{"id":78115,"date":"2018-08-16T03:55:30","date_gmt":"2018-08-16T03:55:30","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/08\/16\/balzac-et-la-rebellion-des-femmes\/"},"modified":"2018-08-16T03:55:30","modified_gmt":"2018-08-16T03:55:30","slug":"balzac-et-la-rebellion-des-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/08\/16\/balzac-et-la-rebellion-des-femmes\/","title":{"rendered":"Balzac et la r\u00e9bellion des femmes"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Balzac et la r\u00e9bellion des femmes  <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La Femme de trente ans&hellip; Ce roman lance le bovarysme psychologique et soci\u00e9tal. Mais Julie est beaucoup moins passive qu&rsquo;Emma et elle se rebelle intellectuellement contre les hommes&hellip; Et d\u00e9boulonne la soci\u00e9t\u00e9, annon\u00e7ant nos l\u00e9gislations folles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (on n&rsquo;en fait pas un drame : apr\u00e8s tout, qu&rsquo;elle d\u00e9gage, l&rsquo;esp\u00e8ce dite humaine) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Ob\u00e9ir \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 ?&#8230; reprit la marquise en laissant \u00e9chapper un geste d&rsquo;horreur. H\u00e9 ! monsieur, tous nos maux viennent de l\u00e0. Dieu n&rsquo;a pas fait une seule loi de malheur ; mais en se r\u00e9unissant les hommes ont fauss\u00e9 son &oelig;uvre. Nous sommes, nous femmes, plus maltrait\u00e9es par la civilisation que nous ne le serions par la nature. La nature nous impose des peines physiques que vous n&rsquo;avez pas adoucies, et la civilisation a d\u00e9velopp\u00e9 des sentiments que vous trompez incessamment. La nature \u00e9touffe les \u00eatres faibles, vous les condamnez \u00e0 vivre pour les livrer \u00e0 un constant malheur. Le mariage, institution sur laquelle s&rsquo;appuie aujourd&rsquo;hui la soci\u00e9t\u00e9, nous en fait sentir \u00e0 nous seules tout le poids : pour l&rsquo;homme la libert\u00e9, pour la femme des devoirs. Nous vous devons toute notre vie, vous ne nous devez de la v\u00f4tre que de rares instants. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Makow rappelait que pour les f\u00e9ministes le sort des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 machiste c&rsquo;est Auschwitz. ! Notre sacr\u00e9 Balzac (pas son personnage)  n&rsquo;en est pas loin non plus :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; H\u00e9 bien, le mariage, tel qu&rsquo;il se pratique aujourd&rsquo;hui, me semble \u00eatre une prostitution l\u00e9gale. De l\u00e0 sont n\u00e9es mes souffrances&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour notre bon gros romancier r\u00e9aliste (r\u00e9aliste ou romantique ?), la vie de la femme devient un cercle des horreurs dantesques :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mon avenir est horrible, je le sais : la femme n&rsquo;est rien sans l&rsquo;amour, la beaut\u00e9 n&rsquo;est rien sans le plaisir ; mais le monde ne r\u00e9prouverait-il pas mon bonheur s&rsquo;il se pr\u00e9sentait encore \u00e0 moi ? Je dois \u00e0 ma fille une m\u00e8re honor\u00e9e. Ah ! je suis jet\u00e9e dans un cercle de fer d&rsquo;o&ugrave; je ne puis sortir sans ignominie. Les devoirs de famille accomplis sans r\u00e9compense m&rsquo;ennuieront ; je maudirai la vie ; mais ma fille aura du moins un beau semblant de m\u00e8re. Je lui rendrai des tr\u00e9sors de vertu pour remplacer les tr\u00e9sors d&rsquo;affection dont je l&rsquo;aurai frustr\u00e9e. Je ne d\u00e9sire m\u00eame pas vivre pour go&ucirc;ter les jouissances que donne aux m\u00e8res le bonheur de leurs enfants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je ne crois pas au bonheur. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cerise sur le g\u00e2teau : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Vous honnissez de pauvres cr\u00e9atures qui se vendent pour quelques \u00e9cus \u00e0 un homme qui passe, la faim et le besoin absolvent ces unions \u00e9ph\u00e9m\u00e8res ; tandis que la soci\u00e9t\u00e9 tol\u00e8re, encourage l&rsquo;union imm\u00e9diate bien autrement horrible d&rsquo;une jeune fille candide et d&rsquo;un homme qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas vu trois mois durant ; elle est vendue pour toute sa vie. Il est vrai que le prix est \u00e9lev\u00e9 ! Si en ne lui permettant aucune compensation \u00e0 ses douleurs vous l&rsquo;honoriez ; mais non, le monde calomnie les plus vertueuses d&rsquo;entre nous ! Telle est notre destin\u00e9e, vue sous ses deux faces : une prostitution publique et la honte, une prostitution secr\u00e8te et le malheur. Quant aux pauvres filles sans dot, elles deviennent folles, elles meurent ; pour elles aucune piti\u00e9 !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La beaut\u00e9, les vertus ne sont pas des valeurs dans votre bazar humain et vous nommez Soci\u00e9t\u00e9 ce repaire d&rsquo;\u00e9go\u00efsme. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et ces braves gens n&rsquo;avaient rien vu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le pauvre cur\u00e9 r\u00e9pond \u00e0 Julie :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Madame, vos discours me prouvent que ni l&rsquo;esprit de famille ni l&rsquo;esprit religieux ne vous touchent, aussi n&rsquo;h\u00e9siterez-vous pas entre l&rsquo;\u00e9go\u00efsme social qui vous blesse et l&rsquo;\u00e9go\u00efsme de la cr\u00e9ature qui vous fera souhaiter des jouissances&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; La famille, monsieur, existe-t-elle ? Je nie la famille dans une soci\u00e9t\u00e9 qui, \u00e0 la mort du p\u00e8re ou de la m\u00e8re partage les biens et dit \u00e0 chacun d&rsquo;aller de son c\u00f4t\u00e9. La famille est une association temporaire et fortuite que dissout promptement la mort. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Balzac tape ensuite sur le d\u00e9sastreux bilan napol\u00e9onien des r\u00e9formes du droit civil :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Nos lois ont bris\u00e9 les maisons, les h\u00e9ritages, la p\u00e9rennit\u00e9 des exemples et des traditions. Je ne vois que d\u00e9combres autour de moi. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le cur\u00e9 est excellent (ah, si nos bons pr\u00eatres pouvaient parler comme ceux de Stendhal, de Balzac ou m\u00eame de Pagnol) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Madame, vous ne reviendrez \u00e0 Dieu que quand sa main s&rsquo;appesantira sur vous, et je souhaite que vous ayez assez de temps pour faire votre paix avec lui. Vous cherchez vos consolations en baissant les yeux sur la terre au lieu de les lever vers les cieux. Le philosophisme et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel ont attaqu\u00e9 votre c&oelig;ur ; vous \u00eates sourde \u00e0 la voix de la religion comme le sont les enfants de ce si\u00e8cle sans croyance ! Les plaisirs du monde n&rsquo;engendrent que des souffrances. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et ici le pr\u00eatre enfonce tr\u00e8s bien le clou.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Vous allez changer de douleurs voil\u00e0 tout. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est le fardeau de la personnalit\u00e9 qui va appara&icirc;tre, dont parlera plus tard Pearson, et dont se moquera Nietzsche dans son Zarathoustra. Debord \u00e9voquera ce <em>conglom\u00e9rat de solitudes sans illusions<\/em>que nous sommes devenus. Tout cela se termine par une destruction &ndash; destruction ou an\u00e9antissement ? &#8211; de la d\u00e9mographie europ\u00e9enne qui aujourd&rsquo;hui s&rsquo;exporte au reste du monde, Am\u00e9riques, Asie, Afrique exclue bien entendue<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Balzac &#8211; La femme de trente ans, ebooksgratuits.com, pp. 96-102-103<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Chroniques sur la fin de l&rsquo;histoire (I, II et III), Amazon.fr<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Balzac et la r\u00e9bellion des femmes La Femme de trente ans&hellip; Ce roman lance le bovarysme psychologique et soci\u00e9tal. 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