{"id":77859,"date":"2018-04-02T05:55:37","date_gmt":"2018-04-02T05:55:37","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/04\/02\/le-silence-du-poison\/"},"modified":"2018-04-02T05:55:37","modified_gmt":"2018-04-02T05:55:37","slug":"le-silence-du-poison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/04\/02\/le-silence-du-poison\/","title":{"rendered":"Le silence du poison"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le silence du poison<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>2 avril 2018 &ndash; Voici quelques observations int\u00e9ressantes de l&rsquo;ambassadeur de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie \u00e0 Washington D.C., capitale des &Eacute;tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique et \u00ab\u00a0D.C.-la-folle\u00a0\u00bb pour les amis et entre intimes. Anatoly Antonov \u00e9tait interview\u00e9 par la cha&icirc;ne ABC&#8230; Voici quelques-unes de ces observations, un peu en vrac et qu&rsquo;importe, parce qu&rsquo;au contraire ce qui importe c&rsquo;est l&rsquo;atmosph\u00e8re dont sont impr\u00e9gn\u00e9es ces paroles qui importe. (Le texte est repris un peu partout, vous pouvez aller voir <em><a href=\"https:\/\/www.zerohedge.com\/news\/2018-03-30\/russian-ambassador-speaks-out-us-russian-relations-are-worst-i-can-remember\">ZeroHedge.com<\/a> <\/em>comme <em><a href=\"http:\/\/theduran.com\/russian-ambassador-to-us-atmosphere-in-washington-is-poisoned-its-a-toxic-atmosphere\/\">TheDuran.com<\/a><\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>\u00ab\u00a0Il me semble que l&rsquo;atmosph\u00e8re \u00e0 Washington est empoisonn\u00e9e &ndash; c&rsquo;est une atmosph\u00e8re toxique&#8230; Cela d\u00e9pend de nous tous de d\u00e9cider si nous sommes en temps guerre froide ou pas, mais &#8230; je ne me souviens pas d&rsquo;une situation aussi catastrophique de nos relations.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>\u00ab\u00a0Il existe une incroyable m\u00e9fiance entre les Etats-Unis et la Russie&#8230; On dirait que la Russie est aujourd&rsquo;hui responsable de tout, m\u00eame du mauvais temps\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Il est grand temps que nous arr\u00eations de nous bl\u00e2mer les uns les autres, il est grand temps que nous entamions une v\u00e9ritable conversation sur de vrais probl\u00e8mes.\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;expulsion des diplomates US de Russie, en riposte \u00e0 celle des diplomates russes des USA : &laquo; <em>\u00ab\u00a0Vous comprenez, si quelqu&rsquo;un vous donne une gifle, quelle votre r\u00e9action ? Vous la lui rendez, cela va de soi.\u00a0\u00bb En d\u00e9pit de ces \u00e9changes de mesures coercitives, l&rsquo;ambassadeur russe a dit qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 rencontrer ses coll\u00e8gues US pour avoir des discussions, et il a rappel\u00e9 que des fonctionnaires US avaient dit la m\u00eame chose&#8230;  \u00ab\u00a0Alors, j&rsquo;ai propos\u00e9 \u00e0 mes coll\u00e8gues du D\u00e9partement d&rsquo;&Eacute;tat et de la d\u00e9fense de nous asseoir ensemble autour d&rsquo;un verre, \u00e0 ma r\u00e9sidence d&rsquo;ambassadeur&#8230; Et m\u00eame, <strong>s&rsquo;ils avaient peur \u00e0 cause de ce lieu de rencontre<\/strong>, je leur ai dit &lsquo;Peu importe, voyons-nous dans un n&rsquo;importe quel restaurant pour parler des questions en suspens&#8230;&rsquo; C&rsquo;\u00e9tait il y a quatre ou cinq mois et je n&rsquo;ai eu <strong>que cette r\u00e9ponse<\/strong><\/em><strong><em>: le silence<\/em><\/strong><em>.\u00a0\u00bb <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien, j&rsquo;ai fait une adaptation, et non du mot \u00e0 mot. Mais ce qui est important, pour moi, ce sont les derni\u00e8res phrases, les derniers mots, et particuli\u00e8rement \u00ab\u00a0peur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0silence\u00a0\u00bb. Les deux expressions employ\u00e9es par Antonov comprennent bien \u00ab\u00a0la peur\u00a0\u00bb (&laquo; <em>If they are <strong>scared<\/strong>, I say that, \u00ab\u00a0Come on, we can meet in a restaurant&#8230; <\/em>&raquo;, avec cette expression \u00ab\u00a0<em>to be scared<\/em>\u00a0\u00bb signifiant bien \u00ab\u00a0avoir peur\u00a0\u00bb dans le sens qui va jusqu&rsquo;\u00e0 \u00ab\u00a0\u00eatre paniqu\u00e9\u00a0\u00bb\/pris de panique\u00a0\u00bb) et \u00ab\u00a0le silence\u00a0\u00bb (&laquo; <em>And I got <\/em>[<em>an<\/em>] <em>answer: <strong>silent<\/strong><\/em> &raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;on n&rsquo;aille pas croire qu&rsquo;il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;asile de \u00ab\u00a0D.C.-la-folle\u00a0\u00bb que les choses se passent de cette fa\u00e7on. A Bruxelles, dans les institutions europ\u00e9ennes et particuli\u00e8rement dans les services des Relations Ext\u00e9rieures (le \u00ab\u00a0minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res\u00a0\u00bb de Mogherini), une tr\u00e8s r\u00e9cente directive, sans doute fin f\u00e9vrier\/d\u00e9but mars, a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e. Elle interdit tout contact avec un diplomate russe sans autorisation ; le fonctionnaire doit demander une autorisation pour contacter telle ou telle personne (de l&rsquo;ambassade), exposer les motifs de cette rencontre, et l&rsquo;on statuera sur cette demande ; si elle est accept\u00e9e et si elle a lieu, le fonctionnaire europ\u00e9en devra rendre compte de ce qui a \u00e9t\u00e9 dit aux services de s\u00e9curit\u00e9. Tout cela est en effet contr\u00f4l\u00e9 et orient\u00e9, non par la diplomatie et ses repr\u00e9sentants, mais par les services de s\u00e9curit\u00e9. Cette directive a caus\u00e9 une tr\u00e8s grande pr\u00e9occupation chez nombre de fonctionnaires dont une partie importante du travail est justement d&rsquo;avoir des contacts diplomatiques discrets, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale avec tous les diplomates en poste, dans ce cas et pour des raisons \u00e9videntes, avec les diplomates russes.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Je crois \u00e9videmment que les m\u00eames r\u00e8gles, directives, consignes et parano\u00efas diverses doivent \u00eatre activ\u00e9es \u00e0 Washington, r\u00e9gulant ainsi cette sorte d&rsquo;auto-terrorisation et donnant \u00e0 \u00ab\u00a0D.C.-la-folle\u00a0\u00bb une sorte de structuration. <strong>Cette bureaucratisation de la d\u00e9mence en cours ressemble \u00e0 une sorte d&rsquo;inversion de <em>1984<\/em> <\/strong>: ce n&rsquo;est pas <em>Big Brother <\/em>qui a impos\u00e9 sa loi d\u00e9mente, <strong>c&rsquo;est la d\u00e9mence compl\u00e8tement irrationnelle qui \u00e9prouve le besoin de se fabriquer un <em>Big Brother <\/em><\/strong>sous la forme des normes polici\u00e8res, comme si elle voulait se fabriquer artificiellement un sens. <\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>C&rsquo;est un climat absolument sans pr\u00e9c\u00e9dent et tout \u00e0 fait extraordinaire. J&rsquo;ai pass\u00e9 une partie de ma carri\u00e8re durant la Guerre Froide, disons \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, lorsque ma position dans mon journal me permettait de me d\u00e9placer dans ces milieux. Il y avait aussi les r\u00e9ceptions, les d&icirc;ners, etc., o&ugrave; l&rsquo;on se rencontrait les uns les autres pour parler discr\u00e8tement. Moi-m\u00eame, journaliste, je me mets un peu dans le m\u00eame cas parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la m\u00eame sorte de travail. Il s&rsquo;agit de pouvoir parler plus librement, hors du ton compass\u00e9 des communiqu\u00e9s et des discours officiels, pour savoir ce que pensent les uns et les autres, pour entendre tel message discret, pour observer telle r\u00e9action d\u00e9barrass\u00e9e des convenances officielles, etc. <strong>C&rsquo;est le c&oelig;ur m\u00eame du travail de la communication, qui vaut pour tous les m\u00e9tiers du domaine<\/strong> : diplomatie, renseignement, journalisme, etc. M\u00eame en temps de guerre, des gens des deux bords gardent des contacts dans les capitales neutres, parce que tout a toujours fonctionn\u00e9 dans ce domaine de cette fa\u00e7on. Jamais du temps de cette \u00e9poque \u00e0 laquelle je me r\u00e9f\u00e8re, m\u00eame lors de p\u00e9riodes souvent tr\u00e8s br\u00e8ves de tr\u00e8s grande tension (lors de la destruction d&rsquo;un Boeing 747 de la Korean Airlines le 31 ao&ucirc;t 1983 ou lors du d\u00e9ploiement des premiers euromissiles US en novembre de la m\u00eame ann\u00e9e 1983), <strong>jamais il n&rsquo;y eut une telle perception d&rsquo;une volont\u00e9 de rupture de la conversation discr\u00e8te de la diplomatie<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M\u00eame l&rsquo;argument souvent avanc\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 US, &ndash; \u00ab\u00a0nous n&rsquo;avons rien connu de pareil depuis le McCarthysme\u00a0\u00bb, &ndash; p\u00eache par une faiblesse d\u00e9cisive. Le McCarthysme \u00e9tait ce qu&rsquo;on sait qu&rsquo;il fut, mais au moins on pouvait avancer la justification qu&rsquo;il r\u00e9pondait \u00e0 une atmosph\u00e8re qui n&rsquo;\u00e9tait pas plus rationnelle. Le c\u00f4t\u00e9 sovi\u00e9tique, jusqu&rsquo;\u00e0 la mort de Staline qui correspond \u00e0 peu pr\u00e8s au paroxysme du McCarthysme, entretenait \u00e0 Moscou une d\u00e9mence semblable, \u00e0 la mesure de l&rsquo;\u00e9tat psychologique en pleine d\u00e9liquescence parano\u00efaque de Staline, mort en mars 1953. La chute de Joe McCarthy date de janvier 1954. Aujourd&rsquo;hui, on ne peut dire que la Russie de Poutine ait, dans le domaine de la parano\u00efa, de la terrorisation et de la d\u00e9mence, le moindre rapport avec l&rsquo;URSS des derni\u00e8res ann\u00e9es de Staline.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors, entendre un diplomate d&rsquo;un pays comme la Russie en poste \u00e0 Washington dire qu&rsquo;il a propos\u00e9 des rencontres avec des fonctionnaires US, et que ceux-ci sont peut-\u00eatre \u00ab\u00a0paniqu\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 cette id\u00e9e, et que leur seule r\u00e9ponse c&rsquo;est \u00ab\u00a0le silence\u00a0\u00bb, voil\u00e0 qui est vraiment extraordinaire. Soumettre de tels grands corps diplomatiques et de s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00e0 des exigences de s\u00e9curit\u00e9 totalitaires et sans le moindre fondement, qui suppriment toute initiative dans leur travail, toute discr\u00e9tion dans les relations, toute prudence dans les contacts entre Washington ou l&rsquo;UE avec les Russes qui leur correspondent, sans aucune raison ext\u00e9rieure pour justifier tout cela, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0tout cela\u00a0\u00bb laiss\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mence de la <em>narrative<\/em>, <strong>voil\u00e0 qui d\u00e9passe m\u00eame le caract\u00e8re de ce qui est extraordinaire<\/strong> : on ne peut m\u00eame plus concevoir la r\u00e9f\u00e9rence fondamentale de ce qu&rsquo;on nomme en g\u00e9n\u00e9ral l'\u00a0\u00bbordinaire\u00a0\u00bb de cette sorte d&rsquo;activit\u00e9 essentielle pour des relations civilis\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Du point de vue du travail que l&rsquo;on doit faire, on comprend que l&rsquo;extraordinaire confine \u00e0 l&rsquo;absurde. La communication, l&rsquo;information, le renseignement constituent un outil essentiel de toute politique \u00e9trang\u00e8re, comme de toute s\u00e9curit\u00e9 nationale. Soumettre ces activit\u00e9s \u00e0 un interdit qu&rsquo;on ne peut qualifier que de policier selon des arguments qu&rsquo;on ne peut d\u00e9crire que comme n\u00e9s de la d\u00e9mence, c&rsquo;est sacrifier compl\u00e8tement cet outil essentiel, c&rsquo;est ramener la diplomatie et les relations ext\u00e9rieures au temps de la barbarie ou au temps de la croisade et de l&rsquo;excommunication ; c&rsquo;est soumettre la politique \u00e0 la violence primaire de l&rsquo;incivilit\u00e9 ou \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9ratif dogmatique de la religion, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans les deux cas d\u00e9nier l&rsquo;existence de l&rsquo;Autre. C&rsquo;est plonger le destin du monde dans cette sorte de poison dont l&rsquo;ambassadeur de Russie dit qu&rsquo;il charge toute l&rsquo;atmosph\u00e8re de Washington D.C.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>L&rsquo;observation de l&rsquo;ancien chef du renseignement russe Leonid Chebarchine, selon lequel &laquo; <em>l&rsquo;Ouest ne veut qu&rsquo;une seule chose de la Russie : <strong>que la Russie n&rsquo;existe plus<\/strong><\/em> &raquo; est devenue un constat de la vie courante pour nos dirigeants et notre diplomatie. <strong>La Russie n&rsquo;existe plus pour eux<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Je ne peux en sortir d&rsquo;autre conclusion qu&rsquo;en me r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 nouveau \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/conversation-avec-les-forces-suprahumaines\">ces temps si \u00e9tranges<\/a> que nous vivons. Je laisse de c\u00f4t\u00e9 toutes les sornettes habituelles, la moraline d\u00e9goulinante et d\u00e9go&ucirc;tante qui nous charge la langue et nous embue l&rsquo;esprit, les anath\u00e8mes religieux, l&rsquo;incroyables id\u00e9ologisation r\u00e9gnante, les <em>narrative <\/em>\u00e0 se tordre de rire et enfil\u00e9es comme autant de perles dont on ne cesse de vanter le lustre, qui feront un collier scintillant de mensonges plus grossiers d&rsquo;une lumi\u00e8re faussaire les uns que les autres ; non, rien de tout cela, parce que je veux aller au c&oelig;ur de la chose&#8230; Je ne peux conclure autre chose que le constat que nous vivons <strong>dans des temps d&rsquo;une sorte de cr\u00e9puscule totalitaire qui r\u00e8gne sur les esprits et les plonge dans la nuit<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nul ne sait d&rsquo;o&ugrave; vient cette d\u00e9mence totalitaire ni ce qu&rsquo;elle veut, ni o&ugrave; elle va ; personne ne conna&icirc;t notre soi-disant <em>Big Brother <\/em>qui est lui-m\u00eame une <em>narrative<\/em>, et tout le monde s&#8217;emploie \u00e0 proclamer dans un silence terroris\u00e9 qu&rsquo;il faut taire ce nom que personne ne conna&icirc;t. Tout cela nous \u00e9crase dans une poigne colossale, exer\u00e7ant sur nous toute la puissance d&rsquo;une monstrueuse emprise dont nul ne sait d&rsquo;o&ugrave; elle vient et qui l&rsquo;oriente. <strong>M\u00eame Atlas se tait et songe \u00e0 ne plus porter ce monde dont la folie l&rsquo;irrite comme elle rend furieux les dieux<\/strong>.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le silence du poison 2 avril 2018 &ndash; Voici quelques observations int\u00e9ressantes de l&rsquo;ambassadeur de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie \u00e0 Washington D.C., capitale des &Eacute;tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique et \u00ab\u00a0D.C.-la-folle\u00a0\u00bb pour les amis et entre intimes. 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