{"id":77845,"date":"2018-03-24T11:45:22","date_gmt":"2018-03-24T11:45:22","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/03\/24\/le-crepuscule-de-lombre\/"},"modified":"2018-03-24T11:45:22","modified_gmt":"2018-03-24T11:45:22","slug":"le-crepuscule-de-lombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/03\/24\/le-crepuscule-de-lombre\/","title":{"rendered":"Le cr\u00e9puscule de l&rsquo;ombre"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le cr\u00e9puscule de l&rsquo;ombre<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>24 mars 2018 &ndash; Le fondement de la br\u00e8ve mais essentielle interrogation qui sous-tend cette courte r\u00e9flexion est que, voyez-vous, je pense et crois de toutes les fibres de mon \u00eatre qu&rsquo;Emil Cioran n&rsquo;a pas tort, et m\u00eame qu&rsquo;il d\u00e9crit une vision fondamentale et fondamentalement v\u00e9ridique lorsqu&rsquo;il \u00e9crit les quelques lignes qui suivent. (Il faut savoir qu&rsquo;elles sont extraites de son <em>Pr\u00e9cis de d\u00e9composition<\/em> publi\u00e9 en 1949, &ndash; son premier livre \u00e9crit en fran\u00e7ais ; cit\u00e9 ici \u00e0 partir du volume de La Pl\u00e9iade, &laquo; <em>Cioran, &OElig;uvres <\/em>&raquo;, p. 61.)<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&laquo;<em> Nous sommes en droit d&rsquo;imaginer un temps o&ugrave; nous aurons tout d\u00e9pass\u00e9, m\u00eame la musique, m\u00eame la po\u00e9sie, o&ugrave;, d\u00e9tracteurs de nos traditions et de nos flammes, nous atteindrons \u00e0 un tel d\u00e9saveu de nous-m\u00eames, que, las d&rsquo;une tombe sue, nous traverserons les jours dans un linceul r\u00e2p\u00e9. Quand un sonnet, dont la rigueur \u00e9l\u00e8ve le monde verbal au-dessus d&rsquo;un cosmos superbement imagin\u00e9, quand un sonnet cessera d&rsquo;\u00eatre pour nous une tentation de larmes, et qu&rsquo;au milieu d&rsquo;une sonate nos b\u00e2illements triompheront de notre \u00e9motion, &ndash; alors les cimeti\u00e8res ne voudront plus de nous, eux qui ne re\u00e7oivent que des cadavres frais, imbus encore d&rsquo;un soup\u00e7on de chaleur et d&rsquo;un souvenir de vie.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Avant notre vieillesse, viendra un temps o&ugrave;, r\u00e9tractant nos ardeurs, et courb\u00e9s sous les palinodies de la chair, nous marcherons mi-charogne mi-spectre&#8230; Nous aurons r\u00e9prim\u00e9 &ndash; par peur de complicit\u00e9 avec l&rsquo;illusion, &ndash; toute palpitation en nous. Pour n&rsquo;avoir pas su d\u00e9sincarner notre vie en un sonnet, nous tra&icirc;nerons en lambeaux notre pourriture, et, pour \u00eatre all\u00e9s plus loin que la musique ou la mort, nous tr\u00e9bucherons, aveugles, vers une fun\u00e8bre immortalit\u00e9&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ce \u00ab\u00a0nous sommes en droit\u00a0\u00bb qui commence la citation \u00e0 la fois me terrifie si je le per\u00e7ois hors du temps et \u00e0 la fois, songeant que la chose est \u00e9crite en 1949, il me confirme dans le jugement sur Notre-Temps. A ce \u00ab\u00a0nous sommes en droit\u00a0\u00bb, j&rsquo;ajoute alors, moi qui suis de 2018 pour cet \u00e9crit, \u00ab\u00a0&#8230;et c&rsquo;est notre devoir\u00a0\u00bb, parce que ce que Cioran nous offre comme vision est bien entendu celle de Notre-Temps. (Le passage cit\u00e9 est intitul\u00e9 <em>L&rsquo;ombre future.<\/em>) La &laquo; <em>fun\u00e8bre immortalit\u00e9<\/em> &raquo; correspond si parfaitement aux d\u00e9lires obsc\u00e8nes et m\u00e9diocres des petits esprits p\u00e9tris de formules soi-disant kabbalistiques, fabricants de l&rsquo;Intelligence Artificielle qui travaillent avec acharnement sur les robots qui vont nous remplacer. Dans ce tableau que trace Cioran, la place est toute faite, la voie est triomphale pour le morne et cr\u00e9pusculaire d\u00e9fil\u00e9 des zombies-Syst\u00e8me de Notre-Temps, si bien incarn\u00e9s dans la recette du &laquo; <em>mi-charogne mi-spectre<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Emil Cioran est cet homme qui a publi\u00e9 un livre sous le titre <em>De l&rsquo;inconv\u00e9nient d&rsquo;\u00eatre n\u00e9<\/em>, qui r\u00e9sumait parfaitement son sentiment qui est au-del\u00e0 du suicide puisqu&rsquo;il pr\u00e9conise la n\u00e9cessit\u00e9 pour l&rsquo;\u00eatre de ne pas \u00eatre, c&rsquo;est-\u00e0-dire la n\u00e9antisation de la conception m\u00eame, quand et puisque l&rsquo;\u00eatre est cette chose \u00e0 laquelle nous sommes parvenus (&laquo; <em>mi-charogne mi-spectre<\/em> &raquo;). Son sentiment est au-del\u00e0, \u00e0 la fois pessimisme sans retour et d\u00e9sespoir, avec comme seule issue insoumise au <em>diktat<\/em> du temps et de la logique la n\u00e9antisation pr\u00e9natale. Pourtant, cet homme a v\u00e9cu, \u00e9crit, laiss\u00e9 une &oelig;uvre qui vaut consid\u00e9ration et ridiculiserait aujourd&rsquo;hui quelque chose comme 97% ou 98% (j&rsquo;aime la pr\u00e9cision) des insupportables artefacts imprim\u00e9es que fabriquent \u00e0 la cha&icirc;ne nos usines productrices de \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb comme d&rsquo;autres produisent des d\u00e9chets permettant aux usines de recyclage de d\u00e9chets de produire des choses qui constitueront \u00e0 leur tour des d\u00e9chets, &ndash; une sorte de circuit ferm\u00e9 en cercle vicieux des poubelles reli\u00e9es entre elles par des \u00e9gouts o&ugrave; la production de \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb constitue une des poubelles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cioran, donc, m\u00e9rite notre estime et notre consid\u00e9ration pour avoir consenti \u00e0 vivre malgr\u00e9 ce terrible sentiment qui l&rsquo;habitait, et contribu\u00e9 par ses \u00e9crits \u00e0 ce que l&rsquo;on nommait \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb et que l&rsquo;on ne conna&icirc;t plus&#8230; Ce d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 complet fait partie de la cha&icirc;ne de la confiance qui habitent les rebelles \u00e0 ce monde qu&rsquo;ils nous ont fabriqu\u00e9s, la <em>Fides<\/em> des rebelles, tout autant honneur, bonne foi et \u00ab\u00a0foi\u00a0\u00bb tout court.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui me r\u00e9conforte jusqu&rsquo;\u00e0 m&rsquo;exalter v\u00e9ritablement, c&rsquo;est mon complet accord avec ces \u00e9crits absolument visionnaires que je viens de citer, c&rsquo;est-\u00e0-dire mon extr\u00eame proximit\u00e9 de Cioran, et en m\u00eame temps mon absence de la pr\u00e9dominance chez moi, bien que je le comprenne et parfois sois proche de l&rsquo;\u00e9prouver, de son sentiment de \u00ab\u00a0pessimisme et [de] d\u00e9sespoir, avec comme seule issue insoumise au <em>diktat<\/em> du temps et de la logique la n\u00e9antisation pr\u00e9natale\u00a0\u00bb. Comme si, la marche catastrophique du monde ayant accompli ce qu&rsquo;il pr\u00e9voyait, qui pr\u00e9vaut aujourd&rsquo;hui en toutes choses dans le pire des accomplissements, il s&rsquo;av\u00e9rait qu&rsquo;il est impossible que \u00ab\u00a0toutes ces choses\u00a0\u00bb continuent sans provoquer l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement cosmique catastrophique que \u00ab\u00a0nous sommes en droit\u00a0\u00bb d&rsquo;attendre (plus que d'\u00a0\u00bbimaginer\u00a0\u00bb d\u00e9sormais), et que c&rsquo;est m\u00eame \u00ab\u00a0notre devoir\u00a0\u00bb de l&rsquo;attendre avec la plus grande confiance et \u00e9ventuellement quelque ironie pour ceux qui croient avoir b\u00e2ti <em>le meilleur des mondes<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Je r\u00e9serve cette ironie particuli\u00e8rement aux b\u00e2tisseurs de l&rsquo;AI, cette \u00ab\u00a0<em>fun\u00e8bre immortalit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb : les robots qu&rsquo;ils vont fabriquer seront si compl\u00e8tement exc\u00e9d\u00e9s par leur arrogance et leur sottise qu&rsquo;ils les liquideront aussi vite. N&rsquo;est pas Faust qui veut.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous avons d\u00e9pass\u00e9 le pessimisme et le d\u00e9sespoir de Cioran apr\u00e8s en avoir mesur\u00e9 le bien-fond\u00e9. Il est impossible que cela se poursuive au-del\u00e0 et les diverses catastrophes que nous avons suscit\u00e9es au c&oelig;ur m\u00eame de la structure du monde y veilleront. Je ne suis pas l\u00e0 pour vous dire que ce sera une sin\u00e9cure ou qui sait, autre chose encore, mais pour proclamer que tout bien entendu vaut mieux que ce \u00ab\u00a0futur de l&rsquo;ombre\u00a0\u00bb qui est une compl\u00e8te et diabolique trahison de l&rsquo;avenir.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cr\u00e9puscule de l&rsquo;ombre 24 mars 2018 &ndash; Le fondement de la br\u00e8ve mais essentielle interrogation qui sous-tend cette courte r\u00e9flexion est que, voyez-vous, je pense et crois de toutes les fibres de mon \u00eatre qu&rsquo;Emil Cioran n&rsquo;a pas tort, et m\u00eame qu&rsquo;il d\u00e9crit une vision fondamentale et fondamentalement v\u00e9ridique lorsqu&rsquo;il \u00e9crit les quelques lignes&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[12153,18205,12060,17137,2631,14123,4008,18206,2622,9728,18204,12711],"class_list":["post-77845","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-artificielle","tag-charogne","tag-cioran","tag-detre","tag-de","tag-decomposition","tag-intelligence","tag-linconvenient","tag-la","tag-ne","tag-precis","tag-zombies-systeme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77845","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77845"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77845\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77845"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77845"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77845"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}