{"id":78202,"date":"2018-10-02T05:27:50","date_gmt":"2018-10-02T05:27:50","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/10\/02\/rene-guenon-et-le-symbolisme-du-pelerinage\/"},"modified":"2018-10-02T05:27:50","modified_gmt":"2018-10-02T05:27:50","slug":"rene-guenon-et-le-symbolisme-du-pelerinage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/10\/02\/rene-guenon-et-le-symbolisme-du-pelerinage\/","title":{"rendered":"Ren\u00e9 Gu\u00e9non et le symbolisme du p\u00e8lerinage"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Ren\u00e9 Gu\u00e9non et le symbolisme du p\u00e8lerinage<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Notons tout d&rsquo;abord que le mot latin <em>peregrinus<\/em>, d&rsquo;o&ugrave; vient &laquo; p\u00e8lerin &raquo;, signifie \u00e0 la fois &laquo; voyageur &raquo; et &laquo; \u00e9tranger &raquo;. Cette simple remarque donne lieu d\u00e9j\u00e0 \u00e0 des rapprochements assez curieux : en effet, d&rsquo;une part, parmi les Compagnons, il en est qui se qualifient de &laquo; passants &raquo; et d&rsquo;autres d&rsquo;&laquo; \u00e9trangers &raquo;, ce qui correspond pr\u00e9cis\u00e9ment aux deux sens de <em>peregrinus <\/em>(lesquels se trouvent d&rsquo;ailleurs aussi dans l&rsquo;h\u00e9breu <em>gersh\u00f4n<\/em>) ; d&rsquo;autre part, dans la Ma\u00e7onnerie, m\u00eame moderne et &laquo; sp\u00e9culative &raquo;, les \u00e9preuves symboliques de l&rsquo;initiation sont appel\u00e9es &laquo; voyages &raquo;. D&rsquo;ailleurs, dans beaucoup de traditions diverses, les diff\u00e9rents stades initiatiques sont souvent d\u00e9crits comme les \u00e9tapes d&rsquo;un voyage ; parfois, c&rsquo;est d&rsquo;un voyage ordinaire qu&rsquo;il s&rsquo;agit, parfois aussi d&rsquo;une navigation, ainsi que nous l&rsquo;avons signal\u00e9 en d&rsquo;autres occasions. Ce symbolisme du voyage est peut-\u00eatre d&rsquo;un usage plus r\u00e9pandu encore que celui de la guerre, dont nous parlions dans notre dernier article ; l&rsquo;un et l&rsquo;autre, du reste, ne sont pas sans pr\u00e9senter entre eux un certain rapport, qui s&rsquo;est m\u00eame traduit parfois ext\u00e9rieurement dans les faits historiques ; nous pensons notamment ici au lien \u00e9troit qui exista, au moyen \u00e2ge, entre les p\u00e8lerinages en Terre Sainte et les Croisades. Ajoutons encore que, m\u00eame dans le langage religieux le plus ordinaire, la vie terrestre, consid\u00e9r\u00e9e comme une p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9preuves, est souvent assimil\u00e9e \u00e0 un voyage, et m\u00eame qualifi\u00e9e plus express\u00e9ment de p\u00e8lerinage, le monde c\u00e9leste, but de ce p\u00e8lerinage, \u00e9tant aussi identifi\u00e9 symboliquement \u00e0 la &laquo; Terre Sainte &raquo; ou &laquo; Terre des Vivants &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;&laquo; errance &raquo;, si l&rsquo;on peut dire, ou de migration, est donc, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, un \u00e9tat de &laquo; probation &raquo; ; et, ici encore, nous pouvons remarquer que tel est bien en effet son caract\u00e8re dans des organisations comme le Compagnonnage. En outre, ce qui est vrai \u00e0 cet \u00e9gard pour des individus peut l&rsquo;\u00eatre aussi, dans certains cas tout au moins pour des peuples pris collectivement : un exemple tr\u00e8s net est celui des H\u00e9breux errant pendant quarante ans dans le d\u00e9sert avant d&rsquo;atteindre la Terre promise (&hellip;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais revenons aux p\u00e8lerins : on sait que leurs signes distinctifs \u00e9taient la coquille (dite de saint Jacques) et le b\u00e2ton ; ce dernier, qui a aussi un \u00e9troit rapport avec la canne compagnonnique, est naturellement un attribut du voyageur, mais il a bien d&rsquo;autres significations, et peut-\u00eatre consacrerons-nous quelque jour \u00e0 cette question une \u00e9tude sp\u00e9ciale. Quant \u00e0 la coquille, en certaines r\u00e9gions, elle \u00e9tait appel\u00e9e &laquo; creusille &raquo; et ce mot doit \u00eatre rapproch\u00e9 de celui de &laquo; creuset &raquo; ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9preuves, envisag\u00e9e plus particuli\u00e8rement selon un symbolisme alchimique, et entendue dans le sens de la &laquo; purification &raquo;, la Catharsis des Pythagoriciens, qui \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment la phase pr\u00e9paratoire de l&rsquo;initiation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La coquille \u00e9tant regard\u00e9e plus sp\u00e9cialement comme l&rsquo;attribut de saint Jacques, nous sommes amen\u00e9s \u00e0 faire \u00e0 ce propos une remarque concernant le p\u00e8lerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Les routes que suivaient autrefois les p\u00e8lerins sont souvent appel\u00e9es, aujourd&rsquo;hui encore, &laquo; chemins de saint Jacques &raquo; ; mais cette expression a en m\u00eame temps une tout autre application : le &laquo; chemin de saint Jacques &raquo;, en effet dans le langage des paysans, c&rsquo;est aussi la Voie Lact\u00e9e ; et ceci semblera peut-\u00eatre moins inattendu si l&rsquo;on observe que Compostelle, \u00e9tymologiquement, n&rsquo;est pas autre chose que le &laquo; champ \u00e9toil\u00e9 &raquo;. Nous rencontrons ici une autre id\u00e9e, celle des &laquo; voyages c\u00e9lestes &raquo; d&rsquo;ailleurs en corr\u00e9lation avec les voyages terrestres ; c&rsquo;est encore l\u00e0 un point sur lequel il ne nous est pas possible d&rsquo;insister pr\u00e9sentement, et nous indiquerons seulement que l&rsquo;on peut pressentir par l\u00e0 une certaine correspondance entre la situation g\u00e9ographique des lieux de p\u00e8lerinages et l&rsquo;ordonnance m\u00eame de la sph\u00e8re c\u00e9leste ; ici, la &laquo; g\u00e9ographie sacr\u00e9e &raquo; \u00e0 laquelle nous avons fait allusion s&rsquo;int\u00e9grera donc dans une v\u00e9ritable &laquo; cosmographie sacr\u00e9e &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encore \u00e0 propos des routes de p\u00e8lerinages, il convient de rappeler que M. Joseph B\u00e9dier a eu le m\u00e9rite de reconna&icirc;tre le lien existant entre les sanctuaires qui en marquaient les \u00e9tapes et la formation des chansons de geste. Ce fait pourrait \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, nous semble-t-il, et l&rsquo;on pourrait dire la m\u00eame chose en ce qui concerne la propagation d&rsquo;une multitude de l\u00e9gendes dont la r\u00e9elle port\u00e9e initiatique est malheureusement presque toujours m\u00e9connue des modernes. En raison de la pluralit\u00e9 de leurs sens, les r\u00e9cits de ce genre pouvaient s&rsquo;adresser \u00e0 la fois \u00e0 la foule des p\u00e8lerins ordinaires et&hellip; aux autres ; chacun les comprenait suivant la mesure de sa propre capacit\u00e9 intellectuelle, et quelques-uns seulement en p\u00e9n\u00e9traient la signification profonde, ainsi qu&rsquo;il arrive pour tout enseignement initiatique. Il y a lieu de noter aussi que, si divers que fussent les gens qui parcouraient les routes, y compris les colporteurs et m\u00eame les mendiants, il s&rsquo;\u00e9tablissait entre eux, pour des raisons sans doute assez difficiles \u00e0 d\u00e9finir, une certaine solidarit\u00e9 se traduisant par l&rsquo;adoption en commun d&rsquo;un langage conventionnel sp\u00e9cial, &laquo; argot de la Coquille, ou &laquo; langage des p\u00e9r\u00e9grins &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(&hellip;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les exemples les plus illustres de ces p\u00e8lerinages nous sont offerts par D\u00e9mocrite, initi\u00e9 aux secrets de l&rsquo;alchimie par les pr\u00eatres \u00e9gyptiens et le mage Ostan\u00e8s, comme aux doctrines asiatiques par ses s\u00e9jours en Perse et, selon quelques historiens, aux Indes ; Thal\u00e8s, form\u00e9 dans les temples d&rsquo;&Eacute;gypte et de Chald\u00e9e ; Pythagore, qui visita tous les pays connus des anciens (et tr\u00e8s vraisemblablement l&rsquo;Inde et la Chine) et dont le s\u00e9jour en Perse fut marqu\u00e9 par les entretiens qu&rsquo;il y eut avec le mage Zaratas, en Gaule par sa collaboration avec les Druides, enfin en Italie par ses discours \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e des Anciens de Crotone. &Agrave; ces exemples, il conviendrait d&rsquo;ajouter les s\u00e9jours de Paracelse en France, Autriche, Allemagne, Espagne et Portugal, Angleterre, Hollande, Danemark, Su\u00e8de, Hongrie, Pologne, Lithuanie, Valachie, Carniole, Dalmatie, Russie et Turquie, ainsi que les voyages de Nicolas Flamel en Espagne, o&ugrave; Maistre Canches lui apprit \u00e0 d\u00e9chiffrer les fameuses figures hi\u00e9roglyphiques du Livre d&rsquo;Abraham Juif. Le po\u00e8te Robert Browning a d\u00e9fini la nature secr\u00e8te de ces p\u00e8lerinages scientifiques dans une strophe singuli\u00e8rement riche d&rsquo;intuition : &laquo; Je vois mon chemin comme l&rsquo;oiseau sa route sans trace ; quelque jour, Son jour d&rsquo;heur, j&rsquo;arriverai. Il me guide, Il guide l&rsquo;oiseau. &raquo; Les ann\u00e9es de voyage de Wilhelm Meister ont la m\u00eame signification initiatique &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(&hellip;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour en revenir \u00e0 l&rsquo;expression de &laquo; nobles voyageurs &raquo;, ce sur quoi nous voulons surtout attirer l&rsquo;attention, c&rsquo;est que l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te &laquo; nobles &raquo; semble indiquer qu&rsquo;elle doit d\u00e9signer, non pas toute initiation indistinctement, mais plus proprement une initiation de Kshatriyas, ou ce qu&rsquo;on peut appeler l&rsquo;&laquo; art royal &raquo; suivant le vocable conserv\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours par la Ma\u00e7onnerie. En d&rsquo;autres termes, il s&rsquo;agirait alors d&rsquo;une initiation se rapportant, non \u00e0 l&rsquo;ordre m\u00e9taphysique pur, mais \u00e0 l&rsquo;ordre cosmologique et aux applications qui s&rsquo;y rattachent, ou \u00e0 tout ce qui en Occident, a \u00e9t\u00e9 compris sous l&rsquo;appellation g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;&laquo; herm\u00e9tisme &raquo;7. S&rsquo;il en est ainsi, M. Clavelle a eu parfaitement raison de dire que, tandis que saint Jean correspond au point de vue purement m\u00e9taphysique de la Tradition, saint Jacques correspondrait plut\u00f4t au point de vue des &laquo; sciences traditionnelles &raquo; ; et, m\u00eame sans \u00e9voquer le rapprochement, cependant fort plausible, avec le &laquo; ma&icirc;tre Jacques &raquo; du compagnonnage, bien des indices concordants tendraient \u00e0 prouver que cette correspondance est effectivement justifi\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4> Ren\u00e9 Gu\u00e9non<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>In Le voile d&rsquo;Isis, juin 1930 (extraits)  publi\u00e9 dans &Eacute;TUDES SUR LA FRANC-MA&Ccedil;ONNERIE ET LE COMPAGNONNAGE TOMES I &#038; II &ndash; 1964 &ndash; (archive.org)<\/p>\n<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ren\u00e9 Gu\u00e9non et le symbolisme du p\u00e8lerinage Notons tout d&rsquo;abord que le mot latin peregrinus, d&rsquo;o&ugrave; vient &laquo; p\u00e8lerin &raquo;, signifie \u00e0 la fois &laquo; voyageur &raquo; et &laquo; \u00e9tranger &raquo;. Cette simple remarque donne lieu d\u00e9j\u00e0 \u00e0 des rapprochements assez curieux : en effet, d&rsquo;une part, parmi les Compagnons, il en est qui se&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2640,11959,9772,12725,18582,7658],"class_list":["post-78202","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-bonnal","tag-errance","tag-guenon","tag-migration","tag-pelerins","tag-rene"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78202","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78202"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78202\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78202"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}