{"id":78085,"date":"2018-08-01T05:37:05","date_gmt":"2018-08-01T05:37:05","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/08\/01\/tocqueville-et-la-rage-antirusse-en-1849\/"},"modified":"2018-08-01T05:37:05","modified_gmt":"2018-08-01T05:37:05","slug":"tocqueville-et-la-rage-antirusse-en-1849","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/08\/01\/tocqueville-et-la-rage-antirusse-en-1849\/","title":{"rendered":"Tocqueville et la rage antirusse en 1849"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Tocqueville et la rage antirusse en 1849<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Sans l&rsquo;Angleterre, notre diplomatie est frapp\u00e9e de &laquo; peur du vide &raquo;, \u00e9crit le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle dans ses M\u00e9moires. A partir de 1815 on aime jouer au caniche, jusqu&rsquo;au suicide de 1940. Voyons une guerre \u00e9vit\u00e9e contre la Russie, racont\u00e9e par Tocqueville dans ses souvenirs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On est en 1849. Les peuples se r\u00e9voltent et se font \u00e9craser les uns apr\u00e8s les autres, en France y compris. La belle r\u00e9volution finit par le pitoyable coup d&rsquo;Etat de Louis-Napol\u00e9on, qui laisse le peuple \u00e0 peu pr\u00e8s sans r\u00e9action. Sur cette triste \u00e9poque Flaubert a  tout dit en 1853 dans sa correspondance :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; 89 a d\u00e9moli la royaut\u00e9 et la noblesse, 48 la bourgeoisie et 51 <em>le peuple. <\/em>Il n&rsquo;y a plus <em>rien,<\/em>qu&rsquo;une tourbe canaille et imb\u00e9cile. Nous sommes tous enfonc\u00e9s au m\u00eame niveau dans une m\u00e9diocrit\u00e9 commune. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un temps ministre, Tocqueville est confront\u00e9 \u00e0 une grande crise antirusse. Le tzar Nicolas (ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;on le d\u00e9fende&hellip;) a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9craser les rebelles de l&#8217;empire autrichien, ils se sont r\u00e9fugi\u00e9s en Turquie et il menace l&#8217;empire ottoman qui h\u00e9berge ces rebelles, dont le fameux hongrois Kossuth. L&#8217;empire ottoman devient un havre de paix et de d\u00e9mocratie, lui qui massacrera les bulgares puis les arm\u00e9niens, simples orthodoxes il est vrai ! Tout d&rsquo;un coup, la presse britannique qui laisse &laquo; le march\u00e9 &raquo; exterminer et exiler trois millions d&rsquo;irlandais au cours d&rsquo;une famine qui dure cinq ans, d\u00e9cide de faire la guerre \u00e0 la Russie pour sauver les droits de l&rsquo;homme ! Cette guerre continentale pouvait d\u00e9truire l&rsquo;Europe (la guerre de Crim\u00e9e &ndash; toujours d&rsquo;actualit\u00e9 &ndash; aussi barbare et occidentale qu&rsquo;elle soit, aura le m\u00e9rite de rester limit\u00e9e, en ne privant de vie qu&rsquo;un million de soldats&hellip;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On \u00e9coute Tocqueville qui narre la pr\u00e9paration britannique d&rsquo;une guerre occidentale (d\u00e9j\u00e0&hellip;) contre l&rsquo;Autriche et la Russie :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Malgr\u00e9 la gravit\u00e9 des circonstances, les ministres anglais, alors dispers\u00e9s \u00e0 cause des vacances du parlement, furent assez longs \u00e0 se r\u00e9unir, car, en ce pays, le seul dans le monde o&ugrave; l&rsquo;aristocratie gouverne encore, la plupart des ministres sont en m\u00eame temps de grands propri\u00e9taires et, d&rsquo;ordinaire, de grands seigneurs. Ils se d\u00e9lassaient, en ce moment, dans leurs terres des fatigues et des ennuis des affaires ; ils ne se press\u00e8rent pas de les quitter.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pendant cet intervalle, toute la presse anglaise, sans distinction de parti, prit feu. Elle s&#8217;emporta contre les deux empereurs et enflamma l&rsquo;opinion publique en faveur de la Turquie. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qui tenait, qui finan\u00e7ait cette fameuse presse anglaise, la plus libre du monde qui n&rsquo;est bonne depuis toujours qu&rsquo;\u00e0 abrutir sa masse de lecteurs par le culte du fric et du people et \u00e0 d\u00e9clencher des guerres plus ou moins mondiales ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tocqueville d\u00e9crit cette pr\u00e9paration \u00e0 la grande guerre europ\u00e9enne (et je crois que mon ami Preparata a raison, les \u00e9lites anglaises sont aussi responsables de la premi\u00e8re guerre mondiale que de la deuxi\u00e8me, comme elles seront responsables de la troisi\u00e8me \u00e0 venir) : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le gouvernement anglais, ainsi chauff\u00e9, prit aussit\u00f4t son parti. Cette fois il n&rsquo;h\u00e9sitait point, car il s&rsquo;agissait, comme il le disait lui-m\u00eame, non seulement du sultan, mais de l&rsquo;influence de l&rsquo;Angleterre dans le monde. Il d\u00e9cida donc : 1&deg; qu&rsquo;on ferait des repr\u00e9sentations \u00e0 la Russie et \u00e0 l&rsquo;Autriche ; 2&deg; que l&rsquo;escadre anglaise de la M\u00e9diterran\u00e9e se rendrait devant les Dardanelles, pour donner confiance au sultan et d\u00e9fendre, au besoin, Constantinople. On nous invita \u00e0 faire de m\u00eame et \u00e0 agir en commun. Le soir m\u00eame, l&rsquo;ordre de faire marcher la flotte anglaise fut exp\u00e9di\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le ministre Tocqueville, qui passe pour un anglophile (ici encore on ne l&rsquo;a pas lu) essaie de calmer les ardeurs guerri\u00e8res abruties et eschatologiques :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La nouvelle de ces r\u00e9solutions d\u00e9cisives me jeta dans une grande perplexit\u00e9 ; je n&rsquo;h\u00e9sitais pas \u00e0 penser qu&rsquo;il fallait approuver la conduite g\u00e9n\u00e9reuse qu&rsquo;avait tenue notre ambassadeur et venir en aide au sultan, mais quant \u00e0 l&rsquo;attitude belliqueuse, je ne pensais pas qu&rsquo;il f&ucirc;t encore sage de la prendre. Les Anglais nous conviaient \u00e0 agir comme eux ; mais notre position ne ressemblait gu\u00e8re \u00e0 la leur.<strong>En d\u00e9fendant les armes \u00e0 la main la Turquie, l&rsquo;Angleterre risquait sa flotte et nous notre existence.<\/strong>Les ministres anglais pouvaient compter qu&rsquo;en cette extr\u00e9mit\u00e9 le parlement et la nation les soutiendraient, nous \u00e9tions \u00e0 peu pr\u00e8s s&ucirc;rs d&rsquo;\u00eatre abandonn\u00e9s par l&rsquo;Assembl\u00e9e et m\u00eame par le pays, si les choses en venaient jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre. Car les mis\u00e8res et les p\u00e9rils du dedans rendaient en ce moment les esprits insensibles \u00e0 tout le reste. J&rsquo;\u00e9tais convaincu, de plus, qu&rsquo;ici, la menace, au lieu de servir \u00e0 l&rsquo;accomplissement de nos desseins, \u00e9tait de nature \u00e0 lui nuire. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tocqueville \u00e9voqua la Russie sans sympathie et surtout sans hostilit\u00e9 pr\u00e9con\u00e7ue : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Si la Russie, car c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;elle seule au fond qu&rsquo;il s&rsquo;agissait, voulait par hasard ouvrir la question du partage de l&rsquo;Orient par l&rsquo;envahissement de la Turquie, ce que j&rsquo;avais peine \u00e0 croire, l&rsquo;envoi de nos flottes n&#8217;emp\u00eacherait pas cette crise : et s&rsquo;il ne s&rsquo;agissait r\u00e9ellement, comme cela \u00e9tait vraisemblable, que de se venger des Polonais, il l&rsquo;aggravait, en rendant la retraite du tsar difficile et en mettant sa vanit\u00e9 au secours de son ressentiment. J&rsquo;allai dans ces dispositions au Conseil. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il comprend alors que Louis-Napol\u00e9on (il n&rsquo;est alors que pr\u00e9sident, et comploteur encore) est un bon agent anglais qui pousse ses pions :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Je m&rsquo;aper\u00e7us sur-le-champ que le pr\u00e9sident \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 et m\u00eame engag\u00e9, comme il nous le d\u00e9clara lui-m\u00eame. Cette r\u00e9solution lui avait \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par l&rsquo;ambassadeur anglais, lord Normanby, diplomate \u00e0 la mani\u00e8re du XVIIIe si\u00e8cle, lequel s&rsquo;\u00e9tait fort \u00e9tabli dans les bonnes gr\u00e2ces de Louis Napol\u00e9on&#8230; La plupart de mes coll\u00e8gues pens\u00e8rent comme lui, qu&rsquo;il fallait entrer sans h\u00e9sitations dans l&rsquo;action commune \u00e0 laquelle nous conviaient les Anglais, et envoyer comme eux notre flotte aux Dardanelles. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je ne me troublais gu\u00e8re de ce qui allait se passer \u00e0 Vienne, car je n&rsquo;assignais dans cette affaire \u00e0 l&rsquo;Autriche d&rsquo;autre position que celle de satellite. Mais qu&rsquo;allait faire le tsar, qui s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9 si inconsid\u00e9r\u00e9ment et en apparence si irr\u00e9vocablement vis-\u00e0-vis du sultan, et dont l&rsquo;orgueil \u00e9tait mis \u00e0 une si rude \u00e9preuve par nos menaces ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tocqueville tente de sauver la paix malgr\u00e9 le bellicisme humanitaire (et \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable) du gouvernement r\u00e9publicain :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Heureusement, j&rsquo;avais alors \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg et \u00e0 Vienne deux agents habiles, avec lesquels je pouvais m&rsquo;expliquer \u00e0 c&oelig;ur ouvert. &laquo; Engagez l&rsquo;affaire tr\u00e8s doucement, leur mandai-je, gardez de mettre contre nous l&rsquo;amour-propre de nos adversaires, \u00e9vitez une trop grande et trop ostensible intimit\u00e9 avec les ambassadeurs anglais, dont le gouvernement est abhorr\u00e9 dans les cours o&ugrave; vous \u00eates, tout en conservant pourtant avec ces ambassadeurs de bons rapports. Pour arriver au succ\u00e8s, prenez le ton de l&rsquo;amiti\u00e9, et ne cherchez pas \u00e0 faire peur. Montrez notre situation au vrai ; nous ne voulons pas la guerre ; nous la d\u00e9testons ; nous la craignons ; mais nous ne pouvons-nous d\u00e9shonorer. Nous ne pouvons conseiller \u00e0 la Porte, qui nous demande avis, de faire une l\u00e2chet\u00e9 ; et, lorsque le courage qu&rsquo;elle a montr\u00e9 et que nous avons approuv\u00e9 lui attirera des p\u00e9rils, nous ne pouvons, non plus, lui refuser une aide qu&rsquo;elle r\u00e9clame. Il faut donc qu&rsquo;on nous pr\u00e9pare un moyen de sortir d&rsquo;affaire. &raquo; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis Tocqueville met les pieds dans le plat sans m\u00e2cher ses mots cette fois :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La peau de Kossuth vaut-elle la guerre g\u00e9n\u00e9rale ? Est-ce l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des puissances que la question d&rsquo;Orient s&rsquo;ouvre en ce moment et de cette fa\u00e7on ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ne peut-on trouver un biais qui m\u00e9nage l&rsquo;honneur de tout le monde ? Que veut-on enfin ? Ne veut-on que se faire livrer quelques pauvres diables ? Cela ne m\u00e9rite pas assur\u00e9ment de si grandes querelles ; mais si c&rsquo;\u00e9tait un pr\u00e9texte, si au fond de cette affaire se trouvait l&rsquo;envie de porter, en effet, la main sur l&#8217;empire ottoman, ce serait alors d\u00e9cid\u00e9ment la guerre g\u00e9n\u00e9rale qu&rsquo;on voudrait ; car, tout ultra-pacifiques que nous sommes, nous ne laisserions jamais tomber Constantinople sans tirer l&rsquo;\u00e9p\u00e9e. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le grand homme  est aid\u00e9 par la &laquo; diplomatie de style arabe &raquo; de Lamorici\u00e8re pour \u00e9viter la guerre en soutenant la Turquie :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;affaire \u00e9tait heureusement termin\u00e9e quand ces instructions arriv\u00e8rent \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg. Lamorici\u00e8re s&rsquo;y \u00e9tait conform\u00e9 sans les conna&icirc;tre. Il avait agi, dans cette circonstance, avec une prudence et une mesure qui surprirent ceux qui ne le connaissaient pas, mais qui ne m&rsquo;\u00e9tonn\u00e8rent point. Je savais que son temp\u00e9rament \u00e9tait imp\u00e9tueux, mais que son esprit form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de la diplomatie arabe, la plus savante de toutes les diplomaties, \u00e9tait circonspect et fin jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;artifice.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lamorici\u00e8re, d\u00e8s que le bruit de la querelle lui fut arriv\u00e9 par la voie directe de la Russie, se h\u00e2ta d&rsquo;exprimer tr\u00e8s vivement, quoique sur un ton amical, qu&rsquo;il bl\u00e2mait ce qui venait de se passer \u00e0 Constantinople ; mais il se garda de faire des repr\u00e9sentations officielles et surtout mena\u00e7antes. Tout en se concertant avec l&rsquo;ambassadeur d&rsquo;Angleterre, il \u00e9vita soigneusement de se compromettre avec lui dans des d\u00e9marches communes ; et quand Fuad-Effendi, charg\u00e9 de la lettre d&rsquo;Abdul-Medjid, arriva, il lui fit dire secr\u00e8tement qu&rsquo;il n&rsquo;irait pas le voir, afin de ne pas compromettre le succ\u00e8s de la n\u00e9gociation, mais que la Turquie pouvait compter sur la France. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le g\u00e9nie turc se rapproche alors prudemment de la Russie en d\u00e9boutant les boutefeux occidentaux dirig\u00e9s par le monstrueux Palmerston (lisez le tr\u00e8s bon texte de Marx sur ce sinistre personnage) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il fut merveilleusement aid\u00e9 par cet envoy\u00e9 du Grand Seigneur, qui, sous sa peau de Turc, cachait une intelligence tr\u00e8s prompte et tr\u00e8s d\u00e9li\u00e9e. Quoique le sultan e&ucirc;t r\u00e9clam\u00e9 l&rsquo;appui de la France et de l&rsquo;Angleterre, Fuad en arrivant \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, ne voulut pas m\u00eame rendre visite aux repr\u00e9sentants de de ces deux puissances. Il refusa de voir personne avant d&rsquo;avoir parl\u00e9 au tsar de la volont\u00e9 libre duquel il attendait seulement, disait-il, le succ\u00e8s de sa mission. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme notre Poutine, le tzar Nicolas garde son sang-froid :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Celui-ci dut \u00e9prouver un amer d\u00e9plaisir en voyant le peu de succ\u00e8s qu&rsquo;avaient eu ses menaces et le tour impr\u00e9vu que prenaient les choses, mais il eut la force de se contenir. Au fond, il ne voulait pas ouvrir la question d&rsquo;Orient, bien que, peu de temps auparavant, il se f&ucirc;t laiss\u00e9 aller \u00e0 dire : &laquo; L&#8217;empire ottoman est mort ; il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 r\u00e9gler l&rsquo;ordre de ses fun\u00e9railles. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis le tzar recule :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Faire la guerre pour forcer le sultan \u00e0 violer le droit des gens \u00e9tait bien difficile. Il e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 aid\u00e9 en cela par les passions sauvages de son peuple, mais repouss\u00e9 par l&rsquo;opinion de tout le monde civilis\u00e9. Il savait d\u00e9j\u00e0 ce qui se passait en Angleterre et en France. Il r\u00e9solut de c\u00e9der avant qu&rsquo;on le mena\u00e7\u00e2t. Le grand empereur recula donc, \u00e0 la profonde surprise de ses sujets et m\u00eame des \u00e9trangers. Il re\u00e7ut Fuad et se d\u00e9sista de la demande qu&rsquo;il avait faite au sultan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Autriche se h\u00e2ta de suivre son exemple. Quand la note de lord Palmerston arriva \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, tout \u00e9tait fini. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Anglais en rajoutent comme toujours (le flegme ?) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le mieux e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 de ne plus rien dire, mais tandis que dans cette affaire nous n&rsquo;avions vis\u00e9 qu&rsquo;au succ\u00e8s, le cabinet anglais avait, de plus, cherch\u00e9 le bruit. Il en avait besoin pour r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;irritation du pays. L&rsquo;ambassadeur anglais lord Bloomfield, le lendemain m\u00eame que la r\u00e9solution de l&#8217;empereur e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 connue, se pr\u00e9senta donc chez le comte de Nesselrode, qui le re\u00e7ut fort s\u00e8chement, et il lui lut la note, par laquelle lord Palmerston demandait d&rsquo;une fa\u00e7on polie, mais p\u00e9remptoire, qu&rsquo;on ne for\u00e7\u00e2t pas le sultan \u00e0 rendre les r\u00e9fugi\u00e9s. &mdash; Le Russe r\u00e9pliqua qu&rsquo;il ne concevait ni le but ni l&rsquo;objet de cette demande ; que l&rsquo;affaire dont, sans doute, on voulait parler \u00e9tait arrang\u00e9e, et que, d&rsquo;ailleurs, l&rsquo;Angleterre n&rsquo;avait rien \u00e0 y voir. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les russes remettent le british \u00e0 sa place :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Lord Bloomfield demanda o&ugrave; en \u00e9taient les choses. Le comte de Nesselrode refusa avec hauteur de lui donner aucune explication ; parce que ce serait, dit-il, reconna&icirc;tre le droit de l&rsquo;Angleterre de s&rsquo;immiscer dans une affaire qui ne la regarde point. Et comme l&rsquo;ambassadeur anglais insistait pour laisser du moins copie de la note dans les mains du comte de Nesselrode, celui-ci apr\u00e8s s&rsquo;y \u00eatre d&rsquo;abord refus\u00e9, re\u00e7ut enfin la pi\u00e8ce de mauvaise gr\u00e2ce et le cong\u00e9dia en disant nonchalamment, qu&rsquo;il allait r\u00e9pondre \u00e0 cette note, qu&rsquo;elle \u00e9tait terriblement longue et que ce serait fort ennuyeux. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et la classe russe pour conclure &ndash; et remettre les occidentaux \u00e0 leur place :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La France, ajouta le chancelier, m&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 fait dire les m\u00eames choses ; mais elle les a fait dire plus t\u00f4t et mieux. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cent-cinquante ans plus tard on en est toujours au m\u00eame stade belliqueux, imb\u00e9cile et humanitaire. C&rsquo;est Borges qui \u00e9voquant Bouvard et P\u00e9cuchet, contemporains de Louis-Napol\u00e9on et de Palmerston, d\u00e9finit notre temps : &laquo; ce sont deux \u00eatres qui copient et ne meurent pas. &raquo; Idem de Theresa May et de nos pr\u00e9sidents&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Source<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Alexis de Tocqueville &ndash; Souvenirs (derni\u00e8res pages)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tocqueville et la rage antirusse en 1849 Sans l&rsquo;Angleterre, notre diplomatie est frapp\u00e9e de &laquo; peur du vide &raquo;, \u00e9crit le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle dans ses M\u00e9moires. A partir de 1815 on aime jouer au caniche, jusqu&rsquo;au suicide de 1940. Voyons une guerre \u00e9vit\u00e9e contre la Russie, racont\u00e9e par Tocqueville dans ses souvenirs. 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