{"id":77884,"date":"2018-04-15T10:15:42","date_gmt":"2018-04-15T10:15:42","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/04\/15\/frithjof-schuon-et-la-grandeur-des-indiens\/"},"modified":"2018-04-15T10:15:42","modified_gmt":"2018-04-15T10:15:42","slug":"frithjof-schuon-et-la-grandeur-des-indiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/04\/15\/frithjof-schuon-et-la-grandeur-des-indiens\/","title":{"rendered":"Frithjof Schuon et la grandeur des indiens"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Frithjof Schuon et la grandeur des indiens <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Sa t\u00eate ras\u00e9e de tr\u00e8s pr\u00e8s n&rsquo;offrait d&rsquo;autres cheveux que cette touffeque l&rsquo;esprit <em>chevaleresque <\/em>des Indiens conserve sur le sommet de la t\u00eate, comme pour narguer l&rsquo;ennemi qui voudrait le scalper&hellip; &raquo; (Le dernier des Mohicans).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour mieux appr\u00e9cier les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Frithjof Schuon, on se reportera au film d&rsquo;Elliott Silverstein, un homme nomm\u00e9 cheval ; \u00e0 celui de mon regrett\u00e9 ami Irvin Kershner, la revanche d&rsquo;un homme nomm\u00e9 cheval. Au Dernier des mohicans de Michael Mann (sc\u00e9nario tarabiscot\u00e9 mais fantastique partition de Trevor Jones), mais aussi \u00e0 la version de 1936 avec Randolph Scott dans le r\u00f4le de Hawk Eye. Enfin bien s&ucirc;r \u00e0 Danse avec les loups qui en d\u00e9pit de son cat\u00e9chisme bon enfant, sensibilisa une opinion distraite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici on va juste tenter d&rsquo;\u00e9lever le d\u00e9bat am\u00e9ricain (en oubliant Trump, ses tweets et ses bombes) avec Frithjof Schuon, immense \u00e9sot\u00e9riste suisse de culture al\u00e9manique et musulmane, qui a v\u00e9cu en Am\u00e9rique du Nord aupr\u00e8s de ses chers sioux lakotas&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est amusant avant de commencer de rappeler que les costumes indiens dans un homme nomm\u00e9 cheval venaient d&rsquo;Hollywood ! Cette anecdote digne de Baudrillard rappelle que <strong>nous sommes tomb\u00e9s si bas que m\u00eame quand nous parlons de tradition, nous \u00e9voluons dans le simulacre.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>On ne va pas pleurnicher, on va citer Schuon.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Schuon \u00e9crit dans Avoir un centre, le message d&rsquo;un art vestimentaire :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le v\u00eatement indien des Plaines &laquo; humanise &raquo; la Nature vierge, il transmet quelque chose de l&rsquo;immensit\u00e9 des prairies, de la profondeur des for\u00eats, de la violence du vent et autres affinit\u00e9s de ce genre. On aurait du reste tort d&rsquo;objecter &#8211; comme aiment \u00e0 le faire les &laquo; d\u00e9mystificateurs &raquo; professionnels &#8211; que le v\u00eatement indien n&rsquo;avait qu&rsquo;une port\u00e9e sociale et pratique limit\u00e9e, que tous les individus ne le portaient pas, d&rsquo;autant que la nudit\u00e9, pour les Peaux-Rouges, avait elle aussi sa valeur \u00e0 la fois pratique et symbolique ; mais ce qui importe ici, ce n&rsquo;est pas le flottement des modalit\u00e9s, c&rsquo;est le g\u00e9nie ethnique qui, s&rsquo;il peut s&rsquo;ext\u00e9rioriser de diverses fa\u00e7ons, reste toujours fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 son message foncier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est un fait curieux que beaucoup de gens aiment les Indiens mais n&rsquo;osent pas l&rsquo;avouer, ou l&rsquo;avouent avec des r\u00e9ticences de commande, en se d\u00e9solidarisant ostentatoirement du &laquo; bon sauvage &raquo; de Rousseau aussi bien que du &laquo; noble sauvage &raquo; de Cooper, et surtout de tout &laquo; romantisme &raquo; et de tout &laquo; esth\u00e9tisme &raquo; ; sans oublier le souci de ne pas \u00eatre pris pour un enfant. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur la plume d&rsquo;aigle Schuon rappelle :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La plume d&rsquo;aigle, comme l&rsquo;aigle lui-m\u00eame, repr\u00e9sente le Grand-Esprit en g\u00e9n\u00e9ral et la pr\u00e9sence divine en particulier, nous a-t- on expliqu\u00e9 chez les Sioux ; il est donc plausible que les rayons du soleil, lui-m\u00eame image du Grand-Esprit, soient symbolis\u00e9s par des plumes. Mais ces plumes tr\u00e8s stylis\u00e9s, qui constituent le soleil \u00e0 cercles concentriques, repr\u00e9sentent \u00e9galement le cocon, symbole de potentialit\u00e9 vitale ; or la vie et le rayonnement solaire co\u00efncident pour d&rsquo;\u00e9videntes raisons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un des symboles les plus puissants du soleil est la majestueuse coiffure en plumes d&rsquo;aigle ; celui qui la porte s&rsquo;identifie \u00e0 l&rsquo;astre solaire, et il est facile de comprendre que tout le monde n&rsquo;est pas qualifi\u00e9 pour la porter ; sa splendeur &#8211; unique en son genre parmi toutes les coiffures traditionnelles du monde sugg\u00e8re la dignit\u00e9 \u00e0 la fois royale et sacerdotale ; donc le rayonnement du h\u00e9ros et du sage. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici le grand esprit inspire notre sage alsacien :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le v\u00eatement du chef ou du h\u00e9ros sugg\u00e8re l&rsquo;aigle s&rsquo;\u00e9levant vers le soleil : la nature de l&rsquo;aigle, c&rsquo;est de voler vers le haut, donc aussi de voir les choses de loin, &laquo; de haut &raquo; pr\u00e9cis\u00e9ment : l&rsquo;aigle monte et ensuite plane dans une lumineuse solitude. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;aigle va ici au-del\u00e0 du message imp\u00e9rial europ\u00e9en :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Selon une tradition quasi universelle, l&rsquo;aigle symbolise lui- m\u00eame le soleil ; ce qu&rsquo;exprime pr\u00e9cis\u00e9ment la parure de plumes d&rsquo;aigle. Autrefois, chaque plume devait \u00eatre gagn\u00e9e : l&rsquo;identification de l&rsquo;homme avec l&rsquo;astre solaire exige un drame h\u00e9ro\u00efque. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur les v\u00eatements et leurs franges Schuon ajoute &ndash; et sur le calumet :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les objets les plus divers peuvent \u00eatre orn\u00e9s de broderies et de franges ; l&rsquo;un des plus importants est le sac contenant la &laquo; Pipe de Paix &raquo; et le tabac rituel, la fonction de ce dernier \u00e9tant de se sacrifier en br&ucirc;lant et de monter vers le Grand-Esprit. Ce sac fut apport\u00e9 aux Indiens, avec le Calumet, par la &laquo; Femme Bisonne-Blanche &raquo; <em>(Pt\u00e9- San Win <\/em>en lakota) ; et c&rsquo;est elle &#8211; ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment son arch\u00e9type c\u00e9leste, <em>Wohp\u00e9 <\/em>&#8211; qui fait monter la fum\u00e9e et nos pri\u00e8res vers le Ciel. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s il ne faut pas s&rsquo;\u00e9tonner du prestige de ces indiens de notre volont\u00e9 de les imiter, m\u00eame quand c&rsquo;est pour les combattre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Schuon ajoute, toujours dans Avoir un centre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le prestige dont jouissent les Indiens dans les milieux et les pays les plus divers s&rsquo;explique par la co\u00efncidence proprement fascinante de qualit\u00e9s morales et esth\u00e9tiques, par la combinaison d&rsquo;un courage intr\u00e9pide et sto\u00efque avec une extraordinaire expressivit\u00e9 des physionomies, des v\u00eatements et des ustensiles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le fait que l&rsquo;Indien se perp\u00e9tue dans les jeux des enfants presque dans le monde entier, et parfois dans les jeux des adultes, ne peut \u00eatre un hasard sans signification ; il indique un message culturel d&rsquo;une puissante originalit\u00e9, un message qui ne peut mourir et qui survit, ou plut\u00f4t rayonne, comme il peut. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un peu de Nietzsche (&laquo; royaut\u00e9 d&rsquo;un enfant &raquo;, dit son ma&icirc;tre et anc\u00eatre H\u00e9raclite bellement) pour nous rapprocher des enfants et des indiens : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-m\u00eame, un premier mouvement, une sainte affirmation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Oui, pour le jeu divin de la cr\u00e9ation, \u00f4 mes fr\u00e8res, il faut une sainte affirmation : l&rsquo;esprit veut maintenant sa <em>propre <\/em>volont\u00e9, celui qui a perdu le monde veut gagner son <em>propre <\/em>monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je vous ai nomm\u00e9 trois m\u00e9tamorphoses de l&rsquo;esprit : comment l&rsquo;esprit devient chameau, comment l&rsquo;esprit devient lion, et comment enfin le lion devient enfant. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La destruction des indiens a \u00e9t\u00e9 mille fois plus d\u00e9nonc\u00e9e par Hollywood que l&rsquo;esclavage. Ce n&rsquo;est pas un hasard : le sujet \u00e9tait jug\u00e9 plus noble notamment par Tocqueville.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Schuon note sur cette destruction bien d\u00e9mocratique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La d\u00e9mocratie est pratiquement la tyrannie de la majorit\u00e9 ; la majorit\u00e9 blanche, en Am\u00e9rique, n&rsquo;avait aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 l&rsquo;existence de cette minorit\u00e9 rouge ; de ce fait l&rsquo;arm\u00e9e &#8211; qui dans certains cas aurait d&ucirc; d\u00e9fendre les droits des Indiens, droits solennellement garantis par des trait\u00e9s &#8211; d\u00e9fendait les int\u00e9r\u00eats des Blancs \u00e0 l&rsquo;encontre de ces accords. Qui dit d\u00e9mocratie dit d\u00e9magogie ; en un tel climat, une criminalit\u00e9 populaire &laquo; de fait &raquo; devient une criminalit\u00e9 gouvernementale &laquo; de droit &raquo;, du moins quand la victime se situe en dehors de la collectivit\u00e9 incluse dans telle l\u00e9galit\u00e9 d\u00e9mocratique. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais dans REGARDS SUR MONDES ANCIENS, Schuon est presque optimiste. Cette destruction devait h\u00e9las avoir lieu pour des raisons cycliques (le Kali-Yuga pour tout le monde) et elle n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 un paradis de mille ans ou plus !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Pour bien comprendre le destin abrupt de la race indienne, il faut tenir compte du fait que cette race a v\u00e9cu pendant des mill\u00e9naires dans une sorte de paradis pratiquement illimit\u00e9 ; les Indiens de l&rsquo;Ouest s&rsquo;y trouvaient encore au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup>si\u00e8cle. Ce fut un paradis rude, certes, mais offrant une ambiance grandiose \u00e0 caract\u00e8re sacr\u00e9, et comparable \u00e0 bien des \u00e9gards \u00e0 ce que fut l&rsquo;Europe nordique avant l&rsquo;arriv\u00e9e des Romains<sup> &raquo;<\/sup>. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Schuon rappelle notre \u00e2ge de fer :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Comme les Indiens s&rsquo;identifiaient spirituellement et humainement \u00e0 cette nature inviol\u00e9e, et inviolable selon eux, ils en acceptaient toutes les lois, donc aussi la lutte pour la vie en tant que manifestation du &laquo; principe du meilleur &raquo; ; mais avec le temps, et en fonction des cons\u00e9quences de l&rsquo;&laquo; \u00e2ge de fer &raquo; o&ugrave; pr\u00e9dominent les passions et o&ugrave; dispara&icirc;t la sagesse, les abus se r\u00e9pandirent de plus en plus ; un individualisme h\u00e9ro\u00efque, mais vindicatif et cruel obscurcissait-les vertus d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es, comme ce fut du reste le cas chez tous les peuples guerriers. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela \u00e9tait condamn\u00e9 comme le monde elfique et oubli\u00e9 de Tolkien (il y a des ressemblances troublantes entre le style du Seigneur des Anneaux et le Dernier des Mohicans) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; La situation privil\u00e9gi\u00e9e des Indiens &#8211; en marge de l&rsquo;&laquo; Histoire &raquo; et des \u00e9crasantes civilisations citadines &#8211; devait finir par s&rsquo;\u00e9puiser ; il n&rsquo;y a rien d&rsquo;\u00e9tonnant \u00e0 ce que cet \u00e9puisement d&rsquo;un paradis en quelque sorte vieilli co\u00efncid\u00e2t avec les temps modernes. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme Tocqueville Schuon rappelle que la triste destruction s&rsquo;est fait au nom des id\u00e9aux modernes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais de toute \u00e9vidence, cet aspect unilat\u00e9ral de fatalit\u00e9 ne saurait att\u00e9nuer ni excuser aucune des vilenies dont l&rsquo;Indien a \u00e9t\u00e9 la victime depuis des si\u00e8cles, sans quoi les notions de justice et d&rsquo;injustice n&rsquo;auraient pas de sens et il n&rsquo;y aurait jamais eu d&rsquo;infamie ni de trag\u00e9die. Les d\u00e9fenseurs de l&rsquo;invasion blanche et de toutes ses cons\u00e9quences font volontiers valoir que tous les peuples ont de tout temps commis des violences ; des violences, oui, mais non pas forc\u00e9ment des bassesses, perp\u00e9tr\u00e9es, par surcro&icirc;t, au nom de la libert\u00e9, de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, de la fraternit\u00e9, de la civilisation, du progr\u00e8s et des droits de l&rsquo;homme&#8230; La destruction consciente, calcul\u00e9e, m\u00e9thodique, officielle &#8211; et non point anonyme &#8211; de la race rouge, de ses traditions et de sa culture, en Am\u00e9rique du Nord et aussi en Am\u00e9rique du Sud, loin d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 un processus in\u00e9vitable &#8211; et \u00e9ventuellement excusable par des lois naturelles \u00e0 condition qu&rsquo;on ne pr\u00e9tende pas les avoir d\u00e9pass\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la &laquo; civilisation &raquo; &#8211; cette destruction, disons-nous, demeure en r\u00e9alit\u00e9 l&rsquo;un des plus grands crimes et l&rsquo;un des plus insignes vandalismes dont l&rsquo;Histoire ait gard\u00e9 le souvenir. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tocqueville sur le m\u00eame sujet :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Les Espagnols<\/strong>, \u00e0 l&rsquo;aide de monstruosit\u00e9s sans exemples, en se couvrant d&rsquo;une honte ineffa\u00e7able, <strong>n&rsquo;ont pu parvenir \u00e0 exterminer la race indienne,<\/strong>ni m\u00eame \u00e0 l&#8217;emp\u00eacher de partager leurs droits;<strong>les Am\u00e9ricains des &Eacute;tats-Unis ont atteint ce double r\u00e9sultat avec une merveilleuse facilit\u00e9, tranquillement, l\u00e9galement, philanthropiquement, <\/strong>sans r\u00e9pandre de sang, sans violer un seul des grands principes de la morale aux yeux du monde. <strong>On ne saurait d\u00e9truire les hommes en respectant mieux les lois de l&rsquo;humanit\u00e9&hellip; &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Schuon rajoute magnifiquement : <\/strong>On condamne le mal pour sa nature, non pour son caract\u00e8re in\u00e9vitable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le passage :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ceci dit, il reste l&rsquo;aspect in\u00e9luctable des choses, celui de la fatalit\u00e9, en vertu duquel ce qui est possible ne peut pas ne pas se manifester en quelque mani\u00e8re, et tout ce qui arrive a ses causes proches ou lointaines ; cet aspect du monde et du destin n&#8217;emp\u00eache toutefois pas les choses d&rsquo;\u00eatre ce qu&rsquo;elles sont : le mal reste le mal sur son propre plan. On condamne le mal pour sa nature, non pour son caract\u00e8re in\u00e9vitable ; ce dernier, on l&rsquo;accepte, car le tragique entre n\u00e9cessairement dans le jeu divin, et ne serait-ce que parce que le monde n&rsquo;est pas Dieu&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous avons \u00e9crit un livre sur le paganisme au cin\u00e9ma. Schuon \u00e9tablit lui une comparaison entre les indiens et LES japonais des grands temps :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Certaines tribus &#8211; les Algonquins surtout et les Iroquois &#8211; distinguent le d\u00e9miurge d&rsquo;avec l&rsquo;Esprit supr\u00eame : ce d\u00e9miurge a souvent un r\u00f4le quelque peu burlesque, voire lucif\u00e9rien. Une telle conception du Pouvoir cr\u00e9ateur, et du dispensateur primordial des arts, n&rsquo;est point particuli\u00e8re aux Peaux-Rouges, comme le prouvent les mythologies de l&rsquo;Ancien Monde, o&ugrave; les m\u00e9faits des titans voisinent avec ceux des dieux ; en langage biblique, nous dirons qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de Paradis terrestre sans serpent, et que sans ce dernier il n&rsquo;y a pas de chute et pas de drame humain, ni aucune r\u00e9conciliation avec le Ciel. Comme la cr\u00e9ation est malgr\u00e9 tout quelque chose qui s&rsquo;\u00e9loigne de Dieu, il faut bien qu&rsquo;il y ait en elle une tendance d\u00e9ifuge, si bien qu&rsquo;on peut consid\u00e9rer la cr\u00e9ation sous deux aspects, divin l&rsquo;un et d\u00e9miurgique ou lucif\u00e9rien l&rsquo;autre ; or les Peaux-Rouges m\u00e9langent les deux aspects, et ils ne sont pas seuls \u00e0 le faire ; rappelons seulement, dans la mythologie japonaise, le dieu Susano-o, g\u00e9nie turbulent de la mer et de la temp\u00eate. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Art de l&rsquo;espace, le cin\u00e9ma \u00e9tait fait pour c\u00e9l\u00e9brer les indiens. Schuon encore :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;on sait le r\u00f4le crucial que jouent les directions de l&rsquo;espace dans le rite du Calumet. Ce rite est la pri\u00e8re de l&rsquo;Indien, dans laquelle l&rsquo;Indien parle, non seulement pour lui-m\u00eame, mais aussi pour toutes les autres cr\u00e9atures ; l&rsquo;Univers entier prie avec l&rsquo;homme qui offre la Pipe aux Puissances, ou \u00e0 la Puissance. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Schuon \u00e9voque ensuite les rites. Nous les citons pour le principe :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mentionnons ici \u00e9galement les autres grands rites du Chamanisme peau-rouge, du moins les principaux, \u00e0 savoir la Loge \u00e0 transpirer, l&rsquo;Invocation solitaire et la Danse du Soleil<sup>1<\/sup>; nous choisissons le nombre quatre, non parce qu&rsquo;il marque une limite absolue, mais parce qu&rsquo;il est sacr\u00e9 chez les Peaux-Rouges et qu&rsquo;il permet, en fait, d&rsquo;\u00e9tablir une synth\u00e8se qui n&rsquo;a rien d&rsquo;arbitraire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Loge \u00e0 transpirer est le rite purificatoire par excellence : par lui, l&rsquo;homme se purifie et devient un \u00eatre nouveau. Ce rite et le pr\u00e9c\u00e9dent sont absolument fondamentaux ; le suivant l&rsquo;est aussi, mais en un sens quelque peu diff\u00e9rent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Invocation solitaire &#8211; la &laquo; lamentation &raquo; ou l&rsquo;&laquo; envoi d&rsquo;une voix &raquo; &#8211; est la forme la plus \u00e9lev\u00e9e de la pri\u00e8re ; elle peut \u00eatre silencieuse<sup>2<\/sup>, suivant les cas. C&rsquo;est une v\u00e9ritable retraite spirituelle, par laquelle tout Indien doit passer une fois dans sa jeunesse &#8211; mais alors l&rsquo;intention est particuli\u00e8re &#8211; et qu&rsquo;il peut renouveler \u00e0 tout moment suivant l&rsquo;inspiration ou les circonstances.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Danse du Soleil est d&rsquo;une certaine fa\u00e7on la pri\u00e8re de la communaut\u00e9 enti\u00e8re ; pour ceux qui l&rsquo;ex\u00e9cutent, elle signifie &#8211; \u00e9sot\u00e9riquement tout au moins &#8211; une union virtuelle qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit comme un homme sinc\u00e8re par des blancs qui pourtant n&rsquo;avaient aucun pr\u00e9jug\u00e9 favorable ; la v\u00e9rit\u00e9 est sans doute qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9, lui aussi, une victime des circonstances. Pour ramener tout ce mouvement \u00e0 ses justes proportions, il faut le regarder dans son contexte traditionnel, le &laquo; polyproph\u00e9tisme &raquo; indien et l&rsquo;&laquo; apocalyptisme &raquo; propre \u00e0 toute religion, puis dans son contexte contingent et temporel, l&rsquo;\u00e9croulement des bases vitales de la civilisation des Plaines. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Autre grand moment sur cette splendide destin\u00e9e initiatique et chevaleresque :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La fascinante combinaison de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efcit\u00e9 combative et sto\u00efque et de l&rsquo;allure sacerdotale conf\u00e9rait \u00e0 l&rsquo;Indien des Plaines et des For\u00eats une sorte de majest\u00e9 \u00e0 la fois aquilin et solaire, d&rsquo;o&ugrave; cette beaut\u00e9 puissamment originale et irrempla\u00e7able qui s&rsquo;attache \u00e0 l&rsquo;homme rouge et contribue \u00e0 son prestige de guerrier et de martyr<sup>1<\/sup>. Comme les japonais du temps des samoura\u00efs, le Peau-Rouge \u00e9tait profond\u00e9ment artiste dans sa manifestation personnelle m\u00eame : outre que sa vie \u00e9tait un jeu perp\u00e9tuel avec la souffrance et la mort<sup>2<\/sup>et de ce fait une sorte de <em>karma-yoga<\/em>chevaleresque, il savait donner \u00e0 ce style spirituel un rev\u00eatement esth\u00e9tique d&rsquo;une expressivit\u00e9 insurpassable. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;indien devient un vrai h\u00e9ros de western qui va d\u00e9teindre sur le pauvre homme blanc d\u00e9racin\u00e9 (h\u00e9las il va d\u00e9teindre en solo pas au collectif) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Un \u00e9l\u00e9ment qui a pu donner l&rsquo;impression que l&rsquo;Indien est un individualiste &#8211; par principe et non <em>de facto <\/em>seulement &#8211; c&rsquo;est l&rsquo;importance cruciale que rev\u00eat chez lui la valeur morale de l&rsquo;homme, le caract\u00e8re si l&rsquo;on veut, d&rsquo;o&ugrave; le culte de l&rsquo;acte. L&rsquo;acte h\u00e9ro\u00efque et silencieux s&rsquo;oppose \u00e0 la parole vaine et prolixe du l\u00e2che ; l&rsquo;amour du secret, la r\u00e9ticence de livrer le sacr\u00e9 par des discours faciles qui l&rsquo;affaiblissent et le dilapident, s&rsquo;expliquent par l\u00e0. Tout le caract\u00e8re indien se laisse en somme d\u00e9finir par ces deux mots, si de telles ellipses sont permises : acte et secret ; acte foudroyant, au besoin, et secret impassible. Tel un roc, l&rsquo;Indien d&rsquo;autrefois se reposait en lui-m\u00eame, en sa personnalit\u00e9, pour ensuite la traduire en acte avec l&rsquo;imp\u00e9tuosit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9clair ; mais en m\u00eame temps il restait humble devant le Grand Myst\u00e8re dont la nature environnante \u00e9tait, pour lui, le message permanent. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Enfin ces lignes sur la nature qui ne sont pas si \u00e9loign\u00e9es (h\u00e9las pour nous) que cela de notre saint Bernard de Clairvaux :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La nature est solidaire de la sainte pauvret\u00e9 et aussi de l&rsquo;enfance spirituelle ; elle est un livre ouvert dont l&rsquo;enseignement de v\u00e9rit\u00e9 et de beaut\u00e9 ne s&rsquo;\u00e9puise jamais. C&rsquo;est au milieu de ses propres artifices que l&rsquo;homme se corrompt le plus facilement, ce sont eux qui le rendent avide et impie ; aupr\u00e8s de la nature vierge, qui ne conna&icirc;t ni agitation ni mensonge, l&rsquo;homme a des chances de rester contemplatif comme l&rsquo;est la nature elle-m\u00eame. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quand l&rsquo;homme est tomb\u00e9 si bas, peut-il encore r\u00eaver ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tiens, un peu de Fenimore Cooper, pour vous donner envie de le relire, ce plus grand classique de la litt\u00e9rature initiatique pour enfants :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il serait impossible de donner une id\u00e9e du respect et de l&rsquo;affection que t\u00e9moigna toute la peuplade en voyant arriver inopin\u00e9ment un homme qui semblait d\u00e9j\u00e0 appartenir \u00e0 un autre monde. Apr\u00e8s quelques instants pass\u00e9s dans un silence command\u00e9 par l&rsquo;usage, les principaux chefs se lev\u00e8rent, s&rsquo;approch\u00e8rent de lui tour \u00e0 tour, lui prirent une main et l&rsquo;appuy\u00e8rent sur leur t\u00eate, comme pour lui demander sa b\u00e9n\u00e9diction. Les guerriers les plus distingu\u00e9s se content\u00e8rent ensuite de toucher le bord de sa robe. Les autres semblaient se trouver assez heureux de pouvoir respirer le m\u00eame air qu&rsquo;un chef qui avait \u00e9t\u00e9 si vaillant et qui \u00e9tait encore si juste et si sage. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Frithjof Schuon &ndash; Avoir un centre ; regards sur les mondes traditionnels (archive.org)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fenimore Cooper &ndash; Le dernier des Mohicans (ebooksgratuits.com)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Le paganisme au cin\u00e9ma (Dualpha ; Amazon.fr)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tocqueville &ndash; De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, I, deuxi\u00e8me partie, dernier chapitre<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche &ndash; Les trois m\u00e9tamorphoses, dans Zarathoustra<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Frithjof Schuon et la grandeur des indiens &laquo; Sa t\u00eate ras\u00e9e de tr\u00e8s pr\u00e8s n&rsquo;offrait d&rsquo;autres cheveux que cette touffeque l&rsquo;esprit chevaleresque des Indiens conserve sur le sommet de la t\u00eate, comme pour narguer l&rsquo;ennemi qui voudrait le scalper&hellip; &raquo; (Le dernier des Mohicans). 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