{"id":77796,"date":"2018-02-25T14:15:36","date_gmt":"2018-02-25T14:15:36","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/02\/25\/kiev-quatre-ans-plus-tard\/"},"modified":"2018-02-25T14:15:36","modified_gmt":"2018-02-25T14:15:36","slug":"kiev-quatre-ans-plus-tard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/02\/25\/kiev-quatre-ans-plus-tard\/","title":{"rendered":"Kiev, quatre ans plus tard"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Kiev, quatre ans plus tard<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>25 f\u00e9vrier 2018 &ndash; Cela fait donc quatre ann\u00e9es \u00e0 peine pass\u00e9es que <strong>nous sommes entr\u00e9s dans ce que l&rsquo;on peut et doit d\u00e9crire comme une \u00ab\u00a0\u00e8re nouvelle\u00a0\u00bb<\/strong>, o&ugrave; la r\u00e9alit\u00e9 ach\u00e8ve d&rsquo;\u00eatre pulv\u00e9ris\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la n\u00e9antisation \u00e0 cause de l&rsquo;allure et du contenu (informations) du syst\u00e8me de la communication. Ces quatre ann\u00e9es nous s\u00e9parent du \u00ab\u00a0coup de Kiev\u00a0\u00bb (21-22 f\u00e9vrier 2014), \u00e0 partir duquel s&rsquo;est d\u00e9cha&icirc;n\u00e9 le d\u00e9ferlement de la communication issue du Syst\u00e8me pour tenter d&rsquo;imposer une <em>narrative <\/em>conforme \u00e0 la repr\u00e9sentation initiale (au sens th\u00e9\u00e2tral) de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Les conditions m\u00eame du \u00ab\u00a0coup de Kiev\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 <strong>totalement obscurcies et d\u00e9form\u00e9es<\/strong>, malgr\u00e9 des \u00ab\u00a0fuites\u00a0\u00bb de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9s-de-situation<\/a> \u00e0 cet \u00e9gard, &ndash; la principale, c&rsquo;est bien connu, \u00e9tant celle de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-verite-toute-nue-venue-de-stratfor\">George Friedman<\/a>, alors pr\u00e9sident du groupe Stratfor et depuis d\u00e9barrass\u00e9 de cette lourde charge, &ndash; sans doute, justement, <strong>pour <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/bienvenu-au-club-friedman-1\">en avoir un peu trop dit<\/a><\/strong>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce changement fondamental dans la communication, avec le triomphe du c\u00f4t\u00e9 du Syst\u00e8me de la m\u00e9thode de la <em>narrative<\/em> construite et d\u00e9velopp\u00e9e hors de toute n\u00e9cessit\u00e9 de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 quelque v\u00e9rit\u00e9 ou r\u00e9alit\u00e9 que ce soit, &ndash; <strong>comme si la r\u00e9alit\u00e9 objective \u00e9tait devenue d\u00e9finitivement contingente et jetable par cons\u00e9quent<\/strong>, &ndash; ce changement a engendr\u00e9 logiquement diff\u00e9rentes attitudes et habitudes psychologiques ; ou plut\u00f4t, dirais-je, <strong>a \u00ab\u00a0impos\u00e9 d\u00e9cisivement\u00a0\u00bb ces attitudes et ces habitudes<\/strong>. Le ph\u00e9nom\u00e8ne dominant \u00e0 cet \u00e9gard est celui pour lequel j&rsquo;ai propos\u00e9 l&rsquo;expression de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-determinisme-narrativiste\">d\u00e9terminisme<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/video-06-le-determinisme-narrativiste\">narrativiste<\/a>. Il s&rsquo;agit de ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;abord psychologique puis infectant la pens\u00e9e, qui emprisonne la pens\u00e9e de celui qui est tomb\u00e9 sous l&#8217;empire de la <em>narrative<\/em> et ne lui donne aucune autre possibilit\u00e9 que de suivre \u00e0 marche forc\u00e9e la logique de cette <em>narrative<\/em> jusqu&rsquo;\u00e0 son terme s&rsquo;il y a un terme, dans la plus compl\u00e8te <em>fantasy-fiction<\/em>, en refusant absolument tout signe de la r\u00e9alit\u00e9, en anesth\u00e9siant sa perception avec un certain ravissement puisque ce serait comme sous l&rsquo;effet d&rsquo;une drogue que dispenserait la <em>narrative<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Depuis lors, cette dynamique n&rsquo;a cess\u00e9 de s&rsquo;accentuer, avec <strong>un nouveau \u00ab\u00a0seuil historique\u00a0\u00bb franchi en 1976, avec le ph\u00e9nom\u00e8ne-Trump et le <em>Russiagate<\/em><\/strong><em>. <\/em>On en conna&icirc;t des tonnes l\u00e0-dessus, nous ne cessons d&rsquo;en parler sur <em>dedefensa.org<\/em> ; moi-m\u00eame, confort\u00e9 par la puissance, la r\u00e9silience et la durabilit\u00e9 de ce paroxysme devenu structurel, je pense qu&rsquo;il s&rsquo;agit de loin du \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;op\u00e9ration\u00a0\u00bb <strong>le plus important<\/strong> de toute la Grande Crise d&rsquo;Effondrement du Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Cet \u00e9pisode \u00ab\u00a0USA-2016\u00a0\u00bb et la suite, il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne collectif, organis\u00e9 par une force syst\u00e9mique au-del\u00e0 du contr\u00f4le humain. Ceux qui semblent en \u00eatre les victimes pendant un laps de temps n&rsquo;en sont pas pour autant vertueux, pas tous veux-je dire et loin de l\u00e0. Par exemple, Trump qui pouvait \u00eatre plac\u00e9 dans une case antiSyst\u00e8me en 2016 n&rsquo;en est pas moins un menteur hors-cat\u00e9gorie, m\u00eame si le chiffre de <a href=\"http:\/\/www.independent.co.uk\/news\/world\/americas\/us-politics\/trump-fact-check-false-claims-a-day-number-total-count-latest-president-a8055306.html\">1 628 mensonges ou pseudo-mensonges<\/a> en un an calcul\u00e9 par <em>The Independent<\/em>, qui ment lui-m\u00eame \u00e0 longueur de colonnes, pourrait \u00eatre \u00e9videmment contest\u00e9 et diff\u00e9remment comptabilis\u00e9. Mais l&rsquo;on comprend bien <strong>qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une affaire de mensonges<\/strong>&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Effectivement, \u00ab\u00a0l&rsquo;on comprend bien qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une affaire de mensonges\u00a0\u00bb, ni de complots, ni de manipulations, ni de corruption, etc., m\u00eame si tout cela y passe bien entendu mais simplement comme moyens du bord et tripatouillages humano\u00efdes, pour recaler les trajectoires, bidouiller un rapport de cause \u00e0 effet qui tienne la route entre l&rsquo;absurde et l&rsquo;invraisemblable, sauvegarder une carri\u00e8re, satisfaire un <em>hybris<\/em>, donner l&rsquo;impression d&rsquo;exister, etc. A la base de tout et avant tout, il y a la grande affaire, ce que je tiens pour la terrible catastrophe ; <strong>il y a l&rsquo;immense crise de la psychologie humaine, tant collective qu&rsquo;individuelle dans ce cas<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce cas o&ugrave; les psychologies individuelles sont soumises \u00e0 l&#8217;emportement collectif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Personne ne s&rsquo;\u00e9tonnera de cette affirmation sous ma plume, on ne cesse de s&rsquo;y r\u00e9f\u00e9rer sur ce site o&ugrave; la psychologie est reine. Ma th\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale est que, depuis le XVIII\u00e8me si\u00e8cle et l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement du \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-dechainement-de-la-matiere\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00ab\u00a0, la psychologie humaine s&rsquo;est install\u00e9e dans une crise profonde, une sorte de fatigue d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, et que c&rsquo;est cette situation qui influence tout le reste. Ce ne sont pas les id\u00e9es qui ont un r\u00f4le essentiel, mais <strong>l&rsquo;incapacit\u00e9 de la pens\u00e9e, subvertie et emp\u00each\u00e9e par une psychologie \u00e9puis\u00e9e<\/strong> d&rsquo;exercer sa puissance illumin\u00e9e par l&rsquo;intuition haute, de d\u00e9velopper les id\u00e9es jusqu&rsquo;au terme de la logique qu&rsquo;elles contiennent, et d&rsquo;ainsi d\u00e9busquer ce que certaines de ces id\u00e9es peuvent avoir de catastrophique, sinon de diabolique en elles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;o&ugrave; cette id\u00e9e qu&rsquo;il m&rsquo;a sembl\u00e9 bienvenu, pour ce quatri\u00e8me anniversaire du \u00ab\u00a0coup de Kiev\u00a0\u00bb qui nous confirme que nous sommes bien en mode<em>-turbo <\/em>de la postmoderne <em>Barbarie int\u00e9rieure<\/em> (voir J.F. Mattei), de publier un passage de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire <\/em>(Tome-II, p.206-211) o&ugrave; je d\u00e9veloppais rapidement cette conception. Cela s&rsquo;appliquait au XVIII\u00e8me si\u00e8cle et au \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb mais je crois que, <strong>depuis, la pente n&rsquo;a fait que se raidir, la chute s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer mais le processus restant similaire et la fatigue s&rsquo;accentuant par cons\u00e9quent, jusqu&rsquo;aux pathologies<\/strong> ; par cons\u00e9quent, ce passage tout \u00e0 fait d&rsquo;actualit\u00e9 si l&rsquo;on m&rsquo;entend bien&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le voici reproduit ci-dessous, avec quelques corrections par rapport \u00e0 la publication originale ; rien d&rsquo;absolument fondamental certes, mais des d\u00e9tails qui comptent, des modifications de formulation qui ne sont pas sans importance&#8230; A partir du rangement et du volume du travail ainsi r\u00e9alis\u00e9, il est acquis que cette conception devrait \u00eatre reprise, d\u00e9velopp\u00e9e, etc., tant il me para&icirc;t que l&rsquo;exp\u00e9rience et ce temps crisique qui nous emporte ne font \u00e0 mon estime que la conforter. <strong>J&rsquo;y compte bien, autant que je l&rsquo;esp\u00e8re<\/strong>., selon cette phrase que j&rsquo;extrais du texte et qui r\u00e9sume au fond la v\u00e9ritable perspective du propos : &laquo; [&#8230;C]<em>&lsquo;est la ruse ultime du Mal que de n&rsquo;avoir pas abaiss\u00e9 les esprits avant de les subvertir, mais de les avoir subvertis <strong>pour mieux qu&rsquo;ils s&rsquo;abaissent eux-m\u00eames<\/strong>&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">De notre \u00ab\u00a0fatigue\u00a0\u00bb&#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;\u00a0\u00bbFatigue\u00a0\u00bb, en effet, &ndash; le mot est dit. Dans ce parcours du retournement incroyable des perceptions de cette \u00e9poque terrible, o&ugrave; s&rsquo;entrechoquent Renaissance, R\u00e9forme, pourriture papale port\u00e9e \u00e0 son sommet par le \u00ab\u00a0Borgia pape !\u00a0\u00bb de Nietzsche, licence et lib\u00e9ration des m&oelig;urs, haute culture et sublimation du grand art, \u00ab\u00a0anarchie intellectuelle\u00a0\u00bb et pessimisme, magie et humanisme, guerre des religions et classements \u00e0 la fois logiques et faussaires des acteurs, confusion des valeurs trompeusement \u00e9rig\u00e9es en principes et contrainte des jugements, tous les ferments de la modernit\u00e9 \u00e0 la fois r\u00eav\u00e9e et r\u00e9elle, tout cela couronn\u00e9 par la d\u00e9structuration du Christianisme et le \u00ab\u00a0Grand Si\u00e8cle de l&rsquo;Intol\u00e9rance\u00a0\u00bb, &ndash; dans ce tourbillon et \u00e0 cause de ce tourbillon se trouvent la graine et le ferment d&rsquo;une terrible fatigue de la psychologie. Elle seule, et nullement le complot, ni le parti pris, ni les id\u00e9es, ni les jugements fauss\u00e9s et confus sans qu&rsquo;on ait la moindre appr\u00e9ciation de celui qui se rapproche d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 satisfaisante et moins encore de la V\u00e9rit\u00e9 elle-m\u00eame, elle seule, la fatigue, explique l&rsquo;\u00e9volution des esprits par une sorte d'\u00a0\u00bbenchev\u00eatrement cadenc\u00e9\u00a0\u00bb, m\u00e9canique, de la psychologie durant les deux si\u00e8cles qui suivent. <strong>Elle seule<\/strong>, la fatigue, explique que les plus hautes intelligences, les plus superbes talents, tenant pour acquises ces perceptions permises et forc\u00e9es par le d\u00e9sordre d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements emplis de ces contradictions qu&rsquo;on a observ\u00e9es, vont se trouver dans un \u00e9tat d&rsquo;extr\u00eame vuln\u00e9rabilit\u00e9 lorsqu&rsquo;interviendra cette force historique immense qui prend naissance au cours du XVIII\u00e8me si\u00e8cle et s&rsquo;affirme d\u00e9cisivement au tournant des XVIII\u00e8me et XIX\u00e8me si\u00e8cles&hellip; Cette force, attir\u00e9e par cette fatigue psychologique et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui s&rsquo;ensuit, ou bien profitant d&rsquo;elles, comme si elle existait d\u00e9j\u00e0, cette force, aux aguets, tapie dans les profondeurs de la mati\u00e8re, <strong>bien avant<\/strong> que l&rsquo;occasion ne se manifeste ? &ndash; Question d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9e, comme un avertissement fondamental, que nous retrouverons plus loin, sans aucun doute, qui tient la clef fondamentale de notre appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que j&rsquo;entends d\u00e9crire ici, je le r\u00e9p\u00e8te avec la plus grande force possible, &ndash; force contre force, &ndash; n&rsquo;est pas une \u00e9volution sp\u00e9cifique de la pens\u00e9e occidentale (la modernit\u00e9, les Lumi\u00e8res, etc.), m\u00eame si c&rsquo;est de cela qu&rsquo;il pourrait sembler s&rsquo;agir \u00e0 premi\u00e8re vue ; mais l&rsquo;\u00e9volution de la pens\u00e9e occidentale emport\u00e9e d&rsquo;abord parce que la fatigue de la psychologie, construisant, installant et absorbant ces retournements incroyables de la perception, donne \u00e0 la pens\u00e9e, avec cette psychologie, un outil us\u00e9, perverti, qui n&rsquo;a plus rien de la pr\u00e9cision et de la rigueur d&#8217;emploi qui font sa force. La psychologie fatigu\u00e9e, \u00e9puis\u00e9e, de l&rsquo;Occident entrave la logique et la rigueur de la pens\u00e9e, amollit cette pens\u00e9e, la ferme \u00e0 l&rsquo;influence sublime de l&rsquo;intuition haute et l&rsquo;ouvre au sentimentalisme, \u00e0 la sensiblerie du raisonnement. (La maladie viendra ensuite, cons\u00e9quence de la fatigue, lorsque la \u00ab\u00a0force historique immense\u00a0\u00bb signal\u00e9e plus haut se sera install\u00e9e en triomphatrice, apr\u00e8s le tournant du XVIII\u00e8me au XIX\u00e8me si\u00e8cle ; ce sera la n\u00e9vrose moderniste, qui fera rena&icirc;tre dans ses extr\u00eames catastrophiques la maniaco-d\u00e9pression caract\u00e9ristique de la psychologie humaine en crise terminale.) Dans cette p\u00e9riode, avec ce paroxysme des Lumi\u00e8res, au c&oelig;ur de ce XVIII\u00e8me si\u00e8cle tant ch\u00e9ri, la pens\u00e9e reste haute, la plume est superbe, le talent immense, comme on les trouve dans les grands esprits de la p\u00e9riode, mais tout cela est frapp\u00e9 de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 qu&rsquo;implique la fatigue de la psychologie ; c&rsquo;est la ruse ultime du Mal que de n&rsquo;avoir pas abaiss\u00e9 les esprits avant de les subvertir, mais de les avoir subvertis <strong>pour mieux qu&rsquo;ils s&rsquo;abaissent eux-m\u00eames<\/strong>&#8230; Fatigue et vuln\u00e9rabilit\u00e9 sont des \u00e9tats qu&rsquo;on peut r\u00e9parer ou tenir \u00e0 distance, donc de peu d&rsquo;importance pour le caract\u00e8re et pour le jugement ; lorsqu&rsquo;elles affectent la psychologie, on ne les distingue pas, ou bien on les tient comme choses n\u00e9gligeables si l&rsquo;on s&rsquo;en avise un instant. En cons\u00e9quence de tout cela, avec contradictions et paradoxes dans le sens qui importe, nous tenons au contraire qu&rsquo;il s&rsquo;agit de facteurs essentiels, qui installent la sc\u00e8ne terrible du drame qui va se nouer \u00e0 la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;outil de la pens\u00e9e, la psychologie qu&rsquo;on a vue \u00e9puis\u00e9e, <strong>intervient dans l&rsquo;orientation de la pens\u00e9e avant<\/strong> que la conscience et sa raison n&rsquo;abordent le labeur de concevoir, d&rsquo;ordonner et de formuler cette pens\u00e9e. L&rsquo;outil est distordu par la fatigue, il a perdu subrepticement sa fonction d&rsquo;outil au service de l&rsquo;esprit pour devenir quelque chose qui oriente, qui influence l&rsquo;esprit par sa faiblesse et sa fourberie involontaires, &ndash; l&rsquo;influence, l&rsquo;arme des faibles et des fourbes. Son influence est toute enti\u00e8re marqu\u00e9e par l&rsquo;impr\u00e9gnation \u00e0 laquelle il c\u00e8de d&rsquo;une conception \u00e9molliente et sentimentale des choses. Litt\u00e9ralement, c&rsquo;est-\u00e0-dire m\u00e9caniquement, <strong>l&rsquo;outil est gauchi<\/strong>. Dans le cours de ce m\u00eame processus d&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie r\u00e9sultant des bouillonnements des XV\u00e8me, XVI\u00e8me, XVII\u00e8me si\u00e8cles, que sais-je, avec les interpr\u00e9tions auxquelles on \u00e9tait conduit, d&rsquo;apparence s\u00e9duisante mais \u00e9galement \u00e9puisante par les paradoxes et les contradictions, il se d\u00e9veloppa quelque chose que nous pourrions d\u00e9signer comme une sorte de \u00ab\u00a0pens\u00e9e conform\u00e9e\u00a0\u00bb ; mais il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00ab\u00a0conformation\u00a0\u00bb vile et basse, c\u00e9dant au plus tentateur ; et, dans cette sorte, le r\u00e9sultat est, avant que le processus de la pens\u00e9e v\u00e9ritable n&rsquo;intervienne, une fa\u00e7on conformiste de penser inscrite dans un sch\u00e9ma lui-m\u00eame d&rsquo;un conformisme tr\u00e8s puissant, tr\u00e8s pr\u00e9gnant, puisque form\u00e9 \u00e0 partir de tous les accidents historiques qu&rsquo;on a d\u00e9crits et qui sont tous interpr\u00e9t\u00e9s dans le m\u00eame sens. En quelque sorte, l&rsquo;essence faussaire (le conformisme n\u00e9 de la psychologie \u00e9puis\u00e9e) a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la substance pervertie (la pens\u00e9e) ; et cette pens\u00e9e pervertie par la psychologie conform\u00e9e, \u00e9videmment dans le sens de la confusion, de la mollesse, de la faiblesse m\u00eame, de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la tentation des subversions \u00e9videntes mais fort joliment maquill\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;ensuit ce fait que l&rsquo;esprit pris dans son sens le plus vaste et le plus sublime, celui qui le place au-dessus de la raison lorsque l&rsquo;intuition haute et sa logique m\u00e9tahistorique l&rsquo;investissent de toute sa puissance glorieuse, s&rsquo;en trouve dans ce cas affaibli et rendu st\u00e9rile, inf\u00e9cond, par sa propre fermeture \u00e0 cette intuition qui d\u00e9range sa conformation, voire son conformisme. L&rsquo;intelligence d&rsquo;un tel esprit ainsi abaiss\u00e9e n&rsquo;a plus le r\u00f4le qu&rsquo;un grand caract\u00e8re doit lui assigner et la grandeur \u00e9ventuelle de cette intelligence peut devenir une tromperie d&rsquo;une grandeur au moins \u00e9gale, si cette intelligence elle-m\u00eame est le produit de cette psychologie transform\u00e9e en un outil us\u00e9 et gauchi qui en fait une inspiratrice intrigante. Les intelligences les plus puissantes peuvent le rester effectivement mais elles peuvent en m\u00eame temps porter la marque de la fatigue de la psychologie comme nous l&rsquo;avons d\u00e9crite, et \u00eatre fauss\u00e9es \u00e0 mesure, c&rsquo;est-\u00e0-dire fort puissamment. Une terrible m\u00e9canique de perversion de la pens\u00e9e se met en place, o&ugrave; le sophisme va s&rsquo;installer, appuy\u00e9 sur le <em>diktat<\/em> de la vertu morale et la tentation du confort de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 intellectuelle qui se manifeste dans l&rsquo;acceptation de ce <em>diktat<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est n\u00e9cessaire d&rsquo;affirmer clairement et \u00e9nergiquement que, dans la description de cette hypoth\u00e8se \u00e0 la fois psychologique et historique, nous induisons l&rsquo;affirmation d&rsquo;une ind\u00e9pendance consid\u00e9rable et d&rsquo;une diff\u00e9rence \u00e9galement tr\u00e8s grande des deux processus, entre le processus de la psychologie et le processus du d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e sous la conduite de la raison et, pour les meilleurs, le gouvernement de l&rsquo;intuition. La psychologie consid\u00e9r\u00e9e comme un outil, et comme un outil autonome pouvant ing\u00e9rer des influences qui lui sont propres (ou des influences ext\u00e9rieures qui lui sont devenues propres) et qui auront un effet sur la pens\u00e9e, subit une fatigue qui n&rsquo;est pas un simple dysfonctionnement biologique mais qui a une influence intellectuelle. La psychologie est \u00ab\u00a0fatigu\u00e9e\u00a0\u00bb, comme on l&rsquo;a vu, comme l&rsquo;on dit \u00e0 un conducteur \u00ab\u00a0vous fatiguez votre voiture\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;il la fait fonctionner en premi\u00e8re vitesse ou en seconde vitesse \u00e0 tr\u00e8s haut r\u00e9gime alors qu&rsquo;il devrait enclencher la troisi\u00e8me vitesse ou la quatri\u00e8me vitesse ; il s&rsquo;agit de la \u00ab\u00a0fatigue\u00a0\u00bb d&rsquo;un usage \u00e0 contretemps, pris \u00e0 contre-pied&hellip; Mais l&rsquo;essentiel dans cette erreur qu&rsquo;on d\u00e9crit volontairement au plus bas, comme m\u00e9canique, est qu&rsquo;elle s&rsquo;exprime finalement par des contresens et des faux-sens qui vont influencer la pens\u00e9e. Le contretemps et le contre-pied m\u00e9caniques s&rsquo;expriment, lors du passage de la psychologie \u00e0 la pens\u00e9e, par des contresens et des faux-sens qui affectent l&rsquo;intelligence du monde, \u00e0 ce point fondamental du passage entre le domaine de la perception inconsciente de la situation du monde conduite par un processus psychologique \u00e9puis\u00e9 et celui de la formation de la pens\u00e9e, et le jugement qui s&rsquo;ensuit. Le r\u00e9sultat est en effet cette situation terrible o&ugrave; la plus haute intelligence, la pens\u00e9e et le talent les plus \u00e9lev\u00e9s ne sont plus du tout une garantie assur\u00e9e d&rsquo;un jugement mesur\u00e9 de la situation du monde, ni une garantie de justesse et de sagesse alors que l&rsquo;esprit croit au contraire que ces vertus \u00e9videntes sont toujours pr\u00e9sentes et actives.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le lecteur garde toujours \u00e0 l&rsquo;esprit que nous ne sommes nullement dans le domaine de la critique de la pens\u00e9e, de l&rsquo;opinion que cette pens\u00e9e exprime, du jugement qu&rsquo;exprime cette opinion. Nous nous pla\u00e7ons en de\u00e7\u00e0 de ce processus intellectuel au sens le plus large, chronologiquement avant que ce processus n&rsquo;ait lieu. Nous tentons de d\u00e9crire comment la pens\u00e9e occidentale a \u00ab\u00a0progress\u00e9\u00a0\u00bb (nous aurions pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le terme \u00ab\u00a0\u00e9volu\u00e9\u00a0\u00bb mais l&rsquo;on comprendra la logique du choix puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9voluer vers la \u00ab\u00a0pens\u00e9e progressiste\u00a0\u00bb caract\u00e9ristique de la modernit\u00e9) pour parvenir \u00e0 une situation o&ugrave; la catastrophe a \u00e9t\u00e9 rendue possible, o&ugrave; elle s&rsquo;est effectivement d\u00e9clench\u00e9e et r\u00e9pandue comme une tra&icirc;n\u00e9e de poudre conduisant \u00e0 l&rsquo;apparition catastrophique d&rsquo;une peste \u00e9pouvantable enfin reconnaissable comme telle. Au point de fusion de cette \u00ab\u00a0apparition catastrophique\u00a0\u00bb de la peste se trouve la conjonction de trois \u00e9v\u00e9nements qui eux-m\u00eames renvoient, comme en un cercle vicieux qui serait le pi\u00e8ge d&rsquo;une histoire \u00e0 cet instant totalement subvertie, \u00e0 cette m\u00eame \u00ab\u00a0progression\u00a0\u00bb de la pens\u00e9e occidentale, &ndash; la catastrophe, avec nos \u00ab\u00a0trois R\u00e9volutions\u00a0\u00bb, entre 1776 et 1825, pour prendre au plus large, entre la D\u00e9claration d&rsquo;Ind\u00e9pendance des USA et la fameuse phrase qui \u00e9pouvanta Stendhal (&laquo; <em>Les Lumi\u00e8res, c&rsquo;est d\u00e9sormais l&rsquo;industrie<\/em> &raquo;), &ndash; R\u00e9volution am\u00e9ricaniste, R\u00e9volution Fran\u00e7aise et r\u00e9volution du choix de la thermodynamique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9volution des affaires du monde et de la civilisation qui pr\u00e9tend mener ce monde pressait dans le sens o&ugrave; l&rsquo;on pouvait voir et interpr\u00e9ter ce spectacle g\u00e9n\u00e9ral comme une \u00ab\u00a0progression\u00a0\u00bb, &ndash; bien cela, \u00ab\u00a0progression\u00a0\u00bb et non \u00ab\u00a0\u00e9volution\u00a0\u00bb. Les progr\u00e8s des sciences, la grandeur des arts et des lettres, l&rsquo;\u00e9blouissement des Lumi\u00e8res et d&rsquo;une incomparable civilisation toute enti\u00e8re inspir\u00e9e par le brio fran\u00e7ais, laissent \u00e0 penser \u00e0 l&rsquo;historien qui se contente des apparences que l&rsquo;\u00e9volution des id\u00e9es <strong>suivait \u00e9videmment<\/strong> cette sublime progression de la civilisation. Mais la fatigue psychologique \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre et poussait \u00e0 des termes politiques nouveaux, sugg\u00e9r\u00e9s par la \u00ab\u00a0pens\u00e9e conform\u00e9e\u00a0\u00bb de et par cette m\u00eame fatigue psychologique d\u00e9j\u00e0 elle-m\u00eame porteuse de conformisme. La libert\u00e9 grandissante des esprits engendre en g\u00e9n\u00e9ral, lorsque ces esprits sont priv\u00e9s de la structure solide d&rsquo;une psychologie saine, un besoin presque sensuel de libert\u00e9 toujours plus grand marqu\u00e9 par l&rsquo;aveuglement des perspectives et l&rsquo;inattention pour les effets, qui se traduit par la lassitude m\u00e9prisante de l&rsquo;ordre et le besoin exasp\u00e9r\u00e9, presque n\u00e9vrotique, de sacril\u00e8ge. (Nous donnons \u00e0 ce mot son sens le plus large, au-del\u00e0 du sens religieux, et certainement plus proche du sens m\u00e9taphysique : un sacril\u00e8ge contre le rangement naturel, harmonieux et \u00e9quilibr\u00e9, du monde.) Observer cela dans le cours du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, c&rsquo;est annoncer ce qui serait le caract\u00e8re de confrontation extr\u00eame et sauvage de la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me civilisation occidentale\u00a0\u00bb, avec sa rupture d&rsquo;\u00e9quilibre au profit de l&rsquo;id\u00e9al de puissance exprim\u00e9 par l&rsquo;<em>hybris<\/em> (la d\u00e9mesure), brusquement dress\u00e9 contre l&rsquo;id\u00e9al de perfection. Ainsi le XVIII\u00e8me si\u00e8cle enfante-t-il ce qui, \u00e0 son terme, sera la trahison de lui-m\u00eame selon ce qu&rsquo;il <strong>aurait d&ucirc;<\/strong> lui-m\u00eame vouloir \u00eatre. La pente est ouverte au sacrifice du sens au profit de la libert\u00e9 d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e comme une licence de l&rsquo;esprit de s&rsquo;affranchir de toute r\u00e8gle et de toute mesure, cette libert\u00e9 si exalt\u00e9e, si ivre d&rsquo;elle-m\u00eame qu&rsquo;elle serait bient\u00f4t l&rsquo;accoucheuse du besoin de puissance. La fatigue psychologique, qui conduit en v\u00e9rit\u00e9 ce processus, ou plut\u00f4t ce d\u00e9raillement du processus de la civilisation, renforce encore ce d\u00e9raillement jusqu&rsquo;\u00e0 envahir l&rsquo;esprit du vertige de la puissance qui va na&icirc;tre comme naturellement de cette spirale catastrophique.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Kiev, quatre ans plus tard 25 f\u00e9vrier 2018 &ndash; Cela fait donc quatre ann\u00e9es \u00e0 peine pass\u00e9es que nous sommes entr\u00e9s dans ce que l&rsquo;on peut et doit d\u00e9crire comme une \u00ab\u00a0\u00e8re nouvelle\u00a0\u00bb, o&ugrave; la r\u00e9alit\u00e9 ach\u00e8ve d&rsquo;\u00eatre pulv\u00e9ris\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la n\u00e9antisation \u00e0 cause de l&rsquo;allure et du contenu (informations) du syst\u00e8me de la communication.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[25],"tags":[2631,8854,2862,2622,3287,8855,3099,2879,3716,1296,16829],"class_list":["post-77796","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-de","tag-dechainement","tag-determinisme-narrativiste","tag-la","tag-liberte","tag-matiere","tag-psychologie","tag-revolution","tag-siecle","tag-ukraine","tag-xviiieme"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77796","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77796"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77796\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77796"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77796"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77796"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}