{"id":77900,"date":"2018-04-25T11:22:59","date_gmt":"2018-04-25T11:22:59","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/04\/25\/john-charmley-et-lavery-britishbetise-de-churchill\/"},"modified":"2018-04-25T11:22:59","modified_gmt":"2018-04-25T11:22:59","slug":"john-charmley-et-lavery-britishbetise-de-churchill","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/04\/25\/john-charmley-et-lavery-britishbetise-de-churchill\/","title":{"rendered":"John Charmley et la\u00a0<em>very-british\u00a0<\/em>b\u00eatise de Churchill"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">John Charmley et la <em>very-british <\/em>b\u00eatise de Churchill<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Brute imp\u00e9riale, raciste humaniste, boutefeu impertinent, affameur et bombardier de civils, phraseur creux et politicien incapable en temps de paix, am\u00e9ricanophile path\u00e9tique, Winston Churchill est naturellement le mod\u00e8le de cette \u00e9poque eschatologique et de ses n\u00e9ocons russophobes (Churchill recommanda l&rsquo;usage de la bombe atomique contre les russes \u00e0 Truman). On laisse de c\u00f4t\u00e9 cette fois Ralph Raico et on \u00e9voque cette fois le brillant historien John Charmley qui l&rsquo;analysa d&rsquo;un point de vue british traditionnel : Churchill an\u00e9antit l&#8217;empire, choisit le pire et a guerre, varia d&rsquo;Hitler (le moustachu puis Staline) et humilia l&rsquo;Angleterre transform\u00e9e en brillant troisi\u00e8me des USA. Autant dire que Charmley n&rsquo;est pas bien vu en bas lieu. Il \u00e9crit en effet que l&rsquo;Angleterre ruina deux fois l&rsquo;Europe pour abattre une Allemagne qui finit par la dominer \u00e9conomiquement ! Nyall Ferguson a reconnu aussi les responsabilit\u00e9s britanniques dans la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Coup de chance pour nous, un autre livre de Charmley a \u00e9t\u00e9 traduit par Philippe Grasset pour les \u00e9ditions Mols il y a quelques ann\u00e9es. Dans Grande alliance Charmley notre historien montre le progressif abaissement mat\u00e9riel et moral de l&rsquo;Angleterre &ndash; men\u00e9e au suicide de civilisation par le boutefeu pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de notre presse au rabais. Et cela donne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les Britanniques voulaient-ils un geste montrant qu&rsquo;on se pr\u00e9occupait d&rsquo;eux ? Roosevelt leur livrait cinquante vieux destroyers, pour lesquels les Britanniques payeraient avec la cession de leurs bases des Cara\u00efbes. Churchill pouvait voir ce qui lui plaisait dans ce geste mais l&rsquo;\u00e9change fut d\u00e9crit de fa\u00e7on plus pr\u00e9cise par le secr\u00e9taire au Foreign Office, Anthony Eden, comme &laquo; un s\u00e9rieux coup port\u00e9 \u00e0 notre autorit\u00e9 et, finalement &#8230; \u00e0 notre souverainet\u00e9 &raquo;. Le fait qu&rsquo;en janvier 1941, l&rsquo;Angleterre n&rsquo;avait re\u00e7u que deux des fameux cinquante destroyers faisait, pensait-il, qu&rsquo;&laquo; on pouvait raisonnablement regarder ce march\u00e9 comme un march\u00e9 de dupes &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tr\u00e8s vite, pendant la Guerre, on sent que l&#8217;empire britannique va, gr\u00e2ce \u00e0 Churchill, changer de mains :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Un commentateur dit justement qu&rsquo; &laquo; aucun officiel am\u00e9ricain n&rsquo;aurait jamais proclam\u00e9 grossi\u00e8rement que l&rsquo;un des buts essentiels de notre politique ext\u00e9rieure serait l&rsquo;acquisition de l&#8217;empire britannique &raquo; ; mais Cordell Hull d\u00e9clara tout de m\u00eame qu&rsquo;il utiliserait &laquo; l&rsquo;aide am\u00e9ricaine comme un canif pour ouvrir cette hu&icirc;tre obstin\u00e9ment ferm\u00e9, l&rsquo;Empire &raquo;. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parfois le gros homme devenait lucide :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La version finale de la requ\u00eate britannique, transmise le 7 d\u00e9cembre 1940, mettait en \u00e9vidence le s\u00e9rieux de la situation \u00e9conomique du pays. Le ton de la lettre de Churchill \u00e9tait grave et d&rsquo;une prescience inattendue. Il dit \u00e0 Roosevelt qu&rsquo;il croyait que son interlocuteur &laquo; accepterait l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il serait faux dans les principes et mutuellement d\u00e9savantageux dans les effets si, au plus haut de cette bataille, la Grande Bretagne devait \u00eatre priv\u00e9e de toutes ses possessions dans une mesure o&ugrave;, apr\u00e8s avoir vaincu gr\u00e2ce \u00e0 notre sang &#8230; nous nous retrouverions d\u00e9pouill\u00e9s jusqu&rsquo;aux os &raquo;. C&rsquo;\u00e9tait une affirmation superbe et \u00e9mouvante mais elle ne d\u00e9tourna en rien les Am\u00e9ricains dans leur d\u00e9termination d&rsquo;utiliser la situation dramatique de l&rsquo;Angleterre pour obtenir des concessions qui garantiraient qu&rsquo;elle ne se trouverait pas sur la voie de la paix qu&rsquo;ils voulaient. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les britanniques devaient livrer leur or eux-m\u00eames :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le 23 d\u00e9cembre, FDR dit \u00e0 l&rsquo;amiral Stark, le chef de la Navy, qu&rsquo;il voulait un navire de guerre &laquo; pour r\u00e9cup\u00e9rer les [r\u00e9serves] d&rsquo;or [britanniques] en Afrique &raquo; ; non seulement Roosevelt entendait se payer sur les vastes avoirs britanniques d&rsquo;outre-mer mais il entendait \u00e9galement que les Britanniques assurent le paiement du transport&hellip; La premi\u00e8re r\u00e9action de Churchill fut de dire \u00e0 FDR que ce march\u00e9 lui rappelait &laquo; un sheriff qui saisit les derniers biens du d\u00e9biteur sans protection &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En vain Lord Beaverbrook se r\u00e9veille et houspille :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Dans une lettre furieuse \u00e0 Churchill, \u00e0 la fin d\u00e9cembre, il accusa les Am\u00e9ricains de &laquo; n&rsquo;avoir rien conc\u00e9d\u00e9 &raquo; et d&rsquo;avoir &laquo; obtenu un gain maximum de tout ce qu&rsquo;ils ont fait pour nous. Ils ont pris nos bases sans autres consid\u00e9rations. Ils prennent notre or. &raquo; Les livraisons am\u00e9ricaines \u00e9taient rares, contrairement aux promesses faites. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Charmley en conclut logiquement une chose :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Rien ne dit que FDR ait jamais consid\u00e9r\u00e9 l&rsquo;Angleterre comme son principal alli\u00e9&hellip;fa\u00e7on dont Churchill tra\u00e7a le portrait de FDR : si la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;accord sur les destroyers et sur le <em>lend-lease <\/em>avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e et la r\u00e9alit\u00e9 des ambitions de FDR pour l&rsquo;Am\u00e9rique mise en lumi\u00e8re, Churchill aurait pass\u00e9 pour une dupe de plus du Pr\u00e9sident. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour une fois Lord Cherwell, r\u00e9fugi\u00e9 juif allemand (Lindeman) charg\u00e9 des bombardements de la population civile allemande (un million de morts sus les bombes contre 17000 \u00e0 l&rsquo;Angleterre), a raison :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Comme son conseiller scientifique nouvellement ennobli Lord Cherwell le dit \u00e0 Churchill, &laquo; les fruits de la victoire que Roosevelt nous pr\u00e9pare semble se r\u00e9sumer \u00e0 la sauvegarde de l&rsquo;Am\u00e9rique et la famine virtuelle pour nous &raquo;. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas &laquo; une nouvelle tr\u00e8s enthousiasmante \u00e0 annoncer au peuple anglais &raquo;. Bien que le Chancelier juge\u00e2t les pr\u00e9visions de Cherwell pessimistes, le fait est que, dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, l&rsquo;Angleterre allait \u00eatre confront\u00e9e \u00e0 un choix que ses hommes politiques jugeraient insupportable. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On fait le maigre bilan de cette guerre que ne voulait pas Hitler (lisez Liddell Hart ou Preparata pour savoir pourquoi) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Alors, qu&rsquo;avait donc obtenu l&rsquo;Angleterre ? Elle avait acquis l&rsquo;admiration de larges tranches du public am\u00e9ricain et avait gagn\u00e9 leur respect. Elle s&rsquo;\u00e9tait battue pour son ind\u00e9pendance mais elle avait \u00e9t\u00e9 capable de le faire seulement avec l&rsquo;aide am\u00e9ricaine et, en fait, comme un satellite de l&rsquo;Am\u00e9rique. Son avenir \u00e9tait endett\u00e9, son \u00e9conomie press\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 un point de rupture, ses villes bombard\u00e9es et sa population soumise \u00e0 un rationnement radical. Ce superbe et h\u00e9ro\u00efque effort ne fut nullement r\u00e9compens\u00e9 pendant dix-huit mois. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le bellicisme churchillien s&rsquo;accompagne d&rsquo;une grosse paresse des soldats (lisez mon ma&icirc;tre Masson, qui en parlait tr\u00e8s bien) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le f\u00e9roce assaut japonais et la r\u00e9sistance indolente des Britanniques \u00e0 Singapour montr\u00e8rent que la puissance imp\u00e9riale \u00e9tait au-del\u00e0 de ses capacit\u00e9s ; le spectacle des 100.000 soldats se rendant \u00e0 une puissance asiatique \u00e0 la chute de Singapour \u00e9tait une de ces images \u00e0 laquelle le prestige imp\u00e9rial ne pourrait pas survivre. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Churchill a multipli\u00e9 les mauvais conseils et les mauvaises d\u00e9cisions, rappelle Charmley :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;est Churchill qui mit son veto \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de garantir \u00e0 Staline ses fronti\u00e8res de 1941 ; c&rsquo;est Churchill qui refusa de reconna&icirc;tre l&rsquo;organisation gaulliste comme gouvernement provisoire de la France ; c&rsquo;est Churchill qui, par-dessus tout, montra un jugement si mauvais qu&rsquo;il rejeta \u00e0 la fin de 1944 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une alliance europ\u00e9enne occidentale avec le commentaire m\u00e9prisant qu&rsquo;on n&rsquo;y trouverait rien &laquo; sinon de la faiblesse &raquo;. Dans l&rsquo;attitude de Churchill, on trouve le th\u00e8me obs\u00e9dant de l&rsquo;Am\u00e9rique. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous \u00e9voquions Preparata qui s&rsquo;inspira pour sa vision de Veblen. Litvinov (d\u00e9couvrez aussi Nicolas Starikov) confirme alors que le but de guerre \u00e9tait d&rsquo;abord la destruction mutuelle de l&rsquo;Allemagne et de la Russie :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Maxim Litvinov, qui \u00e9tait mari\u00e9 \u00e0 une Britannique et qui n&rsquo;\u00e9tait en aucune fa\u00e7on anglophobe, avait dit \u00e0 Davies que les Britanniques &laquo; repoussaient l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un second front de fa\u00e7on \u00e0 ce que la Russie \u00ab\u00a0soit vid\u00e9e de son sang en affrontant seule les Allemands\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s la guerre, le Royaume-Uni pourrait ainsi \u00ab\u00a0contr\u00f4ler et dominer l&rsquo;Europe\u00a0\u00bb &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On y arriva mais bien apr\u00e8s, avec les am\u00e9ricains&hellip;la destruction de l&rsquo;Europe est encore au programme sous domination anglo-saxonne (on ignorera la France ren\u00e9gate).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;\u00e9poque, rappelle Charmley, l&rsquo;opinion publique n&rsquo;est pas trop hostile \u00e0 l&rsquo;U.R.S.S. Elle voit d&rsquo;un mauvais &oelig;il le maintien des empires coloniaux (nous aussi, il fallait les liquider en 45 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;opinion publique am\u00e9ricaine n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00eate \u00e0 lier son avenir \u00e0 une alliance exclusivement anglo-am\u00e9ricaine. Elle tendait plut\u00f4t \u00e0 partager l&rsquo;opinion de Josephus Daniels, du Raleigh <em>News &#038; Observer<\/em>, selon lequel il importait d&rsquo;inclure dans l&rsquo;alliance g\u00e9n\u00e9rale &laquo; la Russie et la Chine &raquo; parce que &laquo; les espoirs d&rsquo;une paix permanente bas\u00e9s sur une alliances serr\u00e9e entre grandes puissances suscite la frustration en inspirant la peur et la jalousie dans les zones hors de celle que couvre l&rsquo;alliance &raquo; ; la s\u00e9curit\u00e9 doit \u00eatre &laquo; collective &raquo; pour \u00eatre effective. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s cerise sur le bonbon. John Charmley se d\u00e9foule :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Derri\u00e8re la politique am\u00e9ricaine de Churchill, on trouve la proposition que le cr\u00e9dit moral de l&rsquo;action du Royaume-Uni en 1940-41 pouvait \u00eatre converti en influence sur la politique am\u00e9ricaine. Comme nombre d&rsquo;am\u00e9ricanophiles, Churchill imaginait que l&rsquo;Am\u00e9rique survenant sur la sc\u00e8ne mondiale aurait besoin d&rsquo;un guide sage et avis\u00e9, et il se voyait fort bien lui-m\u00eame, avec le Royaume-Uni, dans ce r\u00f4le. Cela para&icirc;t aujourd&rsquo;hui une curieuse fantaisie mais c&rsquo;est bien le principe qui guida la diplomatie britannique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;Am\u00e9rique pendant la p\u00e9riode que nous \u00e9tudions dans ces pages. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La na\u00efvet\u00e9 britannique a une pointe d&rsquo;arrogance :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; En tentant d&rsquo;exposer &laquo; l&rsquo;essence d&rsquo;une politique am\u00e9ricaine &raquo; en 1944, un diplomate d\u00e9finit parfaitement cette attitude. La politique traditionnelle du Royaume-Uni de chercher \u00e0 emp\u00eacher qu&rsquo;une puissance exer\u00e7a une position dominante \u00e9tait \u00e9cart\u00e9e : &laquo; Notre but ne doit pas \u00eatre de chercher \u00e0 \u00e9quilibrer notre puissance contre celle des &Eacute;tats- Unis, mais d&rsquo;utiliser la puissance am\u00e9ricaine pour des objectifs que nous consid\u00e9rons comme b\u00e9n\u00e9fiques &raquo;. La politique britannique devrait \u00eatre d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9e comme un moyen d&rsquo; &laquo; orienter cette \u00e9norme p\u00e9niche maladroite [les USA] vers le port qui convient &raquo;. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Charmley ironise alors (que peut-on faire d&rsquo;autre ?) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;utiliser &laquo; la puissance am\u00e9ricaine pour prot\u00e9ger le Commonwealth et l&rsquo;Empire &raquo; avait beaucoup de charme en soi, en fonction de ce que l&rsquo;on sait des attitudes de Roosevelt concernant l&rsquo;Europe. Elle \u00e9tait \u00e9galement un parfait exemple de la fa\u00e7on dont les Britanniques parvenaient \u00e0 se tromper eux-m\u00eames \u00e0 propos de l&rsquo;Am\u00e9rique. On la retrouve avec la fameuse remarque de MacMillan, en 1943, selon laquelle les Britanniques devraient se consid\u00e9rer eux-m\u00eames comme &laquo; les Grecs de ce nouvel Empire romain &raquo;. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un peu d&rsquo;antiquit\u00e9 alors ? Charmley :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;image de la subtile intelligence des Britanniques guidant l&rsquo;Am\u00e9rique avec sa formidable musculature et son cerveau de gringalet \u00e9tait flatteuse pour l&rsquo;\u00e9lite dirigeante britannique ; apr\u00e8s l&rsquo;horrible g\u00e2chis qu&rsquo;elle avait r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 tenter de pr\u00e9server son propre <em>imperium<\/em>, elle avait l&rsquo;arrogance de croire qu&rsquo;elle pourrait s&rsquo;occuper de celui de l&rsquo;Am\u00e9rique. M\u00eame un B\u00e9otien aurait pu se rappeler que, dans l&#8217;empire romain, les Grecs \u00e9taient des esclaves<strong>. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>La banqueroute britannique se rapproche (l&rsquo;Angleterre est <em>broke<\/em>) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les besoins britanniques pour l&rsquo;apr\u00e8s-guerre \u00e9taient aussi simples \u00e0 d\u00e9finir qu&rsquo;ils \u00e9taient difficiles \u00e0 obtenir : une balance commerciale favorable et une balance des paiements exc\u00e9dentaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;absence de ces deux facteurs signifiait la banqueroute et la fin du Royaume-Uni comme grande puissance. &laquo; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Keynes en est conscient :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Comme observait Keynes dans une lettre \u00e0 Stettinius en 1944, ce dernier &laquo; avait non seulement omis de noter que l&rsquo;administration US prenait toutes les mesures pour que le Royaume-Uni soit le plus pr\u00e8s possible de la banqueroute avant qu&rsquo;une aide lui soit apport\u00e9e &raquo;&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;\u00e9tait le prix de l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Annaud me disait un jour que m\u00eame affaiblie la critique de cin\u00e9ma gardait son <em>pouvoir de nuisance<\/em>. De m\u00eame pour l&rsquo;Angleterre, qui toute \u00e0 son obsession de diriger le monde avec son comp\u00e8re am\u00e9ricain casse l&rsquo;union sacr\u00e9e antifasciste de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. On va citer le vice-pr\u00e9sident Wallace, humaniste progressiste et homme \u00e9minent cit\u00e9 du reste par Bernanos dans sa France contre les robots :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Pour autant, on ne dira pas que les Am\u00e9ricains &laquo; tombaient &raquo; d&rsquo;une certaine fa\u00e7on dans ce que Wallace d\u00e9non\u00e7ait comme &laquo; les intrigues &raquo; britanniques ; ce serait plut\u00f4t \u00e0 ce point que la nature pyrrhique des relations sp\u00e9ciales anglo-am\u00e9ricaines deviendrait \u00e9vidente. Pragmatique jusqu&rsquo;au tr\u00e9fonds de l&rsquo;\u00e2me, la diplomatie britannique avait comme objectif de convaincre les Am\u00e9ricains que ses batailles dans la M\u00e9diterran\u00e9e orientale et la zone autour des D\u00e9troits s&rsquo;appuyait sur la cause de la d\u00e9mocratie. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis l&rsquo;Am\u00e9rique prend la rage antirusse (lisez Raico pour comprendre comment il fallut se faire r\u00e9\u00e9lire !) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; En cherchant \u00e0 susciter le soutien am\u00e9ricain, les Britanniques fabriquaient leur propre Frankenstein. Une fois que les Am\u00e9ricains furent convaincus que les Sovi\u00e9tiques ne coop\u00e9reraient pas dans leur proposition de nouvel ordre mondial, la voie \u00e9tait ouverte pour un conflit id\u00e9ologique qui \u00e9carterait les objectifs des Britanniques et les encha&icirc;nerait dans un conflit manich\u00e9en&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chose int\u00e9ressante, Charmley confirme que l&rsquo;UE est une cr\u00e9ation 100% am\u00e9ricaine destin\u00e9e \u00e0 servir les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;am\u00e8re patrie !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;aide am\u00e9ricaine avait \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9e pour pr\u00e9server la place du Royaume-Uni parmi les grandes puissances mais elle ne fit rien pour pr\u00e9server l&rsquo;Empire et, rapidement, les Am\u00e9ricains exig\u00e8rent impatiemment que les Britanniques prennent la t\u00eate d&rsquo;une f\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pr\u00e9 carr\u00e9 am\u00e9ricain, l&rsquo;Europe devait \u00eatre colonis\u00e9e froidement (il \u00e9tait recommand\u00e9 au soldat de ne pas sympathiser avec la population &ndash; cela n&rsquo;excluait pas les viols qui inspir\u00e8rent le classique Orange m\u00e9canique). D&rsquo;ailleurs la France :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les ministres n&rsquo;\u00e9taient gu\u00e8re s\u00e9duits par les conceptions de FDR selon lesquelles la France devrait \u00eatre dirig\u00e9e pendant un an apr\u00e8s sa lib\u00e9ration par un g\u00e9n\u00e9ral alli\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Plan Marshall ? Parlons du plan Marshall :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le Plan Marshall allait se r\u00e9v\u00e9ler \u00e9galement un puissant instrument pour ce dessein. George Kennan \u00e9crit dans ses m\u00e9moires : &laquo; Nous esp\u00e9rions forcer les Europ\u00e9ens \u00e0 penser en Europ\u00e9ens et non en nationalistes &raquo; ; \u00e9videmment, le &laquo; nationalisme &raquo; n&rsquo;\u00e9tait acceptable que lorsqu&rsquo;il \u00e9tait am\u00e9ricain. Le Plan Marshall projeta le syst\u00e8me d&rsquo;organisation industrielle et f\u00e9d\u00e9raliste am\u00e9ricain en Europe, son objectif ultime \u00e9tait de cr\u00e9er une Europe convenant aux Am\u00e9ricains. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un crochet par Eisenhower, personnage plus falot que pr\u00e9vu ici, mais qui va d\u00e9noncer comme on sait le lobby militaro-industriel :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Malgr\u00e9 son engagement dans l&rsquo;Alliance atlantique, Eisenhower ne pouvait pas ne pas s&rsquo;inqui\u00e9ter de l&rsquo;augmentation des d\u00e9penses de d\u00e9fense, de leur poids sur l&rsquo;\u00e9conomie et sur l&rsquo;<em>American way of life <\/em>en cas d&rsquo;aggravation de la Guerre froide. Comme il le dit en mars 1953 \u00e0 un vieil ami de Churchill, Bernie Baruch, &laquo; accoutumer notre population \u00e0 vivre ind\u00e9finiment sous un tel contr\u00f4le [gouvernemental] conduira graduellement \u00e0 de nouvelles relations entre l&rsquo;individu et l&rsquo;Etat &ndash; une conception qui changerait d&rsquo;une fa\u00e7on r\u00e9volutionnaire le type de gouvernement sous lequel nous vivons &raquo;. Le Pr\u00e9sident \u00e9tait un vrai r\u00e9publicain dans le sens o&ugrave; il pensait que, &laquo; en permettant la croissance incontr\u00f4l\u00e9e du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, nous nous sommes d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 largement \u00e9loign\u00e9 de la philosophie de Jefferson&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encore un clou \u00e0 enfoncer pour la construction europ\u00e9enne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Dulles voulait cet \u00e9l\u00e9ment  supranational qui aurait donn\u00e9 un nouvel \u00e9lan \u00e0 l&rsquo;union europ\u00e9enne, dont les Am\u00e9ricains trouvaient les progr\u00e8s d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment lents. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On en restera l\u00e0. Vous pouvez lire la suite ailleurs&hellip; On aura appris gr\u00e2ce \u00e0 John Charmley que l&rsquo;histoire moderne en occident, si elle pleine de bruit et de fureur, est racont\u00e9e non par un, mais beaucoup d&rsquo;idiots dont le Nobel mod\u00e8le reste Churchill. Car les idiots sont aussi dans le public.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Source<\/h2>\n<\/p>\n<p><p><em>Churchill&rsquo;s Grand Alliance<\/em> ou <em>La Passion de Churchill<\/em>, troisi\u00e8me volet d&rsquo;une trilogie de l&rsquo;historien britannique John Charmley, publi\u00e9 en 1995, d\u00e9crit la fondation (1941) des \u00ab\u00a0relations sp\u00e9ciales\u00a0\u00bb (<em>special relationships<\/em>) entre les USA et le Royaume-Uni et leur d\u00e9veloppement jusqu&rsquo;au tournant d\u00e9cisif de 1956 (crise de Suez).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>http:\/\/www.editions-mols.eu\/publication.php?id_pub=41<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Auteur: <a href=\"http:\/\/www.editions-mols.eu\/auteur.php?id_auteur=43\">John Charmley<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Format: 155 x 230, 522 pages, ISBN: 2-87402-071-0<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Prix: 15 Euros<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>John Charmley et la very-british b\u00eatise de Churchill Brute imp\u00e9riale, raciste humaniste, boutefeu impertinent, affameur et bombardier de civils, phraseur creux et politicien incapable en temps de paix, am\u00e9ricanophile path\u00e9tique, Winston Churchill est naturellement le mod\u00e8le de cette \u00e9poque eschatologique et de ses n\u00e9ocons russophobes (Churchill recommanda l&rsquo;usage de la bombe atomique contre les russes&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2640,2734,3532,708,2645,3805,7854,3851,3080],"class_list":["post-77900","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-bonnal","tag-charmley","tag-deuxieme","tag-empire","tag-guerre","tag-hitler","tag-keynes","tag-mondiale","tag-roosevelt"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77900","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77900"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77900\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77900"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77900"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77900"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}