{"id":78255,"date":"2018-10-26T03:58:30","date_gmt":"2018-10-26T03:58:30","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/10\/26\/frederic-schiller-et-la-faillite-occidentale\/"},"modified":"2018-10-26T03:58:30","modified_gmt":"2018-10-26T03:58:30","slug":"frederic-schiller-et-la-faillite-occidentale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/10\/26\/frederic-schiller-et-la-faillite-occidentale\/","title":{"rendered":"Fr\u00e9d\u00e9ric Schiller et la faillite occidentale"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Fr\u00e9d\u00e9ric Schiller et la faillite occidentale<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Un g\u00e9nie visionnaire apparait en Allemagne au moment de la r\u00e9volution fran\u00e7aise et de la bizarre \u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne ; il  y a tous les po\u00e8tes, tous les philosophes et toutes ces visions des grecs et du d\u00e9clin occidental : pensez \u00e0 H\u00f6lderlin, Hegel, Novalis, \u00e0 Humboldt (devant Chateaubriand il parle \u00e0 sa fille en grec ancien et en grec moderne&hellip;), \u00e0 une dizaine d&rsquo;autres. Apr\u00e8s Nietzsche et Heidegger seront bien seuls, sinon en tant que philosophes du moins en tant qu&rsquo;allemands. La grandeur allemande fut d&rsquo;avoir per\u00e7u avant les h\u00e9ritiers aristocratiques Fran\u00e7ais (Tocqueville, Chateaubriand, Musset m\u00eame) la chute de notre civilisation devenue trop technique et administr\u00e9e : il lui aurait fallu retomber \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat naturel ou remanger de l&rsquo;arbre de connaissance (wieder von dem Baum der Erkenntni&szlig; essen), comme dit Kleist dans son texte sublime sur le th\u00e9\u00e2tre des marionnettes qui annonce notre bouffon et parodique  transhumanisme.  L&rsquo;immense H\u00f6lderlin pleure lui les dieux qui sont <em>peut-\u00eatre pass\u00e9s dans un autre monde.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 il y a peu les textes o&ugrave; Goethe, surtout dans ses entretiens avec Eckermann, \u00e9voque le d\u00e9clin de la force vitale chez nos hommes occidentaux devenus modernes. Je rappelle deux brefs extraits pour rafra&icirc;chir la m\u00e9moire \u00e0 mes lecteurs les plus attentifs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le premier sur les unit\u00e9s administratives et \u00e9conomiques :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip;si l&rsquo;on croit que l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;Allemagne consiste \u00e0 en faire un seul \u00e9norme empire avec une seule grande capitale, si l&rsquo;on pense que l&rsquo;existence de cette grande capitale contribue au bien-\u00eatre de la masse du peuple et au d\u00e9veloppement des grands talents, on est dans l&rsquo;erreur. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le deuxi\u00e8me sur le d\u00e9clin de la po\u00e9sie vitale :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Et puis la vie elle-m\u00eame, pendant ces mis\u00e9rables derniers si\u00e8cles, qu&rsquo;est-elle devenue ? Quel affaiblissement, quelle d\u00e9bilit\u00e9, o&ugrave; voyons-nous une nature originale, sans d\u00e9guisement ? O&ugrave; est l&rsquo;homme assez \u00e9nergique pour \u00eatre vrai et pour se montrer ce qu&rsquo;il est ? Cela r\u00e9agit sur les po\u00e8tes ; il faut aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;ils trouvent tout en eux-m\u00eames, puisqu&rsquo;ils ne peuvent plus rien trouver autour d&rsquo;eux. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais une g\u00e9n\u00e9ration avant le jeune Schiller (il a trente-cinq ans) \u00e9voque les difficiles contradictions et le cul-de-sac de la modernit\u00e9 advenue. Et cela donne dans sa sixi\u00e8me et dans sa dixi\u00e8me lettre sur l&rsquo;\u00e9ducation esth\u00e9tique de l&rsquo;homme (remercions encore le site qu\u00e9b\u00e9cois classiques.uqac.ca) plusieurs r\u00e9flexions solides, r\u00e9dig\u00e9es dans un allemand \u00e9tincelant qui ne perd pas tant que \u00e7a \u00e0 \u00eatre traduit (beaucoup moins que l&rsquo;allemand de Goethe en tout cas).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On le dira d&rsquo;abord dans l&rsquo;allemand romanis\u00e9 de Schiller.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;die Sch\u00f6nheit nur auf den Untergang heroischer Tugenden ihre Herrschaft gr\u00fcndet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;la beaut\u00e9 ne fonde sa domination que sur la disparition de vertus h\u00e9ro\u00efques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour Schiller la &laquo; civilisation &raquo; co&ucirc;te cher. La civilisation est comme une blessure. Et \u00e7a donne : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce fut la civilisation elle-m\u00eame qui infligea cette blessure \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 moderne. D\u00e8s que d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 une s\u00e9paration plus stricte des sciences, et de l&rsquo;autre une division plus rigoureuse des classes sociales et des t\u00e2ches furent rendues n\u00e9cessaires, la premi\u00e8re par l&rsquo;exp\u00e9rience accrue et la pens\u00e9e devenue plus pr\u00e9cise, la seconde par le m\u00e9canisme plus compliqu\u00e9 des &Eacute;tats, le faisceau int\u00e9rieur de la nature humaine se dissocia lui aussi et une lutte funeste divisa l&rsquo;harmonie de ses forces. L&rsquo;entendement intuitif et l&rsquo;entendement sp\u00e9culatif se confin\u00e8rent hostilement dans leurs domaines respectifs, dont ils se mirent \u00e0 surveiller les fronti\u00e8res avec m\u00e9fiance et jalousie ; en limitant son activit\u00e9 \u00e0 une certaine sph\u00e8re, on s&rsquo;est donn\u00e9 un ma&icirc;tre int\u00e9rieur qui assez souvent finit par \u00e9touffer les autres virtualit\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche se moquera dans le Zarathoustra du sp\u00e9cialiste du cerveau de la sangsue. Mais restons sur Schiller. La facult\u00e9 d&rsquo;abstraction des modernes va les d\u00e9truire :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tandis que sur un point l&rsquo;imagination luxuriante d\u00e9vaste les plantations laborieusement cultiv\u00e9es par l&rsquo;entendement, sur un autre la facult\u00e9 d&rsquo;abstraction d\u00e9vore le feu auquel le c&oelig;ur aurait d&ucirc; se r\u00e9chauffer et la fantaisie s&rsquo;allumer. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous sommes nous euphoris\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9, par l&rsquo;illusion et le simulacre technologique. Mais  Schiller s&rsquo;obstine : tout devient m\u00e9canisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce bouleversement que l&rsquo;artifice de la civilisation et la science commenc\u00e8rent \u00e0 produire dans l&rsquo;homme int\u00e9rieur, le nouvel esprit des gouvernements le rendit complet et universel. Il ne fallait certes pas attendre que l&rsquo;organisation simple des premi\u00e8res r\u00e9publiques surv\u00e9c&ucirc;t \u00e0 la simplicit\u00e9 des m&oelig;urs et des conditions primitives ; mais au lieu de s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 une vie organique sup\u00e9rieure, elle se d\u00e9grada jusqu&rsquo;\u00e0 n&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;un m\u00e9canisme vulgaire et grossier. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comparaison avec les Grecs :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;  Les &Eacute;tats grecs, o&ugrave;, comme dans un organisme de l&rsquo;esp\u00e8ce des polypes, chaque individu jouissait d&rsquo;une vie ind\u00e9pendante mais \u00e9tait cependant capable, en cas de n\u00e9cessit\u00e9, de s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 l&rsquo;Id\u00e9e de la collectivit\u00e9, firent place \u00e0 un ing\u00e9nieux agencement d&rsquo;horloge dans lequel une vie m\u00e9canique est cr\u00e9\u00e9e par un assemblage de pi\u00e8ces innombrables mais inertes. Une rupture se produisit alors entre l&rsquo;&Eacute;tat et l&rsquo;&Eacute;glise, entre les lois et les m&oelig;urs ; il y eut s\u00e9paration entre la jouissance et le travail, entre le moyen et la fin, entre l&rsquo;effort et la r\u00e9compense. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Vision de l&rsquo;homme moderne, r\u00e8gne de la quantit\u00e9 proche de Gu\u00e9non, quand le philosophe sera remplac\u00e9 par le prof de philo \u00e0 l&rsquo;allemande (de Kant \u00e0 Husserl) ou \u00e0 la fran\u00e7aise (apr\u00e8s Nuremberg) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; L&rsquo;homme qui n&rsquo;est plus li\u00e9 par son activit\u00e9 professionnelle qu&rsquo;\u00e0 un petit fragment isol\u00e9 du Tout ne se donne qu&rsquo;une formation fragmentaire ; n&rsquo;ayant \u00e9ternellement dans l&rsquo;oreille que le bruit monotone de la roue qu&rsquo;il fait tourner, il ne d\u00e9veloppe jamais l&rsquo;harmonie de son \u00eatre, et au lieu d&rsquo;imprimer \u00e0 sa nature la marque de l&rsquo;humanit\u00e9, il n&rsquo;est plus qu&rsquo;un reflet de sa profession, de sa science. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cons\u00e9quence regrettable :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais m\u00eame la mince participation fragmentaire par laquelle les membres isol\u00e9s de l&rsquo;&Eacute;tat sont encore rattach\u00e9s au Tout, ne d\u00e9pend pas de formes qu&rsquo;ils se donnent en toute ind\u00e9pendance (car comment pourrait-on confier \u00e0 leur libert\u00e9 un m\u00e9canisme si artificiel et si sensible ?) ; elle leur est prescrite avec une rigueur m\u00e9ticuleuse par un r\u00e8glement qui paralyse leur facult\u00e9 de libre discernement. La lettre morte remplace l&rsquo;intelligence vivante, et une m\u00e9moire exerc\u00e9e guide plus s&ucirc;rement que le g\u00e9nie et le sentiment. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On r\u00e9p\u00e8te cette derni\u00e8re phrase en allemand :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Der tote Buchstabe vertritt den lebendigen Verstand, und ein ge\u00fcbtes Ged&auml;chtnis leitet sicherer als Genie und Empfindung.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans la dixi\u00e8me lettre Schiller \u00e9voque le d\u00e9clin de la civilisation li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tisme. Ici aussi on pense \u00e0 Nietzsche et surtout au si incompris (et germanique) Rousseau :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip;\u00e0 presque toutes les \u00e9poques de l&rsquo;histoire o&ugrave; les arts sont florissants et o&ugrave; le go&ucirc;t exerce son empire, l&rsquo;humanit\u00e9 se montre affaiss\u00e9e ; inversement on ne petit pas citer l&rsquo;exemple d&rsquo;un seul peuple chez qui un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 et une grande universalit\u00e9 de culture aillent de pair avec la libert\u00e9 politique et la vertu civique, chez qui des m&oelig;urs belles s&rsquo;allient \u00e0 des m&oelig;urs bonnes et l&rsquo;affinement de la conduite \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de celle-ci. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La culture comme arme de destruction massive ? Schiller &ndash; qui est aussi historien, voyez son histoire Guerre de Trente ans, premi\u00e8re guerre mondiale en Europe moderne) multiplie les exemples italiens, romains, grecs, et aussi arabes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aux temps o&ugrave; Ath\u00e8nes et Sparte maintinrent leur ind\u00e9pendance et o&ugrave; le respect des lois \u00e9tait la base de leur constitution, le go&ucirc;t manquait encore de maturit\u00e9, l&rsquo;art \u00e9tait encore dans son enfance et la beaut\u00e9 \u00e9tait loin de r\u00e9gner sur les \u00e2mes. Sans doute la po\u00e9sie avait-elle d\u00e9j\u00e0 pris un essor grandiose, mais seulement sur les ailes du g\u00e9nie dont nous savons qu&rsquo;il est tout proche de la sauvagerie et qu&rsquo;il est une lumi\u00e8re qui brille volontiers dans les t\u00e9n\u00e8bres ; il t\u00e9moigne donc contre le go&ucirc;t de son \u00e9poque plut\u00f4t qu&rsquo;en faveur de celui-ci. Lorsqu&rsquo;au temps de P\u00e9ricl\u00e8s et d&rsquo;Alexandre vint l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des arts et que le go&ucirc;t \u00e9tendit sa domination, on ne trouve plus la force et la libert\u00e9 de la Gr\u00e8ce : l&rsquo;\u00e9loquence faussa la v\u00e9rit\u00e9 ; on fut offens\u00e9 par la sagesse dans la bouche d&rsquo;un Socrate et par la vertu dans la vie d&rsquo;un Phocion. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s le mod\u00e8le grec, Schiller \u00e9voque les autres exemples :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il fallut, nous le savons, que les Romains eussent \u00e9puis\u00e9 leur force dans les guerres civiles et que, \u00e9nerv\u00e9s par l&rsquo;opulence de l&rsquo;Orient, ils fussent courb\u00e9s sous le joug d&rsquo;un souverain heureux, pour que nous voyions l&rsquo;art grec triompher de la rigidit\u00e9 de leur caract\u00e8re. De m\u00eame l&rsquo;aube de la culture ne se leva pour les Arabes que lorsque l&rsquo;\u00e9nergie de leur esprit guerrier se fut amollie sous le sceptre des Abbassides. Dans l&rsquo;Italie moderne les Beaux-Arts ne se manifest\u00e8rent que lorsque l&rsquo;imposante Ligue des Lombards se fut dissoci\u00e9e, que Florence se fut soumise aux M\u00e9dicis et que l&rsquo;esprit d&rsquo;ind\u00e9pendance eut dans toutes ces villes pleines de vaillance fait place \u00e0 un abandon sans gloire. Il est presque superflu de rappeler encore l&rsquo;exemple des nations modernes chez qui l&rsquo;affinement devint plus grand dans la mesure o&ugrave; leur ind\u00e9pendance prit fin. Sur quelque partie du monde pass\u00e9 que nous dirigions nos regards, nous constatons toujours que le go&ucirc;t et la libert\u00e9 se fuient l&rsquo;un l&rsquo;autre et que la beaut\u00e9 ne fonde sa domination que sur la disparition de vertus h\u00e9ro\u00efques. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sa triste conclusion :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Et pourtant cette \u00e9nergie du caract\u00e8re, dont l&rsquo;abandon est le prix habituel de la culture esth\u00e9tique, constitue justement le ressort le plus efficace de toute grandeur et de toute excellence humaines, et son absence ne peut \u00eatre remplac\u00e9e par aucun autre avantage, aussi consid\u00e9rable qu&rsquo;il soit. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le constat restant le m\u00eame deux si\u00e8cles apr\u00e8s, on n\u00e9gligera ici les solutions de Schiller&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sources <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fr\u00e9d\u00e9ric Schiller &#8211; Lettres sur l&rsquo;\u00e9ducation esth\u00e9tique de l&rsquo;homme, sixi\u00e8me et dixi\u00e8me lettres, classiques.uqac.ca<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Kleist &ndash; Notes sur le th\u00e9\u00e2tre des marionnettes<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Goethe &ndash; Conversations avec Eckermann<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche &ndash; Deuxi\u00e8me consid\u00e9ration inactuelle ; Ainsi parlait Zarathoustra<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fr\u00e9d\u00e9ric Schiller et la faillite occidentale<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un g\u00e9nie visionnaire apparait en Allemagne au moment de la r\u00e9volution fran\u00e7aise et de la bizarre \u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne ; il  y a tous les po\u00e8tes, tous les philosophes et toutes ces visions des grecs et du d\u00e9clin occidental : pensez \u00e0 H\u00f6lderlin, Hegel, Novalis, \u00e0 Humboldt (devant Chateaubriand il parle \u00e0 sa fille en grec ancien et en grec moderne&hellip;), \u00e0 une dizaine d&rsquo;autres. Apr\u00e8s Nietzsche et Heidegger seront bien seuls, sinon en tant que philosophes du moins en tant qu&rsquo;allemands. La grandeur allemande fut d&rsquo;avoir per\u00e7u avant les h\u00e9ritiers aristocratiques Fran\u00e7ais (Tocqueville, Chateaubriand, Musset m\u00eame) la chute de notre civilisation devenue trop technique et administr\u00e9e : il lui aurait fallu retomber \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat naturel ou remanger de l&rsquo;arbre de connaissance (wieder von dem Baum der Erkenntni&szlig; essen), comme dit Kleist dans son texte sublime sur le th\u00e9\u00e2tre des marionnettes qui annonce notre bouffon et parodique  transhumanisme.  L&rsquo;immense H\u00f6lderlin pleure lui les dieux qui sont <em>peut-\u00eatre pass\u00e9s dans un autre monde.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 il y a peu les textes o&ugrave; Goethe, surtout dans ses entretiens avec Eckermann, \u00e9voque le d\u00e9clin de la force vitale chez nos hommes occidentaux devenus modernes. Je rappelle deux brefs extraits pour rafra&icirc;chir la m\u00e9moire \u00e0 mes lecteurs les plus attentifs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le premier sur les unit\u00e9s administratives et \u00e9conomiques :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip;si l&rsquo;on croit que l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;Allemagne consiste \u00e0 en faire un seul \u00e9norme empire avec une seule grande capitale, si l&rsquo;on pense que l&rsquo;existence de cette grande capitale contribue au bien-\u00eatre de la masse du peuple et au d\u00e9veloppement des grands talents, on est dans l&rsquo;erreur. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le deuxi\u00e8me sur le d\u00e9clin de la po\u00e9sie vitale :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Et puis la vie elle-m\u00eame, pendant ces mis\u00e9rables derniers si\u00e8cles, qu&rsquo;est-elle devenue ? Quel affaiblissement, quelle d\u00e9bilit\u00e9, o&ugrave; voyons-nous une nature originale, sans d\u00e9guisement ? O&ugrave; est l&rsquo;homme assez \u00e9nergique pour \u00eatre vrai et pour se montrer ce qu&rsquo;il est ? Cela r\u00e9agit sur les po\u00e8tes ; il faut aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;ils trouvent tout en eux-m\u00eames, puisqu&rsquo;ils ne peuvent plus rien trouver autour d&rsquo;eux. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais une g\u00e9n\u00e9ration avant le jeune Schiller (il a trente-cinq ans) \u00e9voque les difficiles contradictions et le cul-de-sac de la modernit\u00e9 advenue. Et cela donne dans sa sixi\u00e8me et dans sa dixi\u00e8me lettre sur l&rsquo;\u00e9ducation esth\u00e9tique de l&rsquo;homme (remercions encore le site qu\u00e9b\u00e9cois classiques.uqac.ca) plusieurs r\u00e9flexions solides, r\u00e9dig\u00e9es dans un allemand \u00e9tincelant qui ne perd pas tant que \u00e7a \u00e0 \u00eatre traduit (beaucoup moins que l&rsquo;allemand de Goethe en tout cas).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On le dira d&rsquo;abord dans l&rsquo;allemand romanis\u00e9 de Schiller.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;die Sch\u00f6nheit nur auf den Untergang heroischer Tugenden ihre Herrschaft gr\u00fcndet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;la beaut\u00e9 ne fonde sa domination que sur la disparition de vertus h\u00e9ro\u00efques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour Schiller la &laquo; civilisation &raquo; co&ucirc;te cher. La civilisation est comme une blessure. Et \u00e7a donne : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce fut la civilisation elle-m\u00eame qui infligea cette blessure \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 moderne. D\u00e8s que d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 une s\u00e9paration plus stricte des sciences, et de l&rsquo;autre une division plus rigoureuse des classes sociales et des t\u00e2ches furent rendues n\u00e9cessaires, la premi\u00e8re par l&rsquo;exp\u00e9rience accrue et la pens\u00e9e devenue plus pr\u00e9cise, la seconde par le m\u00e9canisme plus compliqu\u00e9 des &Eacute;tats, le faisceau int\u00e9rieur de la nature humaine se dissocia lui aussi et une lutte funeste divisa l&rsquo;harmonie de ses forces. L&rsquo;entendement intuitif et l&rsquo;entendement sp\u00e9culatif se confin\u00e8rent hostilement dans leurs domaines respectifs, dont ils se mirent \u00e0 surveiller les fronti\u00e8res avec m\u00e9fiance et jalousie ; en limitant son activit\u00e9 \u00e0 une certaine sph\u00e8re, on s&rsquo;est donn\u00e9 un ma&icirc;tre int\u00e9rieur qui assez souvent finit par \u00e9touffer les autres virtualit\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche se moquera dans le Zarathoustra du sp\u00e9cialiste du cerveau de la sangsue. Mais restons sur Schiller. La facult\u00e9 d&rsquo;abstraction des modernes va les d\u00e9truire :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tandis que sur un point l&rsquo;imagination luxuriante d\u00e9vaste les plantations laborieusement cultiv\u00e9es par l&rsquo;entendement, sur un autre la facult\u00e9 d&rsquo;abstraction d\u00e9vore le feu auquel le c&oelig;ur aurait d&ucirc; se r\u00e9chauffer et la fantaisie s&rsquo;allumer. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous sommes nous euphoris\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9, par l&rsquo;illusion et le simulacre technologique. Mais  Schiller s&rsquo;obstine : tout devient m\u00e9canisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce bouleversement que l&rsquo;artifice de la civilisation et la science commenc\u00e8rent \u00e0 produire dans l&rsquo;homme int\u00e9rieur, le nouvel esprit des gouvernements le rendit complet et universel. Il ne fallait certes pas attendre que l&rsquo;organisation simple des premi\u00e8res r\u00e9publiques surv\u00e9c&ucirc;t \u00e0 la simplicit\u00e9 des m&oelig;urs et des conditions primitives ; mais au lieu de s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 une vie organique sup\u00e9rieure, elle se d\u00e9grada jusqu&rsquo;\u00e0 n&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;un m\u00e9canisme vulgaire et grossier. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comparaison avec les Grecs :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;  Les &Eacute;tats grecs, o&ugrave;, comme dans un organisme de l&rsquo;esp\u00e8ce des polypes, chaque individu jouissait d&rsquo;une vie ind\u00e9pendante mais \u00e9tait cependant capable, en cas de n\u00e9cessit\u00e9, de s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 l&rsquo;Id\u00e9e de la collectivit\u00e9, firent place \u00e0 un ing\u00e9nieux agencement d&rsquo;horloge dans lequel une vie m\u00e9canique est cr\u00e9\u00e9e par un assemblage de pi\u00e8ces innombrables mais inertes. Une rupture se produisit alors entre l&rsquo;&Eacute;tat et l&rsquo;&Eacute;glise, entre les lois et les m&oelig;urs ; il y eut s\u00e9paration entre la jouissance et le travail, entre le moyen et la fin, entre l&rsquo;effort et la r\u00e9compense. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Vision de l&rsquo;homme moderne, r\u00e8gne de la quantit\u00e9 proche de Gu\u00e9non, quand le philosophe sera remplac\u00e9 par le prof de philo \u00e0 l&rsquo;allemande (de Kant \u00e0 Husserl) ou \u00e0 la fran\u00e7aise (apr\u00e8s Nuremberg) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; L&rsquo;homme qui n&rsquo;est plus li\u00e9 par son activit\u00e9 professionnelle qu&rsquo;\u00e0 un petit fragment isol\u00e9 du Tout ne se donne qu&rsquo;une formation fragmentaire ; n&rsquo;ayant \u00e9ternellement dans l&rsquo;oreille que le bruit monotone de la roue qu&rsquo;il fait tourner, il ne d\u00e9veloppe jamais l&rsquo;harmonie de son \u00eatre, et au lieu d&rsquo;imprimer \u00e0 sa nature la marque de l&rsquo;humanit\u00e9, il n&rsquo;est plus qu&rsquo;un reflet de sa profession, de sa science. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cons\u00e9quence regrettable :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais m\u00eame la mince participation fragmentaire par laquelle les membres isol\u00e9s de l&rsquo;&Eacute;tat sont encore rattach\u00e9s au Tout, ne d\u00e9pend pas de formes qu&rsquo;ils se donnent en toute ind\u00e9pendance (car comment pourrait-on confier \u00e0 leur libert\u00e9 un m\u00e9canisme si artificiel et si sensible ?) ; elle leur est prescrite avec une rigueur m\u00e9ticuleuse par un r\u00e8glement qui paralyse leur facult\u00e9 de libre discernement. La lettre morte remplace l&rsquo;intelligence vivante, et une m\u00e9moire exerc\u00e9e guide plus s&ucirc;rement que le g\u00e9nie et le sentiment. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On r\u00e9p\u00e8te cette derni\u00e8re phrase en allemand :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Der tote Buchstabe vertritt den lebendigen Verstand, und ein ge\u00fcbtes Ged&auml;chtnis leitet sicherer als Genie und Empfindung.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans la dixi\u00e8me lettre Schiller \u00e9voque le d\u00e9clin de la civilisation li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tisme. Ici aussi on pense \u00e0 Nietzsche et surtout au si incompris (et germanique) Rousseau :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip;\u00e0 presque toutes les \u00e9poques de l&rsquo;histoire o&ugrave; les arts sont florissants et o&ugrave; le go&ucirc;t exerce son empire, l&rsquo;humanit\u00e9 se montre affaiss\u00e9e ; inversement on ne petit pas citer l&rsquo;exemple d&rsquo;un seul peuple chez qui un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 et une grande universalit\u00e9 de culture aillent de pair avec la libert\u00e9 politique et la vertu civique, chez qui des m&oelig;urs belles s&rsquo;allient \u00e0 des m&oelig;urs bonnes et l&rsquo;affinement de la conduite \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de celle-ci. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La culture comme arme de destruction massive ? Schiller &ndash; qui est aussi historien, voyez son histoire Guerre de Trente ans, premi\u00e8re guerre mondiale en Europe moderne) multiplie les exemples italiens, romains, grecs, et aussi arabes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aux temps o&ugrave; Ath\u00e8nes et Sparte maintinrent leur ind\u00e9pendance et o&ugrave; le respect des lois \u00e9tait la base de leur constitution, le go&ucirc;t manquait encore de maturit\u00e9, l&rsquo;art \u00e9tait encore dans son enfance et la beaut\u00e9 \u00e9tait loin de r\u00e9gner sur les \u00e2mes. Sans doute la po\u00e9sie avait-elle d\u00e9j\u00e0 pris un essor grandiose, mais seulement sur les ailes du g\u00e9nie dont nous savons qu&rsquo;il est tout proche de la sauvagerie et qu&rsquo;il est une lumi\u00e8re qui brille volontiers dans les t\u00e9n\u00e8bres ; il t\u00e9moigne donc contre le go&ucirc;t de son \u00e9poque plut\u00f4t qu&rsquo;en faveur de celui-ci. Lorsqu&rsquo;au temps de P\u00e9ricl\u00e8s et d&rsquo;Alexandre vint l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des arts et que le go&ucirc;t \u00e9tendit sa domination, on ne trouve plus la force et la libert\u00e9 de la Gr\u00e8ce : l&rsquo;\u00e9loquence faussa la v\u00e9rit\u00e9 ; on fut offens\u00e9 par la sagesse dans la bouche d&rsquo;un Socrate et par la vertu dans la vie d&rsquo;un Phocion. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s le mod\u00e8le grec, Schiller \u00e9voque les autres exemples :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il fallut, nous le savons, que les Romains eussent \u00e9puis\u00e9 leur force dans les guerres civiles et que, \u00e9nerv\u00e9s par l&rsquo;opulence de l&rsquo;Orient, ils fussent courb\u00e9s sous le joug d&rsquo;un souverain heureux, pour que nous voyions l&rsquo;art grec triompher de la rigidit\u00e9 de leur caract\u00e8re. De m\u00eame l&rsquo;aube de la culture ne se leva pour les Arabes que lorsque l&rsquo;\u00e9nergie de leur esprit guerrier se fut amollie sous le sceptre des Abbassides. Dans l&rsquo;Italie moderne les Beaux-Arts ne se manifest\u00e8rent que lorsque l&rsquo;imposante Ligue des Lombards se fut dissoci\u00e9e, que Florence se fut soumise aux M\u00e9dicis et que l&rsquo;esprit d&rsquo;ind\u00e9pendance eut dans toutes ces villes pleines de vaillance fait place \u00e0 un abandon sans gloire. Il est presque superflu de rappeler encore l&rsquo;exemple des nations modernes chez qui l&rsquo;affinement devint plus grand dans la mesure o&ugrave; leur ind\u00e9pendance prit fin. Sur quelque partie du monde pass\u00e9 que nous dirigions nos regards, nous constatons toujours que le go&ucirc;t et la libert\u00e9 se fuient l&rsquo;un l&rsquo;autre et que la beaut\u00e9 ne fonde sa domination que sur la disparition de vertus h\u00e9ro\u00efques. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sa triste conclusion :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Et pourtant cette \u00e9nergie du caract\u00e8re, dont l&rsquo;abandon est le prix habituel de la culture esth\u00e9tique, constitue justement le ressort le plus efficace de toute grandeur et de toute excellence humaines, et son absence ne peut \u00eatre remplac\u00e9e par aucun autre avantage, aussi consid\u00e9rable qu&rsquo;il soit. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le constat restant le m\u00eame deux si\u00e8cles apr\u00e8s, on n\u00e9gligera ici les solutions de Schiller&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Fr\u00e9d\u00e9ric Schiller &#8211; Lettres sur l&rsquo;\u00e9ducation esth\u00e9tique de l&rsquo;homme, sixi\u00e8me et dixi\u00e8me lettres, classiques.uqac.ca<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Kleist &ndash; Notes sur le th\u00e9\u00e2tre des marionnettes<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Goethe &ndash; Conversations avec Eckermann<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche &ndash; Deuxi\u00e8me consid\u00e9ration inactuelle ; Ainsi parlait Zarathoustra<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Schiller et la faillite occidentale Un g\u00e9nie visionnaire apparait en Allemagne au moment de la r\u00e9volution fran\u00e7aise et de la bizarre \u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne ; il y a tous les po\u00e8tes, tous les philosophes et toutes ces visions des grecs et du d\u00e9clin occidental : pensez \u00e0 H\u00f6lderlin, Hegel, Novalis, \u00e0 Humboldt (devant Chateaubriand il&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2640,3423,5185,2899,2872,11387],"class_list":["post-78255","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-bonnal","tag-civilisation","tag-decadence","tag-declin","tag-goethe","tag-occidentale"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78255","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78255"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78255\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78255"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78255"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78255"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}