{"id":77806,"date":"2018-03-04T13:58:03","date_gmt":"2018-03-04T13:58:03","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/03\/04\/notes-sur-le-big-sleep-russe-de-la-cia\/"},"modified":"2018-03-04T13:58:03","modified_gmt":"2018-03-04T13:58:03","slug":"notes-sur-le-big-sleep-russe-de-la-cia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/03\/04\/notes-sur-le-big-sleep-russe-de-la-cia\/","title":{"rendered":"Notes sur le <em>Big Sleep<\/em> (russe) de la CIA"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Notes sur le <em>Big Sleep<\/em> (russe) de la CIA<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>03 mars 2018 &ndash; Le discours de Poutine du 1<sup>er<\/sup> mars est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 un classique, un \u00e9v\u00e8nement fondamental de la p\u00e9riode. Apr\u00e8s <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/larsenal-russe-a-bon-entendeur\">un premier examen<\/a>, nous en abordons un autre aspect au travers de l&rsquo;excellent texte de l&rsquo;expert <a href=\"https:\/\/www.amazon.com\/Gilbert-Doctorow\/e\/B0048RTGTM\">Gilbert Doctorow<\/a> dont nous reproduisons une adaptation en fin de cette analyse. Dans son <em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/tourbillon-crisique-44-5\">Tourbillon crisique-44<\/a> <\/em>d&rsquo;hier, PhG annon\u00e7ait la couleur en citant ce paragraphe du texte de Doctorow :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>&Agrave; sa mani\u00e8re,<\/em> \u00e9crit Doctorow,<em> ce discours \u00e9tait aussi important, peut-\u00eatre plus important que le discours de Poutine \u00e0 la conf\u00e9rence de Munich sur la s\u00e9curit\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-discours-au-marteau\">en f\u00e9vrier 2007<\/a>, dans lequel il exposait longuement les griefs de la Russie \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie mondiale des Etats-Unis \u00e9tablie dans les ann\u00e9es1990 aux d\u00e9pens des int\u00e9r\u00eats nationaux russes. Ce discours (de 2007) avait marqu\u00e9 un tournant dans les relations am\u00e9ricano-russes, nous conduisant \u00e0 la confrontation extr\u00eame d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Le discours de jeudi <strong>ne sugg\u00e8re pas le d\u00e9but d&rsquo;une nouvelle course aux armements, mais sa conclusion avec la victoire russe et la d\u00e9faite am\u00e9ricaine<\/strong><\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">\u00ab\u00a0Je ne vois rien venir\u00a0\u00bb&#8230;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cet \u00ab\u00a0autre aspect\u00a0\u00bb du discours de Poutine que nous abordons ici, et que Doctorow aborde dans ce texte, est une question qui s&rsquo;impose \u00e0 l&rsquo;esprit, une fois dissip\u00e9e le premier choc devant le contenu du discours : <strong>comment l&rsquo;IC am\u00e9ricaniste (l&rsquo;<em>Intelligence Community<\/em>), et plus pr\u00e9cis\u00e9ment la CIA<\/strong>, tout cela charg\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la gueule de palanqu\u00e9es de centaines de $milliards, <strong>n&rsquo;ont-elles rien vu venir ?<\/strong> Car enfin, il s&rsquo;agit de la plus \u00e9norme, de la plus pharamineuse catastrophe de point de vue du renseignement strat\u00e9gique de toute l&rsquo;histoire du renseignement en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement, d&rsquo;un programme, d&rsquo;une politique, d&rsquo;un projet d&rsquo;attaque, d&rsquo;un fait conjoncturel que l&rsquo;IC aurait rat\u00e9, &ndash; ce qui arrive sans qu&rsquo;il faille trop s&rsquo;en \u00e9mouvoir, puisque <em>Errare CIA Est<\/em>, &ndash; mais bien d<strong>&lsquo;une tendance strat\u00e9gique g\u00e9n\u00e9rale de rupture s&rsquo;\u00e9tendant sur de nombreuses ann\u00e9es \u00e0 venir<\/strong>, d\u00e9velopp\u00e9e par le principal concurrent g\u00e9opolitique des USA, et la seule puissance strat\u00e9gique nucl\u00e9aire avec les USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La fausse analogie du <em>\u00ab\u00a0missile gap<\/em>\u00ab\u00a0<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La catastrophe de l&rsquo;aveuglement de l&rsquo;IC porte sur divers programmes d\u00e9velopp\u00e9s dans le m\u00eame sens, \u00e0 l&rsquo;aide de technologies novatrices mais nullement inconnues, qui forment une rupture strat\u00e9gique, qui n&rsquo;\u00e9taient nullement tout \u00e0 fait secrets, \u00e0 propos desquels, certainement \u00e0 propos de la plupart d&rsquo;entre eux, des bribes d&rsquo;information, ou des informations compl\u00e8tes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement publi\u00e9es y compris en sources ouvertes sinon \u00ab\u00a0tr\u00e8s ouvertes\u00a0\u00bb. Voici le passage o&ugrave; Doctorow s&rsquo;exclame, <strong>absolument stup\u00e9fait du constat qui lui vient sous la plume<\/strong> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Cependant, plus important encore, les implications de l&rsquo;intervention de Vladimir Poutine hier nous disent que les agences renseignement am\u00e9ricains ont paisiblement sommeill\u00e9 durant les 14 derni\u00e8res ann\u00e9es sinon plus. C&rsquo;est un scandale national pour le pays de perdre une course aux armements dont il n&rsquo;\u00e9tait m\u00eame pas conscient. Des t\u00eates devraient rouler, et le processus devrait commencer par des audiences appropri\u00e9es au Congr\u00e8s. Pour des raisons qui ressortiront plus clairement de ce qui suit, l&rsquo;un des premiers t\u00e9moins appel\u00e9s \u00e0 t\u00e9moigner devrait \u00eatre l&rsquo;ancien vice-pr\u00e9sident Dick Cheney et l&rsquo;ancien secr\u00e9taire \u00e0 la D\u00e9fense Donald Rumsfeld<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Dans le pass\u00e9, une telle r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un si vaste \u00e9cart de s\u00e9curit\u00e9 avec le principal concurrent g\u00e9opolitique et militaire du pays conduirait \u00e0 des r\u00e9criminations politiques furieuses et \u00e0 des accusations tr\u00e8s graves. Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 hier<\/em> [jeudi 1<sup>er<\/sup> mars] <em>est beaucoup plus grave que le \u00ab\u00a0missile gap\u00a0\u00bb de la fin des ann\u00e9es 1950 qui a amen\u00e9 Jack Kennedy \u00e0 la Maison Blanche apr\u00e8s une campagne tentant de redonner de la vigueur \u00e0 la culture politique US pour la r\u00e9veiller des somnolentes ann\u00e9es Eisenhower avec leur complaisance pour les questions de s\u00e9curit\u00e9 et bien d&rsquo;autres<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Doctorow fait la comparaison de renvoyer cette catastrophe du renseignement \u00e0 celle qui fut faite en 1956-1960 \u00e0 propos du <em><a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Missile_gap\">missile gap<\/a><\/em>. Pour le coup, <strong>cette comparaison nous para&icirc;t compl\u00e8tement inappropri\u00e9e<\/strong> : tout comme le <em>bomber gap <\/em>qui l&rsquo;avait imm\u00e9diatement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, le <em>missile gap <\/em>qui d\u00e9finissait la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un avantage catastrophique pris par l&rsquo;URSS sur les USA s&rsquo;av\u00e9ra rapidement \u00eatre un montage de relations publiques d&rsquo;un groupe politico-militaire belliciste, et notamment une attaque de l&rsquo;USAF avec le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/paul-lashmar-spy-flights-in-the-cold-war\">g\u00e9n\u00e9ral LeMay<\/a> contre les \u00e9valuations de la CIA. En r\u00e9alit\u00e9 et au contraire, les USA avaient, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, une forte marge de sup\u00e9riorit\u00e9 sur l&rsquo;URSS en mati\u00e8re d&rsquo;armes nucl\u00e9aires strat\u00e9giques.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;analogie invertie du <em>Team B<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>S&rsquo;il faut tenter de trouver un \u00e9quivalent, ce sera certainement celui de la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/comment-le-team-bliquidala-detente\">crise dite du \u00ab\u00a0Team B\u00a0\u00bb<\/a> des ann\u00e9es 1975-1977, <strong>lorsque la CIA fut accus\u00e9e de sous-\u00e9valuer d&rsquo;une fa\u00e7on consid\u00e9rable les d\u00e9penses militaires sovi\u00e9tiques pour favoriser la \u00ab\u00a0d\u00e9tente\u00a0\u00bb et le rapprochement avec l&rsquo;URSS<\/strong>, et donc d&rsquo;ignorer ce que les \u00ab\u00a0faucons\u00a0\u00bb d&rsquo;alors jugeaient \u00eatre une pouss\u00e9e sovi\u00e9tique vers la sup\u00e9riorit\u00e9 strat\u00e9gique. L&rsquo;on trouvait dans ces \u00ab\u00a0faucons\u00a0\u00bb la filiation des futurs <em>neocons<\/em> avec le s\u00e9nateur Henry <em>Scoop <\/em>Jackson et quelques-unes des futures vedettes du mouvement comme l&rsquo;alors-jeune Richard Perle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui est remarquable dans cette analogie et pour la justifier, c&rsquo;est que les \u00ab\u00a0faucons\u00a0\u00bb-<em>neocons<\/em> d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire, \u00e0 peu pr\u00e8s tout l&rsquo;<em>establishment<\/em> washingtoniens, y compris la CIA et l&rsquo;IC bien entendu, &ndash; se trouvent dans la position maximaliste antirussiste qu&rsquo;on conna&icirc;t (position des \u00ab\u00a0faucons\u00a0\u00bb d&rsquo;alors contre la CIA de 1975-1977 accus\u00e9e d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0d\u00e9tentiste\u00a0\u00bb et donc \u00ab\u00a0favorable\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;URSS). Ce qui rend la crise actuelle compl\u00e8tement in\u00e9dite par son aspect inverti, par rapport \u00e0 1975-1977 notamment, <strong>c&rsquo;est que cet antirussisme maximaliste est accompagn\u00e9<\/strong>, comme l&rsquo;observe Doctorow et comme nous le savons tous, <strong>d&rsquo;une compl\u00e8te ignorance et d&rsquo;un d\u00e9ni furieux des capacit\u00e9s et des progr\u00e8s de la Russie, par m\u00e9pris de la Russie et par le fait d&rsquo;un <em>hybris<\/em> et d&rsquo;une arrogance am\u00e9ricanistes sans pr\u00e9c\u00e9dent<\/strong>. Il n&rsquo;y a pas complaisance et volont\u00e9 d&rsquo;arrangement (\u00e9ventuellement de la CIA) avec l&rsquo;URSS comme l&rsquo;affirmaient en 1975-1977 les adversaires de la d\u00e9tente, mais au contraire par l&rsquo;aveuglement d&rsquo;une psychologie en \u00e9tat de crise paroxystique, <strong>une agressivit\u00e9 sinon une volont\u00e9 de destruction de la Russie, y compris de la part de la CIA<\/strong> ; et cela d&rsquo;une fa\u00e7on si compl\u00e9tement m\u00e9prisante pour cette Russie jug\u00e9e plus que jamais comme un \u00ab\u00a0&Eacute;tat failli\u00a0\u00bb qu&rsquo;il est affirm\u00e9 impensable que ce pays puisse arriver au niveau strat\u00e9gique des USA, et m\u00eame les d\u00e9passer de plus en plus largement comme c&rsquo;est en train d&rsquo;\u00eatre le cas.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Promenade de surprise en surprise<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce qu&rsquo;expose Doctorow n&rsquo;est pas une crise d&rsquo;une mauvaise \u00e9valuation des capacit\u00e9s, <strong>c&rsquo;est une crise psychologique emp\u00eachant tout jugement technique objectif, \u00e9ventuellement rationnel \u00e0 partir d&rsquo;une raison qui ne serait pas <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-crisis-la-crise-de-la-raison-humaine-1\">subvertie<\/a>, d&rsquo;\u00e9valuation des capacit\u00e9s<\/strong>. En quelque sorte, &ndash; l&rsquo;inversion est compl\u00e8te, &ndash; <strong>c&rsquo;est la haine extraordinaire de la Russie, donc le n\u00e9gationnisme total de ses capacit\u00e9s<\/strong>, qui conduit \u00e0 consid\u00e9rer la Russie comme infiniment moins puissante et moins capable qu&rsquo;elle n&rsquo;est. Toutes les d\u00e9monstrations du contraire ne servent \u00e0 rien contre <strong>cette psychologie en crise paroxystique<\/strong> qui ne cesse d&rsquo;aller de surprise en surprise lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des capacit\u00e9s militaires russes, tant tactiques que strat\u00e9giques&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>De plus, l&rsquo;annonce jeudi du d\u00e9ploiement en marche et sur le point de l&rsquo;\u00eatre de nouveaux armements russes qui modifient l&rsquo;\u00e9quilibre des forces mondiales n&rsquo;est qu&rsquo;un cas parmi une s\u00e9rie d&rsquo;autres r\u00e9alisations remarquables de la Russie au cours des quatre derni\u00e8res ann\u00e9es qui ont toutes surpris les dirigeants am\u00e9ricains<\/em>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>La prise en main de la Crim\u00e9e par la Russie en f\u00e9vrier-mars 2014 <\/em>[&#8230;] <em>effectu\u00e9e sans coup f\u00e9rir<\/em> [a \u00e9t\u00e9 une \u00ab\u00a0surprise\u00a0\u00bb pour les USA et pour <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/lotan-decouvre-la-nouvelle-armee-russe\">l&rsquo;OTAN<\/a>] [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Puis le Pentagone a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement pris par surprise en septembre 2015, lorsque Poutine d\u00e9clara \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies l&rsquo;envoi d&rsquo;avions russes en Syrie d\u00e8s le lendemain pour mettre en place et d\u00e9buter aussit\u00f4t une campagne contre Daesh et en soutien d&rsquo;Assad<\/em>. [&#8230;] <em>Sur le m\u00eame th\u00e9\u00e2tre op\u00e9rationnel, les Russes ont de nouveau \u00ab\u00a0surpris\u00a0\u00bb les Am\u00e9ricains en mettant en place un centre de renseignement militaire commun \u00e0 Bagdad avec l&rsquo;Irak et l&rsquo;Iran. Et encore, ils ont \u00ab\u00a0surpris\u00a0\u00bb l&rsquo;OTAN en envoyant des missions de bombardement sur le th\u00e9\u00e2tre syrien au-dessus de l&rsquo;Iran et de l&rsquo;espace a\u00e9rien irakien apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre vu refuser les droits de vol dans les Balkans. Avec des milliers de militaires et de diplomates bas\u00e9s en Irak, comment se fait-il que les Etats-Unis ne savaient rien des accords que les Russes n\u00e9gociaient avec les dirigeants irakiens ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Comment se fit-il&#8230;\u00a0\u00bb, sinon en raison du \u00ab\u00a0Grand Sommeil\u00a0\u00bb (<em>Big Sleep<\/em>) hypnotique o&ugrave; sont plong\u00e9es la CIA et toutes les directions de s\u00e9curit\u00e9 nationale des USA, hypnotis\u00e9es qu&rsquo;elles sont par la <em>narrative <\/em>qu&rsquo;elles suivent sans y rien comprendre (<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-determinisme-narrativiste\">d\u00e9terminisme-narrativiste<\/a>), respectant l&rsquo;un de leurs caract\u00e8res intellectuels fondamentaux marqu\u00e9 d&rsquo;un <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-laffectivisme-postmoderne\">affectivisme<\/a> complet, qui est <strong>la certitude rationnelle (<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-crisis-la-crise-de-la-raison-humaine-1\">raison-subvertie<\/a>) et hyst\u00e9rique de l&rsquo;inexistence de la Russie<\/strong> ? (Leonid Cherbachine, ancien chef du renseignement russe : &laquo; <em>L&rsquo;Ouest ne veut seulement qu&rsquo;une chose : que la Russie n&rsquo;existe plus<\/em>. &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">A propos d&rsquo;un titre<\/h3>\n<\/p>\n<p><p><em>The Big Sleep <\/em>(<em>Le Grand Sommeil<\/em>), expression qui figure dans notre titre, est le titre d&rsquo;un roman de Raymond Chandler, port\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran en 1946 par Howard Hawks, sur un sc\u00e9nario de William Faulkner, avec Lauren Bacall et Humphrey Bogart. Cela fait beaucoup de grands esprits pour nous expliquer l&rsquo;intrigue du roman\/du film, particuli\u00e8rement, extraordinairement complexe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Grand_Sommeil_(film,_1946)\">Wikip\u00e9dia<\/a><\/em> (fran\u00e7ais) sur le film, quoique maigrelet, nous donne l&rsquo;essentiel de l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il nous importe de d\u00e9velopper ici qui est celle de l&rsquo;incompr\u00e9hension satisfaite du noeud de l&rsquo;intrigue, &ndash; absolument acceptable dans la fiction cin\u00e9matographique, absolument inacceptable dans le monde de la politique strat\u00e9gique ; il rapporte dans sa rubrique \u00ab\u00a0<em>Autour du film<\/em>\u00a0\u00bb quelques avis int\u00e9ressant&#8230; Avis int\u00e9ressants pour le film certes, <strong>mais aussi pour comprendre l&rsquo;attitude de la CIA et du reste de l&rsquo;IC vis-\u00e0-vis de la Russie telle que leur antirussisme les pousse \u00e0 la consid\u00e9rer<\/strong> ; tout cela, fort bien caract\u00e9ris\u00e9 \u00e0 notre sens par ce titre <em>The Big Sleep<\/em>&#8230; Jusqu&rsquo;\u00e0 la remarque de Hawks sur la signification de ce titre : &laquo; <em>Je ne sais pas, probablement la mort. En tout cas, cela sonne bien. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>L&rsquo;intrigue du film est particuli\u00e8rement complexe, \u00e0 tel point que le r\u00e9alisateur du film Howard Hawks demanda \u00e0 l&rsquo;un des sc\u00e9naristes, le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain William Faulkner, si l&rsquo;un des personnages du film, appel\u00e9 \u00e0 mourir, \u00e9tait assassin\u00e9 ou s&rsquo;il se suicidait. Faulkner admit qu&rsquo;il n&rsquo;en \u00e9tait pas tr\u00e8s s&ucirc;r non plus, et d\u00e9cida de t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 Chandler, pensant que l&rsquo;auteur du roman original devait forc\u00e9ment conna&icirc;tre la r\u00e9ponse. &Agrave; cette question, Chandler r\u00e9pondit qu&rsquo;il n&rsquo;en savait rien<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>La complexit\u00e9 de l&rsquo;intrigue du film s&rsquo;explique \u00e9galement par certaines coupes effectu\u00e9es par rapport au roman. Ainsi le film supprime en raison du Code Hays toujours en vigueur aux &Eacute;tats-Unis des \u00e9l\u00e9ments et personnages n\u00e9cessaires \u00e0 la bonne compr\u00e9hension de l&rsquo;histoire, comme l&rsquo;existence d&rsquo;un couple de gangsters homosexuels et d&rsquo;une industrie clandestine de pornographie. Le r\u00e9alisateur Howard Hawks avoua d&rsquo;ailleurs : \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai jamais bien compris l&rsquo;histoire du Grand Sommeil\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Interrog\u00e9 au sujet du titre Le Grand Sommeil, Howard Hawks d\u00e9clara : \u00ab\u00a0Je ne sais pas, probablement la mort. En tout cas, cela sonne bien.\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ni la CIA ni \u00ab\u00a0D.C.-la-folle\u00a0\u00bb n&rsquo;ont \u00ab\u00a0jamais bien compris\u00a0\u00bb ce qui se passait dans le reste du monde et en Russie. Dans ce cas, <strong>que vaut donc l&rsquo;affirmation de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie mondiale des USA<\/strong>, compar\u00e9e \u00e0 l&#8217;empire de Rome ? &laquo; <em>Je ne sais pas, <strong>probablement la mort<\/strong>. En tout cas, <strong>cela sonne bien<\/strong>. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;article de Gilbert Doctorow<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous on trouve l&rsquo;adaptation fran\u00e7aise de l&rsquo;article de Doctorow dont il est fait plusieurs \u00e9chos dans le texte. Il est paru (en version originale) le <a href=\"http:\/\/usforeignpolicy.blogs.lalibre.be\/archive\/2018\/03\/02\/missile-gate-1163692.html\">2 mars 2018<\/a> sur son <em>blog <\/em>dans le portail <em>Une parole franche<\/em> du quotidien de Bruxelles (o&ugrave; r\u00e9side Doctorow) <em>La Libre Belgique<\/em> ; \u00e9galement sur le site <em>Russia Insider <\/em>le m\u00eame <a href=\"https:\/\/russia-insider.com\/en\/us-just-lost-arms-race-it-had-no-idea-was-happening-heads-should-roll\/ri22679\">2 mars 2018<\/a> (&laquo; <em>The US Just Lost an Arms Race It Had No Idea Was Happening &ndash; \u00ab\u00a0Heads Should Roll\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>______________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\"><em>Missile-gate<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le discours de deux heures du pr\u00e9sident Poutine \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale hier [jeudi 1er mars], lors d&rsquo;une session commune des deux chambres de la l\u00e9gislature bicam\u00e9rale russe, avec la pr\u00e9sence d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;\u00e9lites culturelles, commerciales et autres, a constitu\u00e9 sa plate-forme pour la prochaine \u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 18 mars. Poutine a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 cette intervention aux d\u00e9bats t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s qui ont lieu sur toutes les cha&icirc;nes de t\u00e9l\u00e9vision f\u00e9d\u00e9rales o&ugrave; les sept autres candidats sont pr\u00e9sents ces jours-ci.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais, comme c&rsquo;est le cas pour les interventions importantes de Poutine, le discours d&rsquo;hier s&rsquo;adressait \u00e0 un public beaucoup plus large que l&rsquo;\u00e9lectorat russe. Parmi les quelque 700 journalistes invit\u00e9s \u00e0 y assister, beaucoup \u00e9taient des correspondants \u00e9trangers. En effet, on pourrait raisonnablement soutenir que le discours \u00e9tait aussi et surtout adress\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, pr\u00e9cis\u00e9ment aux &Eacute;tats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le dernier tiers de l&rsquo;allocution, consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9fense et pr\u00e9sentant pour la premi\u00e8re fois plusieurs nouveaux syst\u00e8mes d&rsquo;armes nucl\u00e9aires offensifs nouveaux et techniquement in\u00e9gal\u00e9s, constitue l&rsquo;exigence russe de la parit\u00e9 strat\u00e9gique et nucl\u00e9aire totale avec les Etats-Unis, annulant l&rsquo;abandon du statut de superpuissance act\u00e9 par l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique en 1991. Certains commentateurs russes, dans un \u00e9lan de fiert\u00e9 nationale, ont affirm\u00e9 que la puissance de l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique \u00e9tait d\u00e9sormais restaur\u00e9 r\u00e9tablie et que la catastrophe des ann\u00e9es 1990 \u00e9tait compl\u00e8tement surmont\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; sa mani\u00e8re, ce discours \u00e9tait aussi important, peut-\u00eatre plus important que le discours de Poutine \u00e0 la conf\u00e9rence de Munich sur la s\u00e9curit\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-discours-au-marteau\">en f\u00e9vrier 2007<\/a>, dans lequel il exposait longuement les griefs de la Russie \u00e0 l&rsquo;intention de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie mondiale des Etats-Unis \u00e9tablie dans les ann\u00e9es1990 aux d\u00e9pens des int\u00e9r\u00eats nationaux russes. Ce discours (de 2007) avait marqu\u00e9 un tournant dans les relations am\u00e9ricano-russes, nous conduisant \u00e0 la confrontation extr\u00eame d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Le discours de jeudi ne sugg\u00e8re pas le d\u00e9but d&rsquo;une nouvelle course aux armements, mais sa conclusion avec la victoire russe et la d\u00e9faite am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;adresse de Poutine a \u00e9t\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement de \u00ab\u00a0choc et de terrorisation\u00a0\u00bb. Je laisse \u00e0 d&rsquo;autres, plus comp\u00e9tents que moi en mati\u00e8re de technologie militaire, de commenter les capacit\u00e9s sp\u00e9cifiques des diff\u00e9rents syst\u00e8mes d\u00e9ploy\u00e9s hier. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de missiles balistiques ou de missiles de croisi\u00e8re, qu&rsquo;ils volent dans l&rsquo;atmosph\u00e8re ou qu&rsquo;ils naviguent silencieusement et \u00e0 grande vitesse dans les profondeurs des oc\u00e9ans, ces syst\u00e8mes sont invincibles \u00e0 toute capacit\u00e9 d\u00e9fensive actuelle ou potentiellement \u00e0 venir, notamment les syst\u00e8mes antimissiles dans lesquels les Etats-Unis ont \u00e9norm\u00e9ment investi depuis qu&rsquo;ils ont unilat\u00e9ralement quitt\u00e9 le Trait\u00e9 ABM et se sont engag\u00e9s dans la tentative de rompre \u00e0 leur avantage la parit\u00e9 strat\u00e9gique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Depuis 2002, la politique des &Eacute;tats-Unis vise \u00e0 permettre une premi\u00e8re frappe qui \u00e9liminerait les ICBM russes et rendrait sans effets r\u00e9els les forces nucl\u00e9aires r\u00e9siduelles de la Russie pouvant encore \u00eatre utilis\u00e9es. Les nouveaux missiles russes tr\u00e8s maniables et ultra-rapides (Mach 10 et Mach 20) et le drone nucl\u00e9aire sous-marin rendent illusoire tout sc\u00e9nario bas\u00e9 sur une r\u00e9ponse non d\u00e9vastatrice des USA continentaux \u00e0 la suite d&rsquo;une attaque am\u00e9ricaine contre la Russie. En passant, on observera que les nouveaux syst\u00e8mes transforment toute la puissante US Navy, y compris ses formidables porte-avions, en une flotte de <em>sitting ducks<\/em>, &ndash; cibles visibles, paralys\u00e9es et impuissantes attendant leur destruction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9ponse des m\u00e9dias am\u00e9ricains et occidentaux \u00e0 l&rsquo;adresse de Poutine a \u00e9t\u00e9 variable. Le Financial Times a fait de son mieux pour para&icirc;tre objectif et, dans le cours de son article-vedette, a offert deux paragraphes \u00e0 deux des politiciens les plus influents de Russie, avec une expertise particuli\u00e8re dans les relations avec l&rsquo;Occident : Konstantin Kosachev et Alexei Pouchkov, tous deux anciens pr\u00e9sidents de la Commission de la Douma sur Affaires \u00e9trang\u00e8res. Pour le reste (de l&rsquo;article et du reste), il apparaissait que les commentateurs et directeurs de la r\u00e9daction \u00e9taient d\u00e9pass\u00e9s, incapables d&rsquo;avoir une vision coh\u00e9rente de ce que signifiait l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. D&rsquo;une part, les d\u00e9clarations de Poutine sur les armes nucl\u00e9aires \u00ab\u00a0irr\u00e9sistibles\u00a0\u00bb de la Russie \u00e9taient r\u00e9duites \u00e0 des \u00ab\u00a0affirmations gratuites\u00a0\u00bb, sugg\u00e9rant un certain scepticisme sur leur v\u00e9racit\u00e9 ; d&rsquo;autre part, on signalait que la cons\u00e9quence \u00e9tait de \u00ab\u00a0susciter l&rsquo;inqui\u00e9tude d&rsquo;une nouvelle course aux armements avec les Etats-Unis\u00a0\u00bb. Ils ne peuvent pas imaginer que la course soit d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 termin\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Washington Post a \u00e9t\u00e9 assez rapide pour publier un long article dans son \u00e9dition en ligne hier. Une partie inhabituellement importante consistait en des citations du discours de Poutine. La ligne \u00e9ditoriale est toute enti\u00e8re contenue dans le titre : \u00ab\u00a0Poutine pr\u00e9tend que la Russie d\u00e9veloppe des armes nucl\u00e9aires capables d&rsquo;\u00e9viter les d\u00e9fenses antimissiles.\u00a0\u00bb Je mettrais l&rsquo;accent sur \u00ab\u00a0pr\u00e9tend\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u00e9veloppe.\u00a0\u00bb Les journalistes et la direction de de ces journaux ne semblent pas avoir compris ce qui a \u00e9t\u00e9 dit. L&rsquo;un de ces syst\u00e8mes est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9ploy\u00e9 dans le district militaire sud de la Russie et d&rsquo;autres sont en cours de production en s\u00e9rie. Ces syst\u00e8mes ne sont pas une liste d'\u00a0\u00bbaffirmations gratuites\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0pr\u00e9tentions\u00a0\u00bb, il s&rsquo;agit de faits bruts, sinon brutaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le New York Times a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement lent \u00e0 publier des articles sur un d\u00e9veloppement qui a surpris son personnel et sa direction totalement non pr\u00e9par\u00e9s. En l&rsquo;espace de quelques heures, il a mis en place deux articles successifs traitant de la section de la d\u00e9fense du discours de Vladimir Poutine. Dans les deux, mais plus particuli\u00e8rement dans l&rsquo;article co-\u00e9crit par les journalistes Neil MacFarquhar et David E. Sanger, l&rsquo;accent est mis sur le \u00ab\u00a0bluff\u00a0\u00bb. Il est all\u00e8grement suppos\u00e9 que Poutine a concoct\u00e9 un discours de campagne \u00e9lectorale pour \u00e9veiller \u00ab\u00a0les passions patriotiques des Russes\u00a0\u00bb et ainsi consolider sa victoire \u00e9lectorale \u00e0 venir. Les auteurs se r\u00e9confortent \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que \u00ab\u00a0la simulation est au c&oelig;ur de la doctrine militaire russe actuelle\u00a0\u00bb, de sorte que \u00ab\u00a0des questions se posent quant \u00e0 savoir si ces armes existent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces sp\u00e9culations, en particulier dans le New York Times nous dire une chose : que nos m\u00e9dias ignorent volontairement les faits lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de Vladimir Poutine. D&rsquo;abord, il a toujours fait ce qu&rsquo;il a dit. Deuxi\u00e8mement, il est par nature tr\u00e8s prudent et m\u00e9thodique. Le mot \u00ab\u00a0soigneusement\u00a0\u00bb (<em><\/em>) est un \u00e9l\u00e9ment constant dans son vocabulaire. Dans ce contexte, la notion de \u00ab\u00a0bluff\u00a0\u00bb dans une affaire qui mettrait en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 nationale russe et qui co&ucirc;terait probablement des dizaines de millions de vies russes si le bluff \u00e9tait av\u00e9r\u00e9, &ndash; une telle id\u00e9e est une absurdit\u00e9 absolue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je voudrais croire que les chefs d&rsquo;\u00e9tat-major interarm\u00e9es \u00e0 Washington ne seront pas trop \u00e9tourdis ou superficiels en jugeant ce qu&rsquo;ils ont entendu hier de M. Poutine. S&rsquo;ils montrent effectivement une telle sagesse, ils recommanderont d&rsquo;urgence \u00e0 leur pr\u00e9sident d&rsquo;entamer des n\u00e9gociations tr\u00e8s larges avec les Russes sur le contr\u00f4le des armements. Et ils retourneront \u00e0 leurs \u00e9tats-majors pour r\u00e9viser compl\u00e8tement leurs recommandations en ce qui concerne le mat\u00e9riel et les installations militaires que les &Eacute;tats-Unis financent en 2019 et au-del\u00e0. Notre budget actuel, y compris le trillion de cr\u00e9dits consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration des ogives nucl\u00e9aires et \u00e0 la production d&rsquo;autres armes \u00e0 faible rendement, est un gaspillage de l&rsquo;argent des contribuables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cependant, plus important encore, les implications de l&rsquo;intervention de Vladimir Poutine hier nous disent que les agences renseignement am\u00e9ricains ont paisiblement sommeill\u00e9 durant les 14 derni\u00e8res ann\u00e9es sinon plus. C&rsquo;est un scandale national pour le pays de perdre une course aux armements dont il n&rsquo;\u00e9tait m\u00eame pas conscient. Des t\u00eates devraient rouler, et le processus devrait commencer par des audiences appropri\u00e9es au Congr\u00e8s. Pour des raisons qui ressortiront plus clairement de ce qui suit, l&rsquo;un des premiers t\u00e9moins appel\u00e9s \u00e0 t\u00e9moigner devrait \u00eatre l&rsquo;ancien vice-pr\u00e9sident Dick Cheney et l&rsquo;ancien secr\u00e9taire \u00e0 la D\u00e9fense Donald Rumsfeld.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le pass\u00e9, une telle r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un si vaste \u00e9cart de s\u00e9curit\u00e9 avec le principal concurrent g\u00e9opolitique et militaire du pays conduirait \u00e0 des r\u00e9criminations politiques et \u00e0 des accusations. Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 hier est beaucoup plus grave que le \u00ab\u00a0<em>missile gap<\/em>\u00a0\u00bb de la fin des ann\u00e9es 1950 qui a amen\u00e9 Jack Kennedy \u00e0 la Maison Blanche apr\u00e8s une campagne tentant de redonner de la vigueur \u00e0 la culture politique US pour la r\u00e9veiller des somnolentes ann\u00e9es Eisenhower avec leur complaisance pour les questions de s\u00e9curit\u00e9 et bien d&rsquo;autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De plus, l&rsquo;annonce jeudi du d\u00e9ploiement en marche et sur le point de l&rsquo;\u00eatre de nouveaux armements russes qui modifient l&rsquo;\u00e9quilibre des forces mondiales n&rsquo;est qu&rsquo;un cas parmi une s\u00e9rie d&rsquo;autres r\u00e9alisations remarquables de la Russie au cours des quatre derni\u00e8res ann\u00e9es qui ont toutes surpris les dirigeants am\u00e9ricains. L&rsquo;explication a jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent \u00e9t\u00e9 l&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e de Vladimir Poutine, m\u00eame si absolument rien de ce qu&rsquo;il a fait ne pouvait pas ne pas avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu par quelqu&rsquo;un portant une attention normale \u00e0 ses d\u00e9clarations et \u00e0 sesactes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La prise en main de la Crim\u00e9e par la Russie en f\u00e9vrier-mars 2014 en est un exemple frappant, effectu\u00e9e sans coup f\u00e9rir ni mort dans des circonstances o&ugrave; 20 000 soldats russes bas\u00e9s dans leur base en location de S\u00e9bastopol se trouvaient face \u00e0 20 000 soldats ukrainiens dans la p\u00e9ninsule. Les m\u00e9dias occidentaux ont parl\u00e9 d&rsquo;une \u00ab\u00a0invasion\u00a0\u00bb, pour ce qui ne repr\u00e9sentait qu&rsquo;un simple mouvement des forces russes quittant leurs casernes. Les Russes n&rsquo;avaient rien utilis\u00e9 de plus exotique que la guerre psychologique d\u00e9j\u00e0 bien rod\u00e9e, les \u00ab\u00a0psy-ops\u00a0\u00bb comme on dit aux USA, ex\u00e9cut\u00e9e dans ce cas \u00e0 la perfection par des professionnels, tout cela remontant \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Von Clausewitz.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis, le Pentagone a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement pris par surprise en septembre 2015, lorsque Poutine d\u00e9clara \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies l&rsquo;envoi d&rsquo;avions russes en Syrie d\u00e8s le lendemain pour mettre en place et d\u00e9buter aussit\u00f4t une campagne contre <em>Daesh <\/em>et en soutien d&rsquo;Assad. Pourquoi n&rsquo;avons-nous rien soup\u00e7onn\u00e9 ? &Eacute;tait-ce parce que nous nous \u00e9tions compl\u00e8tement convaincus que la Russie \u00e9tait trop pauvre pour mener \u00e0 bien une mission si difficile \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, avec des objectifs et des \u00e9ch\u00e9ances pr\u00e9cis ? Sur le m\u00eame th\u00e9\u00e2tre op\u00e9rationnel, les Russes ont de nouveau \u00ab\u00a0surpris\u00a0\u00bb les Am\u00e9ricains en mettant en place un centre de renseignement militaire commun \u00e0 Bagdad avec l&rsquo;Irak et l&rsquo;Iran. Et encore, ils ont \u00ab\u00a0surpris\u00a0\u00bb l&rsquo;OTAN en envoyant des missions de bombardement sur le th\u00e9\u00e2tre syrien au-dessus de l&rsquo;Iran et de l&rsquo;espace a\u00e9rien irakien apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre vu refuser les droits de vol dans les Balkans. Avec des milliers de militaires et de diplomates bas\u00e9s en Irak, comment se fait-il que les Etats-Unis ne savaient rien des accords que les Russes n\u00e9gociaient avec les dirigeants irakiens ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mon argument est que la confusion sur la fa\u00e7on d&rsquo;interpr\u00e9ter les annonces successives par Poutine des nouvelles capacit\u00e9s de d\u00e9fense de la Russie est un \u00e9chec syst\u00e9mique fondamental des services secrets am\u00e9ricains. La prochaine question \u00e9vidente est pourquoi ? O&ugrave; est la CIA ? O&ugrave; sont les patrons du renseignement US quand ils ne cherchent pas \u00e0 prendre Trump en flagrant d\u00e9lit ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9ponse ne doit pas \u00eatre trouv\u00e9e dans juste un ou deux \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 coup s&ucirc;r. Ce n&rsquo;est pas non plus un \u00e9chec qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 r\u00e9cemment. Il y a une bonne dose de complaisance aveuglante dans l&rsquo;interpr\u00e9tation de la Russie consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00ab\u00a0&Eacute;tat failli\u00a0\u00bb qui a subverti l&rsquo;ensemble de l&rsquo;establishment politique am\u00e9ricain depuis les ann\u00e9es 1990, lorsque la Russie \u00e9tait \u00e0 genoux. Ils s&#8217;emp\u00each\u00e8rent ainsi de ne jamais pouvoir imaginer que le Kremlin rel\u00e9verait le d\u00e9fi de ses missions en Crim\u00e9e, en Syrie, dans le d\u00e9veloppement des armements de haute technologie les plus sophistiqu\u00e9s du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et ce n&rsquo;est pas seulement l&rsquo;aveuglement complaisant face aux choses russes. C&rsquo;est un \u00e9chec fondamental de comprendre que le pouvoir d&rsquo;un &Eacute;tat ne d\u00e9pend pas seulement de son PIB et des tendances d\u00e9mographiques, mais aussi du courage, de la d\u00e9termination patriotique et de l&rsquo;intelligence de milliers de chercheurs, d&rsquo;ing\u00e9nieurs et de personnel de production. Cette pauvret\u00e9 conceptuelle infecte certains de nos plus brillants politologues de la Realpolitik dans la communaut\u00e9 universitaire qui, en principe, devraient \u00eatre ouverts \u00e0 la compr\u00e9hension du monde tel qu&rsquo;il est, et non du monde tel que nous le souhaitons. D&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, nous semblons avoir oubli\u00e9 la le\u00e7on de David et de Goliath. D&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, nous avons oubli\u00e9 la capacit\u00e9 de 4 ou 5 millions d&rsquo;Isra\u00e9liens s&rsquo;opposant militairement avec succ\u00e8s \u00e0 100 millions d&rsquo;Arabes. C&rsquo;\u00e9tait inimaginable pour nous que la Russie soit le David du Goliath que nous \u00e9tions assur\u00e9s d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais il y a des raisons plus objectives de l&rsquo;\u00e9chec total des services de renseignements am\u00e9ricains \u00e0 saisir l&rsquo;ampleur et la gravit\u00e9 du d\u00e9fi russe lanc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie mondiale des &Eacute;tats-Unis. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, nous devons consid\u00e9rer l&rsquo;\u00e9visc\u00e9ration de nos capacit\u00e9s de renseignement russes dans les jours, les mois et les ann\u00e9es qui ont suivi le 11 septembre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certains diront, avec raison, que le d\u00e9clin des capacit\u00e9s de renseignement am\u00e9ricaines sur la Russie a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 dans la seconde administration de Ronald Reagan, lorsque la guerre froide a pris fin et que l&rsquo;expertise des <em>Cold Warriors<\/em> ne semblait plus pertinente. Nombres d&rsquo;experts des affaires russes furent alors \u00e9limin\u00e9s des services d&rsquo;analyse des Agences de renseignement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Malgr\u00e9 cela, lorsqu&rsquo;eut lieu l&rsquo;attaque du 11 septembre, nombre de ceux qui occupaient des postes plus \u00e9lev\u00e9s \u00e0 la CIA \u00e9taient venus \u00e0 l&rsquo;Agence en tant qu&rsquo;experts russes. Mais ce furent le manque de comp\u00e9tences de la CIA dans les langues et les connaissances r\u00e9gionales du Moyen-Orient qui \u00e9tait flagrant \u00e0 la suite de l&rsquo;attaque d&rsquo;Al-Qa\u00efda sur les tours jumelles, qui guid\u00e8rent le remodelage des priorit\u00e9s pour le renseignement. Manifestement, cette lacune et le remaniement n\u00e9cessaire de l&rsquo;expertise ne pouvaient pas \u00eatre de bon augure pour l&rsquo;utilisation et l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;expertise russe d\u00e9j\u00e0 massacr\u00e9es par le hold-up du bureau sovi\u00e9tique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais il y a un facteur encore plus important dans le d\u00e9clin brutal de l&rsquo;expertise russe au sein des agences de renseignement am\u00e9ricaines. Il s&rsquo;agit de la d\u00e9pendance qui n&rsquo;a cess\u00e9 de grandir des officiers du service public de la s\u00e9curit\u00e9 nationale vis-\u00e0-vis des prestataires de services ext\u00e9rieurs, \u00e0 savoir l&rsquo;externalisation du travail de renseignement. Cela \u00e9tait tout \u00e0 fait conforme aux pr\u00e9f\u00e9rences du vice-pr\u00e9sident am\u00e9ricain Dick Cheney, qui a introduit l&rsquo;externalisation de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e pour faire face aux nouveaux d\u00e9fis de la guerre contre le terrorisme. Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne a touch\u00e9 les militaires am\u00e9ricains, surtout \u00e0 partir de 2003 \u00e0 la suite de l&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak. Les t\u00e2ches de s\u00e9curit\u00e9 op\u00e9rationnelle de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine ont \u00e9t\u00e9 sous-trait\u00e9es \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s fournissant des mercenaires comme Blackwater. Les arrangements normaux d&rsquo;achat de mat\u00e9riel ont \u00e9t\u00e9 court-circuit\u00e9s par le vice-pr\u00e9sident pour satisfaire rapidement les besoins urgents sur le terrain : d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;achat de flottes non traditionnelles mais jug\u00e9es tr\u00e8s n\u00e9cessaires de transports de troupes blind\u00e9es et autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plusieurs articles parus sur ConsortiumNews et ailleurs ces derniers mois ont attir\u00e9 l&rsquo;attention sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;externalisation du renseignement. Cependant, ce qui se passait, pourquoi et pour quel effet, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 clairement connu il y a dix ans et ne promettait rien de bon.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En un sens, la similitude de tous ces changements dans l&rsquo;approvisionnement en renseignement, en \u00e9quipement et en force militaire a \u00e9t\u00e9 le fruit d&rsquo;une mentalit\u00e9 visant \u00e0 r\u00e9soudre le court-terme, et une intervention politique directe dans des processus qui avaient \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;alors r\u00e9serv\u00e9s aux fonctionnaires de la s\u00e9curit\u00e9 nationale avec leurs proc\u00e9dures bureaucratiques. L&rsquo;intervention politique signifie en d\u00e9finitive <em>la politisation<\/em> des m\u00e9thodes et des r\u00e9sultats. Le renseignement ext\u00e9rieur sous-trait\u00e9 est plus susceptible de r\u00e9pondre aux exigences du payeur que d&rsquo;avoir une certaine int\u00e9grit\u00e9 intellectuelle et une perspective \u00e0 long terme sp\u00e9cifique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour mieux comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne, je renvoie le lecteur \u00e0 un article remarquable et bien document\u00e9 datant de mars 2007 et publi\u00e9 par le Centre europ\u00e9en de s\u00e9curit\u00e9 informatique strat\u00e9gique (ESISC) intitul\u00e9 &laquo; L&rsquo;externalisation du renseignement : l&rsquo;exemple des Etats-Unis &raquo;. L&rsquo;auteur, Raphael Ramos, associ\u00e9 de recherche \u00e0 l&rsquo;ESISC, nous apprend qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, 70% du budget de la communaut\u00e9 du renseignement am\u00e9ricain \u00e9tait d\u00e9pens\u00e9 en vertu de contrats avec des entreprises priv\u00e9es. &Agrave; l&rsquo;\u00e9poque o&ugrave; il \u00e9crivait, le renseignement externalis\u00e9 \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9quivalant en volume \u00e0 la plus importante parmi les agences relevant du minist\u00e8re de la D\u00e9fense. La CIA avait alors un tiers de son personnel provenant de soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Outre les priorit\u00e9s changeantes en mati\u00e8re de renseignement \u00e9tranger r\u00e9sultant de la fin de la guerre froide et le d\u00e9but de la guerre contre le terrorisme, un autre facteur de la structure changeante des services secrets am\u00e9ricains a \u00e9t\u00e9 ax\u00e9 sur la technologie. Cela concerne les technologies de communication modernes, avec de nombreuses start-up apparaissant dans les domaines sp\u00e9cialis\u00e9s de l&rsquo;intelligence des signaux et de l&rsquo;imagerie. La NSA s&rsquo;est pr\u00e9value de ces nouveaux fournisseurs de services pour devenir un pionnier dans l&rsquo;externalisation de l&rsquo;intelligence. Les autres agences du Pentagone qui ont suivi le m\u00eame cours \u00e9taient le NRO, responsable des syst\u00e8mes spatiaux d&rsquo;intelligence et le NGA, charg\u00e9 de produire l&rsquo;intelligence g\u00e9ographique \u00e0 partir des satellites. Ajoutez \u00e0 cela les pratiques changeantes du renseignement provenant du d\u00e9veloppement de l&rsquo;Internet, qui privil\u00e9gient l&rsquo;intelligence open source. OSINT pouvait effectivement prosp\u00e9rer dans le secteur priv\u00e9 car il ne n\u00e9cessite pas d&rsquo;habilitations de s\u00e9curit\u00e9 sp\u00e9ciales. Cela a rapidement repr\u00e9sent\u00e9 entre 35% et 90% des achats de renseignements.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme indiqu\u00e9 plus haut, l&rsquo;externalisation a permis \u00e0 la communaut\u00e9 du renseignement de se moderniser, d&rsquo;acqu\u00e9rir rapidement des comp\u00e9tences et de r\u00e9pondre \u00e0 de nouveaux besoins urgents. Cependant, \u00e0 en juger par les r\u00e9sultats des services de renseignement concernant la Russie de Poutine, il semble que le mod\u00e8le d&rsquo;externalisation n&rsquo;ait pas du tout rendu les services qu&rsquo;on en attendait sur le long terme et dans les domaines strat\u00e9giques essentiels. Le pays a vol\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aveuglette tout en prenant des positions extravagantes et insupportables pour intimider le monde comme si nous jouissions de la domination la plus compl\u00e8te dans les affaires du monde et comme si la Russie n&rsquo;existait pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Gilbert Doctorow<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur le Big Sleep (russe) de la CIA 03 mars 2018 &ndash; Le discours de Poutine du 1er mars est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 un classique, un \u00e9v\u00e8nement fondamental de la p\u00e9riode. 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