{"id":78262,"date":"2018-10-29T04:18:00","date_gmt":"2018-10-29T04:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/10\/29\/max-nordau-et-lart-degenere-du-goy-1900\/"},"modified":"2018-10-29T04:18:00","modified_gmt":"2018-10-29T04:18:00","slug":"max-nordau-et-lart-degenere-du-goy-1900","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/10\/29\/max-nordau-et-lart-degenere-du-goy-1900\/","title":{"rendered":"Max Nordau et l&rsquo;art d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 du goy (1900)"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Max Nordau et l&rsquo;art d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 du goy (1900)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Philosophe juif et sioniste h\u00e9r\u00e9tique (il acceptait l&rsquo;Ouganda&hellip;), Max Nordau appartient \u00e0 toute cette g\u00e9n\u00e9ration de penseurs juifs politiquement incorrects qui d\u00e9fi\u00e8rent \u00e0 Vienne le monde moderne dans le sillon de Nietzsche, et auxquels j&rsquo;ai rendu hommage dans mon livre sur Kubrick. Schnitzler, le jeune Weininger, l&rsquo;extraordinaire et \u00e9ternellement m\u00e9connu Karl Kraus et m\u00eame Freud dans son genre furent, entre beaucoup d&rsquo;autres, ces \u00eatres qui foraient, sapaient et minaient le monde moderne qui s&rsquo;\u00e9tait construit depuis beaucoup plus longtemps que ne le pensaient les chr\u00e9tiens peu \u00e9clair\u00e9s et les traditionalistes de l&rsquo;\u00e9poque. Un rappel : Jonathan Swift se demandait d\u00e9j\u00e0 par quoi on remplacerait le christianisme au d\u00e9but du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle. Eh bien on le rempla\u00e7a par quelque chose qui prit son nom mais qui n&rsquo;\u00e9tait plus du christianisme (voyez Feuerbach \u00e0 ce propos). On passait du crois\u00e9, du b\u00e2tisseur de cath\u00e9drale au bourgeois victorien, au poss\u00e9dant trouillard, au p\u00e8lerin ferroviaire, au touriste religieux&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nordau d\u00e9nonce donc la culture moderne du dix-neuvi\u00e8me, culture de philistin comme dirait Nietzsche. Les symbolistes, y passent, les parnassiens, les Tolsto\u00ef, les pr\u00e9rapha\u00e9lites. Nordau voit aussi le mauvais usage que l&rsquo;on fait de Wagner&hellip; et de Nietzsche ! Pour lui la culture moderne est une pathologie. Comme nous sommes d&rsquo;accord ! Et cette pathologie tourne en rond comme la modernit\u00e9 depuis des si\u00e8cles (plus elle pr\u00e9tend progresser, plus elle patauge et tourne en rond m\u00e9caniquement, comme ces \u00e9pisodes de la qu\u00eate du Graal o&ugrave; l&rsquo;on voit des chevaliers pris dans des rondes).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il me parait important de le rappeler. <strong>Les nazis ont d\u00e9nonc\u00e9 l&rsquo;art d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 li\u00e9 aux juifs, eh bien un intellectuel juif l&rsquo;a fait avant eux, tapant sur l&rsquo;art d\u00e9g\u00e9n\u00e9rant du goy, et qui avait compris la toxicit\u00e9 de la culture wagn\u00e9rienne qui donnerait Hitler.<\/strong>Il faut renvoyer dos \u00e0 dos ici antis\u00e9mites et progressistes lib\u00e9rateurs. Car le probl\u00e8me est bien plus spirituel que politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je donnerai des extraits du texte que Nordau \u00e9crit au c\u00e9l\u00e8bre C\u00e9sar Lombroso :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La notion de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, d&rsquo;abord introduite dans la science par Morel et d\u00e9velopp\u00e9e avec tant de g\u00e9nie par vous-m\u00eame, s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9e extr\u00eamement fertile dans les directions les plus diverses. Sur de nombreux points obscurs de la psychiatrie, du droit p\u00e9nal, de la politique et de la sociologie, vous avez d\u00e9vers\u00e9 un v\u00e9ritable flot de lumi\u00e8re, que seuls n&rsquo;ont pas per\u00e7u ceux qui ferment obstin\u00e9ment les yeux ou qui sont trop myopes pour tirer profit de quelque illumination que ce soit. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et l\u00e0, la cible qui f\u00e2che, l&rsquo;art et la litt\u00e9rature d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais il existe un domaine vaste et important dans lequel ni vous ni vos disciples n&rsquo;avez jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent port\u00e9 le flambeau de votre m\u00e9thode : le domaine de l&rsquo;art et de la litt\u00e9rature. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En effet, ajoute Nordau :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s ne sont pas toujours des criminels, des prostitu\u00e9es, des anarchistes et des fous d\u00e9clar\u00e9s ; ce sont souvent des auteurs et des artistes. Ceux-ci, cependant, pr\u00e9sentent les m\u00eames caract\u00e9ristiques mentales, et pour la plupart, les m\u00eames caract\u00e9ristiques somatiques que les membres de la famille anthropologique susmentionn\u00e9e qui satisfont leurs pulsions malsaines avec le couteau de l&rsquo;assassin ou la bombe du dynamiteur, et eux avec stylo et crayon. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>On parle de films-culte depuis que le cin\u00e9ma est crev\u00e9 comme tel. Mais le culte artistique est \u00e9norme \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Lombroso (Tolsto\u00ef attaque aussi Wagner et le symbolisme dans son livre sur l&rsquo;art que j&rsquo;ai recens\u00e9) :<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; Certains parmi ceux-ci d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s en litt\u00e9rature, musique et peinture ont pris une importance extraordinaire ces derni\u00e8res ann\u00e9es et sont v\u00e9n\u00e9r\u00e9s par de nombreux admirateurs en tant que cr\u00e9ateurs d&rsquo;un nouvel art et h\u00e9rauts des si\u00e8cles \u00e0 venir. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Conform\u00e9ment \u00e0 son \u00e9poque et \u00e0 son propos, Nordau certes use et abuse du lexique m\u00e9dical. Il est bien s&ucirc;r de son temps comme nous sommes du n\u00f4tre. Il d\u00e9nonce aussi l&rsquo;hypnose massifi\u00e9e de ce culte artistique, et donc son danger (Tolsto\u00ef voit m\u00eame la dimension hitl\u00e9rienne  de l&rsquo;art wagn\u00e9rien) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9. <strong>Les livres et les &oelig;uvres d&rsquo;art exercent une puissante suggestion sur les masses. C&rsquo;est de ces productions qu&rsquo;une \u00e9poque tire ses id\u00e9aux de moralit\u00e9 et de beaut\u00e9. S&rsquo;ils sont absurdes et antisociaux, ils exercent une influence perturbante et corruptrice sur les vues de toute une g\u00e9n\u00e9ration. Par cons\u00e9quent, ces derniers, en particulier les jeunes impressionnables, facilement excit\u00e9s par un enthousiasme pour tout ce qui est \u00e9trange et apparemment nouveau, doivent \u00eatre avertis et \u00e9clair\u00e9s quant \u00e0 la nature r\u00e9elle des cr\u00e9ations si aveugl\u00e9ment admir\u00e9es. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nota : le mot impressionnisme \u00e9tait en ce sens tout un programme&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Nordau ajoute :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cet avertissement que le critique ordinaire ne donne pas. La culture exclusivement litt\u00e9raire et esth\u00e9tique constitue, par ailleurs, la pire pr\u00e9paration concevable pour une v\u00e9ritable connaissance du caract\u00e8re pathologique des &oelig;uvres de d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s. Le rh\u00e9toricien verbeux expose avec plus ou moins de gr\u00e2ce ou d&rsquo;intelligence les impressions subjectives re\u00e7ues des &oelig;uvres qu&rsquo;il critique, mais est incapable de juger si ces &oelig;uvres sont les productions d&rsquo;un cerveau bris\u00e9, mais aussi la nature du trouble mental qui s&rsquo;exprime par leurs \u00e9crits. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus loin :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Maintenant, j&rsquo;ai entrepris le travail d&rsquo;investigation (autant que possible d&rsquo;apr\u00e8s votre m\u00e9thode) des tendances de la mode dans l&rsquo;art et la litt\u00e9rature ; de prouver qu&rsquo;ils ont leur source dans la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de leurs auteurs et que l&rsquo;enthousiasme de leurs admirateurs est pour les manifestations de folie morale, d&rsquo;imb\u00e9cillit\u00e9 et de d\u00e9mence plus ou moins prononc\u00e9es. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il ajoute avec humour et humeur qu&rsquo;il est d\u00e9j\u00e0 trop facile de taper sur l&rsquo;Eglise ou les gouvernements :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je ne doute pas des cons\u00e9quences pour moi de mon initiative. <strong>Il n&rsquo;y a actuellement aucun danger \u00e0 attaquer l&rsquo;&Eacute;glise, car elle n&rsquo;a plus de b&ucirc;cher \u00e0 sa disposition. De m\u00eame, \u00e9crire contre les gouvernants et les gouvernements n&rsquo;a rien d&rsquo;inqui\u00e9tant, car au pire, il ne pourrait s&rsquo;ensuivre une incarc\u00e9ration assortie de la gloire compensatrice du martyre. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par contre Nordau rappelle avec raison qu&rsquo;il est plus grave de traiter de l&rsquo;art et les artistes &laquo; d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s &raquo;, et ce bien avant donc que les nazis n&rsquo;antis\u00e9mitisent la critique dudit art par leur comportement de &laquo; barbares pr\u00e9historiques &raquo; (Freud) !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais le destin de celui qui a l&rsquo;audace de qualifier les modes esth\u00e9tiques de d\u00e9cadence mentale est mena\u00e7ant. L&rsquo;auteur ou l&rsquo;artiste attaqu\u00e9 ne pardonne jamais \u00e0 un homme de reconna&icirc;tre en lui un fou ou un charlatan ; les critiques subjectivement ridicules sont furieux lorsqu&rsquo;il est soulign\u00e9 \u00e0 quel point ils sont superficiels et incomp\u00e9tents ou \u00e0 quel point ils sont l\u00e2ches en nageant avec le courant ; et m\u00eame le public est en col\u00e8re lorsqu&rsquo;il est forc\u00e9 de voir qu&rsquo;il a couru apr\u00e8s des imb\u00e9ciles, des dentistes et des charlatans. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Enfin Nordau d\u00e9non\u00e7ait m\u00eame le r\u00f4le toxique de la presse :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Maintenant, les graphomanes et leurs gardes du corps critiques dominent la quasi-totalit\u00e9 de la presse et poss\u00e8dent dans celle-ci un instrument de torture par lequel, \u00e0 la mode indienne, ils peuvent d\u00e9gager le d\u00e9rangeur g\u00eanant de la partie jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ses jours. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre intellectuel juif antisyst\u00e8me faisait d\u00e9j\u00e0 partie de ces nombreux esprits juifs (voyez Cohen, Klein, Kunstler, Zemmour, Finkielkraut et autres) qui envoient promener tous les partis pris et guident la marche des antisyst\u00e8mes&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et je rajouterai comme \u00e7a en passant cette phrase de Julien Benda qui montre que bien avant L\u00e9o Strauss et les n\u00e9ocons les penseurs allemands avaient remis Machiavel au go&ucirc;t du jour&hellip; C&rsquo;est dans la Trahison des clercs :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; On sait que cette apologie du machiav\u00e9lisme inspire tous les historiens allemands depuis cinquante ans, qu&rsquo;elle est profess\u00e9e chez nous par des docteurs fort \u00e9cout\u00e9s, qui invitent la France \u00e0 v\u00e9n\u00e9rer ses rois parce qu&rsquo;ils auraient \u00e9t\u00e9 des mod\u00e8les d&rsquo;esprit purement pratique, des esp\u00e8ces de paysans madr\u00e9s (voir J. Bainville), exempts de tout respect d&rsquo;on ne sait quelle sotte justice dans leurs rapports avec leurs voisins&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Max Nordau &ndash; D\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence (Gutenberg.org, en anglais)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tolsto\u00ef &ndash; Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;art ? Biblioth\u00e8que russe et slave.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Julien Benda &ndash; La trahison des clercs (classiques.uqac.ca)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bonnal &ndash; Kubrick et le g\u00e9nie du cin\u00e9ma (Dualpha, Amazon.fr)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Max Nordau et l&rsquo;art d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 du goy (1900) Philosophe juif et sioniste h\u00e9r\u00e9tique (il acceptait l&rsquo;Ouganda&hellip;), Max Nordau appartient \u00e0 toute cette g\u00e9n\u00e9ration de penseurs juifs politiquement incorrects qui d\u00e9fi\u00e8rent \u00e0 Vienne le monde moderne dans le sillon de Nietzsche, et auxquels j&rsquo;ai rendu hommage dans mon livre sur Kubrick. 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