{"id":77908,"date":"2018-04-28T11:27:21","date_gmt":"2018-04-28T11:27:21","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/04\/28\/de-thoreau-a-koyaanisqatsi-la-civilisation-comme-apocalypse\/"},"modified":"2018-04-28T11:27:21","modified_gmt":"2018-04-28T11:27:21","slug":"de-thoreau-a-koyaanisqatsi-la-civilisation-comme-apocalypse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/04\/28\/de-thoreau-a-koyaanisqatsi-la-civilisation-comme-apocalypse\/","title":{"rendered":"De Thoreau \u00e0 Koyaanisqatsi\u00a0: la civilisation comme apocalypse"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">De Thoreau \u00e0 Koyaanisqatsi : la civilisation comme apocalypse<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Koyaanisqatsi est un documentaire de 1983, produit par Coppola, sur la fin du monde. Il s&rsquo;inspire d&rsquo;une parole Hopi qui exprime ces notions de fin, de destruction, de transformation (quelle transformation ? Car on aimerait bien la conna&icirc;tre enfin). Il montre que ce qui est arriv\u00e9 aux indiens nous arrive \u00e0 tous et au monde : la destruction de tout par le moule capitaliste. Certains en sont encore contents et parlent de croissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;apocalypse est donc de culture indienne ou peau-rouge aux temps postmodernes. C\u00a0\u00bbest pourquoi nous \u00e9crivons ce livre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La dimension apocalyptique du monde est inh\u00e9rente aux westerns. Le western d\u00e9crit la destruction d&rsquo;un paysage, d&rsquo;une culture, et la rapide transformation de la culture vorace et parasite (celle du blanc). Il n&rsquo;a donc rien d&rsquo;optimiste par principe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces westerns ne sont pas les meilleurs mais ils transmettent une excellente angoisse, angoisse qui selon Gu\u00e9non est aux antipodes l&rsquo;esprit traditionnel ! Sur ce point Gu\u00e9non s&rsquo;est tromp\u00e9 et tous les esprits traditionnels sont devenus angoiss\u00e9s &ndash; effar\u00e9s par ce monde dit moderne, y compris les ma&icirc;tres comme Burckhardt ou Schuon.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Dernier des Mohicans raconte bien la disparition d&rsquo;une belle race. Les portes du paradis de Cimino montrent la brutalit\u00e9 anglo-saxonne face des populations europ\u00e9ennes. Edward Ross a rappel\u00e9 la difficult\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9gration de ces populations europ\u00e9ennes.  Citons-nous :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Un spectateur moins \u00e9mu est Gustave Le Bon. Il m\u00e9prise les latins et adore les anglo-saxons, comme Vacher de Lapouge, correspondant de Madison Grant (on y revient). Et cela donne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les dangers qui menacent l&rsquo;Europe, menacent les Etats-Unis dans un avenir beaucoup plus prochain encore. La guerre de S\u00e9cession a \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9lude de la lutte sanglante qui s&rsquo;engagera bient\u00f4t entre les couches diverses qui vivent sur leur sol. C&rsquo;est vers le nouveau monde que se dirigent d&rsquo;instinct tous les inadapt\u00e9s de l&rsquo;univers. Malgr\u00e9 ces invasions, dont aucun homme d&rsquo;Etat am\u00e9ricain n&rsquo;a compris le p\u00e9ril, la race anglo-saxonne est encore en majorit\u00e9 aux Etats-Unis. Mais d&rsquo;autres races, Mexicains, N\u00e8gres, Italiens, Portoricains, etc., s&rsquo;y multiplient de plus en plus. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et pour prouver qu&rsquo;on ne traitait pas mieux parfois les prol\u00e9taires blancs que les indiens ou les noirs affranchis, cette page de Mirbeau :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Des ouvriers de Hongrie, de Roumanie, des paysans serbes, des prol\u00e9taires bulgares, dont le go&ucirc;t s&rsquo;apparente \u00e0 celui des n\u00e8gres, des troupes de chanteurs russes s&#8217;embarquent pour l&rsquo;Am\u00e9rique&hellip; Leur lassitude, d\u00e9j\u00e0, fait de la peine&hellip; Des femmes \u00e9clatantes et vermineuses, en loques rouges, avec de pauvres bijoux de cuivre, tra&icirc;nent, comme des baluchons, des enfants qui pleurent de fatigue, de faim, d&rsquo;\u00e9tonnement. On se demande ce que tout cela va devenir, et s&rsquo;ils arriveront jamais au bout de l&rsquo;exil&hellip; On les fait descendre brutalement, on les empile, comme des marchandises qu&rsquo;ils sont, au fond des cales, et, durant des jours et des nuits, ils seront entass\u00e9s l\u00e0, p\u00eale-m\u00eale, dans la puanteur de leur mis\u00e8re et de leur crasse, sans air, presque sans lumi\u00e8re, \u00e0 peine nourris, soumis \u00e0 la discipline la plus dure&hellip; Ils n&rsquo;auront m\u00eame pas cette sorte de r\u00e9pit qu&rsquo;est le voyage ; ils ne conna&icirc;tront pas cette sorte d&rsquo;engourdissement, cet anesth\u00e9sique, qu&rsquo;apporte aux plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s ce vague \u00e9norme, berceur, de l&rsquo;infini de la mer et du ciel. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Danse avec les loups popularise la culture indienne et sa destruction. La revanche d&rsquo;un homme nomm\u00e9 cheval aussi narre une vengeance na\u00efve des indiens contre de m\u00e9chants blancs. On pourrait multiplier les exemples.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apocalypse pour les Indiens ? Tocqueville \u00e9crit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les Europ\u00e9ens, en dispersant les Indiens dans des d\u00e9serts nouveaux pour eux, en interrompant leurs traditions, en troublant leurs souvenirs, en brisant leurs coutumes, en alt\u00e9rant leurs m&oelig;urs, les ont pouss\u00e9s aux cons\u00e9quences les plus funestes de la vie de chasseurs. C&rsquo;est ainsi que le contact d&rsquo;hommes civilis\u00e9s, \u00e9clair\u00e9s et cultivateurs a rendu les Indiens plus errants et plus sauvages qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient autrefois. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il ajoute ailleurs :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aujourd&rsquo;hui l&rsquo;esprit national n&rsquo;existe pour ainsi dire plus parmi les indig\u00e8nes de l&rsquo;Am\u00e9rique ; \u00e0 peine si l&rsquo;on en rencontre quelques faibles traces. Des Indiens qui habitaient le vaste espace compris aujourd&rsquo;hui dans les limites des \u00e9tablissements europ\u00e9ens, les uns sont morts de faim et de mis\u00e8re, les autres ont recul\u00e9 et se sont dispers\u00e9s au loin, toujours suivis par la civilisation qui les presse. Parmi ces sauvages, restes mutil\u00e9s d&rsquo;un peuple autrefois puissant, plusieurs errent au hasard dans les d\u00e9serts ; r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;individu ou \u00e0 la famille, ils se croient libres de tous devoirs envers leurs semblables dont ils n&rsquo;attendent aucun secours ; d&rsquo;autres se sont incorpor\u00e9s aux nations qu&rsquo;ils ont trouv\u00e9es sur leur passage, mais dont ils ne partagent ni les usages, ni les opinions, ni les souvenirs. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est la fin du lien national et social &ndash; et m\u00eame familial. Le destin am\u00e9ricain est ici \u00e9crit. On retrouve chez les r\u00e9actionnaires anti-migratoires la m\u00eame rh\u00e9torique de Madison Grant \u00e0 Lawrence Auster (juif converti et cousin de Paul).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tocqueville :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Chez ces nations elles-m\u00eames, que le contact des Europ\u00e9ens n&rsquo;a pas encore d\u00e9truites ou forc\u00e9es \u00e0 fuir, le lien social est rel\u00e2ch\u00e9. La mis\u00e8re a d\u00e9j\u00e0 forc\u00e9 les hommes qui les composent \u00e0 s&rsquo;\u00e9carter les uns des autres pour trouver plus facilement le moyen de soutenir leur vie ; le besoin a affaibli dans leur c&oelig;ur ce sentiment de la patrie qui, comme tous les autres sentiments, a besoin, pour se produire d&rsquo;une mani\u00e8re durable, de se combiner avec une sorte de bien-\u00eatre. Poursuivis chaque jour par la crainte de mourir de faim et de froid, comment ces infortun\u00e9s pourraient-ils s&rsquo;occuper des int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de leur pays ? Que devient l&rsquo;orgueil national chez un mis\u00e9rable qui p\u00e9rit dans les angoisses de la pauvret\u00e9 ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici le sort des Indiens annonce le n\u00f4tre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La m\u00eame cause, qui affaiblissait chez les Indiens l&rsquo;amour de la patrie, a alt\u00e9r\u00e9 les coutumes, d\u00e9natur\u00e9 tous les sentiments, modifi\u00e9 toutes les opinions. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les Indiens&hellip; Ceux-ci, dans ce qu&rsquo;ils produisent eux-m\u00eames, sont inf\u00e9rieurs \u00e0 leurs a\u00efeux ; en devenant plus nomades et pins pauvres, ils ont perdu le go&ucirc;t des constructions \u00e9tendues et durables. Le sauvage \u00e9tablit \u00e0 la h\u00e2te une sorte de tani\u00e8re, et pourvu qu&rsquo;elle lui fournisse un asile passager contre la rigueur des saisons, il est content. Je dirai de la culture quelque chose d&rsquo;analogue : sans domicile fixe, l&rsquo;Indien ne sait aujourd&rsquo;hui o&ugrave; \u00e9tablir son champ de ma\u00efs, et il ignore s&rsquo;il aura le temps d&rsquo;en r\u00e9colter les produits. Il se concentre donc de plus en plus dans les habitudes de chasse, et, \u00e0 mesure que le gibier devient plus rare, il le consid\u00e8re de plus en plus comme son unique ressource. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;approche d&rsquo;un peuple cultivateur a rendu les indig\u00e8nes de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord moins cultivateurs qu&rsquo;ils ne l&rsquo;\u00e9taient avant. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;apocalyptique civilisation am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 pressentie par Poe que nous avons cit\u00e9. Nous joignons ici un texte du gauchiste Thoreau que nous avons publi\u00e9, et qui montrait la sup\u00e9riorit\u00e9 de l&rsquo;habitat indien sur l&rsquo;occidental fond\u00e9 sur le fric et la laideur &ndash; et l&rsquo;incommodit\u00e9 aussi :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un livre sur les westerns ? Du coup je relis Emerson et Thoreau. C&rsquo;est Frithjof Schuon qui parle de l&rsquo;origine indienne du transcendantalisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Thoreau est un sapeur de la modernit\u00e9 fa\u00e7on Nietzsche ou Tolsto\u00ef. Il remet en doute les fondations du monde moderne<\/strong>. Pour lui le monde moderne repose sur la mode&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Chaque g\u00e9n\u00e9ration rit des anciennes modes, tout en suivant religieusement les nouvelles&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est dans Walden bien s&ucirc;r. Et au passage un rappel d&rsquo;Ortega Y Gasset sur ce monde autoproclam\u00e9 moderne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le mot &laquo; moderne &raquo; exprime donc la conscience d&rsquo;une nouvelle vie, nouvelle vice, sup\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;ancienne, et en m\u00eame temps, la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la hauteur des temps. <strong>Pour le &laquo; moderne &raquo;, ne pas \u00eatre moderne, \u00e9quivaut \u00e0 tomber au-dessous du niveau historique.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Car la modernit\u00e9 c&rsquo;est la tyrannie de la marchandise rempla\u00e7able, de la pens\u00e9e jetable qui va avec.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Thoreau remet tout en doute : malbouffe, fringue, immobilier. Sur le capitalisme textile voici ce qu&rsquo;il \u00e9crit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je ne peux croire que notre syst\u00e8me manufacturier soit pour les hommes le meilleur mode de se procurer le v\u00eatement. La condition des ouvriers se rapproche de plus en plus chaque jour de celle des Anglais ; et on ne saurait s&rsquo;en \u00e9tonner, puisque, autant que je l&rsquo;ai entendu dire ou par moi-m\u00eame observ\u00e9,<strong>l&rsquo;objet principal est, non pas pour l&rsquo;esp\u00e8ce humaine de se voir bien et honn\u00eatement v\u00eatue, mais, incontestablement, pour les corporations de pouvoir s&rsquo;enrichir. <\/strong>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il \u00e9crit cela bien avant Naomi Klein&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Thoreau remet en cause l&rsquo;immobilier qui nous ruine en nous abritant mal. Et pour lequel nous ne sommes pas faits (d\u00e9couvrez mon roman fantastique et comique sis \u00e0 Paris, &laquo; Les Ma&icirc;tres carr\u00e9s &raquo;). Et cela donne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;homme n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 fait si fortement charpent\u00e9 ni si robuste, pour qu&rsquo;il lui faille chercher \u00e0 r\u00e9tr\u00e9cir son univers, et entourer de murs un espace \u00e0 sa taille. Il fut tout d&rsquo;abord nu et au grand air ; mais malgr\u00e9 le charme qu&rsquo;il y pouvait trouver en temps calme et chaud, dans le jour, peut-\u00eatre la saison pluvieuse et l&rsquo;hiver, sans parler du soleil torride, eussent-ils d\u00e9truit son esp\u00e8ce en germe s&rsquo;il ne se f&ucirc;t h\u00e2t\u00e9 d&rsquo;endosser le couvert d&rsquo;une maison. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;homme aurait d&ucirc; vivre au grand air et il s&rsquo;est abrit\u00e9 et il a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. <strong>Sur ces entrefaites ovidiennes ou gu\u00e9noniennes :<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Qui ne se rappelle l&rsquo;int\u00e9r\u00eat avec lequel, \u00e9tant jeune, il regardait les rochers en surplomb ou les moindres abords de caverne ?<strong>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;aspiration naturelle de cette part d&rsquo;h\u00e9ritage laiss\u00e9e par notre plus primitif anc\u00eatre qui survivait encore en nous<\/strong>. De la caverne nous sommes pass\u00e9s aux toits de feuilles de palmier, d&rsquo;\u00e9corce et branchages, de toile tiss\u00e9e et tendue, d&rsquo;herbe et paille, de planches et bardeaux, de pierres et tuiles.<strong>&Agrave; la fin, nous ne savons plus ce que c&rsquo;est que de vivre en plein air, et nos existences sont domestiques sous plus de rapports que nous ne pensons. De l&rsquo;\u00e2tre au champ grande est la distance.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le r\u00e9sultat est que nous avons tu\u00e9 la po\u00e9sie :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Peut-\u00eatre serait-ce un bien pour nous d&rsquo;avoir \u00e0 passer plus de nos jours et de nos nuits sans obstacle entre nous et les corps c\u00e9lestes, et que le po\u00e8te parl\u00e2t moins de sous un toit, ou que le saint n&rsquo;y demeur\u00e2t pas si longtemps. <strong>Les oiseaux ne chantent pas dans les cavernes, plus que les colombes ne cultivent leur innocence dans les colombiers. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9al de piaule est le tipi. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; R\u00e9fl\u00e9chissez d&rsquo;abord \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 que peut avoir l&rsquo;abri absolument n\u00e9cessaire. J&rsquo;ai vu des Indiens Penobscot, en cette ville, habiter des tentes de mince cotonnade, alors que la neige \u00e9tait \u00e9paisse de pr\u00e8s d&rsquo;un pied autour d&rsquo;eux, et je songeai qu&rsquo;ils eussent \u00e9t\u00e9 contents de la voir plus \u00e9paisse pour \u00e9carter le vent. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Thoreau propose humoristiquement non pas de vivre mais juste de dormir dans une bo&icirc;te en bois (car il faudrait vivre dehors) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip;l&rsquo;id\u00e9e me vint que tout homme, \u00e0 la rigueur, pourrait moyennant un dollar s&rsquo;en procurer une semblable, pour, apr\u00e8s y avoir perc\u00e9 quelques trous de vrille afin d&rsquo;y admettre au moins l&rsquo;air, s&rsquo;introduire dedans lorsqu&rsquo;il pleuvait et le soir, puis fermer le couvercle au crochet, de la sorte avoir libert\u00e9 d&rsquo;amour, en son \u00e2me \u00eatre libre. Il ne semblait pas que ce f&ucirc;t la pire, ni, \u00e0 tout prendre, une m\u00e9prisable alternative. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il rappelle que bien avant la baisse ou la hausse actuelle de l&rsquo;\u00e9tau d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, on passe notre vie avec la banque ou le proprio aux trousses :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Vous pouviez veiller aussi tard que bon vous semblait, et, \u00e0 quelque moment que vous vous leviez, sortir sans avoir le propri\u00e9taire du sol ou de la maison \u00e0 vos trousses rapport au loyer. <strong>Maint homme se voit harcel\u00e9 \u00e0 mort pour payer le loyer d&rsquo;une bo&icirc;te plus large et plus luxueuse, qui n&rsquo;e&ucirc;t pas gel\u00e9 \u00e0 mort en une bo&icirc;te comme celle-ci. Je suis loin de plaisanter. L&rsquo;\u00e9conomie est un sujet qui admet de se voir trait\u00e9 avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, mais don<\/strong>t on ne saurait se d\u00e9partir de m\u00eame. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Rappelons que le premier chapitre de Walden (ouvrage jamais lu, comme tout classique que je pr\u00e9sente ici) s&rsquo;intitule &laquo; \u00e9conomie &raquo; et que, mieux que Marx et son \u00e9cole, notre Thoreau fout en l&rsquo;air la civilisation esclavagiste du capital am\u00e9ricain. Le mod\u00e8le reste comme chez Schuon bien s&ucirc;r les indiens :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Gookin, qui fut surintendant des Indiens sujets de la colonie de Massachusetts, \u00e9crivant en 1674, d\u00e9clare : &laquo; Les meilleures de leurs maisons sont couvertes fort proprement, de fa\u00e7on \u00e0 tenir calfeutr\u00e9 et au chaud, d&rsquo;\u00e9corces d&rsquo;arbres, d\u00e9tach\u00e9es de leurs troncs au temps o&ugrave; l&rsquo;arbre est en s\u00e8ve, et transform\u00e9es en grandes \u00e9cailles, gr\u00e2ce \u00e0 la pression de fortes pi\u00e8ces de bois, lorsqu&rsquo;elles sont fra&icirc;ches&hellip; Les maisons plus modestes sont couvertes de nattes qu&rsquo;ils fabriquent \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une esp\u00e8ce de jonc, et elles aussi tiennent passablement calfeutr\u00e9 et au chaud, sans valoir toutefois les premi\u00e8res&hellip; J&rsquo;en ai vu de soixante ou cent pieds de long sur trente de large&hellip;<strong>Il m&rsquo;est arriv\u00e9 souvent de loger dans leurs wigwams, et je les ai trouv\u00e9s aussi chauds que les meilleures maisons anglaises. &raquo;  <\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un exemple de technologie subtile indienne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les Indiens \u00e9taient all\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9gler l&rsquo;effet du vent au moyen d&rsquo;une natte suspendue au-dessus du trou qui s&rsquo;ouvrait dans le toit et mue par une corde. <strong>Dans le principe un abri de ce genre se construisait en un jour ou deux tout au plus, pour \u00eatre d\u00e9moli et emport\u00e9 en quelques heures ; et il n&rsquo;\u00e9tait pas de famille qui ne poss\u00e9d\u00e2t la sienne, ou son appartement en l&rsquo;une d&rsquo;elles.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il rappelle l&rsquo;absurdit\u00e9 de notre situation ; travailler vingt ou cinquante ans pour une poign\u00e9e de moches &laquo; ma&icirc;tres carr\u00e9s &raquo; ! Hypoth\u00e8que se dit mort-gage en british !  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &Agrave; l&rsquo;\u00e9tat sauvage toute famille poss\u00e8de un abri valant les meilleurs, et suffisant pour ses besoins primitifs et plus simples ; mais je ne crois pas exag\u00e9rer en disant que <strong>si les oiseaux du ciel ont leurs nids, les renards leurs tani\u00e8res, et les sauvages leurs wigwams, il n&rsquo;est pas dans la soci\u00e9t\u00e9 civilis\u00e9e moderne plus de la moiti\u00e9 des familles qui poss\u00e8de un abri.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il enfonce le clou sur notre \u00e9ternelle &laquo; crise du logement &raquo; :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Dans les grandes villes et cit\u00e9s, o&ugrave; pr\u00e9vaut sp\u00e9cialement la civilisation, <strong>le nombre de ceux qui poss\u00e8dent un abri n&rsquo;est que l&rsquo;infime minorit\u00e9. Le reste paie pour ce v\u00eatement le plus ext\u00e9rieur de tous, devenu indispensable \u00e9t\u00e9 comme hiver, un tribut annuel qui suffirait \u00e0 l&rsquo;achat d&rsquo;un village entier de wigwams <\/strong>indiens, mais qui pour l&rsquo;instant contribue au maintien de sa pauvret\u00e9 sa vie durant. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Se loger, c&rsquo;est s&rsquo;endetter. En organisant la chert\u00e9 de tout on tient les gens :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<strong> Une maison moyenne dans ce voisinage co&ucirc;te peut-\u00eatre huit cents dollars, et pour amasser cette somme il faudra de dix \u00e0 quinze ann\u00e9es de la vie du travailleur, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;est pas charg\u00e9 de famille <\/strong>&ndash; en estimant la valeur p\u00e9cuniaire du travail de chaque homme \u00e0 un dollar par jour, car si certains re\u00e7oivent plus, d&rsquo;autres re\u00e7oivent moins &ndash; de sorte qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral il lui aura fallu passer plus de la moiti\u00e9 de sa vie avant d&rsquo;avoir gagn\u00e9 <em>son <\/em>wigwam. Le supposons-nous au lieu de cela payer un loyer, que c&rsquo;est tout simplement le choix douteux entre deux maux. Le sauvage e&ucirc;t-il \u00e9t\u00e9 sage d&rsquo;\u00e9changer son wigwam contre un palais \u00e0 de telles conditions ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Thoreau a bien raison : la cl\u00e9 de tout serait de redevenir<strong>sauvage<\/strong>, pas d&rsquo;\u00eatre de gauche ou de droite&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais comme on sait, ces &laquo; sauvages &raquo; ont mal termin\u00e9, qui mena\u00e7aient par leur logement l&rsquo;\u00e9conomie dite des &laquo; ma&icirc;tres carr\u00e9s &raquo;&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sources <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Les ma&icirc;tres carr\u00e9s, Amazon.fr<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Thoreau, Walden, \u00e9conomie, ebooksgratuits.com<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tocqueville &ndash; De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, I <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Beaumont &#8211; Marie<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Thoreau \u00e0 Koyaanisqatsi : la civilisation comme apocalypse Koyaanisqatsi est un documentaire de 1983, produit par Coppola, sur la fin du monde. Il s&rsquo;inspire d&rsquo;une parole Hopi qui exprime ces notions de fin, de destruction, de transformation (quelle transformation ? Car on aimerait bien la conna&icirc;tre enfin). Il montre que ce qui est arriv\u00e9&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[4012,2640,18271,5276,17527,3098],"class_list":["post-77908","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-apocalypse","tag-bonnal","tag-coppola","tag-indiens","tag-thoreau","tag-tocqueville"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77908"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77908\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77908"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}