{"id":78283,"date":"2018-11-05T21:05:47","date_gmt":"2018-11-05T21:05:47","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/11\/05\/les-americains-14-18\/"},"modified":"2018-11-05T21:05:47","modified_gmt":"2018-11-05T21:05:47","slug":"les-americains-14-18","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/11\/05\/les-americains-14-18\/","title":{"rendered":"Les Am\u00e9ricains &amp; 14-18"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Les Am\u00e9ricains &#038; 14-18<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ce texte divis\u00e9 en trois parties comprend deux parties datant du 23 juin 2008 et la troisi\u00e8me sur <em>Le mythe du Sauveur am\u00e9ricain <\/em>datant du 14 juin 2017, le tout s&rsquo;attachant au th\u00e8me des Am\u00e9ricains par rapport \u00e0 la Grande Guerre, notamment du point de vue de leurs rapports avec les Fran\u00e7ais. Ce texte est le cinqui\u00e8me d&rsquo;une s\u00e9rie de dix reprises du site <em>dedefensa.org <\/em>(plus un in\u00e9dit), concernant la Grande Guerre. Cette s\u00e9rie nous m\u00e8nera jusqu&rsquo;au 11-novembre, date du centenaire de la fin de ce conflit.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;histoire retrouv\u00e9e<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le texte de William S. Lind, que nous commentions le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=5201\">17 juin<\/a> (2008), fait largement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Robert A. Doughty, g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;U.S. Army et chef des services historiques de l&rsquo;U.S. Army lorsqu&rsquo;il quitta le service actif en 2005. Doughty a \u00e9t\u00e9 et reste le ma&icirc;tre d&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;un courant historique r\u00e9visionniste fondamental aux USA, qui remet en question la vision traditionnelle de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, &ndash; \u00ab\u00a0vision traditionnelle\u00a0\u00bb aux USA, totalement influenc\u00e9e par la propagande anglo-saxonne (britannique), qui fait de la France un second r\u00f4le dans ce conflit, perp\u00e9tuant ainsi l&rsquo;une des grandes machinations de la tromperie historique du XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De ce point de vue, &ndash; une fois n&rsquo;est pas coutume, &ndash; la lumi\u00e8re vient des USA, o&ugrave; l&rsquo;historiographie officielle et militaire s&rsquo;est r\u00e9volt\u00e9e contre cette d\u00e9formation qui appara&icirc;t flagrante apr\u00e8s quelques recherches sur l&rsquo;histoire du premier conflit mondial. Cette d\u00e9formation n&rsquo;est pas qu&rsquo;historique, elle fait sentir ses effets aujourd&rsquo;hui, dans le domaine politique. Elle a permis l&rsquo;entreprise de propagande des n\u00e9o-conservateurs durant la guerre en Irak et a pes\u00e9 lourdement sur la situation politique durant ce conflit. Elle continue \u00e0 influencer la politique et contribue notamment, en France, \u00e0 alimenter le penchant des intellectuels fran\u00e7ais pour la perception anglo-saxonne du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le cas fran\u00e7ais est r\u00e9v\u00e9lateur \u00e0 cet \u00e9gard. A notre connaissance, le livre de Robert A. Doughty, <em>Pyrrhic Victory: French Strategy and Operations in the Great War<\/em> (2005), n&rsquo;est pas traduit en fran\u00e7ais, alors qu&rsquo;il repr\u00e9sente une somme importante sur le r\u00f4le et la puissance de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise dans la Premi\u00e8re Guerre mondiale, qui plus est vus par un Am\u00e9ricain. Au contraire, un livre comme <em>Ther First World War<\/em>, de John Keegan, a trouv\u00e9 preneur (en 2003) dans l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise (<em>La Premi\u00e8re Guerre mondiale<\/em>). Keegan pr\u00e9sente la vision britannique de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, comme d&rsquo;autres \u00ab\u00a0historiens\u00a0\u00bb britanniques tels que Niall Ferguson, r\u00e9guli\u00e8rement c\u00e9l\u00e9br\u00e9s en France. Cette \u00e9cole d&rsquo;historiens britanniques n&rsquo;a qu&rsquo;un seul but: \u00e9lever le statut du Royaume-Uni \u00e0 celui de premi\u00e8re nation europ\u00e9enne, notamment pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, pour mieux justifier ses pr\u00e9tentions de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide, &ndash; celle de jouer un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant en Europe, par influence ext\u00e9rieure relayant celle des USA et, du moins dans les ann\u00e9es 2002-2004, sous l&rsquo;exemplaire direction de Tony Blair, celle de ressusciter indirectement les ambitions imp\u00e9riales britanniques par USA interpos\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les intellectuels fran\u00e7ais, partag\u00e9s entre l&rsquo;aveuglement de l&rsquo;intelligence arrogante et le plaisir intellectuel de l&rsquo;apparente libert\u00e9 du d\u00e9nigrement anti-fran\u00e7ais, ont largement servi et continuent \u00e0 servir d&rsquo;auxiliaires z\u00e9l\u00e9s \u00e0 cette entreprise typiquement anglo-saxonne. Par bonheur, tout le monde ne partage pas, aux USA, les vues \u00ab\u00a0anglo-saxonnes\u00a0\u00bb des Britanniques. Doughty a jou\u00e9 un r\u00f4le fondamental en r\u00e9tablissant la v\u00e9rit\u00e9 sur la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00e0 cet \u00e9gard. Il l&rsquo;a fait, parce que la vision britannique entra&icirc;nait dans sa d\u00e9formation propagandiste la perception fauss\u00e9e de la position US durant la Grande Guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La premi\u00e8re r\u00e9alit\u00e9 de la Grande Guerre est que la France joua un r\u00f4le fondamental et peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la premi\u00e8re nation victorieuse dans cette guerre. Elle l&rsquo;a pay\u00e9 assez cher et le paragraphe d&rsquo;appr\u00e9ciation de Lind m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre rappel\u00e9:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Those who characterize the French as \u00ab\u00a0cheese-eating surrender monkeys\u00a0\u00bb would do well to read \u00ab\u00a0Pyrrhic Victory.\u00a0\u00bb <\/em><em>France bore the main burden of World War I on the Western Front, the weight of which would have crippled any country. France lost almost 1.4 million men killed or missing in action from a population of only 39 million, plus another 4 million wounded. On average, she lost 890 soldiers killed every day from August 1914 to November 1918. Adjusting for population, that would roughly equal America suffering 7,000 soldiers killed daily for more than four years. <\/em><em>Does anyone think today&rsquo;s American society could stand that?<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La deuxi\u00e8me r\u00e9alit\u00e9 de cette guerre est que l&rsquo;engagement am\u00e9ricain se fit en priorit\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s des Fran\u00e7ais, que les Am\u00e9ricains pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent un tel engagement plut\u00f4t qu&rsquo;un engagement aux c\u00f4t\u00e9s des Anglais alors que le choix \u00e9tait ouvert \u00e0 cet \u00e9gard. Cela se vit lors des d\u00e9bats pour savoir o&ugrave; l&rsquo;arm\u00e9e US prendrait position sur le front. Les Britanniques avaient propos\u00e9 que ce fut de leur c\u00f4t\u00e9, \u00e0 l&rsquo;Ouest, et ils proposaient que l&rsquo;arm\u00e9e US f&ucirc;t incorpor\u00e9e \u00e0 mesure de sa pr\u00e9paration, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon du r\u00e9giment, dans les grandes unit\u00e9s britanniques. Les Fran\u00e7ais respect\u00e8rent par contre la volont\u00e9 US de souverainet\u00e9 nationale, de se constituer en une arm\u00e9e autonome, quitte \u00e0 attendre plus longtemps l&rsquo;intervention US dans les combats. Seule l&rsquo;incorporation temporaire de la 1\u00e8re division d&rsquo;infanterie US dans un grand corps fran\u00e7ais, en mai 1918, alors que l&rsquo;arm\u00e9e US n&rsquo;\u00e9tait pas encore constitu\u00e9e et parce que les \u00e9v\u00e9nements militaires le demandaient, d\u00e9rogea \u00e0 ce principe. Ensuite, les Am\u00e9ricains furent d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Est de Verdun (saillant de Saint-Mihiel), en une arm\u00e9e autonome, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, Pershing ayant le m\u00eame rang que P\u00e9tain et Haig sous le commandement du g\u00e9n\u00e9ralissime interalli\u00e9, Ferdinand Foch. C&rsquo;est avec les Fran\u00e7ais que les Am\u00e9ricains eurent des liens militaires privil\u00e9gi\u00e9s, comme Doughty le pr\u00e9cise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip; C&rsquo;est en effet un texte de Robert A. Doughty que nous pr\u00e9sentons ci-dessous. En des termes certainement plus diplomatiques que les n\u00f4tres, c&rsquo;est cette r\u00e9vision de cet aspect essentiel de la Grande Guerre qu&rsquo;il restitue lors d&rsquo;une communication qu&rsquo;il fit lors du colloque \u00ab\u00a0<em>Les batailles de la Marne, de l&rsquo;Ourcq \u00e0 Verdun (1914 et 1918)<\/em>, les 6 et 7 mai 2004 \u00e0 Verdun et \u00e0 Reims (colloque organis\u00e9 avec le soutien de la DMPA du minist\u00e8re fran\u00e7ais de la d\u00e9fense). Si le th\u00e8me est \u00ab\u00a0<em>Les Am\u00e9ricains dans la deuxi\u00e8me bataille de la Marne<\/em>\u00ab\u00a0, avec notamment la r\u00e9habilitation du r\u00f4le du la 2\u00e8me division d&rsquo;infanterie de l&rsquo;U.S. Army dans la bataille du Bois de Belleau \u00ab\u00a0kidnapp\u00e9e\u00a0\u00bb par l&rsquo;hagiographie du Marine Corps, le sujet r\u00e9el en est bien une autre r\u00e9habilitation \u00e0 notre sens, celle du r\u00f4le des Fran\u00e7ais et des relations franco-US durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les nombreux d\u00e9tails que donne Doughty, \u00e0 partir de diff\u00e9rents ouvrages, avec la mesure qu&rsquo;on imagine chez lui dans le traitement de cette question, donnent par extrapolation une id\u00e9e de la fraude (en g\u00e9n\u00e9ral involontaire, par la seule organisation de l&rsquo;influence que ma&icirc;trisent les Britanniques) qui a affect\u00e9 cet aspect crucial, par rapport \u00e0 la situation actuelle, de l&rsquo;histoire du XX\u00e8me si\u00e8cle. Il s&rsquo;agit v\u00e9ritablement, dans la perception historique de la Grande Guerre, d&rsquo;un d\u00e9tournement de sens fondamental.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Fran\u00e7ais et Am\u00e9ricains c\u00f4te-\u00e0-c\u00f4te<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont vu un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;histoire de la Grande Guerre aux &Eacute;tats-Unis. Les deux d\u00e9cennies qui ont suivi la guerre ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par la publication de nombreux livres et articles sur une grande vari\u00e9t\u00e9 de sujets, mais, avec le d\u00e9but de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, le niveau d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et le nombre de publications ont substantiellement diminu\u00e9. Apr\u00e8s 1945, historiens et lecteurs am\u00e9ricains se sont plus int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la Deuxi\u00e8me Guerre qu&rsquo;\u00e0 la Premi\u00e8re. N\u00e9anmoins, depuis dix ans environ, certains historiens ont recommenc\u00e9 \u00e0 se pencher sur la p\u00e9riode de la Grande Guerre. Leurs \u00e9tudes sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles publi\u00e9es apr\u00e8s la fin des hostilit\u00e9s et elles donnent une autre image de l&rsquo;exp\u00e9rience am\u00e9ricaine dans la seconde bataille de la Marne. Cette attention renouvel\u00e9e est g\u00e9n\u00e9rale en Europe et aux &Eacute;tats-Unis. Pour l&rsquo;illustrer, nous nous appuierons sur plusieurs exemples : le premier est le livre de Hew Strachan intitul\u00e9 <em>The First World War<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le professeur Strachan est un des plus \u00e9minents historiens britanniques. Son &oelig;uvre d\u00e9passe les limites traditionnelles de l&rsquo;histoire de la Grande Guerre et se fonde sur des sources fran\u00e7aises et allemandes. Un autre exemple est fourni par l&rsquo;&oelig;uvre de Holger Herwig intitul\u00e9e <em>The First World War : Germany and Austria-Hungary, 1914-1918<\/em>. Le professeur Herwig, de l&rsquo;universit\u00e9 de Calgary au Canada, a fait des recherches approfondies dans les archives europ\u00e9ennes, surtout en Allemagne et en Autriche. Timothy Travers, lui aussi professeur \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Calgary, a publi\u00e9 plusieurs \u00e9tudes importantes sur la Grande Guerre. Son travail, qui repose sur des recherches consid\u00e9rables dans les archives britanniques, est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant en raison de l&rsquo;&oelig;il critique qu&rsquo;il porte sur l&rsquo;arm\u00e9e britannique. Par exemple, dans <em>How the War was Won : Command and Technology in the British Army on the Western Front, 1917-1918<\/em>, Travers affirme que la c\u00e9l\u00e8bre description que le Field Marshal Douglas Haig a donn\u00e9e de sa rencontre avec le g\u00e9n\u00e9ral P\u00e9tain, le 24 mars 1918, rencontre pendant laquelle ils ont discut\u00e9 du maintien des contacts entre les arm\u00e9es britanniques et fran\u00e7aises dans la Somme, est totalement fausse. Il est \u00e9vident que la possible pr\u00e9sence de mensonges dans le journal de Haig suscite des questions quant aux nombreuses histoires de la Grande Guerre qui se sont fond\u00e9es sur ce type de documentations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Des historiens am\u00e9ricains ont, eux aussi, voulu jeter un regard neuf sur la Grande Guerre. L&rsquo;un des premiers a \u00e9t\u00e9 Dennis E. Showalter. Dans son ouvrage intitul\u00e9 <em>Tannenberg : Clash of Empires<\/em>, il soutient ainsi de fa\u00e7on convaincante que les Allemands \u00e9taient moins performants et que les Russes l&rsquo;\u00e9taient plus qu&rsquo;on a voulu le croire. La m\u00eame tendance est suivie par Graydon A. Tunstall Jr. Ses recherches approfondies dans les archives autrichiennes lui ont permis, dans son livre intitul\u00e9 <em>Planning for War against Russia and Serbia, Austro-Hungarian and German Military Strategies, 1871-1914<\/em>, de reconsid\u00e9rer les rapports entre l&rsquo;Allemagne et l&rsquo;Autriche pendant la guerre. Les travaux du professeur John Morrow, sp\u00e9cialiste de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Allemagne, nous ont fait comprendre beaucoup mieux l&rsquo;importance de l&rsquo;aviation allemande dans la Grande Guerre. Son livre le plus r\u00e9cent, <em>The Great War: An Imperial History<\/em>, donne un nouvel aper\u00e7u de certains aspects de la guerre en dehors de l&rsquo;Europe. David G. Herrmann pr\u00e9sente aussi une approche in\u00e9dite de la guerre dans son ouvrage <em>The Arming of Europe and the Making of the First World War<\/em>, qui s&rsquo;appuie sur ses recherches dans de nombreuses archives europ\u00e9ennes, y compris en France. Selon Herrmann, les pouvoirs europ\u00e9ens sont partis volontiers en guerre en ao&ucirc;t 1914, croyant poss\u00e9der l&rsquo;avantage militaire qui leur donnerait la victoire. Autre argument particuli\u00e8rement int\u00e9ressant, celui avanc\u00e9 par Terence Zuber : dans son livre, <em>Inventing the Schlieffen Plan : German War Planning, 1871-1914<\/em>, il soutient que le plan Schlieffen n&rsquo;\u00e9tait pas le plan de guerre allemand en 1914. Plus que d&rsquo;autres historiens, Zuber s&rsquo;est montr\u00e9 pr\u00eat \u00e0 d\u00e9battre avec d&rsquo;autres historiens ne partageant pas ses id\u00e9es. Ces \u00e9tudes, et bon nombre d&rsquo;autres, attestent ainsi le regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat des historiens am\u00e9ricains pour la Grande Guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En m\u00eame temps, on constate un changement d&rsquo;interpr\u00e9tation et de perspective de la part de certains d&rsquo;entre eux. Il y a dix ans, \u00e0 un colloque organis\u00e9 au mus\u00e9e de la Premi\u00e8re Division, \u00e0 Cantigny, Illinois, j&rsquo;ai dit que la perspective am\u00e9ricaine sur la Grande Guerre &mdash; en dehors de notre propre r\u00f4le et de notre propre exp\u00e9rience &mdash; avait \u00e9t\u00e9 &laquo;<em>largement form\u00e9e par l&rsquo;exp\u00e9rience britannique, ou par le regard britannique sur l&rsquo;exp\u00e9rience des autres<\/em>&raquo;. Ceci s&rsquo;explique par le fait qu&rsquo;apr\u00e8s 1945 une grande proportion des livres et articles sur la Grande Guerre publi\u00e9s aux Etats-Unis ont fait un usage excessif d&rsquo;ouvrages publi\u00e9s \u00e0 Londres. Ils refl\u00e9taient donc la perspective britannique, qui ne tenait pas compte de celles des autres pays comme la France. A mon avis, les historiens am\u00e9ricains ont choisi de se fonder sur les r\u00e9cits britanniques parce que ces derniers \u00e9taient plus accessibles, et non parce que les Britanniques et les Am\u00e9ricains (les \u00ab\u00a0Anglo-Saxons\u00a0\u00bb, selon mes amis fran\u00e7ais) ont des int\u00e9r\u00eats et des traditions en commun et sont g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;accord sur les \u00e9v\u00e9nements historiques importants. C&rsquo;est aussi parce que l&rsquo;acc\u00e8s aux archives est parfois plus facile \u00e0 Londres qu&rsquo;\u00e0 Paris.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;exemple frappant d&rsquo;une \u00e9tude am\u00e9ricaine qui s&rsquo;appuie trop sur les fonds d&rsquo;archives britanniques est <em>The War to End All Wars : The American Military Experience in World War I<\/em> par Edward M. Coffman. Sans aucun doute, cet ouvrage, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1968, reste la plus importante des \u00e9tudes sur la participation des Etats-Unis dans le Grande Guerre. Le professeur Coffman, le plus \u00e9minent des historiens am\u00e9ricains, a \u00e9pluch\u00e9 les archives am\u00e9ricaines et a questionn\u00e9 de nombreux v\u00e9t\u00e9rans. Malgr\u00e9 cela, pour \u00ab\u00a0l&rsquo;arri\u00e8re-plan g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0perspective\u00a0\u00bb de la guerre, il s&rsquo;est fond\u00e9 principalement sur les travaux de Sir James E. Edmonds, de Cyril Falls, et de B. H. Liddell Hart. Ainsi, lorsqu&rsquo;il dresse le portrait de Foch, Coffman cite l&rsquo;historien britannique Liddell Hart : &laquo;<em>Sa foi, qui \u00e9tait sa plus grande qualit\u00e9, le rendait souvent aveugle aux faits.<\/em>&raquo; Il s&rsquo;appuie sur John Terraine, biographe britannique de Haig, pour expliquer en quoi le r\u00f4le de Foch pendant les derniers mois de la guerre diff\u00e9rait de celui d&rsquo;Eisenhower pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Les Am\u00e9ricains arriv\u00e9s en France en 1917-1918 avaient leurs propres points de vue sur les dirigeants tels que Foch, mais le professeur Coffman s&rsquo;est fond\u00e9 sur le travail d&rsquo;historiens britanniques et sur le journal du Field Marshal Haig pour valider ses interpr\u00e9tations et ses \u00e9valuations. Aussi, m\u00eame si le livre du professeur Coffman sur l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine dans la premi\u00e8re guerre est &mdash; et restera &mdash; le livre de r\u00e9f\u00e9rence, il est \u00e9vident que, pour tout ce qui ne touche pas \u00e0 la participation am\u00e9ricaine, il est influenc\u00e9 par la vision britannique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Depuis quelques ann\u00e9es, certains historiens am\u00e9ricains publient des livres d&rsquo;une importance majeure, reposant sur des recherches men\u00e9es dans des archives fran\u00e7aises. Ils proposent une vision de la guerre fort diff\u00e9rente. Voici deux exemples de ces ouvrages. Le premier, par Robert Bruce, s&rsquo;intitule <em>A Fraternity of Arms : America and France in the Great War<\/em>. Historien militaire, Bruce a pass\u00e9 de longues semaines au Ch\u00e2teau de Vincennes. Son livre offre de nouvelles perspectives sur les rapports \u00e9troits qui existaient pendant la guerre entre Am\u00e9ricains et Fran\u00e7ais et sur leur influence sur les op\u00e9rations am\u00e9ricaines. Il conclut : &laquo;<em>Sans \u00eatre une alliance militaire formelle, l&rsquo;association entre la AEF<\/em> [American Expeditionary Force] <em>et l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise a jou\u00e9 un r\u00f4le primordial dans la maturation des Etats-Unis en une puissance militaire mondiale.<\/em>&raquo; Il ajoute encore : &laquo;<em>mais c&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;un mariage de convenance, de vrais liens d&rsquo;amiti\u00e9 existaient entre les soldats des deux r\u00e9publiques<\/em>&raquo;. L&rsquo;ironie de la chose est que le livre a justement \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 pour sa focalisation sur l&rsquo;aspect des relations franco-am\u00e9ricaines. Une analyse r\u00e9cente souligne ainsi que l&rsquo;ouvrage &laquo;<em>souffre de r\u00e9p\u00e9titions, de conclusions non prouv\u00e9es et d&rsquo;un parti pris dans la pr\u00e9sentation des faits<\/em>&raquo;, consid\u00e9rant &laquo;<em>qu&rsquo;une approche plus \u00e9quilibr\u00e9e aurait r\u00e9sult\u00e9 d&rsquo;une consultation d&rsquo;\u00e9tudes similaires sur les rapports anglo-am\u00e9ricains&hellip;<\/em>&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;autre ouvrage important est celui de Jennifer Keene, <em>Doughboys, the Great War, and the Remaking of America<\/em>. Professeur d&rsquo;histoire sociale, Mme Keene cherche \u00e0 expliquer &laquo;<em>la v\u00e9ritable importance de la Grande Guerre pour l&rsquo;histoire des Etats-Unis<\/em>&raquo; afin d&rsquo;offrir &laquo;<em>un moyen dramatiquement diff\u00e9rent de comprendre l&rsquo;exp\u00e9rience des Etats-Unis dans la Grande Guerre<\/em>&raquo;. Tout comme celui de Bruce, son livre repose sur des recherches pouss\u00e9es dans les archives fran\u00e7aises, mais tandis que Bruce consid\u00e8re la guerre \u00ab\u00a0de haut en bas\u00a0\u00bb, Keene la regarde \u00ab\u00a0de bas en haut\u00a0\u00bb. A la diff\u00e9rence de Bruce, elle parle peu d&rsquo;op\u00e9rations militaires, et l&rsquo;image qu&rsquo;elle donne des relations franco-am\u00e9ricaines n&rsquo;est pas aussi positive que celle donn\u00e9e par son coll\u00e8gue. Si elle accepte le fait que, avec le temps, les Am\u00e9ricains ont acquis du respect pour leurs camarades fran\u00e7ais, elle souligne \u00e9galement que bon nombre de soldats am\u00e9ricains ayant particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occupation de l&rsquo;Allemagne apr\u00e8s la fin des hostilit\u00e9s pensaient que leur pays \u00e9tait entr\u00e9 en guerre &laquo;<em>du mauvais cot\u00e9<\/em>&raquo;. Inutile de pr\u00e9ciser que son livre est beaucoup contest\u00e9, un critique ayant \u00e9crit r\u00e9cemment que, m\u00eame s&rsquo;il pr\u00e9sente &laquo;<em>beaucoup de bons points<\/em>&raquo;, il est &laquo;<em>beaucoup trop ambitieux<\/em>&raquo; et ne tient aucun compte d&rsquo;importantes questions d&rsquo;op\u00e9rations militaires, de la strat\u00e9gie et des &laquo;<em>motivations<\/em>&raquo; des leaders politiques et militaires. Cet ouvrage offre n\u00e9anmoins des aper\u00e7us nouveaux de l&rsquo;exp\u00e9rience am\u00e9ricaine et de l&rsquo;effet de la guerre sur les Etats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On ne peut pas dire cependant que toutes les publications r\u00e9centes ont utilis\u00e9 les ressources fran\u00e7aises. Ainsi, les \u00e9tudes qui se concentrent exclusivement sur les op\u00e9rations militaires ignorent-elles ces sources. Prenons deux exemples li\u00e9s \u00e0 la Marne et \u00e0 la Meuse. Le premier ouvrage, sign\u00e9 Douglas Johnson et Rolfe Hillman, est intitul\u00e9 <em>Soissons: 1918<\/em>. Il raconte l&rsquo;histoire de deux divisions am\u00e9ricaines dans la contre-offensive du 18 juillet 1918 sur le front de l&rsquo;Aisne et de la Marne. Les auteurs se fondent presque exclusivement sur des documents anglais et leurs citations n&rsquo;indiquent pas d&rsquo;effort s\u00e9rieux pour prendre en compte d&rsquo;autres sources. Par exemple, pour solde de tout compte \u00e0 propos de la 1re division marocaine, les auteurs n&rsquo;offrent qu&rsquo;une citation du g\u00e9n\u00e9ral Mangin concernant sa bonne r\u00e9putation. De m\u00eame, leur \u00e9valuation des buts strat\u00e9giques et des objectifs op\u00e9rationnels de la contre-offensive ne s&rsquo;appuie que sur des documents fran\u00e7ais qui, traduits, font partie de l&rsquo;histoire officielle am\u00e9ricaine. Le deuxi\u00e8me exemple, le livre de Paul Braim, intitul\u00e9 <em>The Test of Battle: The American Expeditionary Forces in the Meuse-Argonne Campaign<\/em>, se concentre aussi sur le r\u00f4le des Am\u00e9ricains. Bien qu&rsquo;il ait fait des recherches s\u00e9rieuses dans les archives am\u00e9ricaines, Braim n&rsquo;utilise pas d&rsquo;autres documents fran\u00e7ais que ceux faisant partie de l&rsquo;histoire officielle am\u00e9ricaine. Il fait l&rsquo;\u00e9loge des excellents ouvrages de John Keegan et Cyril Falls &mdash; tous deux britanniques &mdash; et se fonde principalement sur la traduction anglaise des m\u00e9moires de Foch pour l&rsquo;arri\u00e8re-plan strat\u00e9gique et op\u00e9rationnel de l&rsquo;offensive en Meuse et Argonne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais les exemples les plus flagrants d&rsquo;utilisation exclusive de sources am\u00e9ricaines ou britanniques concernent des ouvrages techniques. C&rsquo;est le cas du livre de Mark E. Grotelueschen sur la 2e brigade d&rsquo;artillerie de campagne (2nd Field Artillery Brigade) de la 2e division US, <em>Doctrine Under Trial : American Artillery Employment in World War I<\/em>. Malgr\u00e9 cela, il repr\u00e9sente un changement important d&rsquo;interpr\u00e9tation par un auteur am\u00e9ricain. Pour beaucoup, l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine avait \u00e9t\u00e9 mal pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 son arriv\u00e9e en France mais, aguerrie par le combat, elle est devenue une force effective qui a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans les derniers combats. Si l&rsquo;expos\u00e9 de Coffman s&rsquo;\u00e9carte quelque peu de cette interpr\u00e9tation des faits en avan\u00e7ant certaines critiques des Am\u00e9ricains, les livres de Johnson et Hillman et de Braim vont beaucoup plus loin en d\u00e9crivant des assauts frontaux mal organis\u00e9s o&ugrave; les pertes sont tr\u00e8s grandes. Par contraste, Grotelueschen d\u00e9montre la &laquo;<em>comp\u00e9tence et efficacit\u00e9 consid\u00e9rable<\/em>&raquo; de la 2e brigade d&rsquo;artillerie de campagne. Donc, si certaines publications r\u00e9centes ont critiqu\u00e9 les Am\u00e9ricains dans la guerre, d&rsquo;autres, comme celle de Grotelueschen, soulignent leur comp\u00e9tence et l&rsquo;importance de leur contribution au combat. N\u00e9anmoins, Grotelueschen ne tient pas compte des sources fran\u00e7aises, m\u00eame s&rsquo;il reconna&icirc;t que l&rsquo;artillerie am\u00e9ricaine \u00e9tait &laquo;<em>domin\u00e9e<\/em>&raquo; par les officiers fran\u00e7ais et &laquo;<em>fortement influenc\u00e9e<\/em>&raquo; par la th\u00e9orie fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En faisant des recherches en dehors des Etats-Unis et du Royaume-Uni, les historiens am\u00e9ricains ont adopt\u00e9 une perspective plus large, visible dans leurs publications. Un des meilleurs exemples de cette d\u00e9marche est le livre de Michael J. Lyons, <em>World War I : A Short History<\/em>. Cet ouvrage est remarquable pour sa vision tr\u00e8s large de la guerre, qui d\u00e9passe l&rsquo;exp\u00e9rience relativement \u00e9troite des Britanniques. Lyons souligne le r\u00f4le important des Fran\u00e7ais et le r\u00f4le modeste des Britanniques dans les premi\u00e8res batailles de 1914, le \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb de la Marne inclus. Il explique de fa\u00e7on compl\u00e8te les offensives fran\u00e7aises en Artois et en Champagne en mai et septembre 1915, alors que les livres publi\u00e9s ant\u00e9rieurement ne s&rsquo;en pr\u00e9occupaient gu\u00e8re mais fournissaient, \u00e0 l&rsquo;inverse, de nombreux d\u00e9tails sur l&rsquo;offensive britannique, peu importante, de Neuve-Chapelle en mars 1915. Le livre de Lyons offre \u00e9galement une profusion d&rsquo;informations sur les op\u00e9rations contre le saillant de Saint-Mihiel et en Meuse-Argonne. Une autre approche \u00e9largie est donn\u00e9e par <em>The Great War, 1914-1918<\/em>, de Spencer Tucker. Apportant peu de d\u00e9tails sur la guerre, le r\u00e9cit de Tucker sur la contre-offensive dans l&rsquo;Aisne et dans la Marne s&rsquo;ouvre sur ce constat : &laquo;<em>L&rsquo;initiative strat\u00e9gique passa maintenant aux alli\u00e9s<\/em>&raquo;. Chez beaucoup d&rsquo;historiens am\u00e9ricains, il \u00e9tait admis que l&rsquo;initiative \u00e9tait revenue aux alli\u00e9s seulement \u00e0 partir du 8 ao&ucirc;t 1918, la fameuse \u00ab\u00a0journ\u00e9e noire\u00a0\u00bb de l&rsquo;arm\u00e9e allemande, quand les forces britanniques et canadiennes attaqu\u00e8rent dans la Somme. Les livres de Lyons et Tucker adoptent donc une perspective sur la guerre tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle, relativement \u00e9troite, des Britanniques. Leurs livres sont loin d&rsquo;\u00eatre des simples r\u00e9visions d&rsquo;ouvrages britanniques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certaines publications r\u00e9centes continuent cependant de se fonder sur des ouvrages britanniques pour exposer la guerre dans ses grandes lignes. Il en va ainsi de la monographie <em>The United States and the First World War<\/em> du professeur Jennifer D. Keene. Ecrites pour compl\u00e9ter des cours universitaires d&rsquo;histoire g\u00e9n\u00e9rale, les 142 pages de ce livre couvrent la guerre dans tous ses aspects, de ses origines \u00e0 la question de ce qu&rsquo;elle &laquo;<em>signifie<\/em>&raquo; pour les Etats-Unis. Malgr\u00e9 des recherches s\u00e9rieuses en France et sa bonne connaissance de la langue fran\u00e7aise, Mme Keene s&rsquo;appuie principalement sur des ouvrages britanniques pour r\u00e9sumer la conduite de la guerre. Ceci appara&icirc;t tr\u00e8s clairement dans son explication des trois premi\u00e8res ann\u00e9es de la guerre. A l&rsquo;exception d&rsquo;une br\u00e8ve mention de la \u00ab\u00a0boucherie\u00a0\u00bb de Verdun et de l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;offensive Nivelle, Mme Keene ne parle que peu des Fran\u00e7ais et elle explique, par exemple, \u00ab\u00a0le miracle de la Marne\u00a0\u00bb par le fait que &laquo;<em>l&rsquo;arm\u00e9e allemande s&rsquo;essouffle sur les rives de la Marne<\/em>&raquo;. Compte tenu du fait que le professeur Keene est sp\u00e9cialiste d&rsquo;histoire sociale, on ne peut s&rsquo;\u00e9tonner qu&rsquo;elle \u00e9voque plus les changements ayant lieu dans la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine (prohibition, suffrage f\u00e9minin, migrations afro-am\u00e9ricaines, restrictions \u00e0 l&rsquo;immigration) que de la strat\u00e9gie et des op\u00e9rations militaires. Qu&rsquo;elle s&rsquo;appuie sur des ouvrages britanniques pour expliquer la conduite de la guerre peut n\u00e9anmoins surprendre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;image des livres de Lyons et de Tucker, les manuels d&rsquo;histoire am\u00e9ricains ont aussi commenc\u00e9 \u00e0 donner un aper\u00e7u un peu plus large de la Grande Guerre. Par exemple, le traitement des trois premi\u00e8res ann\u00e9es de guerre que fait Alan Brinkley dans son c\u00e9l\u00e8bre manuel, <em>American History : A Survey<\/em>, va au-del\u00e0 de l&rsquo;exp\u00e9rience britannique. Sa seule image de combat est une photo l\u00e9gend\u00e9e <em>La vie dans les tranch\u00e9es<\/em>, montrant des Am\u00e9ricains en train de soigner un bless\u00e9 sous le regard d&rsquo;un poilu fran\u00e7ais. Le manuel inclut une carte du front ouest en 1918 et une repr\u00e9sentation de la contre-offensive dans l&rsquo;Aisne et dans la Marne en juillet 1918. Quel contraste avec la situation d&rsquo;il y a dix ans! A l&rsquo;\u00e9poque, j&rsquo;avais constat\u00e9 que les manuels d&rsquo;histoire comprenaient en g\u00e9n\u00e9ral un r\u00e9sum\u00e9 des principales batailles britanniques et des photos de soldats britanniques, souvent prises \u00e0 Passchendaele, mais qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9voquaient que rarement les Fran\u00e7ais. Malgr\u00e9 sa vision plus large, Brinkley n&rsquo;a pu s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;\u00e9crire, \u00e0 la fin du chapitre sur la Grande Guerre, que &laquo;<em>en avril 1917 le Congr\u00e8s a accept\u00e9 (non sans bon nombre d&rsquo;avis contraires) la demande du pr\u00e9sident que les Etats-Unis entrent en guerre en alli\u00e9s de la Grande-Bretagne<\/em>&raquo;. Etant donn\u00e9 les rapports \u00e9troits qui se sont d\u00e9velopp\u00e9s plus tard entre les Etats-Unis et la France, on ne comprend pas que Brinkley ne mentionne pas la France. Son livre donne donc l&rsquo;impression que, m\u00eame si certains auteurs am\u00e9ricains voient plus large, une repr\u00e9sentation limit\u00e9e du conflit r\u00e9sulte encore parfois d&rsquo;erreurs et d&rsquo;omissions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une comparaison de diff\u00e9rents r\u00e9cits des op\u00e9rations am\u00e9ricaines dans le secteur de la Marne nous offre un aper\u00e7u suppl\u00e9mentaire des repr\u00e9sentations am\u00e9ricaines de la Grande Guerre. Une action particuli\u00e8rement connue est celle de la 2e division d&rsquo;infanterie U.S. au bois de Belleau et devant Vaux. Pendant la nuit du 1er juin 1918, la 2e division, dont la brigade des marines faisait partie, a pris position \u00e0 l&rsquo;ouest de Ch\u00e2teau-Thierry. Les troupes fran\u00e7aises s&rsquo;\u00e9tant retir\u00e9es, la 2e division tenait les premi\u00e8res lignes. Les Allemands tenaient le bois devant le front am\u00e9ricain et surplombaient leurs positions de la cr\u00eate d&rsquo;en face. La tentative am\u00e9ricaine d&rsquo;avancer au-del\u00e0 des bois devant eux (bois de Belleau et bois de la Marette) et d&rsquo;\u00e9tablir leurs positions de l&rsquo;autre cot\u00e9 de la cr\u00eate a commenc\u00e9 le matin du 6 juin. Le 26 juin, le bois de Belleau est entre les mains des Am\u00e9ricains ; Vaux est tomb\u00e9 le 1er juillet. Dor\u00e9navant, les Alli\u00e9s contr\u00f4lent les hauteurs \u00e0 l&rsquo;ouest de Ch\u00e2teau-Thierry, ce qui emp\u00eache les Allemands d&rsquo;avancer sans pr\u00e9parations importantes avec des effectifs consid\u00e9rables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un des premiers r\u00e9cits de cette op\u00e9ration est publi\u00e9 par Shipley Thomas, qui a servi pendant la guerre dans la 1re division d&rsquo;infanterie U.S. Malgr\u00e9 le fait qu&rsquo;au bois de Belleau et \u00e0 Vaux l&rsquo;infanterie am\u00e9ricaine ait avanc\u00e9 par vagues, souffrant de tr\u00e8s grandes pertes, Thomas qualifie cette &laquo;<em>action locale<\/em>&raquo; de &laquo;<em>brillante<\/em>&raquo; avec &laquo;<em>un effet psychologique profond sur les arm\u00e9es alli\u00e9es et dans les pays alli\u00e9s<\/em>&raquo;. Une grande partie de l&rsquo;effet psychologique provient d&rsquo;articles de journaux centr\u00e9s sur des op\u00e9rations des marines \u00e0 &laquo;<em>Belleau Wood<\/em>&raquo;. Selon Laurence Stallings, lui-m\u00eame marine, en faisant un reportage sur les combats de la brigade des marines au bois de Belleau, le journal Paris <em>Herald<\/em> a &laquo;<em>ouvert les vannes<\/em>&raquo; \u00e0 une mar\u00e9e d&rsquo;articles qui ne parlaient que des marines dans les op\u00e9rations autour de Ch\u00e2teau-Thierry. Ces articles ont laiss\u00e9 l&rsquo;infanterie am\u00e9ricaine d\u00e9\u00e7ue et furieuse et Thomas \u00e9crit que &laquo;<em>l&rsquo;action au bois de Belleau des 6000 marines qui faisaient partie de la 2e division \u00e9tait en effet tr\u00e8s brillante mais qu&rsquo;il est dommage que les marines se soient vu attribuer tous les m\u00e9rites pour une op\u00e9ration \u00e0 laquelle ont pris part 250 000 fantassins am\u00e9ricains et un million [sic] de fantassins fran\u00e7ais, et qui a dur\u00e9 72 jours entre le 27 mai et le 6 ao&ucirc;t 1918<\/em>&raquo;. S&rsquo;il \u00e9tait toujours de ce monde, Thomas se plaindrait davantage encore, car m\u00eame si d&rsquo;autres historiens ont publi\u00e9 des r\u00e9cits complets de ces op\u00e9rations, l&rsquo;Am\u00e9ricain moyen ne sait rien sur les unit\u00e9s d&rsquo;infanterie am\u00e9ricaines ou fran\u00e7aises qui y ont particip\u00e9. En revanche, de nombreux citoyens am\u00e9ricains connaissent l&rsquo;action des marines au bois de Belleau, car apr\u00e8s la guerre le cimeti\u00e8re de Belleau est devenu &mdash; pour citer un de mes amis &mdash; un &laquo;<em>autel<\/em>&raquo; d\u00e9di\u00e9 au corps des marines, o&ugrave; le mythe a remplac\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 historique. On peut m\u00eame dire que la connaissance qu&rsquo;a de la bataille l&rsquo;Am\u00e9ricain moyen tient autant de la r\u00e9alit\u00e9 historique que de la l\u00e9gende selon laquelle tout marine qui boit \u00e0 la fontaine du &laquo;<em>Devil Dog<\/em>&raquo;, pr\u00e8s du bois, prolonge sa vie de vingt ans.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La renomm\u00e9e qui entoure le bois de Belleau a \u00e9clips\u00e9 le succ\u00e8s de la 3e division d&rsquo;infanterie U.S. L&rsquo;apr\u00e8s midi du 31 mai, un bataillon de mitrailleuses de la 3e division est arriv\u00e9 dans le secteur de la Marne et a particip\u00e9 \u00e0 la d\u00e9fense des ponts de Ch\u00e2teau-Thierry. Apr\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;autres troupes de la division, une op\u00e9ration combin\u00e9e des infanteries fran\u00e7aise et am\u00e9ricaine a r\u00e9ussi \u00e0 prendre pied sur la c\u00f4te 204, \u00e0 l&rsquo;ouest de Ch\u00e2teau-Thierry. Du 15 au 18 juillet, la 3e division a tenu des positions d\u00e9fensives longues d&rsquo;environ 8 kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;est de Ch\u00e2teau-Thierry. L\u00e0, elle a gagn\u00e9 le surnom de \u00ab\u00a0<em>Rock of the Marne<\/em>\u00a0\u00bb (La Roche de la Marne) en emp\u00eachant une tentative allemande de traverser le fleuve. Pour son commandant, le g\u00e9n\u00e9ral Joseph T. Dickman, la division a \u00e9t\u00e9 f\u00e9licit\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Pershing pour avoir \u00e9crit &laquo;<em>une des pages les plus brillantes des annales de l&rsquo;histoire militaire<\/em>&raquo;. Malgr\u00e9 ces \u00e9loges, la 3e division n&rsquo;a droit qu&rsquo;\u00e0 quelques mots dans les livres de Tucker et de Lyons. Pire encore, pour Mme Keene, dans <em>Doughboys, the Great War, and the Remaking of America<\/em>, Ch\u00e2teau-Thierry n&rsquo;est qu&rsquo;un &laquo;<em>rendez-vous<\/em>&raquo; pour soldats d\u00e9serteurs, devenus voleurs. M\u00eame si elle accorde un peu plus de place \u00e0 la 3e division de Ch\u00e2teau-Thierry dans son livre <em>The United States and the First World War<\/em>, elle porte plus d&rsquo;attention \u00e0 la 2e division et aux marines du bois de Belleau et de Vaux. Seuls Coffman et Bruce donnent des d\u00e9tails sur les actions de la 3e division et expliquent comment elle a gagn\u00e9 son surnom.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un malentendu comparable existe concernant la participation des troupes am\u00e9ricaines \u00e0 la contre-offensive sur l&rsquo;ensemble du front Aisne-Marne du 8 juillet. Faisant partie du XXe corps fran\u00e7ais, les 1er et 2e divisions U.S. ont jou\u00e9 un r\u00f4le particuli\u00e8rement important dans l&rsquo;action du g\u00e9n\u00e9ral Mangin contre l&rsquo;\u00e9paule ouest du saillant de la Marne. Dans ses m\u00e9moires, le g\u00e9n\u00e9ral Pershing \u00e9crit : &laquo;<em>Le <\/em>[XXe] <em>corps, compos\u00e9 aux quatre cinqui\u00e8mes par des Am\u00e9ricains, a eu l&rsquo;honneur d&rsquo;\u00eatre le fer de lance de l&rsquo;op\u00e9ration contre ce flanc vuln\u00e9rable du saillant, honneur vaillamment soutenu.<\/em>&raquo; La contre-attaque du 18 juillet a surpris les Allemands, bien qu&rsquo;un d\u00e9serteur les ait avertis de l&rsquo;imminence d&rsquo;une grande offensive au sud-ouest de Soissons le 11 ou le 12 juillet. L&rsquo;avance de la 2e division U.S. \u00e9tait de 8 kilom\u00e8tres, celle de la 1re division U.S. de 6 kilom\u00e8tres. En interdisant la route de Ch\u00e2teau-Thierry \u00e0 Soissons, cette avance a menac\u00e9 l&rsquo;ensemble de la position allemande dans le saillant. Le 18 juillet, reconnaissant la valeur de l&rsquo;op\u00e9ration, un colonel fran\u00e7ais du bureau d&rsquo;op\u00e9rations s&rsquo;est \u00e9cri\u00e9 : &laquo;<em>ceci est la journ\u00e9e la plus importante depuis la Marne.<\/em>&raquo; Selon un officier de liaison am\u00e9ricain, au GQG, les officiers fran\u00e7ais d&rsquo;\u00e9tat-major ont c\u00e9l\u00e9br\u00e9 la victoire en parodiant Ludendorff et le prince h\u00e9ritier se plaignant de l&rsquo;attaque : &laquo;<em>Et entre des \u00e9clats de rires, ils lisaient le dernier message, reportaient l&rsquo;information sur la carte, me serraient la main et faisaient l&rsquo;\u00e9loge des Am\u00e9ricains. Ils disaient \u00ab\u00a0superbe\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0magnifique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9patant\u00a0\u00bb en parlant des 1re et 2e divisions U.S.<\/em>&raquo;. Plusieurs officiers ont reconnu que &laquo;<em>sans les Am\u00e9ricains, ceci n&rsquo;aurait jamais \u00e9t\u00e9 possible<\/em>&raquo;. Le soir, on a servi du champagne et les officiers fran\u00e7ais ont bu \u00e0 la sant\u00e9 de la France et des Etats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Malgr\u00e9 l&rsquo;importance de la bataille, certains historiens am\u00e9ricains actuels en savent peu sur la contre-offensive sur le front Aisne-Marne. Par exemple, dans son analyse des aspects sociaux et culturels de l&rsquo;exp\u00e9rience am\u00e9ricaine pendant la Grande Guerre, Robert Zieger \u00e9crit que les Etats-Unis ont &laquo;<em>fourni la majeure partie des troupes dans la premi\u00e8re &mdash; et, selon certains commentateurs, la plus cruciale &mdash; des contre-attaques du mar\u00e9chal Foch, qui a mis l&rsquo;arm\u00e9e allemande en position d\u00e9fensive permanente<\/em>&raquo;. Que Zieger ignore que la majorit\u00e9 des troupes impliqu\u00e9es dans l&rsquo;op\u00e9ration \u00e9taient fran\u00e7aises montre sa compr\u00e9hension limit\u00e9e de la contre-offensive du 18 juillet. De plus, il est peu dispos\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer l&rsquo;importance de celle-ci et son effet. Une autre publication r\u00e9cente, celle de Joseph E. Persico, <em>Eleventh Month, Eleventh Day, Eleventh Hour<\/em>, reconna&icirc;t que la deuxi\u00e8me bataille de la Marne a pris fin le 6 ao&ucirc;t mais n&rsquo;en explique pas le d\u00e9roulement. A l&rsquo;identique, sans faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la participation am\u00e9ricaine, Allan Brinkley observe dans son manuel d&rsquo;histoire am\u00e9ricaine que &laquo;<em>le 18 juillet les Alli\u00e9s ont arr\u00eat\u00e9 l&rsquo;avance allemande et ont commenc\u00e9 une contre-offensive r\u00e9ussie<\/em>&raquo;. Il n&rsquo;explique pas le r\u00f4le des Am\u00e9ricains dans l&rsquo;op\u00e9ration du 18 juillet, ni l&rsquo;importance de leur participation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En r\u00e9sum\u00e9, on peut dire que si certains auteurs, tels que Bruce, Johnson et Hillman, per\u00e7oivent l&rsquo;importance de cette bataille, d&rsquo;autres ne la comprennent pas et n&rsquo;expliquent donc pas comment les Alli\u00e9s ont pu reprendre l&rsquo;offensive.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un coup d&rsquo;&oelig;il r\u00e9trospectif sur les monuments de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre peut sugg\u00e9rer une approche renouvel\u00e9e aux historiens am\u00e9ricains sp\u00e9cialistes de la Grande Guerre. Apr\u00e8s la guerre, la France a reconnu la nature multinationale de la deuxi\u00e8me bataille de la Marne et son importance. Dans deux monuments-cl\u00e9s de cette r\u00e9gion, des soldats am\u00e9ricains ou alli\u00e9s figurent aux cot\u00e9s des soldats fran\u00e7ais. L&rsquo;un de ces monuments se situe \u00e0 Beugneux, \u00e0 mi-chemin entre Soissons et Ch\u00e2teau-Thierry. Il se compose d&rsquo;une statue qui symbolise la France et d&rsquo;une autre, plus grande, repr\u00e9sentant huit fant\u00f4mes dont l&rsquo;un semble \u00eatre un Am\u00e9ricain. L&rsquo;autre monument se trouve en Champagne, au nord de Souain et proche de la Ferme de Navarin. Il comm\u00e9more ceux qui sont tomb\u00e9s dans cette r\u00e9gion, y compris un Am\u00e9ricain arm\u00e9 d&rsquo;un fusil-mitrailleur fran\u00e7ais. Pris dans leur ensemble ces monuments nous rappellent que la guerre demandait des sacrifices \u00e9normes et que la victoire alli\u00e9e exigeait un sacrifice partag\u00e9 par tous. Ils nous rappellent aussi que les Am\u00e9ricains n&rsquo;auraient pas r\u00e9ussi \u00e0 faire ce qu&rsquo;ils ont fait sans l&rsquo;aide des Fran\u00e7ais, et que les Fran\u00e7ais n&rsquo;auraient pu gagner ces batailles sans l&rsquo;aide des Am\u00e9ricains. En regardant ces monuments, les Am\u00e9ricains devraient reconna&icirc;tre que l&rsquo;on ne peut comprendre l&rsquo;exp\u00e9rience des Etats-Unis dans la Grande Guerre sans comprendre celle de la France. Certains historiens am\u00e9ricains ont amorc\u00e9 cette d\u00e9marche, cela se mesure \u00e0 l&rsquo;aune des publications r\u00e9centes, mais ces m\u00eames publications prouvent aussi qu&rsquo;il reste beaucoup \u00e0 faire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Colonel Robert A. Doughty<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>Professeur \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie de West Point<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Simulacre-USA, \u00e0 l&rsquo;origine<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>14 juin 2017 &ndash; Il est entendu que John \u00ab\u00a0<em>Black Jack<\/em>\u00a0\u00bb Pershing d\u00e9barquant du bateau et posant le pied sur le sol fran\u00e7ais, et proclamant \u00ab\u00a0<em>Lafayette, We Are Here<\/em>\u00a0\u00bb (ce qu&rsquo;il n&rsquo; jamais dit, la chose ayant \u00e9t\u00e9 dite avant lui par <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Charles_E._Stanton\">Charles E. Stanton<\/a> et r\u00e9attribu\u00e9e, mythe d\u00e9j\u00e0 en formation, \u00e0 Pershing par un officier des RP) ; les <em>Sammies <\/em>d\u00e9filant par milliers dans les villes fran\u00e7aises en 1917, les journaux fran\u00e7ais chantant la gloire de la banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e illustrent l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement du d\u00e9but de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de communication des USA sur la France (sur l&rsquo;Europe), qui s&rsquo;illustre par l&rsquo;acte d\u00e9cisif qui permit la victoire de 1918. Je ne discuterais pas la premi\u00e8re proposition, mais en rempla\u00e7ant le mot \u00ab\u00a0h\u00e9g\u00e9monie\u00a0\u00bb par l&rsquo;expression \u00ab\u00a0simulacre d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie\u00a0\u00bb ; quant \u00e0 la seconde, <strong>elle est outrageusement fausse, un mythe, une idole de la nouvelle religion transatlantique \u00e0 laquelle la France en premier fit acte de \u00ab\u00a0servitude volontaire\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est important de d\u00e9construire cette architecture subversive de d\u00e9construction de la v\u00e9rit\u00e9 historique (\u00ab\u00a0<strong>d\u00e9construire une d\u00e9construction<\/strong>\u00ab\u00a0). Il est essentiel de  savoir que les USA jou\u00e8rent un r\u00f4le op\u00e9rationnel tr\u00e8s mineur, &ndash; \u00e0 peine sup\u00e9rieur \u00e0 celui des valeureux Belges, qui sont tout de m\u00eame dans une autre \u00e9chelle de puissance, &ndash;  dans la victoire de 1918. Au contraire, <strong>cette victoire fut assur\u00e9e pour l&rsquo;essentiel par une arm\u00e9e fran\u00e7aise irr\u00e9sistible, absolument transform\u00e9e, reconstitu\u00e9e, ren\u00e9e en une puissance op\u00e9rationnelle, humaine et industrielle, comme la premi\u00e8re arm\u00e9e du monde apr\u00e8s la terrible ann\u00e9e 1917<\/strong> (Le Chemin des Dames suivi des mutineries) ; et l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise second\u00e9e dans l&rsquo;irr\u00e9sistible victoire stupidement sacrifi\u00e9e sur l&rsquo;autel d&rsquo;une diplomatie o&ugrave; la trahison s&rsquo;exprima de tous les c\u00f4t\u00e9s chez les Alli\u00e9s, <strong>par la participation \u00e9tonnante de puissance et de courage<\/strong> de l&rsquo;arm\u00e9e italienne contre l&rsquo;Autriche-Hongrie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un petit bouquin qui ne paye pas de mine vous r\u00e8gle tout cela, allant dans le sens que j&rsquo;ai toujours eu intuitivement \u00e0 partir de certains faits militaires av\u00e9r\u00e9s. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du <em>Mythe du Sauveur Am\u00e9ricain<\/em> &ndash; <em>Essai sur une imposture historique<\/em> de Dominique Lormier (*) est dans ceci qu&rsquo;il nous donne <strong>une synth\u00e8se rapide du ph\u00e9nom\u00e8ne (l&rsquo;imposture)<\/strong>, charpent\u00e9e sur une multitude de d\u00e9tails essentiels et de citations venues des archives, sur les effectifs, les mat\u00e9riels, la r\u00e9partition des forces, les op\u00e9rations et les chefs qui les dirig\u00e8rent, durant cette p\u00e9riode d\u00e9cisive entre la fin du printemps 1918 (avril-mai) et l&rsquo;armistice du 11 novembre. Une place essentielle est faite sur la posture des forces am\u00e9ricaines, leurs effectifs, leurs op\u00e9rations, leur comportement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le livre commence par un chapitre consacr\u00e9 aux op\u00e9rations entre le 21 mars et le 1<sup>er<\/sup> mai 1918, ou comment l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise sauva l&rsquo;arm\u00e9e britannique du d\u00e9sastre sans la moindre participation am\u00e9ricaine. (Foch comme g\u00e9n\u00e9ralissime des forces alli\u00e9es depuis mars joua un r\u00f4le d&rsquo;influence pr\u00e9pond\u00e9rant dans cette op\u00e9ration, convainquant un P\u00e9tain [commandant en chef de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise] qui pensait \u00e0 garder ses forces de r\u00e9serve essentiellement pour couvrir Paris, d&rsquo;en d\u00e9tacher une partie pour soutenir l&rsquo;aile droite des Britanniques, avec leur VI\u00e8me Arm\u00e9e en pleine d\u00e9route.) Le 1<sup>er<\/sup>mai 1918, les Fran\u00e7ais tiennent 700 des 850 kilom\u00e8tres du front de l&rsquo;Ouest, alignant 110 divisions, avec 12 divisions belges, 46 britanniques, 4 am\u00e9ricaines et 2 italiennes, contre 204 divisions allemandes. Le 1<sup>er<\/sup> ao&ucirc;t 1918, il y a 1.300.000 soldats am\u00e9ricains en France, mais seulement 150.000 ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9s dans les combats. Ce contingent a particip\u00e9 avec grand courage \u00e0 la deuxi\u00e8me victoire de la Marne de juillet, la bataille d\u00e9cisive de la fin du conflit, alors que les Fran\u00e7ais alignent 1.100.000 combattants qui se battent non moins courageusement dans cette m\u00eame bataille. Le 1<sup>er<\/sup> novembre 1918 sur la ligne du front de l&rsquo;Ouest en France, l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine aligne 400.000 combattants, dont 200.000 consid\u00e9r\u00e9s comme non encore aguerris, tandis que l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise d\u00e9ploie 2.600.000 combattants, l&rsquo;arm\u00e9e britannique 1.700.000, l&rsquo;arm\u00e9e belge 170.000 et l&rsquo;arm\u00e9e italienne 60.000. La France dispose d&rsquo;une \u00e9crasante sup\u00e9riorit\u00e9 mat\u00e9rielle qu&rsquo;elle utilise avec une souplesse et une efficacit\u00e9 exceptionnelles. (Pour les chars par exemple, 2.600 suppl\u00e9\u00e9s par les 610 de l&rsquo;arm\u00e9e britannique, et 250 chars fran\u00e7ais livr\u00e9s aux Am\u00e9ricains, contre 50 chars du c\u00f4t\u00e9 allemand)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Directement derri\u00e8re l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, on trouve comme contributrice essentielle \u00e0 la victoire g\u00e9n\u00e9rale l&rsquo;arm\u00e9e italienne avec ses 2.204.000 combattants, qui obtient la capitulation de l&rsquo;Autriche-Hongrie huit jours avant l&rsquo;armistice du 11 novembre. Lormier insiste sur la fa\u00e7on indigne dont l&rsquo;Italie fut et reste trait\u00e9e dans l&rsquo;historiographie de la Grande Guerre, y compris par des historiens fran\u00e7ais, et bien entendu abondamment par les historiens anglo-saxons qui limitent la <em>vista <\/em>et la puissance des forces alli\u00e9es dans la Grande Guerre aux seuls Britanniques renforc\u00e9s par les glorieux Am\u00e9ricains. Il cite les observations admiratives du courage des Italiens de P\u00e9tain et de Mangin, et rapporte cette note du mar\u00e9chal Hindenburg : &laquo;<em> Beaucoup plus que l&rsquo;engagement de quelques divisions am\u00e9ricaines sur le front occidental, ce fut la d\u00e9faite de notre alli\u00e9 austro-hongrois contre l&rsquo;Italie qui nous poussa \u00e0 conclure aussi rapidement un armistice avec les Alli\u00e9s. La perte d&rsquo;une soixantaine de divisions austro-hongroises \u00e9tait pour nous un d\u00e9sastre irr\u00e9m\u00e9diable&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A la litanie des chiffres absolument impressionnants s&rsquo;ajoute celle des faiblesses de l&rsquo;arm\u00e9e US. L&rsquo;amateurisme des Am\u00e9ricains, leur absence d&rsquo;organisation, leurs difficult\u00e9s \u00e0 mettre en place des commandements capables de ma&icirc;triser les op\u00e9rations, leurs d\u00e9ficiences en mat\u00e9riels, leurs erreurs tactiques, le peu d&rsquo;attention port\u00e9e aux pertes par Pershing, tout cela doit \u00eatre pris en compte pour pulv\u00e9riser le mythe qui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 \u00e0 nos m\u00e9moires, sans pour autant ignorer le courage exceptionnel que montr\u00e8rent certaines unit\u00e9s, notamment durant la deuxi\u00e8me bataille de la Marne, et le combat l\u00e9gendaire livr\u00e9 par une brigade des Marines dans la bataille du bois de Belleau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Ainsi pulv\u00e9rise-t-on le mythe simplement en d\u00e9couvrant ce qui, justement, a permis au mythe de s&rsquo;installer<\/strong>, confirmant le caract\u00e8re absolument inverti de la modernit\u00e9 et l&rsquo;avantage donn\u00e9 au simulacre contre le mod\u00e8le. Les difficult\u00e9s am\u00e9ricaines \u00e0 s&rsquo;adapter et \u00e0 int\u00e9grer les enseignements des d\u00e9tachements (fran\u00e7ais) charg\u00e9s de les entra&icirc;ner, leur tendance \u00e0 ajouter du poids l\u00e0 o&ugrave; la qualit\u00e9 ne s&rsquo;affirme pas et \u00e0 mettre l&rsquo;accent sur l&rsquo;abondance de la logistique pour dissimuler la faiblesse de la participation au combat, &ndash; ce qui d\u00e9bouche sur une arm\u00e9e d&rsquo;un million six cent mille hommes install\u00e9e en France pour 400.000 soldats d\u00e9ploy\u00e9s sur le front et en r\u00e9serve op\u00e9rationnelle le 11 novembre, &ndash; tout cela donne \u00e0 la population et aux diff\u00e9rents moyens de communication (presse &#038; le reste) <strong>l&rsquo;impression d&rsquo;une force gigantesque install\u00e9e en France, en cela v\u00e9ritable simulacre<\/strong>. Les consignes du pouvoir politique d&rsquo;acclamation et de publicit\u00e9 exalt\u00e9es de l&rsquo;aide US font le reste, dans une occurrence o&ugrave; les chefs militaires les plus exp\u00e9riment\u00e9s ne sont parfois pas en reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(La phrase de P\u00e9tain apr\u00e8s sa prise du commandement en chef et l&rsquo;apaisement des mutineries en juin-juillet 1917 pour r\u00e9sumer sa strat\u00e9gie, &mdash; &laquo; <em>J&rsquo;attends les chars et les Am\u00e9ricains<\/em> &raquo;, &ndash; est extr\u00eamement malheureuse, parce qu&rsquo;\u00e0 moiti\u00e9 vraie et \u00e0 moiti\u00e9 fausse : qu&rsquo;il ait attendu les chars, tout le monde le comprend et partage cette attente, d&rsquo;autant que les Fran\u00e7ais produisent les meilleurs chars, tr\u00e8s rapidement, et sont les plus habiles \u00e0 en comprendre l&#8217;emploi et l&rsquo;efficacit\u00e9. Mais \u00ab\u00a0attendre les Am\u00e9ricains\u00a0\u00bb ? A part l&rsquo;apport psychologique de cette attente en 1917 o&ugrave; le moral fran\u00e7ais \u00e9tait tr\u00e8s atteint, c&rsquo;\u00e9tait bien inutile et l&rsquo;on comprend ais\u00e9ment que le but prioritaire de Pershing en France \u00e9tait de constituer et de garder \u00e0 tout pris l&rsquo;autonomie de son arm\u00e9e de l&#8217;emprise des Alli\u00e9s, pour imposer \u00e0 Washington D.C. le fait accompli de l&rsquo;installation d&rsquo;une grande institution militaire. Pour le reste, Pershing comme Wilson \u00e9tait persuad\u00e9 que la guerre durerait jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de 1919 et consacrerait op\u00e9rationnellement la pr\u00e9dominance institutionnelle de l&rsquo;U.S. Army.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;entreprise de la construction du mythe de l&rsquo;invincibilit\u00e9 de la puissance de l&rsquo;am\u00e9ricanisme (utilement compl\u00e9t\u00e9 par le \u00ab\u00a0d\u00e9clinisme\u00a0\u00bb fran\u00e7ais d\u00e9bouchant sur l&rsquo;auto-flagellation actuelle) qui va empoisonner tout le XX\u00e8me si\u00e8cle jusqu&rsquo;\u00e0 nous, et qui se poursuit en ce d\u00e9but de XXI\u00e8me si\u00e8cle, cette construction s&rsquo;ach\u00e8ve par la faute majeure du pouvoir politique, notamment le fran\u00e7ais qui ne semble pas avoir r\u00e9alis\u00e9 que <strong>la puissance fran\u00e7aise sur le terrain lui donnait la capacit\u00e9 d&rsquo;imposer une nouvelle situation strat\u00e9gique pour la victoire, qui aurait totalement modifi\u00e9 la suite<\/strong>. Les grands chefs militaires (Foch, P\u00e9tain, Mangin, Castelnau) jug\u00e8rent catastrophique que l&rsquo;armistice ait emp\u00each\u00e9 &laquo; <em>la puissante offensive en Lorraine<\/em> [sous les ordres de Castelnau]<em>, avec les VIII<sup>\u00e8me<\/sup> et X<sup>\u00e8me<\/sup> arm\u00e9es fran\u00e7aises, regroupant 20 divisions et 600 chars. Ce coup de gr\u00e2ce devant permettre d&rsquo;envahir l&rsquo;Allemagne, uniquement avec des unit\u00e9s fran\u00e7aises, n&rsquo;aura pas lieu<\/em>. [&#8230; Les chefs militaires] <em>estiment que c&rsquo;est une faute capitale d&rsquo;annuler cette offensive. En effet, l&rsquo;Allemagne pr\u00e9serve pour le moment son territoire de toute occupation \u00e9trang\u00e8re, donnant ainsi le sentiment \u00e0 la population et \u00e0 ses militaires qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement vaincue<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les pacifistes sont satisfaits de terminer au plus vite \u00ab\u00a0la der des ders\u00a0\u00bb et, quant aux autres dont nous-m\u00eames, nous h\u00e9rit\u00e2mes de Hitler &#038; le reste en prime.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Note<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(*) <em>Le Mythe du Sauveur Am\u00e9ricain<\/em> &ndash; <em>Essai sur une imposture historique<\/em> de Dominique Lormier, \u00e9ditions Pierre de Taillac, Paris 2017.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Am\u00e9ricains &#038; 14-18 Ce texte divis\u00e9 en trois parties comprend deux parties datant du 23 juin 2008 et la troisi\u00e8me sur Le mythe du Sauveur am\u00e9ricain datant du 14 juin 2017, le tout s&rsquo;attachant au th\u00e8me des Am\u00e9ricains par rapport \u00e0 la Grande Guerre, notamment du point de vue de leurs rapports avec les&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[18660,831,18659,3695,2631,7640,2891,2645,3601,2622,3920,1012,6634,8296,6635,3134,2860],"class_list":["post-78283","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-18660","tag-a","tag-belleau","tag-bois","tag-de","tag-doughty","tag-grande","tag-guerre","tag-historiens","tag-la","tag-lafayette","tag-lind","tag-marne","tag-mythe","tag-pershing","tag-robert","tag-victoire"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78283","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78283"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78283\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78283"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78283"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78283"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}