{"id":78138,"date":"2018-08-27T14:08:12","date_gmt":"2018-08-27T14:08:12","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/08\/27\/lamericain-vu-par-sartre\/"},"modified":"2018-08-27T14:08:12","modified_gmt":"2018-08-27T14:08:12","slug":"lamericain-vu-par-sartre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/08\/27\/lamericain-vu-par-sartre\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Am\u00e9ricain vu par Sartre"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;Am\u00e9ricain vu par Sartre<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>27 ao&ucirc;t 2018 &ndash; Je viens de terminer <em>Croquis de m\u00e9moire<\/em>, de Jean Cau, qui se termine par un \u00e9blouissant portrait de Sartre ; \u00e9blouissant par la profondeur, la chaleur d&rsquo;une grande estime attendrie, qui ne dissimule aucun des d\u00e9fauts et travers de Sartre et n&rsquo;entend nullement \u00e9pouser ses divers engagements politiques. Secr\u00e9taire de Sartre, Cau l&rsquo;avait quitt\u00e9 dans des conditions que certains avaient d\u00e9peintes comme une rupture, sinon une d\u00e9claration de guerre, et l&rsquo;on pouvait attendre un ton critique d\u00e9pourvu d&rsquo;am\u00e9nit\u00e9 et de la moindre chaleur. Au contraire, je ressens le sentiment intuitif au travers de son \u00e9criture qu&rsquo;il peint Sartre comme il \u00e9tait, mais avec une r\u00e9elle et tr\u00e8s profonde affection, presque de l&rsquo;attendrissement. Je pense que je reviendrai sur ce portrait qui est un beau morceau de litt\u00e9rature ; en attendant, il m&rsquo;a pouss\u00e9 \u00e0 lire un des volume de la s\u00e9rie <em>Situations <\/em>de Sartre (le III), que j&rsquo;avais achet\u00e9 parce qu&rsquo;il traitait notamment de son voyage en Am\u00e9rique de la fin de la guerre, en 1944. Je l&rsquo;avais laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9, et je m&rsquo;y suis mis \u00e0 la suite de la lecture du portrait de Sartre par Cau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai rarement lu, en quelques pages (en fait, un article dans <em>Le Figaro <\/em>repris pour le livre, datant de f\u00e9vrier 1945), une \u00e9tude de la psychologie et de l&rsquo;organisation \u00e9ducative am\u00e9ricaine (c&rsquo;est-\u00e0-dire am\u00e9ricaniste) tenant plus du dressage <em>very soft <\/em>que de la p\u00e9dagogie, aussi pr\u00e9cise, juste, voire \u00e9blouissante selon mon go&ucirc;t et mon savoir aussi bien document\u00e9 qu&rsquo;intuitif de la chose. Et le r\u00e9sultat nous conduit \u00e0 la formule d&rsquo;<strong>une \u00ab\u00a0libert\u00e9 totale\u00a0\u00bb de l&rsquo;individu dans les bornes absolument inflexibles du conformisme de l&rsquo;am\u00e9ricanisme<\/strong>&#8230; Cela \u00e9claire tant de situations et de comportements politiques, jusqu&rsquo;\u00e0 notre \u00e9poque, &ndash; surtout dans notre \u00e9poque, o&ugrave; cette \u00ab\u00a0libert\u00e9 totale\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9rode \u00e0 une vitesse stup\u00e9fiante, entre l&rsquo;espionnage universel par les \u00e9coutes, la militarisation de la police et l&rsquo;expansion du domaine p\u00e9nitencier dans des conditions effroyables, la totalitarisation oppressive de la justice, la domination d&rsquo;une presseSyst\u00e8me dont les deux caract\u00e8res sont le lynch de toute pens\u00e9e non-conforme et la promotion jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9mence d&rsquo;une <em>narrative <\/em>pulv\u00e9risant la r\u00e9alit\u00e9 ; alors que le conformisme (\u00ab\u00a0<em>Politically Correct<\/em>\u00a0\u00bb et le reste) <strong>ne cesse de se renforcer, de contraindre, d&#8217;emprisonner, de presser la psychologie pour l&rsquo;am\u00e9ricaniser jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9mence<\/strong> ; alors qu&rsquo;en m\u00eame temps et pour faire mesurer la d\u00e9mence de cet emprisonnement du conformisme, <strong>l&rsquo;Am\u00e9rique en tant qu&rsquo;entit\u00e9 superpuissante et matrice de cet am\u00e9ricanisme ne cesse d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer son effondrement<\/strong> ! <\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Je suis intellectuellement tr\u00e8s confort\u00e9 de me retrouver compl\u00e8tement en accord avec ces remarques, avec toutes mes consid\u00e9rations aussi bien sur \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-lempire-de-la-communication\">l&#8217;empire de la communication<\/a>\u00a0\u00bb que sur la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-notre-psychologie\">psychologie am\u00e9ricaniste<\/a>, &ndash; inculpabilit\u00e9, ind\u00e9fectibilit\u00e9. Ce n&rsquo;est pas que j&rsquo;avais besoin de l&rsquo;onction de Sartre, avec qui je ne copine vraiment pas, oh certes non, du point de vue de sa philosophie, <strong>mais parce qu&rsquo;il y a l\u00e0 le t\u00e9moignage direct d&rsquo;une perception aig\u00fce et tr\u00e8s fine <\/strong>qui n&rsquo;a certes pas les m\u00eames conceptions que moi, mais qui fait rapport avec une grande lucidit\u00e9 dans ce cas, sans passion, avec le souci de l&rsquo;exactitude, <strong>assurant de l&rsquo;existence de la chose<\/strong> ; donc heureux pour mon compte de ce que je juge \u00eatre la v\u00e9rification d&rsquo;une <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a>. [Sartre, dans ce cas, parle plus en Europ\u00e9en et en Fran\u00e7ais n\u00e9 de la civilisation qu&rsquo;on sait, qu&rsquo;en id\u00e9ologue ou en philosophe affirm\u00e9 dans ses th\u00e9ories.])<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Commen\u00e7ons par la description de la technique employ\u00e9e pour le \u00ab\u00a0dressage\u00a0\u00bb des esprits, pour les influencer, pour les conduire par la main, <strong>pour les faire r\u00e9aliser eux-m\u00eames ce qu&rsquo;il est conforme de bien-penser<\/strong>&#8230; Voyant des affiches gouvernementales de propagande en faveur des valeurs de l&rsquo;am\u00e9ricanisation, Sartre observe l&#8217;emploi <strong>de la puissance et de la technique publicitaire <\/strong>comme v\u00e9hicule de la manipulation consentie (appel couronn\u00e9 de succ\u00e8s \u00e0 la \u00ab\u00a0servitude volontaire\u00a0\u00bb) : &laquo; <em>Visiblement, c&rsquo;est \u00e0 dessein qu&rsquo;on a banni tout commentaire, il <strong>faut <\/strong>que le passant tire <strong>de lui-m\u00eame <\/strong>la conclusion. On ne lui fait pas violence, bien au contraire, l&rsquo;image est un appel \u00e0 son intelligence. Il est oblig\u00e9 de l&rsquo;interpr\u00e9ter, de la comprendre, on ne la lui ass\u00e8ne pas comme faisait la propagande nazie avec ses affiches criardes. Elle reste en demi-teinte, elle r\u00e9clame son concours pour \u00eatre d\u00e9chiffr\u00e9e. Et quand il a compris, c&rsquo;est comme s&rsquo;il avait form\u00e9 la pens\u00e9e lui-m\u00eame, il est plus qu&rsquo;\u00e0 demi-persuad\u00e9. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; La \u00ab\u00a0servitude\u00a0\u00bb est si compl\u00e8tement \u00ab\u00a0consentie\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle devient z\u00e8le p\u00e9dagogique dans le dessein de la destruction de l&rsquo;homme au profit de la construction du st\u00e9r\u00e9otype am\u00e9ricaniste. Chaque asservi \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisme s&#8217;empresse de convaincre ceux qui ne le sont pas encore tout \u00e0 fait, <strong>c&rsquo;est le collectivisme par cooptation et en chantant <em>Star-Spangled Banner <\/em>et <em>God is On Our Side<\/em><\/strong>&#8230; &laquo; <em>C&rsquo;est vraiment au c&oelig;ur de la collectivit\u00e9 que jaillit cette tendance \u00e9ducative : chaque Am\u00e9ricain se fait \u00e9duquer par d&rsquo;autres Am\u00e9ricains et il en \u00e9duque d&rsquo;autres \u00e0 son tour. Partout \u00e0 New York, dans les coll\u00e8ges, il y a des cours d&rsquo;am\u00e9ricanisation<\/em>. [&#8230;] <em>Il s&rsquo;agit moins de former un homme qu&rsquo;un Am\u00e9ricain pur<\/em>. &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et tout cela se fait confortablement, dans la douceur doucereuse de l&rsquo;<em>American Way of Life<\/em>, dans les effluves discr\u00e8tement hallucin\u00e9es aboutissant \u00e0 la m\u00e9diocrit\u00e9 universelle de l&rsquo;<em>American Dream<\/em>, pour qu&rsquo;apparaissent toutes les vertus \u00e9mollientes de la \u00ab\u00a0servitude volontaire\u00a0\u00bb : &laquo;  &#8230; [L]<em>&lsquo;Am\u00e9ricains ne distingue pas entre la raison am\u00e9ricaine et la raison pure. Tous les conseils qui \u00e9maillent sa route sont si parfaitement motiv\u00e9s, si p\u00e9n\u00e9trants qu&rsquo;il se sent berc\u00e9 par une immense sollicitude qui ne le laisse jamais seul et sans recours<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Encore que, peut-\u00eatre au grand dam de Sartre et pour titiller un peu son legs, proposerais-je pour pulv\u00e9riser l&rsquo;horrible \u00ab\u00a0raison am\u00e9ricaine [am\u00e9ricaniste]\u00a0\u00bb, plut\u00f4t la \u00ab\u00a0raison raisonnable\u00a0\u00bb que proposait Maurras, contre la \u00ab\u00a0raison pure\u00a0\u00bb si Sartre entend par l\u00e0 un succ\u00e9dan\u00e9 kantien de la \u00ab\u00a0raison th\u00e9orique\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette \u00ab\u00a0identit\u00e9\u00a0\u00bb de l&rsquo;am\u00e9ricanisme est, par un processus d&rsquo;inversion qui est devenu une d\u00e9marche constante de notre \u00e9poque, <strong>une \u00ab\u00a0non-identit\u00e9\u00a0\u00bb<\/strong>, destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre universelle, <strong>o&ugrave; chacun est personne puisqu&rsquo;il peut \u00eatre tout le monde<\/strong>, et bien entendu et avec enthousiasme, vice-versa. (Ainsi comprenons-nous mieux comment, pour l&rsquo;Am\u00e9ricain, le \u00ab\u00a0<em>Rest of the World<\/em>\u00a0\u00bb n&rsquo;existe pas puisqu&rsquo;il est lui-m\u00eame, en m\u00eame temps, l&rsquo;Am\u00e9rique et le \u00ab\u00a0<em>Rest of the World<\/em>\u00a0\u00bb ; que, par cons\u00e9quent, le \u00ab\u00a0<em>Rest of the World<\/em>\u00a0\u00bb ne peut-\u00eatre que l&rsquo;Am\u00e9rique ; qu&rsquo;il n&rsquo;y a, par cons\u00e9quent, rien d&rsquo;autre \u00e0 en attendre et y comprendre que ce qu&rsquo;il sait de l&rsquo;Am\u00e9rique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; &#8230; [D]<em>e la m\u00eame fa\u00e7on, l&rsquo;Am\u00e9ricain, dont on sollicite, \u00e0 toute heure du jour, la raison et la libert\u00e9, met son point d&rsquo;honneur \u00e0 faire ce qu&rsquo;on lui demande : c&rsquo;est en agissant comme tout le monde qu&rsquo;il se sent \u00e0 la fois le plus raisonnable et le plus national, c&rsquo;est en se montrant le plus conformiste qu&rsquo;il se sent le plus libre<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Au contraire <\/em>[des Fran\u00e7ais, des Europ\u00e9ens, de toutes les grandes nations du \u00ab\u00a0vieux monde\u00a0\u00bb]<em>, la sp\u00e9cialit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9ricain c&rsquo;est de tenir sa pens\u00e9e pour universelle<\/em>. &raquo; [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La machine et la m\u00e9canisation, ce qu&rsquo;on nomme le technologisme aujourd&rsquo;hui, participe avec un grand succ\u00e8s \u00e0 cette entreprise de transformation de l&rsquo;homme en \u00ab\u00a0Am\u00e9ricain\u00a0\u00bb comme st\u00e9r\u00e9otype d&rsquo;universalit\u00e9, avec <strong>le concept grandiose de \u00ab\u00a0la libert\u00e9 totale dans le conformisme\u00a0\u00bb<\/strong>&#8230; &laquo; <em>Ici intervient la machine : elle aussi est un facteur d&rsquo;universalisation&#8230; <\/em>[&#8230;]<em>l&rsquo;Am\u00e9ricain <\/em>[s&rsquo;en sert]<em>en m\u00eame temps que tous les autres Am\u00e9ricains et de la m\u00eame fa\u00e7on qu&rsquo;eux. <\/em>[&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Ainsi, l&rsquo;Am\u00e9ricain se sent &#8230;<\/em>[&#8230;]<em>n&rsquo;importe qui. Non, pas une unit\u00e9 anonyme, mais un homme qui a d\u00e9pouill\u00e9 son individualit\u00e9 et qui s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;impersonnalit\u00e9 de l&rsquo;universel<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>C&rsquo;est cette libert\u00e9 totale dans le conformisme qui m&rsquo;a frapp\u00e9 d&rsquo;abord<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;on retirera de tout cela, comme produit naturel et plein de vertu, la haine absolue de l&rsquo;Am\u00e9ricain et de son am\u00e9ricanisme pour le \u00ab\u00a0dissident\u00a0\u00bb, celui qui sort des normes et d\u00e9nonce le conformisme, qui affirme son identit\u00e9, comme on en trouve essentiellement dans la litt\u00e9rature, d&rsquo;un Poe et d&rsquo;un Melville, \u00e0 un Miller (Henry), un Gore Vidal, un Lovecraft, un Kerouac, etc. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Autant le solitaire \u00e9veille de m\u00e9fiance aux &Eacute;tats-Unis, autant on y favorise cet individualisme dirig\u00e9, encadr\u00e9<\/em>&#8230; [&#8230;] <em>Ainsi l&rsquo;individualisme am\u00e9ricain m&rsquo;est apparu d&rsquo;abord comme une troisi\u00e8me dimension. Il ne s&rsquo;oppose point au conformisme, il le suppose au contraire<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En effet, la d\u00e9couverte de Sartre, couronnant sa d\u00e9finition de l&rsquo;Am\u00e9ricain et de son am\u00e9ricanisme, c&rsquo;est la confirmation de la parfaite r\u00e9ussite de ce mariage \u00e9trange du conformisme absolu et d&rsquo;un individualisme qui l&rsquo;est tout autant, du moment qu&rsquo;il \u00e9volue au sein du conformisme. Il l&rsquo;explique par sa description de New York.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Pour peu qu&rsquo;on se soit promen\u00e9 quelques jours \u00e0 New York, on ne peut manquer de percevoir la liaison profonde du conformisme am\u00e9ricain et de l&rsquo;individualisme. Prise dans sa longueur et sa largeur, &ndash; \u00e0 plat, &ndash; New York est la ville la plus conformiste du monde<\/em>. [&#8230;] <em>Ce quadrillage, c&rsquo;est New York : les rues se ressemblent tant qu&rsquo;on ne leur a pas donn\u00e9 de nom, on s&rsquo;est born\u00e9 \u00e0 leur assigner, comme aux soldats, un num\u00e9ro <\/em><em>matricule<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Mais si vous levez le nez, tout change : en hauteur, New York est le triomphe de l&rsquo;individualisme&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et Sartre de nous d\u00e9crire ces gratte-ciel mis n&rsquo;importe o&ugrave;, de hauteurs et de couleurs sans recherche d&rsquo;unit\u00e9 et de correspondance, de styles compl\u00e8tement diff\u00e9rents, &laquo; <em>mauresques, m\u00e9di\u00e9vaux, Renaissance ou modernes <\/em>&raquo;, et m\u00eame personnalis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;image de la fortune financi\u00e8re couronnant l&rsquo;individualisme dont cette r\u00e9ussite darwinienne est la r\u00e9f\u00e9rence cardinale sinon unique : <strong>du <em>Rockefeller Center <\/em>aux <em>Trump Towers <\/em>d&rsquo;aujourd&rsquo;hui<\/strong>&#8230; L&rsquo;on voit combien <strong>cet individualisme est profond\u00e9ment anarchique et d\u00e9structurant, combien cette \u00ab\u00a0hauteur\u00a0\u00bb est le contraire de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation <\/strong>qui suppose l&rsquo;unit\u00e9 dans l&rsquo;harmonie et la mesure puisqu&rsquo;elle nous pr\u00e9cipite dans le d\u00e9sordre, le mauvais go&ucirc;t, le clinquant flamboyant et le vulgaire triomphant, l&rsquo;<em>hubris <\/em>de bazar en un mot&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs dans ces villes que les cin\u00e9astes d&rsquo;Hollywood r\u00e9ussissent le mieux, dans la veine mill\u00e9nariste qui fait des <em>block busters <\/em>de gros succ\u00e8s financiers, \u00e0 figurer ce que devrait \u00eatre le monde apr\u00e8s l&rsquo;effondrement de la civilisation, villes mang\u00e9es plus qu&#8217;embellies par la nature revenue, rouill\u00e9es, puantes, avec ses d\u00e9bris pointus et agressifs mais devenus impuissants, ces formes d\u00e9structur\u00e9es et devenues informes, d\u00e9risoirement tendues vers le ciel, restes de villes cr\u00e9pusculaires, &ndash; cr\u00e9puscules de leurs propres ombres et de leurs ambitions fracass\u00e9es, &ndash; et propices \u00e0 la terreur de la barbarie et au n\u00e9antissement des \u00eatres r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de zombies&#8230; L<strong>es villes du mod\u00e8le am\u00e9ricaniste, aujourd&rsquo;hui mod\u00e8le absolument globalis\u00e9 du Syst\u00e8me, sont les mieux adapt\u00e9es \u00e0 cette sorte de destin<\/strong>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La conclusion de Sartre est sans la moindre agressivit\u00e9 antiam\u00e9ricaine malgr\u00e9 ce qu&rsquo;il en avait, et donc tableau clinique et objectif d&rsquo;autant plus significatif de la v\u00e9ritable signification de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Il faut \u00e9galement avoir \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il parle des USA de 1944, en pleine activit\u00e9 \u00e9conomique (le <em>boom <\/em>de la production d&rsquo;armements, &ndash; comble du bonheur, &ndash; de la Grande Guerre D\u00e9mocratique de l&rsquo;Am\u00e9rique apr\u00e8s la Grande D\u00e9pression), alors que les signes de l&rsquo;effondrement actuel sont compl\u00e8tement inexistants ; que la corruption du monde politique est encore contenue dans les normes de la bonne tenue bourgeoise et puritaine ; que les SDF, les clochards, les drogu\u00e9s et leurs excr\u00e9ments sont encore tenus \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart et n&rsquo;encombrent pas les rues conformes \u00e0 l&rsquo;apparence de la vitrine am\u00e9ricaniste ; que la d\u00e9linquance est parfaitement contr\u00f4l\u00e9e du fait de la puissance tentaculaire d&rsquo;un crime organis\u00e9 essentiellement italo-am\u00e9ricain (<em>Cosa Nostra<\/em>), o&ugrave; l&rsquo;on va \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise apr\u00e8s les r\u00e8glements de compte, o&ugrave; l&rsquo;on est attentif \u00e0 l&rsquo;apparence conformiste de la <em>narrative <\/em>am\u00e9ricaniste du moment que l&rsquo;on peut acheter dirigeants municipaux, juges et policiers&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;  <em>J&rsquo;en ai dit assez, j&rsquo;esp\u00e8re, pour faire comprendre comment le citoyen am\u00e9ricain est soumis, de sa naissance \u00e0 sa mort, \u00e0 une force d&rsquo;organisation et d&rsquo;am\u00e9ricanisation intense, comment il est d&rsquo;abord d\u00e9personnalis\u00e9 par un appel constant \u00e0 sa raison, \u00e0 sa libert\u00e9 et comment, lorsqu&rsquo;il est d&ucirc;ment encadr\u00e9 dans la nation, par des organisations professionnelles et par les ligues d&rsquo;\u00e9dification morale et d&rsquo;\u00e9ducation, il r\u00e9cup\u00e8re soudain sa conscience de lui-m\u00eame et son autonomie de personne ; libre \u00e0 lui de s&rsquo;\u00e9chapper vers un individualisme presque nietzsch\u00e9en que symbolisent les gratte-ciel dans le ciel clair de New York. De toute fa\u00e7on, ce n&rsquo;est pas, comme chez nous, l&rsquo;individualisme mais le conformisme qui est \u00e0 la base : la personnalit\u00e9 doit se conqu\u00e9rir, elle est une fonction sociale ou l&rsquo;affirmation de la r\u00e9ussite<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces remarques sont si int\u00e9ressantes parce que faites sans intention, ni de nuire ni de pr\u00e9dire, sans que l&rsquo;auteur qui proc\u00e8de ainsi comme simple observateur neutre, n&rsquo;est un instant \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;on puisse envisager pour ce Nouveau Monde un destin si tragique. Nous sommes, nous, \u00e0 l&rsquo;heure o&ugrave; nous pouvons envisager ce \u00ab\u00a0destin si tragique\u00a0\u00bb et il est singulier de constater combien une observation attentive d&rsquo;il y a plus de trois-quarts de si\u00e8cle laissait voir les principaux facteurs donc nous mesurons aujourd&rsquo;hui les effets catastrophiques. <\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Am\u00e9ricain vu par Sartre 27 ao&ucirc;t 2018 &ndash; Je viens de terminer Croquis de m\u00e9moire, de Jean Cau, qui se termine par un \u00e9blouissant portrait de Sartre ; \u00e9blouissant par la profondeur, la chaleur d&rsquo;une grande estime attendrie, qui ne dissimule aucun des d\u00e9fauts et travers de Sartre et n&rsquo;entend nullement \u00e9pouser ses divers engagements&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[3253,3878,3879,3256,3747,7973,3880,3257],"class_list":["post-78138","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-americanisme","tag-conformisme","tag-individualisme","tag-new","tag-propagande","tag-publicite","tag-sartre","tag-york"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78138","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78138"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78138\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78138"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78138"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78138"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}