{"id":78188,"date":"2018-09-23T10:02:31","date_gmt":"2018-09-23T10:02:31","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/09\/23\/stendhal-contre-la-promesse-americaine\/"},"modified":"2018-09-23T10:02:31","modified_gmt":"2018-09-23T10:02:31","slug":"stendhal-contre-la-promesse-americaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/09\/23\/stendhal-contre-la-promesse-americaine\/","title":{"rendered":"Stendhal contre la promesse am\u00e9ricaine"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Stendhal contre la promesse am\u00e9ricaine<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Stendhal attaque le mod\u00e8le ou la matrice am\u00e9ricaine, et c&rsquo;est dans Lucien Leuwen. Quelques extraits de son dernier roman \u00e9dit\u00e9 gratuitement par Ebooksgratuits.com. Le paradoxe vient de ce que Stendhal, bonapartiste de gauche, est plut\u00f4t r\u00e9publicain, de temp\u00e9rament. Mais de l&rsquo;autre il garde un attachement pour la brillance de la soci\u00e9t\u00e9 aristocratique qu&rsquo;il sent dispara&icirc;tre comme tout le monde \u00e0 cette \u00e9poque de socialisme, de r\u00e9volution industrielle et de r\u00e9publicanisme. Stendhal annonce ainsi Visconti et la version la plus distingu\u00e9e du vieux gauchisme caviar&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici ce qu&rsquo;il \u00e9crit dans la deuxi\u00e8me pr\u00e9face de son dernier roman :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;auteur ne voudrait pour rien au monde vivre sous une d\u00e9mocratie semblable \u00e0 celle d&rsquo;Am\u00e9rique, pour la raison qu&rsquo;il aime mieux faire la cour \u00e0 M. le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9picier du coin de la rue. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En fait un fanatique de la libert\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 un esprit bateau. Stendhal :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ces amis avaient dit au ministre r\u00e9gnant que Lucien n&rsquo;\u00e9tait point un Hampden, un fanatique de libert\u00e9 am\u00e9ricaine, un homme \u00e0 refuser l&rsquo;imp\u00f4t s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas budget, mais tout simplement un jeune homme de vingt ans, pensant comme tout le monde. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Am\u00e9rique c&rsquo;est la libert\u00e9 mais c&rsquo;est aussi le prosa\u00efsme (aujourd&rsquo;hui, ce n&rsquo;est ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre : c&rsquo;est l&rsquo;absence de libert\u00e9 et c&rsquo;est le d\u00e9lire gnostique).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais la vile bourgeoisie fran\u00e7aise, celle que d\u00e9nonce Toussenel et qui soutient le r\u00e9gime louis-philippard, est d\u00e9j\u00e0 am\u00e9ricaine et Lucien Leuwen le sent en arrivant \u00e0 Nancy :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Nancy, cette ville si forte, chef-d&rsquo;&oelig;uvre de Vauban, parut abominable \u00e0 Lucien. La salet\u00e9, la pauvret\u00e9 semblaient s&rsquo;en disputer tous les aspects et les physionomies des habitants r\u00e9pondaient parfaitement \u00e0 la tristesse des b\u00e2timents34. Lucien ne vit partout que des figures d&rsquo;usuriers, des physionomies mesquines, pointues, hargneuses. &laquo; Ces gens ne pensent qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;argent et aux moyens d&rsquo;en amasser, se dit-il avec d\u00e9go&ucirc;t. Tel est, sans doute, le caract\u00e8re de cette Am\u00e9rique que les lib\u00e9raux nous vantent si fort. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus loin Lucien pr\u00e9cise sa position. L&rsquo;Am\u00e9rique c&rsquo;est la fin de la Kultur, de la civilisation, le culte du pognon :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je m&rsquo;ennuierais en Am\u00e9rique, au milieu d&rsquo;hommes parfaitement justes et raisonnables, si l&rsquo;on veut, mais grossiers, mais ne songeant qu&rsquo;aux dollars. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Divergence d&rsquo;int\u00e9r\u00eats entre la culture aristocratique et le r\u00e9gime commercial :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ils me parleraient de leurs dix vaches, qui doivent leur donner au printemps prochain dix veaux, et moi j&rsquo;aime \u00e0 parler de l&rsquo;\u00e9loquence de M. Lamennais, ou du talent de madame Malibran compar\u00e9 \u00e0 celui de madame Pasta ; je ne puis vivre avec des hommes incapables d&rsquo;id\u00e9es fines, si vertueux qu&rsquo;ils soient ; je pr\u00e9f\u00e9rerais cent fois les m&oelig;urs \u00e9l\u00e9gantes d&rsquo;une cour corrompue. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lucien est donc d\u00e9j\u00e0 un nostalgique de la vieille civilisation (elle va \u00eatre engloutie, puis les peuples qui l&rsquo;auront reni\u00e9e). Le r\u00e8gne des eaux glaciales du calcul \u00e9go\u00efste comme dit Marx le fait fr\u00e9mir :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Washington m&rsquo;e&ucirc;t ennuy\u00e9 \u00e0 la mort, et j&rsquo;aime mieux me trouver dans le m\u00eame salon que M. de Talleyrand. Donc la sensation de l&rsquo;estime n&rsquo;est pas tout pour moi ; j&rsquo;ai besoin des plaisirs donn\u00e9s par une ancienne civilisation&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis s&rsquo;exprime le go&ucirc;t pour l&rsquo;h\u00e9ro\u00efque et pour l&rsquo;\u00e9pique, genres destin\u00e9s au recyclage des westerns &ndash; ou des boucheries d\u00e9mocratiques :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;ai horreur du bon sens fastidieux d&rsquo;un Am\u00e9ricain. Les r\u00e9cits de la vie du jeune g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte, vainqueur au pont d&rsquo;Arcole, me transportent ; c&rsquo;est pour moi Hom\u00e8re, le Tasse, et cent fois mieux encore. La moralit\u00e9 am\u00e9ricaine me semble d&rsquo;une abominable vulgarit\u00e9, et en lisant les ouvrages de leurs hommes distingu\u00e9s, je n&rsquo;\u00e9prouve qu&rsquo;un d\u00e9sir, c&rsquo;est de ne jamais les rencontrer dans le monde. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Lucien confesse le pire : l&rsquo;Am\u00e9rique est mim\u00e9tique, l&rsquo;Am\u00e9rique est le mod\u00e8le \u00e0 suivre et il faudra lui faire la cour :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;  Ce pays mod\u00e8le me semble le triomphe de la m\u00e9diocrit\u00e9 sotte et \u00e9go\u00efste, et, sous peine de p\u00e9rir, il faut lui faire la cour. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La vision de Lucien n&rsquo;est pas populiste, c&rsquo;est le moins qu&rsquo;on puisse dire. Elle est aristocratique, la m\u00eame que celle de Poe qui alors d\u00e9nonce le r\u00e8gne de la canaille dans sa Conversation avec une momie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Mais, d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, faire la cour aux hommes du peuple, comme il est de n\u00e9cessit\u00e9 en Am\u00e9rique, est au-dessus de mes forces. Il me faut les m&oelig;urs \u00e9l\u00e9gantes, fruits du gouvernement corrompu de Louis XV ; et, cependant, quel est l&rsquo;homme marquant dans un tel \u00e9tat de la soci\u00e9t\u00e9 ? Un duc de Richelieu, un Lauzun, dont les m\u00e9moires peignent la vie. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais je ne puis pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 la France ; l&rsquo;argent n&rsquo;est pas tout pour moi, et la d\u00e9mocratie est trop \u00e2pre pour ma fa\u00e7on de sentir. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis Stendhal malicieux ajoute dans une note vicieuse :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le gouvernement a pay\u00e9 M. de Tocqueville pour donner cette opinion au public. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus loin on confirme que notre bourgeois fran\u00e7ais fera un parfait am\u00e9ricain :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; En m\u00eame temps Gauthier finissait son discours par ces mots&hellip; Mais nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;Am\u00e9ricains en France&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Prenez un petit marchand de Rouen ou de Lyon, avare et sans imagination, et vous aurez un Am\u00e9ricain. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Am\u00e9rique c&rsquo;est la cuisine d\u00e9mocratique. J&rsquo;en ai parl\u00e9 dans mes essais sur Cochin et Ostrogorski. Mais Stendhal les pr\u00e9c\u00e8de tous : la cuisine des partis, surtout anglo-saxons, \u00e7a pue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quand il rencontrait tous les dimanches M. de Lafayette chez M. de Tracy, il se figurait qu&rsquo;avec son bon sens, sa probit\u00e9, sa haute philosophie, les gens d&rsquo;Am\u00e9rique auraient aussi l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de ses mani\u00e8res. Il avait \u00e9t\u00e9 rudement d\u00e9tromp\u00e9 : l\u00e0 r\u00e8gne la majorit\u00e9, laquelle est form\u00e9e en grande partie par la canaille. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus Stendhal ajoute sur la machine d\u00e9mocratique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &Agrave; New York, la charrette gouvernative est tomb\u00e9e dans l&rsquo;orni\u00e8re oppos\u00e9e \u00e0 la n\u00f4tre. Le suffrage universel r\u00e8gne en tyran, et en tyran aux mains sales. Si je ne plais pas \u00e0 mon cordonnier, il r\u00e9pand sur mon compte une calomnie qui me f\u00e2che, et il faut que je flatte mon cordonnier. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et il observe :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les hommes ne sont pas pes\u00e9s, mais compt\u00e9s, et le vote du plus grossier des artisans compte autant que celui de Jefferson, et souvent rencontre plus de sympathie. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Stendhal \u00e9voque la sottise religieuse des am\u00e9ricains (il est plus proche dans sa critique de Beaumont que de Tocqueville) ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le clerg\u00e9 les h\u00e9b\u00e8te encore plus que nous ; ils font descendre un dimanche matin un voyageur qui court dans la malle-poste parce que, en voyageant le dimanche, il fait &oelig;uvre servile et commet un gros p\u00e9ch\u00e9&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lucien de conclure tristement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Cette grossi\u00e8ret\u00e9 universelle et sombre m&rsquo;\u00e9toufferait&hellip; Enfin, je ferai ce que Bathilde voudra&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Car la femme plus encore que l&rsquo;homme veut devenir am\u00e9ricaine. R\u00e9cemment d&rsquo;ailleurs Zerohedge.com faisait mine de s&rsquo;\u00e9tonner d&rsquo;une \u00e9vidence : tout le monde veut, encore et toujours, vivre et \u00e9migrer, et faire fortune en Am\u00e9rique&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h3>\n<\/p>\n<p><p> Stendhal &ndash; Lucien Leuwen (ebooksgratuits.com)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Litt\u00e9rature et conspiration (Dualpha)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tocqueville &ndash; De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Beaumont &ndash; Marie ou de l&rsquo;esclavage<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Stendhal contre la promesse am\u00e9ricaine Stendhal attaque le mod\u00e8le ou la matrice am\u00e9ricaine, et c&rsquo;est dans Lucien Leuwen. Quelques extraits de son dernier roman \u00e9dit\u00e9 gratuitement par Ebooksgratuits.com. 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