{"id":77809,"date":"2018-03-06T05:47:33","date_gmt":"2018-03-06T05:47:33","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/03\/06\/tocqueville-et-la-destruction-des-ames-et-des-nations\/"},"modified":"2018-03-06T05:47:33","modified_gmt":"2018-03-06T05:47:33","slug":"tocqueville-et-la-destruction-des-ames-et-des-nations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/03\/06\/tocqueville-et-la-destruction-des-ames-et-des-nations\/","title":{"rendered":"Tocqueville et la destruction des \u00e2mes et des nations"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Tocqueville et la destruction des \u00e2mes et des nations<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>R\u00e9cemment Ugo Bardi regrettait la violence des policiers en Espagne, r\u00e9ducteurs de bonnes dames catalanes (lesakerfrancophone.fr).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous sommes de plus en plus \u00e9cras\u00e9s par les Etats et les gouvernements : invasions (je le dis non comme je le pense mais comme on le voit), guerres, menaces, taxations, massacres de masse ici ou l\u00e0 se terminant par toujours plus de contr\u00f4les et de confiscations, plus rien ne nous est \u00e9pargn\u00e9. Je vois que comme en Gr\u00e8ce o&ugrave; tout un peuple a \u00e9t\u00e9 affam\u00e9 tout le monde s&rsquo;incline devant la toute-puissance \u00e9tatique. C&rsquo;est que nous sommes des hommes sans honneur, pas tr\u00e8s susceptibles&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chr\u00e9tien de Troyes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La douleur passe, la honte dure dans le c&oelig;ur d&rsquo;un homme \u00e9nergique et droit, tandis que chez l&rsquo;homme m\u00e9diocre la honte meurt et se refroidit vite (Perceval, v. 2905-2908). &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les deux qui nous expliquent tout cela mieux que tout le monde sont Nietzsche et Tocqueville. Ces derniers jours Philippe Grasset a parl\u00e9 de Nietzsche et de son dernier homme. On va citer Tocqueville alors dont la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique est un guide sur notre apocalypse :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Au commencement d&rsquo;une grande r\u00e9volution d\u00e9mocratique, et quand la guerre entre les diff\u00e9rentes classes ne fait que de na&icirc;tre,<strong> le peuple s&rsquo;efforce de centraliser l&rsquo;administration publique dans les mains du gouvernement, afin d&rsquo;arracher la direction des affaires locales \u00e0 l&rsquo;aristocratie. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Eh oui, qui dit r\u00e9volution dit contr\u00f4le accru. Qui dit guerre mondiale ou humanitaire dit contr\u00f4le accru aussi. Qui dit monde s&ucirc;r pour la d\u00e9mocratie dit \u00e9norme contr\u00f4le accru encore ! A comparer avec nos anc\u00eatres \u00e9meutiers et frondeurs. Tocqueville dit aussi :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quand tous les vivants sont faibles, la volont\u00e9 des morts est moins respect\u00e9e. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Tocqueville a compris le premier que le secret de nos r\u00e9volutions lib\u00e9rales et sociales (on travaille jusqu&rsquo;en ao&ucirc;t pour l&rsquo;\u00e9tatisme) c&rsquo;est le contr\u00f4le et la centralisation :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les plus fermes dynasties sont \u00e9branl\u00e9es ou d\u00e9truites ; de toutes parts les peuples \u00e9chappent violemment \u00e0 l&#8217;empire de leurs lois ; ils d\u00e9truisent ou limitent l&rsquo;autorit\u00e9 de leurs seigneurs ou de leurs princes ; toutes les nations qui ne sont point en r\u00e9volution paraissent du moins inqui\u00e8tes et fr\u00e9missantes ; <strong>un m\u00eame esprit de r\u00e9volte les anime. Et, de l&rsquo;autre, dans ce m\u00eame temps d&rsquo;anarchie et chez ces m\u00eames peuples si indociles, le pouvoir social accro&icirc;t sans cesse ses pr\u00e9rogatives ; il devient plus centralis\u00e9, plus entreprenant, plus absolu, plus \u00e9tendu. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>La conclusion ne se fait pas attendre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les citoyens tombent \u00e0 chaque instant sous le contr\u00f4le de l&rsquo;administration publique. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tocqueville comprend le risque bismarckien et l&rsquo;impossible retour en arri\u00e8re :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; Les princes ont rejet\u00e9 toutes les nouveaut\u00e9s que la r\u00e9volution avait cr\u00e9\u00e9es chez eux, except\u00e9 la centralisation : c&rsquo;est la seule chose qu&rsquo;ils aient consenti \u00e0 tenir d&rsquo;elle. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Etat, <em>le plus froid des monstres froids<\/em>, arrive couronn\u00e9 alors :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce que je veux remarquer, c&rsquo;est que tous ces droits divers qui ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s successivement, de notre temps, \u00e0 des classes, \u00e0 des corporations, \u00e0 des hommes, n&rsquo;ont point servi \u00e0 \u00e9lever sur une base plus d\u00e9mocratique de nouveaux pouvoirs secondaires, mais se sont concentr\u00e9s de toutes parts dans les mains du souverain. <strong>Partout l&rsquo;&Eacute;tat arrive de plus en plus \u00e0 diriger par lui-m\u00eame les moindres citoyens et \u00e0 conduire seul chacun d&rsquo;eux dans les moindres affaires. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Avant Taine n\u00e9 dix-sept ans apr\u00e8s lui Tocqueville pleure la fin de l&rsquo;\u00e9ducation libre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; L&rsquo;\u00e9ducation, aussi bien que la charit\u00e9, est devenue, chez la plupart des peuples de nos jours, une affaire nationale. L&rsquo;&Eacute;tat re\u00e7oit et souvent prend l&rsquo;enfant des bras de sa m\u00e8re pour le confier \u00e0 ses agents<\/strong> ; c&rsquo;est lui qui se charge d&rsquo;inspirer \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration des sentiments, et de lui fournir des id\u00e9es. <strong>L&rsquo;uniformit\u00e9 r\u00e8gne dans les \u00e9tudes comme dans tout le reste ; la diversit\u00e9 comme la libert\u00e9 en disparaissent chaque jour. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>A transmettre \u00e0 ceux qui fourrent en prison les parents allemands qui ne veulent pas d&rsquo;\u00e9ducation sexuelle pour leurs enfants, ou \u00e0 la maman espagnole mise en prison pour une gifle&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La religion n&rsquo;est plus de ce monde. Elle a \u00e9t\u00e9 nationalis\u00e9e, explique Tocqueville dans une page moins lue :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je ne crains pas non plus d&rsquo;avancer que, chez presque toutes les nations chr\u00e9tiennes de nos jours, les catholiques aussi bien que les protestantes, <strong>la religion est menac\u00e9e de tomber dans les mains du gouvernement.<\/strong> Ce n&rsquo;est pas que les souverains se montrent fort jaloux de fixer eux-m\u00eames le dogme ; mais ils s&#8217;emparent de plus en plus des volont\u00e9s de celui qui l&rsquo;explique : <strong>ils \u00f4tent au clerg\u00e9 ses propri\u00e9t\u00e9s, lui assignent un salaire, d\u00e9tournent et utilisent \u00e0 leur seul profit l&rsquo;influence que le pr\u00eatre poss\u00e8de ; ils en font un de leurs fonctionnaires<\/strong> et souvent un de leurs serviteurs, et ils p\u00e9n\u00e8trent avec lui jusqu&rsquo;au plus profond de l&rsquo;\u00e2me de chaque homme. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On pourrait continuer mais on s&rsquo;arr\u00eatera l\u00e0. <strong>Ne vous \u00e9tonnez pas, peuples, d&rsquo;\u00eatre devenus jetables et rempla\u00e7ables apr\u00e8s deux si\u00e8cles de ce r\u00e9gime<\/strong> ! Plus on vous assaisonnera \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, moins il vous en restera &ndash; de libert\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 !<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Alexis de Tocqueville, de la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, II, quatri\u00e8me partie, chapitres 4, 5 et 6<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tocqueville et la destruction des \u00e2mes et des nations R\u00e9cemment Ugo Bardi regrettait la violence des policiers en Espagne, r\u00e9ducteurs de bonnes dames catalanes (lesakerfrancophone.fr). 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