemblage des ordinateurs ne co&ucirc;te gu\u00e8re non plus, quand il est fait au Mexique ou en Malaisie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;externalisation vers les pays les plus pauvres est contemporaine de cette explosion de richesses soudaines concentr\u00e9e entre les mains de quelques-uns. 85 % de la croissance boursi\u00e8re am\u00e9ricaine est rest\u00e9e entre les mains de 10 % de la population. En France m\u00eame, paradis autoproclam\u00e9 du socialisme, les richesses boursi\u00e8res ont d\u00e9cupl\u00e9 en dix ans ; et pendant que les m\u00e9dias c\u00e9l\u00e8brent les stock-options et les richesses en papier des cr\u00e9ateurs de start-up, ils passent sous silence les difficult\u00e9s de dix millions de personnes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une nouvelle \u00e9conomie techno-f\u00e9odale qui distingue les <em>information rich<\/em> et les <em>information-poor<\/em> (et certes il ne suffit pas de se connecter sur le r\u00e9seau pour \u00eatre information rich) fait les d\u00e9lices des pol\u00e9mistes. <strong>Le gourou du management moderne Peter Drucker d\u00e9nonce cette soci\u00e9t\u00e9 qui fonctionne non plus \u00e0 deux mais \u00e0 dix vitesses : &laquo; Il y a aujourd&rsquo;hui une attention d\u00e9mesur\u00e9e port\u00e9e aux revenus et \u00e0 la richesse. Cela d\u00e9truit l&rsquo;esprit d&rsquo;\u00e9quipe. &raquo;<\/strong> Drucker comme le stupide T\u00f6ffler, qui devraient se rappeler que Dante les mettrait au purgatoire en tant que faux devins, font mine de d\u00e9couvrir que la pure comp\u00e9tition intellectuelle g\u00e9n\u00e8re encore plus d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s que la comp\u00e9tition physique. C&rsquo;est bien pour cela que les peuples dont les cultures symboliques sont les plus anciennes se retrouvent leaders de la Nouvelle &Eacute;conomie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>C&rsquo;est encore un artiste, un \u00e9crivain de science-fiction, qui a le mieux d\u00e9crit le monde f\u00e9odal en train d&rsquo;\u00e9merger, et qui disloque les sch\u00e9mas keyn\u00e9siens archa\u00efques.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>William Gibson, l&rsquo;inventeur du cyberspace, imaginait en 1983 une soci\u00e9t\u00e9 duale gouvern\u00e9e par l&rsquo;aristocratie des cyber-cowboys naviguant dans les sph\u00e8res virtuelles. La pl\u00e8be des non-connect\u00e9s \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9e comme la viande<\/strong>. Elle rel\u00e8ve de l&rsquo;ancienne \u00e9conomie et de la vie ordinaire d\u00e9nonc\u00e9e par les \u00e9sot\u00e9ristes. La nouvelle \u00e9lite vit entre deux jets et deux espaces virtuels, elle d\u00e9cide de la consommation de tous, ayant une fois pour toutes assur\u00e9 le consommateur qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi libre ou si responsable. Dans une interview diffus\u00e9e sur le Net, Gibson, qui est engag\u00e9 \u00e0 gauche et se bat pour un Internet libertaire, d\u00e9nonce d&rsquo;ailleurs la transformation de l&rsquo;Am\u00e9rique en dystopie (deux millions de prisonniers, quarante millions de travailleurs non assur\u00e9s&#8230;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lui-m\u00eame souffre d&rsquo;agoraphobie cyber-spatiale et ne se connecte jamais ; mais il encourage les pauvres, <em>I&rsquo;underclas<\/em>s, \u00e0 le faire pour oublier ou d\u00e9passer le cauchemar social am\u00e9ricain. Et de regretter que pendant les \u00e9meutes de Los Angeles les pauvres ne volaient pas d&rsquo;ordinateurs, seulement des appareils hi-fi &#8230; Comme nos progressistes, Gibson n&rsquo;admet pas que les pauvres ne veuillent pas leur bien. Une classe de cyber-sh\u00e9rifs obligera sans doute un jour les pauvres et les autres \u00e0 se connecter pour leur bien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Pour Michael Vlahos, dans la Byte City de l&rsquo;an 2020 qu&rsquo;il d\u00e9crit sur le Web, les castes dirigeantes regrouperont les gens les mieux inform\u00e9s. Ce sont les brainlords. Viennent ensuite les cyber-yuppies puis les cyber-serfs, le peuple perdu <\/strong>(on retrouve cette division chez Reich, Huxley, et mon ami Raymond Abellio avait recycl\u00e9 les castes hindoues dans ses<em> romans du huiti\u00e8me jour<\/em>). L&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 n&rsquo;est ici pas d\u00e9nonc\u00e9e avec des larmes de crocodiles, elle est au contraire encourag\u00e9e et c\u00e9l\u00e9br\u00e9e avec cynisme. Pendant longtemps &ndash; avant la r\u00e9volution industrielle &#8211; les forts en th\u00e8me et en maths n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 riches ; ils le deviennent avec le r\u00e9seau, la technologie et le n\u00e9ocapitalisme qui ne r\u00e9compense plus seulement les meilleurs, mais les plus intelligents<strong>. C&rsquo;est \u00e0 une domination n\u00e9o-cl\u00e9ricale qu&rsquo;il faut s&rsquo;attendre maintenant. Abellio me parlait du retour de la caste sacerdotale ; lui-m\u00eame \u00e9crivit deux livres sur la bible comme document chiffr\u00e9 (voyez mon chapitre sur la technognose).<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Les rois de l&rsquo;algorithme vont d\u00e9tr\u00f4ner les rois du p\u00e9trole. Les malchanceux ont un internaute fameux, Bill Lessard, qui d\u00e9nonce cette nouvelle pauvret\u00e9 de la nouvelle \u00e9conomie. Lessard \u00e9voque cinq millions de techno-serfs dans la Nouvelle &Eacute;conomie, qui sont \u00e0 Steve Case ce que le nettoyeur de pare-brise de Bogota est au patron de la General Motors.<\/strong> Dans la pyramide sociale de Lessard, qui rappelle celle du film Blade Runner (le roi de la biom\u00e9canique tr\u00f4ne au sommet pendant que les mis\u00e9reux s&rsquo;entassent dans les rues), on retrouve les &laquo; \u00e9boueurs &raquo; qui entretiennent les machines, les travailleurs sociaux ou webmasters, les &laquo; codeurs &raquo; ou chauffeurs de taxi, les cow-boys ou truands de casino, les chercheurs d&rsquo;or ou gigolos, les chefs de projet ou cuisiniers, les pr\u00eatres ou fous inspir\u00e9s, les robots ou ing\u00e9nieurs, enfin les requins des affaires.<strong> Seuls les quatre derniers groupes sont privil\u00e9gi\u00e9s. Le r\u00eave futuriste de la science-fiction est plus archa\u00efque que jamais. Et il est en train de se r\u00e9aliser, \u00e0 coups de bulle financi\u00e8re et de fusions &#8230;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gibson reprend dans son roman le th\u00e8me gnostique du rejet du corps. Case &laquo; taille des ouvertures dans de riches banques de donn\u00e9es &raquo;, il est donc un hacker. Puni, il voit son syst\u00e8me nerveux endommag\u00e9 par une myxotonine russe (toujours ces Russes ! Sont-ils utiles tout de m\u00eame !), et c&rsquo;est &laquo; la Chute. Dans les bars qu&rsquo;il fr\u00e9quentait du temps de sa gloire, l&rsquo;attitude \u00e9litiste exigeait un certain m\u00e9pris pour la chair. Le corps, c&rsquo;\u00e9tait de la viande. Case \u00e9tait tomb\u00e9 dans la prison de sa propre chair. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gibson a popularis\u00e9 le cyberspace.<strong> Le h\u00e9ros Case, un cow-boy donc, avait &laquo; projet\u00e9 sa conscience d\u00e9sincarn\u00e9e au sein de l&rsquo;hallucination consensuelle qu&rsquo;\u00e9tait la matrice &raquo;<\/strong>. L&rsquo;expression &laquo; hallucination consensuelle &raquo; \u00e9voque les univers conditionn\u00e9s de Philip K. Dick, elle \u00e9voque surtout le r\u00e9seau des r\u00e9seaux, param\u00e9tr\u00e9 pour nous faire vivre une seconde et meilleure vie. <strong>&laquo; La matrice tire ses origines des jeux vid\u00e9o, explique Gibson, des tout premiers programmes holographiques et des exp\u00e9rimentations militaires &#8230; une guerre spatiale en deux dimensions s&rsquo;\u00e9vanouit derri\u00e8re une for\u00eat de foug\u00e8res g\u00e9n\u00e9r\u00e9es de mani\u00e8re math\u00e9matique, d\u00e9montrant les possibilit\u00e9s spatiales de spirales logarithmiques &#8230; le cyberspace est une repr\u00e9sentation graphique extraite des m\u00e9moires de tous les ordinateurs du syst\u00e8me humain &#8230; des traits de lumi\u00e8re dispos\u00e9s dans le non-espace de l&rsquo;esprit. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet univers algorithmique et non-spatial est domin\u00e9 par des Modernes, &laquo; version contemporaine des grands savants du temps de ses vingt ans &#8230; des mercenaires, des rigolos, des techno-f\u00e9tichistes nihilistes &raquo;. <strong>Gibson nous fait comprendre de qui ces Modernes sont les h\u00e9ritiers : &laquo; Pendant des milliers d&rsquo;ann\u00e9es, les hommes ont r\u00eav\u00e9 de pactes avec les d\u00e9mons. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur ces questions lisez Erik Davies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Le monde techno-parano\u00efaque de Gibson, o&ugrave; l&rsquo;on est identifi\u00e9 par son code de Turing, est dirig\u00e9 par des multinationales \u00e0 qui il donne le fameux nom nippon de zaibatsu<\/strong>. Ces derniers, &laquo; qui mod\u00e8lent le cours de l&rsquo;histoire humaine, avaient transcend\u00e9 les vieilles barri\u00e8res. Vus comme des organismes, ils \u00e9taient parvenus \u00e0 une sorte d&rsquo;immortalit\u00e9 &raquo;. Le Neuromancien s&rsquo;ach\u00e8ve par la vision d&rsquo;une araign\u00e9e cybern\u00e9tique qui tisse sa toile pendant le sommeil de tous (&hellip;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les brainlords nous laissent miroiter la noosph\u00e8re, et accaparent la bonne terre. Ils sont les dignes h\u00e9ritiers des \u00e9v\u00eaques m\u00e9di\u00e9vaux. Evoquons la r\u00e9sistance maintenant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>L&rsquo;injustice moderne g\u00e9n\u00e8re alors ses h\u00e9r\u00e9tiques et ses rebelles, les hackers. Les hackers, ou pirates du Web, sont les nouveaux brigands de la soci\u00e9t\u00e9 techno-f\u00e9odale. Sans scrupules et surdou\u00e9s, ils reproduisent les arch\u00e9types des voleurs de Bagdad et des Mandrins d&rsquo;antan.<\/strong> C&rsquo;est sans doute pour cela qu&rsquo;ils sont rarement condamn\u00e9s s\u00e9v\u00e8rement : ils suscitent trop d&rsquo;admiration. Ils sont susceptibles d&rsquo;autre part de pirater les puissants, soci\u00e9t\u00e9s, administrations, portails importants, et donc de venger l&rsquo;internaute moyen. Ils font peur, comme le dieu Loki de la mythologie scandinave qui passe des farces et attrapes au Ragnarok ; car ils peuvent d\u00e9clencher l&rsquo;apocalypse virtuelle qui fascine tout le monde et justifient les stocks d&rsquo;or ou les garde-manger des milices et des parano\u00efaques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le hacker repr\u00e9sente le dernier bandit de l&rsquo;histoire, et le premier criminel du cyberspace. Il y a une mystique du hacker qui recoupe celle du Graal. C&rsquo;est le tr\u00e8s professionnel Mark Pesce qui l&rsquo;affirme dans un texte baptis\u00e9 Ignition et adress\u00e9 aux world movers, aux cyber-nomades du Grand Esprit. L&rsquo;inventeur du langage virtuel \u00e9nonce les v\u00e9rit\u00e9s suivantes : &laquo; Commen\u00e7ons par l&rsquo;objet de notre d\u00e9sir. Il existe, il a exist\u00e9 de tout temps, et il continuera \u00e9ternellement. Il a retenu l&rsquo;attention des mystiques, des sorci\u00e8res et des hackers de toutes les \u00e9poques. C&rsquo;est le Graal. La mythologie du Sangraal &#8211; du Saint-Graal &#8211; est l&rsquo;arch\u00e9type de l&rsquo;illumination retir\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9v\u00e9lation du Graal est toujours une exp\u00e9rience personnelle et unique &#8230; Je sais &ndash; parce que je l&rsquo;ai entendu d&rsquo;innombrables fois de beaucoup de gens dans le monde &#8211; que le moment de la r\u00e9v\u00e9lation est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment commun de notre exp\u00e9rience en tant que communaut\u00e9. Le Graal est notre ferme fondation. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(&hellip;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le cyberspace de Pesce correspond \u00e0 l&rsquo;espace sacr\u00e9 ant\u00e9rieur d\u00e9crit par Mircea Eliade. Dans un monde pollu\u00e9 et r\u00e9ifi\u00e9 par la consommation touristique, le cyberspace devient le nec plus ultra du p\u00e8lerinage mystique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Pesce pr\u00e9sente ici le hacker comme un mystique h\u00e9r\u00e9tique en qu\u00eate du Graal. Le Graal est li\u00e9 au centre sacr\u00e9, Montsalvat ou le ch\u00e2teau du roi-p\u00eacheu<\/strong>r. Il est p\u00e8re nourricier, donne vie \u00e9ternelle et sant\u00e9, et la connaissance absolue du monde : tout ce qui est attendu par les pr\u00eatres du cyberspace et du Net, cens\u00e9s r\u00e9soudre toutes les contradictions de l&rsquo;humanit\u00e9. Le hacker dans ce cadre fait figure de chevalier sauvage. L&rsquo;expression chevalier sauvage d\u00e9signe le guerrier initi\u00e9, soumis \u00e0 la solitude et \u00e0 l&rsquo;effroi des lieux les plus sinistres, mais \u00e9galement \u00e0 la volont\u00e9 du Bien, celui qui comme Lancelot n&rsquo;a pas un sillon de terre et qui sillonne toute la terre pour qu\u00e9rir les aventures les plus \u00e9tranges et merveilleuses. Comme le jongleur (joker de Batman, homme qui rit de Hugo), initi\u00e9 mu\u00e9 en bouffon, l&rsquo;extraordinaire Lancelot se d\u00e9place sans cesse dans un espace-temps o&ugrave; rien ne le retient, si ce n&rsquo;est ce lien particulier qui le relie \u00e0 l&rsquo;Esprit, et qui est figur\u00e9 par sa Dame la Reine, source de de vie et de sagesse pour tout chevalier sauvage, tout Fid\u00e8le d&rsquo; Amour. Montsalvat est un lieu o&ugrave; l&rsquo;espace rejoint le temps, comme dit Wagner. L&rsquo;\u00e8re num\u00e9rique r\u00e9pond ainsi \u00e0 des aspirations imm\u00e9moriales.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Bibliographie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Perceval et la reine (alchimie et \u00e9sot\u00e9risme dans la litt\u00e9rature arthurienne, pr\u00e9face de Nicolas Richer, professeur \u00e0 l&rsquo;EN.S., Amazon.fr) &ndash; Internet nouvelle voie initiatique (Amazon.fr, Avatar \u00e9ditions) &ndash; Comment les peuples sont devenus jetables (Amazon.fr)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>William Gibson &ndash; Le neuromancien (Editions j&rsquo;ai lu)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Erik Davies &ndash; Techgnosis<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Roger-Pol Doit, les d\u00e9mons du web (29.09.2000). Je cite un extrait de son article :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Nicolas Bonnal brosse le portrait de cette r\u00e9surgence de vieilles terreurs sur les r\u00e9seaux nouveaux. D&rsquo;apr\u00e8s lui, nous serions en pleine croissance de la technognose. Ainsi, le &laquo; w &raquo; correspondant en h\u00e9breu au chiffre 6, beaucoup se pr\u00e9occuperaient aujourd&rsquo;hui que le World Wide Web (www) \u00e9quivale \u00e0 666, soit le chiffre de la B\u00eate dans l&rsquo;Apocalypse de Jean. Le Net, ce serait le filet contre lequel Job se battait d\u00e9j\u00e0. Dans la kabbale, il n&rsquo;est question, comme sur Internet, que de portails, de codes, de n&oelig;uds. Comme dans la gnose, la vieille lutte contre le corps, ses pesanteurs et ses incoh\u00e9rences, est \u00e0 l&rsquo;ordre du jour : certains r\u00eavent d&rsquo;entrer dans le r\u00e9seau, de devenir t\u00e9l\u00e9chargeables, de survivre comme pure information. Pour ces anges New Age, \u00e9videmment, notre viande est une g\u00eane. Ils r\u00eavent de n&rsquo;\u00eatre que lumi\u00e8re, instantan\u00e9ment diffus\u00e9e dans un monde sans pesanteur ni animalit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les hackers, ces pirates qui contournent les barri\u00e8res et les mesures de s\u00e9curit\u00e9 des syst\u00e8mes informatiques, sont les chevaliers d&rsquo;Internet, selon Nicolas Bonnal. D\u00e9jouer les plus retorses d\u00e9fenses est leur qu\u00eate du Graal, aussi interminable que celle des compagnons du roi Arthur. Ce ne serait donc pas un hasard si les jeux de r\u00f4les &#8211; donjons, dragons et autres occasions de mortels combats &#8211; se sont d\u00e9velopp\u00e9s sur la Toile de mani\u00e8re spectaculaire. Les ordinateurs se d\u00e9lectent d&rsquo;anciennes l\u00e9gendes. Ils brassent all\u00e9grement Pythagore et la Kabbale, des secrets chiffr\u00e9s et des m&oelig;urs m\u00e9di\u00e9vales. On les croyait postmodernes. Ils risquent de se r\u00e9v\u00e9ler pr\u00e9classiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Nicolas Bonnal, en d\u00e9pit de certaines imperfections, met le doigt sur une question importante : le monde hypertechnique est aussi un univers mythologique, r\u00e9gressif, cr\u00e9dule, travers\u00e9 \u00e9ventuellement de toutes les hantises et les phobies des \u00e2ges les plus anciens, celles que l&rsquo;on avait cru trop vite r\u00e9volues. Sans doute ne faut-il pas noircir aussit\u00f4t le tableau. Il n&rsquo;est pas vrai que nos disques durs soient truff\u00e9s de signes mal\u00e9fiques et nos modems peupl\u00e9s de gremlins pr\u00eats \u00e0 bondir. Mais il y a une tendance. Une sorte de boucle possible entre l&rsquo;avenir et le pass\u00e9. Le futur risque d&rsquo;\u00eatre archa\u00efque. On pense \u00e0 ce mot attribu\u00e9 \u00e0 Einstein : \u00ab\u00a0Je ne sais pas comment la troisi\u00e8me guerre mondiale sera men\u00e9e, mais je sais comment le sera la quatri\u00e8me : avec des b\u00e2tons et des pierres.\u00a0\u00bb &raquo; <\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment Internet et l&rsquo;informatique ont cr\u00e9\u00e9 notre dystopie Pendant que nous avons le nez plong\u00e9 dans nos portables ou nos \u00e9crans d&rsquo;ordinateur, le monde s&rsquo;endette, s&rsquo;enlaidit et s&rsquo;appauvrit. Les huit hommes les plus riches du monde ont autant que les quatre ou cinq milliards les plus pauvres, et cent millions de gamines pas forc\u00e9ment idiotes&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[27],"tags":[18127,2631,3870,6054,15572,12479,18125,14224,18124,18129,18128,18126],"class_list":["post-77787","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-archaique","tag-de","tag-droit","tag-ere","tag-futur","tag-graal","tag-linformatique","tag-mythologie","tag-perceval","tag-postmodernes","tag-preclassiques","tag-roger-pol"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77787","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77787"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77787\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77787"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77787"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77787"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}