{"id":77950,"date":"2018-05-20T05:17:10","date_gmt":"2018-05-20T05:17:10","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/05\/20\/leurope-buissonniere\/"},"modified":"2018-05-20T05:17:10","modified_gmt":"2018-05-20T05:17:10","slug":"leurope-buissonniere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/05\/20\/leurope-buissonniere\/","title":{"rendered":"<em>L&rsquo;Europe buissonni\u00e8re<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>L&rsquo;Europe buissonni\u00e8re<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>20 mai 2018 &ndash; J&#8217;emprunte le titre de cette chronique \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Blondin-LEurope-buissonniere\/84934\">ce premier livre<\/a> d&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/auteur\/Antoine-Blondin\/2063\/videos\">Antoine Blondin<\/a>, par sympathie sinon par affection, \u00e9galement parce que Blondin \u00e9tait sans doute le plus innocent, le plus attendrissant et le plus path\u00e9tique des \u00ab\u00a0hussards\u00a0\u00bb (Nimier, Laurent, D\u00e9on, Blondin) ; et puis, bien entendu vous vous en doutez, parce que \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb Europe est infiniment plus vraie que celle que nous avons aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans son bouquin qui est le premier d&rsquo;une lign\u00e9e assez courte mais o&ugrave; les phrases sont belles, il d\u00e9crit ses deux ann\u00e9es pass\u00e9es en STO en Allemagne, en 1943-1944. Ce n&rsquo;est pas une aventure de h\u00e9ros, quelque chose de pr\u00e9visible, de bien lisse, d&rsquo;hollywoodien si vous voulez&#8230; C&rsquo;est compliqu\u00e9 et banal tout en \u00e9tant extraordinaire, plein de sentiments perdus et de craintes cach\u00e9es, de m\u00e9diocrit\u00e9s quotidiennes et d&rsquo;instants d&rsquo;ironie pour le plaisir, &ndash; ah les formules de Blondin, les jeux de mots et jeux de phrase d&rsquo;anar d\u00e9sabus\u00e9 et presque innocent, il n&rsquo;y r\u00e9siste pas : &laquo; <em>La guerre est perdue, ce qui n&rsquo;est pas grave, car vous me direz : une de perdue, dix de retrouv\u00e9es<\/em> &raquo; ; nous le lui dirons, au fant\u00f4me d&rsquo;Antoine&#8230; Et parfois, bien dissimul\u00e9, je suis s&ucirc;r de cela, &ndash; un \u00e9clair d&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme chez lui, le sens du tragique, comme s&rsquo;il devinait notre \u00e9poque qui vient. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors, puisque nous y sommes, parfois encore, une phrase devenue grave, d\u00e9couvrant soudain une b\u00e9ance, une profondeur ! Lorsqu&rsquo;il \u00e9crit ceci, on dirait qu&rsquo;il d\u00e9crit, un presque-trois-quarts de si\u00e8cle en avance, cette sorte de chose que l&rsquo;on nomme \u00ab\u00a0f\u00e9minisme\u00a0\u00bb par convenance et go&ucirc;t des \u00ab\u00a0ismes\u00a0\u00bb, qui est en train de bouleverser notre soci\u00e9t\u00e9 et qui, pourtant, d\u00e9crit une v\u00e9rit\u00e9 venue du fond des temps et s&rsquo;\u00e9levant contre tous les lieux communs : &laquo; <em>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois qu&rsquo;il \u00e9prouvait les vertus viriles des femmes, leur rudesse, leur sinc\u00e9rit\u00e9 atroce, leur courage, et qu&rsquo;aux seuls gar\u00e7ons appartenaient la sensibilit\u00e9, la pudeur voil\u00e9e, les tristesses secr\u00e8tes, la vraie tendresse<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comment en venir au fait, me direz-vous ? Simplement en d\u00e9veloppant ce que cette sorte de remarque peut avoir d&rsquo;actuel, soixante-dix ans plus tard, parce que Blondin avait la magie de l&rsquo;ivrogne par fatalit\u00e9, celui qui d\u00e9couvre des v\u00e9rit\u00e9s dissimul\u00e9es, les choses qu&rsquo;on ne voit pas venir et qu&rsquo;on juge in\u00e9luctables et si compl\u00e8tement pr\u00e9visibles lorsqu&rsquo;elles se d\u00e9couvrent \u00e0 vous. Son \u00ab\u00a0Europe buissonni\u00e8re\u00a0\u00bb me fait alors penser \u00e0 cette crise soudaine, &ndash; oui, soudaine !, &ndash; qui frappe l&rsquo;Europe \u00e0 cet instant et que d\u00e9crit si pr\u00e9cis\u00e9ment <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/pris-au-piege-de-leur-propre-folie\">Laughland<\/a>, \u00e0 propos de \u00ab\u00a0nos fous\u00a0\u00bb : une \u00ab\u00a0crise buissonni\u00e8re\u00a0\u00bb, voil\u00e0 l&rsquo;expression qui me br&ucirc;lait la plume.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi est-elle faite, la pirouette \u00e9tablissant la transition entre cet \u00e9crivain d&rsquo;un autre temps et notre temps sans \u00e9crivains, sauf quelques plumes perdues qui errent en \u00e9crivant pour d&rsquo;autres temps. Sans aucun doute, j&rsquo;appr\u00e9cie la crise qui frappe cette \u00ab\u00a0notre-Europe\u00a0\u00bb du temps pr\u00e9sent comme quelque chose de compl\u00e8tement pr\u00e9visible et d&rsquo;absolument in\u00e9luctable et qui frappe tout leur monde d&rsquo;une stupeur incroyable et d&rsquo;une surprise horrifi\u00e9e, comme quelque chose que personne n&rsquo;a vu venir alors que tout le monde la voyait arriver \u00e0 la vitesse d&rsquo;un \u00e9norme poids lourd lanc\u00e9 follement et aveugl\u00e9ment \u00e0 pleine vitesse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Jusqu&rsquo;ici, disons depuis la fin du si\u00e8cle dernier et particuli\u00e8rement depuis 2008-2009, toutes les crises europ\u00e9ennes qui se sont succ\u00e9d\u00e9es \u00e9taient du genre convenu. Les piteux et insignifiants femmes et hommes politiques qui se jugent \u00eatre aux postes de contr\u00f4le des choses savaient y faire. Ils affrontaient des crises connues et les r\u00e9solvaient de mal en pis, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils les r\u00e9solvaient \u00e0 la mani\u00e8re habituelle, terminant la crise en cours en accouchant de la crise suivante dont elle \u00e9tait grosse, et en dispensant les paroles de bienvenues dans une \u00ab\u00a0\u00e8re nouvelle\u00a0\u00bb, comme s&rsquo;y croyant, Europe enfin r\u00e9alis\u00e9e. Mais celle-l\u00e0, celle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, celle du poids lourd fou et aveugle conduit par Trump et qui fonce sans rien conna&icirc;tre, ni du code des routes ni des d\u00e9g\u00e2ts qu&rsquo;il provoque comme un buffle furieux sur son passage et dans tous les sens, celle-l\u00e0 nul ne pouvait y croire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je le r\u00e9p\u00e8te, tout le monde la voyait venir et personne ne l&rsquo;a vue venir, c&rsquo;est-\u00e0-dire que personne n&rsquo;y a cru parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;Am\u00e9rique et qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 ils ne peuvent croire que l&rsquo;Am\u00e9rique soit capable de tant d&rsquo;infamie et de tra&icirc;trise \u00e0 leur cause commune \u00e0 tous, et cette cause qu&rsquo;ils ch\u00e9rissent tant parce qu&rsquo;ils sont tous des orphelins du sens du monde. La crise buissonni\u00e8re nous est venue par des chemins de traverse, hors des sentiers battus, et ils se retrouvent toutes et tous avec un monstre dans les bras, une chose difforme et monstrueuse accouch\u00e9e d&rsquo;un ventre que nul n&rsquo;avait vu gros de quoi que ce soit de cette sorte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ils ne savent pas o&ugrave; ils vont, ni les dames et messieurs qui nous dirigent, ni le chauffeur hurlant du poids lourd aveugle. Personne ne sait d&rsquo;o&ugrave; cela est sorti, peut-\u00eatre m\u00eame de la plume d&rsquo;Antoine, assis dans son ni\u00e8me bistrot, devant son ni\u00e8me verre de blanc, ou de cognac que sais-je, un soir de grande d\u00e9tresse o&ugrave; l&rsquo;alcool vous donne des visions et vous souffle dans la t\u00eate comme le grand vent des aliz\u00e9s dans les voiles. Il aurait pu, pour nous inspirer trois-quarts de si\u00e8cle plus t\u00f4t, intituler cela <em>La crise buissonni\u00e8re.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces messieurs et ces dames n&rsquo;en ont pas fini. M\u00eame s'\u00a0\u00bbils se couchent\u00a0\u00bb, comme dit l&rsquo;autre, ce sera pour faire des pompes, comme chez les <em>Marines <\/em>dont l&rsquo;<em>American-First <\/em>pr\u00e9sident est si fier, &ndash; lorsqu&rsquo;on se rel\u00e8ve \u00e0 la force des bras apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0couch\u00e9\u00a0\u00bb et ainsi de suite. Le fait est que je ne sais plus qui commande \u00e0 cette vaste sc\u00e8ne o&ugrave; la crise s&#8217;embrase, o&ugrave; les fr\u00e8res et les s&oelig;urs en simulacre se regardent avec des yeux de braise et de haine.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Europe buissonni\u00e8re 20 mai 2018 &ndash; J&#8217;emprunte le titre de cette chronique \u00e0 ce premier livre d&rsquo;Antoine Blondin, par sympathie sinon par affection, \u00e9galement parce que Blondin \u00e9tait sans doute le plus innocent, le plus attendrissant et le plus path\u00e9tique des \u00ab\u00a0hussards\u00a0\u00bb (Nimier, Laurent, D\u00e9on, Blondin) ; et puis, bien entendu vous vous en doutez,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[25],"tags":[18302,18303,16939,3228,4022,18304,5444,17553,8735,2639],"class_list":["post-77950","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-antoine","tag-blondin","tag-buissonniere","tag-crise","tag-ecrivain","tag-hussards","tag-laughland","tag-lourd","tag-poids","tag-trump"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77950","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77950"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77950\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77950"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77950"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77950"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}