{"id":77793,"date":"2018-02-24T05:45:06","date_gmt":"2018-02-24T05:45:06","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/02\/24\/bunuel-et-le-grand-neant-des-societes-modernes\/"},"modified":"2018-02-24T05:45:06","modified_gmt":"2018-02-24T05:45:06","slug":"bunuel-et-le-grand-neant-des-societes-modernes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/02\/24\/bunuel-et-le-grand-neant-des-societes-modernes\/","title":{"rendered":"Bu\u00f1uel et le grand n\u00e9ant des soci\u00e9t\u00e9s modernes"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Bu&ntilde;uel et le grand n\u00e9ant des soci\u00e9t\u00e9s modernes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Je d\u00e9couvre enchant\u00e9 le livre de sagesse de Luis Bu&ntilde;uel, <em>mi ultimo suspirio.<\/em> Il r\u00e9sume sa vie aventureuse et formidable, \u00e0 la pointe de la modernit\u00e9 comme on dit ; mais aussi il d\u00e9coche \u00e7\u00e0 et l\u00e0, comme un autre grand de la r\u00e9bellion d&rsquo;alors, Orson Welles, des traits remarquables contre notre monde (nos &laquo; soci\u00e9t\u00e9s &raquo;) moderne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il commence par me rassurer, Don Luis : le moyen \u00e2ge a dur\u00e9 plus qu&rsquo;on ne le croit dans le milieu traditionnel !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<strong> On peut dire que dans la ville o&ugrave; je suis n\u00e9 (22 f\u00e9vrier 1900) le Moyen Age a dur\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale. C&rsquo;\u00e9tait une soci\u00e9t\u00e9 isol\u00e9e et immobile, dans laquelle les diff\u00e9rences de classe \u00e9taient bien marqu\u00e9es. Le respect et la subordination des travailleurs aux grands seigneurs, aux propri\u00e9taires terriens, profond\u00e9ment enracin\u00e9s dans les vieilles coutumes, semblaient immuables.<\/strong> La vie se d\u00e9veloppa, horizontale et monotone, d\u00e9finitivement ordonn\u00e9e et dirig\u00e9e par les cloches de l&rsquo;\u00e9glise d&rsquo;El Pilar. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet arrogant monde moderne dont parle aussi Ortega Y Gasset  se manifestera par la guerre d&rsquo;Espagne et son million de morts. <strong>Fascisme et cl\u00e9ricalisme certes, mais aussi communisme et anarchisme pour empiler des corps. Le lib\u00e9ralisme privatisera les survivants.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bu&ntilde;uel parle tr\u00e8s bien de Calanda, son pueblo aragonais, et de son vendredi saint, rythm\u00e9 par des tambours cosmiques (\u00e0 d\u00e9couvrir sur Youtube.com). Mais il ajoute :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aujourd&rsquo;hui, \u00e0 Calanda, il n&rsquo;y a plus de pauvres qui sentent les vendredis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du mur de l&rsquo;\u00e9glise pour demander un morceau de pain. La ville est relativement prosp\u00e8re, les gens vivent bien. Le costume typique, la ceinture, le cachirulo \u00e0 la t\u00eate et le pantalon \u00e9troit ont disparu depuis longtemps.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les rues sont pav\u00e9es et \u00e9clair\u00e9es. Il y a de l&rsquo;eau courante, des \u00e9gouts, des cin\u00e9mas et des bars. Comme dans le reste du monde,<strong> la t\u00e9l\u00e9vision contribue efficacement \u00e0 la d\u00e9personnalisation du spectateur. Il y a des voitures, des motos, des r\u00e9frig\u00e9rateurs, un bien-\u00eatre mat\u00e9riel bien pr\u00e9par\u00e9, \u00e9quilibr\u00e9 par cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 nous, o&ugrave; le progr\u00e8s scientifique et technologique a rel\u00e9gu\u00e9 dans un lointain territoire la morale et la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;homme. L&rsquo;entropie &#8211; le chaos &#8211; a pris la forme de plus en plus effrayante de l&rsquo;explosion d\u00e9mographique. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tel quel. Je ne commente m\u00eame pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Don Luis rappelle comme Michelet (On se permet de m\u00e9priser Michelet maintenant ?) que le Moyen Age a eu la vie dure (1789 en France, 1914 en Espagne et ailleurs parfois !) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>J&rsquo;ai eu la chance de passer mon enfance au Moyen &Acirc;ge, cette p\u00e9riode &laquo;douloureuse et exquise&raquo;, comme le dit Huysmans. Douloureux dans le mat\u00e9riel. Exquis dans le spirituel. Le contraire d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout est dit. Comme Guy Debord Bu&ntilde;uel aime boire. Mais comme pour Guy Debord il y a eu un mais (moi je suis arriv\u00e9 trop tard, le monde \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mort dans les ann\u00e9es 70). Les centres commerciaux remplacent les coll\u00e8ges j\u00e9suites \u00e0 Saragosse et on vide les lieux :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Malheureusement, et pour aucune raison valable, le bar a ferm\u00e9. Nous nous voyons encore Silberman, Jean-Claude et moi en 1980, l&rsquo;h\u00f4tel errant comme des \u00e2mes perdues \u00e0 la recherche d&rsquo;un niveau acceptable, il est un mauvais souvenir,<strong> notre temps d\u00e9vastateur d\u00e9truit tout ne respecte pas m\u00eame les bars. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une ligne admirable sur la fin des ap\u00e9ritifs :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Malheureusement, ces combinaisons admirables sont en train de dispara&icirc;tre. <strong>Nous assistons \u00e0 une effroyable d\u00e9cadence de l&rsquo;ap\u00e9ritif, triste signe des temps. Un de plus. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme Samuel Beckett alors (&laquo; nous sommes tous cons, mais pas au point de voyager &raquo;, voyez mon <em>Voyageur \u00e9veill\u00e9<\/em> ou mon <em>apocalypse touristique)<\/em>, Bu&ntilde;uel envoie digne promener le tourisme :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Puis, apr\u00e8s 1934, je me suis install\u00e9 \u00e0 Madrid. Je n&rsquo;ai jamais voyag\u00e9 pour le plaisir.<strong> Cet amour pour le tourisme, si r\u00e9pandu pour moi autour, c&rsquo;est inconnu pour moi.<\/strong> Je ne ressens aucune curiosit\u00e9 pour les pays que je ne connais pas et que je ne rencontrerai jamais. Au contraire, j&rsquo;aime retourner aux endroits o&ugrave; j&rsquo;ai v\u00e9cu et \u00e0 ceux qui lient mes souvenirs. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Th\u00e9ophile Gautier \u00e9crivait vers 1843 dans son critique <strong>Voyage en Espagne<\/strong> pas trop m\u00e9di\u00e9vale :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Quand tout sera pareil, les voyages deviendront compl\u00e8tement inutiles, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment alors, heureuse co\u00efncidence, que les chemins de fer seront en pleine activit\u00e9.<\/strong> &Agrave; quoi bon aller voir loin, \u00e0 raison de dix lieues \u00e0 l&rsquo;heure, des rues de la Paix \u00e9clair\u00e9es au gaz et garnies de bourgeois confortables ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Nous croyons que tels n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 les desseins de Dieu, qui a model\u00e9 chaque pays d&rsquo;une fa\u00e7on diff\u00e9rente,<\/strong> lui a donn\u00e9 des v\u00e9g\u00e9taux particuliers, et l&rsquo;a peupl\u00e9 de races sp\u00e9ciales dissemblables de conformation, de teint et de langage. <strong>C&rsquo;est mal comprendre le sens de la cr\u00e9ation que de vouloir imposer la m\u00eame livr\u00e9e aux hommes de tous les climats, et c&rsquo;est une des mille erreurs de la civilisation europ\u00e9enne<\/strong> ; avec un habit \u00e0 queue de morue, l&rsquo;on est beaucoup plus laid, mais tout aussi barbare. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Luis Bu&ntilde;uel d\u00e9couvre aussi que le monde moderne ou la soci\u00e9t\u00e9 actuelle feront disparaitre l&rsquo;amour (on est en 1980 !) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; A l&rsquo;\u00e9poque de notre jeunesse, l&rsquo;amour nous semblait un sentiment puissant, capable de transformer une vie. Le d\u00e9sir sexuel, ins\u00e9parable pour lui, s&rsquo;accompagnait d&rsquo;un esprit d&rsquo;approximation, de conqu\u00eate et de participation qui devait nous \u00e9lever au-dessus du simple mat\u00e9riel et nous rendre capables de grandes choses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;une des enqu\u00eates surr\u00e9alistes les plus c\u00e9l\u00e8bres ont commenc\u00e9 par cette question: &laquo;Si je l&rsquo;aime, tout l&rsquo;espoir, sinon l&rsquo;amour, non &raquo; &laquo; ? Quel espoir, vous met dans l&rsquo;amour &raquo; je l&rsquo;ai dit, aimer nous a sembl\u00e9 indispensable \u00e0 la vie, pour toute action, pour toute pens\u00e9e, pour toute recherche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Aujourd&rsquo;hui, si je dois accepter ce qu&rsquo;on me dit, il en va de l&rsquo;amour comme de la foi en Dieu. Il a tendance \u00e0 dispara&icirc;tre, du moins dans certains m\u00e9dias. Il est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme un ph\u00e9nom\u00e8ne historique, comme une illusion culturelle. Il est \u00e9tudi\u00e9, analys\u00e9 &#8230; et, si possible, il est gu\u00e9ri. <\/strong>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bu&ntilde;uel \u00e9crit de belles pages favorables \u00e0 Marcuse et \u00e0 mai 68. Il note simplement que tout cela se termina mal, comme la r\u00e9volution surr\u00e9aliste. Je lui laisse le soin de le dire lui-m\u00eame :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Al igual que nosotros, los estudiantes de Mayo del 68 hablaron mucho y actuaron poco. Pero no les reprocho nada, Como podr&iacute;a decir Andr\u00e9 Breton, <strong>la acci&oacute;n se ha hecho imposible, lo mismo que el esc&aacute;ndalo.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Red\u00e9couvrons le r\u00eave&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Bunuel &ndash; Mi ultimo suspirio<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bonnal &ndash; Les voyageurs \u00e9veill\u00e9s ; l&rsquo;apocalypse touristique<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bu&ntilde;uel et le grand n\u00e9ant des soci\u00e9t\u00e9s modernes Je d\u00e9couvre enchant\u00e9 le livre de sagesse de Luis Bu&ntilde;uel, mi ultimo suspirio. 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