{"id":78287,"date":"2018-11-07T14:56:03","date_gmt":"2018-11-07T14:56:03","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/11\/07\/extraits-desames\/"},"modified":"2018-11-07T14:56:03","modified_gmt":"2018-11-07T14:56:03","slug":"extraits-desames","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/11\/07\/extraits-desames\/","title":{"rendered":"Extraits des\u00a0<em>\u00c2mes<\/em>"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Extraits des <em>&Acirc;mes<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous donnons ci-dessous deux extraits de la derni\u00e8re (sixi\u00e8me) partie du texte de l&rsquo;album photographique <em>Les \u00e2mes de Verdun<\/em>. (Nous proposons cet album <a href=\"http:\/\/www.edde.eu\/publication-les_ames_de_verdun.html\">ici<\/a>, ou bien sous forme de <a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/%C3%82mes-Verdun-Philippe-GRasset\/dp\/2960206215\/ref=sr_1_1?ie=UTF8&#038;qid=1521140716&#038;sr=8-1&#038;keywords=les+ames+de+verdun\">livre non-illustr\u00e9<\/a>.) Le premier extrait concerne l&rsquo;Allemagne avant la guerre, le second d\u00e9veloppe quelques observations de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre  continu\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 nous. Ce texte est le septi\u00e8me d&rsquo;une s\u00e9rie de dix reprises du site <em>dedefensa.org <\/em>(plus un in\u00e9dit), concernant la Grande Guerre. Cette s\u00e9rie nous m\u00e8nera jusqu&rsquo;au 11-novembre, date du centenaire de la fin de ce conflit.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;Allemagne, \u00ab\u00a0chaudi\u00e8re europ\u00e9enne\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">(Extraits des <em>&Acirc;mes de Verdun<\/em>, Sixi\u00e8me Partie)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Oui, pourquoi la Grande Guerre a-t-elle eu lieu ? Continuer \u00e0 r\u00f4der sur les lieux du crime apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9vocation du climat fran\u00e7ais revient n\u00e9cessairement \u00e0 se tourner vers l&rsquo;Allemagne. Nous restons fid\u00e8les \u00e0 notre m\u00e9thode, \u00e9cartant les explications rationnelles recuites aux id\u00e9ologies coriaces de nos illusions modernistes, nous attachant aux grands r\u00e9v\u00e9lateurs des trag\u00e9dies humaines que sont la psychologie et la culture, pour continuer \u00e0 explorer le \u00ab\u00a0climat\u00a0\u00bb d&rsquo;une \u00e9poque comme l&rsquo;on parle de l&rsquo;environnement qui enferme certaines \u00e2mes et forge les volont\u00e9s. Il nous semble que cet extrait d&rsquo;une lettre d&rsquo;un Allemand \u00e0 un Allemand, de Rathenau retour d&rsquo;Angleterre apr\u00e8s une visite de plusieurs capitales europ\u00e9ennes, adress\u00e9e au prince von B\u00fclow, sonne comme une description \u00ab\u00a0climatique\u00a0\u00bb qui est comme une r\u00e9ponse \u00e0 Jules Isaac :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Il y a un autre facteur important, auquel en Allemagne nous ne pr\u00eatons pas toujours attention : c&rsquo;est l&rsquo;impression que fait l&rsquo;Allemagne vue du dehors ; on jette le regard sur cette<\/em> <strong><em>chaudi\u00e8re europ\u00e9enne<\/em><\/strong> (<em>c&rsquo;est moi qui souligne<\/em> [\u00e9crit von Bulow, en commentaire de la lettre de Rathenau])<em>, on y voit, entour\u00e9e de nations qui ne bougent plus, un peuple toujours au travail et capable d&rsquo;une \u00e9norme expansion physique ; huit cent mille Allemands de plus chaque ann\u00e9e ; \u00e0 chaque lustre, un accroissement presque \u00e9gal \u00e0 la population des pays scandinaves ou de la Suisse ; et l&rsquo;on se demande combien de temps la France, o&ugrave; se fait le vide, pourra r\u00e9sister \u00e0 la pression atmosph\u00e9rique de cette population.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certes, l&rsquo;Allemagne est pos\u00e9e comme une \u00e9norme dynamo au centre de l&rsquo;Europe, une \u00e9norme b\u00eate m\u00e9canique qui scande, hal\u00e8te, mugit, produit et grandit, et forcit, et gronde comme le feu d&rsquo;une chaudi\u00e8re g\u00e9ante, et chante sa puissance&hellip; Le ph\u00e9nom\u00e8ne est allemand parce que l&rsquo;Allemagne en rend compte \u00e0 merveille, avec tout son poids, mais il n&rsquo;est pas sp\u00e9cifiquement allemand. Un de nos auteurs favoris pour la description du ph\u00e9nom\u00e8ne est l&rsquo;universitaire canadien d&rsquo;origine lettonne, Modris Eksteins. Dans son <em>Sacre du Printemps<\/em>, qu&rsquo;il sous-titre <em>La Grande Guerre et la naissance de la modernit\u00e9<\/em>, Eksteins d\u00e9crit effectivement cette Allemagne imp\u00e9riale, si souvent d\u00e9peinte comme lourdaude et inextricablement r\u00e9actionnaire, comme l&rsquo;exact contraire de cette image d&rsquo;Epinal. Eksteins fait une place minimale, sinon inexistante \u00e0 la France, &ndash; bien que sa Pr\u00e9face fasse une r\u00e9f\u00e9rence symbolique imm\u00e9diate, comme un signe \u00e0 notre propos dont lui-m\u00eame n&rsquo;aurait gu\u00e8re eu la conscience, \u00e0 la bataille de Verdun, \u00e0 l&rsquo;Ossuaire et \u00e0 ses morts. Mais c&rsquo;est tout pour l&rsquo;essentiel&#8230; Pour l&rsquo;essentiel en effet, celui de Modris Eksteins, la guerre oppose l&rsquo;Allemagne et l&rsquo;Angleterre. C&rsquo;est la description qu&rsquo;il fait de l&rsquo;Allemagne qui nous int\u00e9resse, tout en tenant \u00e0 distance le fondement du propos (Allemagne contre Angleterre), pour y revenir \u00e0 son heure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans l&rsquo;espace de temps historique qui s\u00e9pare la guerre de 1870-71 et la Grande Guerre, voici que l&rsquo;Europe est emport\u00e9e par le rythme de la puissance, de l&rsquo;\u00e9volution rythm\u00e9e vers la puissance comme une gigantesque pulsation, d&rsquo;un Empire qui va passer en moins de quarante ans de 42,5 (1875) \u00e0 65 millions d&rsquo;habitants (1913), qui va transformer sa population rurale encore paisible en une population urbaine tendue vers un avenir aussi grand qu&rsquo;un continent, qui va d\u00e9velopper tous les grands domaines de la puissance industrielle qui s&rsquo;impose, qui va \u00e9pouser l&rsquo;\u00e2ge du fer et de l&rsquo;acier. L&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;expansion allemande de la p\u00e9riode, et l&rsquo;aire que s&rsquo;am\u00e9nage ainsi cet Empire, sont en tous points comparables \u00e0 la mont\u00e9e de la puissance am\u00e9ricaine du <em>Gilded Age<\/em>, presque en parall\u00e8le, comme un double. Ce n&rsquo;est pas un hasard. Comme en Am\u00e9rique, il na&icirc;t une nervosit\u00e9 allemande qui va devenir fi\u00e8vre, ce sera une \u00ab\u00a0fi\u00e8vre intense\u00a0\u00bb comme on dit alors de l&rsquo;Am\u00e9rique, qui est cette sensation du mouvement n\u00e9cessaire, du mouvement cr\u00e9ateur, et, d&rsquo;autre part, dans la pratique des situations g\u00e9opolitiques, de la <em>flucht nach vorne<\/em> (\u00ab\u00a0fuite en avant\u00a0\u00bb). L&rsquo;Allemagne est moderniste et postmoderne selon notre d\u00e9finition ; en m\u00eame temps qu&rsquo;elle accomplit sa modernit\u00e9, quasiment au nom de l&rsquo;Europe et plac\u00e9e au c&oelig;ur de l&rsquo;Europe, elle est d\u00e9j\u00e0 demain, dans le temps postmoderne ; \u00e0 la fois aujourd&rsquo;hui et demain, dans le m\u00eame temps devrais-je dire, et, finalement, faisant son choix et &mdash; qui en douterait &mdash; abandonnant le pass\u00e9, comme les Am\u00e9ricains eux-m\u00eames font, selon les sympt\u00f4mes de la n\u00e9vrose identifi\u00e9s par le docteur Beard. (Le docteur Beard, psychiatre, identifie le premier la n\u00e9vrose en 1879. Il la caract\u00e9rise aussit\u00f4t comme une perte de r\u00e9f\u00e9rences et il la qualifie simplement et \u00e9videmment de \u00ab\u00a0mal am\u00e9ricain\u00a0\u00bb parce que ce mal est d&rsquo;abord sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique : &laquo;<em>Notre immunit\u00e9 contre la nervosit\u00e9 et les maladies nerveuses, nous l&rsquo;avons sacrifi\u00e9e \u00e0 la civilisation. En effet, nous ne pouvons pas avoir la civilisation et tout le reste ; dans notre marche en avant, nous perdons de vue, et perdons en effet, la r\u00e9gion que nous avons travers\u00e9e.<\/em>&raquo; Le docteur Beard est, volontairement ou non, psychologue \u00e0 la fa\u00e7on de Nietzsche qui se qualifiait lui-m\u00eame de \u00ab\u00a0psychologue\u00a0\u00bb plut\u00f4t que de philosophe, de \u00ab\u00a0m\u00e9decin de l&rsquo;\u00e2me\u00a0\u00bb, tenant que le philosophe devant l&rsquo;\u00e9poque moderniste, doit se comporter comme Hippocrate au chevet de son malade.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e0-dessus, l&rsquo;art, la culture, la cr\u00e9ation moderniste ne peuvent que se d\u00e9cha&icirc;ner, dans un Berlin qui ressemble \u00e0 une ville am\u00e9ricaine (Rathenau l&rsquo;appelle \u00ab\u00a0Chicago sur Spree\u00a0\u00bb). Les deux pan-expansionnismes &ndash; le pangermanisme et le pan-am\u00e9ricanisme que l&rsquo;histoire arrangeante d\u00e9finira de fa\u00e7on bien diff\u00e9rente, selon les n\u00e9cessit\u00e9s des conformismes de l&rsquo;\u00e9poque &ndash; ont des correspondances qui vont par-del\u00e0 les mers. C&rsquo;est le rythme, la \u00ab\u00a0vie intense\u00a0\u00bb, la force dynamique du modernisme, et puis voici la culture, et pas n&rsquo;importe laquelle, la culture audacieuse, cr\u00e9atrice, avant-gardiste et d\u00e9structurante, &ndash; surtout cela, avec sa \u00ab\u00a0vertu d\u00e9structurante\u00a0\u00bb ; cette culture caract\u00e9ris\u00e9e par la \u00ab\u00a0vertu d\u00e9structurante\u00a0\u00bb, qui est \u00e0 la fois lourde, effrayante et contraignante comme un rouleau-compresseur et, en m\u00eame temps, qui est une subtile chimie qui va accomplir la fusion n\u00e9cessaire du mat\u00e9rialisme et de la spiritualit\u00e9 en un emportement postmoderniste. C&rsquo;est plus que jamais <em>flucht nach vorne<\/em>. C&rsquo;est la fusion extraordinaire entre la puissance colossale de la modernit\u00e9 industrielle, la <em>Technik<\/em> qu&rsquo;affectionnent les Allemands (comme, bient\u00f4t, les Am\u00e9ricains v\u00e9n\u00e8rent la technologie, c&rsquo;est la m\u00eame chose et le parall\u00e9lisme se poursuit), et de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 la spiritualit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lan de l&rsquo;Empire, de l&rsquo;\u00e9lan naturellement pangermaniste. Nietzsche ricane de cette contradiction bien allemande, la marche forc\u00e9e \u00e0 la spiritualit\u00e9 et le d\u00e9veloppement tr\u00e8s mat\u00e9riel de la puissance de la <em>Technik<\/em>, et il ne doute pas que la victime sera l&rsquo;esprit (<em>Geist<\/em>). Comment ne pas croire que l&rsquo;on va vers un choc, une rupture, une catharsis, &mdash; et que cela sera la guerre parce que la guerre fait l&rsquo;affaire, et m\u00eame, encore plus, qu&rsquo;il n&rsquo;y a que la guerre qui fasse l&rsquo;affaire ? M\u00eame les t\u00e9moins du temps, sans rechercher une explication conceptuelle d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement qui n&rsquo;est pas encore accompli, rendent compte d&rsquo;une impression qui en est proche simplement en constatant l&rsquo;\u00e9vidence quotidienne qui se d\u00e9veloppe sous leurs yeux (la \u00ab\u00a0chaudi\u00e8re europ\u00e9enne\u00a0\u00bb de Rathenau).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Eksteins nous montre la fi\u00e8vre qui s&#8217;empare de Berlin et de l&rsquo;Allemagne, et surtout cette fi\u00e8vre cr\u00e9atrice, presque artistique. Pour l&rsquo;Allemagne, cette guerre est la poursuite et l&rsquo;apog\u00e9e de l&rsquo;\u00e9lan qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et qui la conduit \u00e0 ce terme ; la guerre n&rsquo;est pas attendue pour d\u00e9fendre quelque chose, une culture, une conception de la civilisation (on \u00e9noncera ces billeves\u00e9es plus tard, dans le cours du conflit, contraint par la propagande) ; la guerre est en elle-m\u00eame fusion de la culture, accouchement d&rsquo;une nouvelle civilisation, parce qu&rsquo;elle est mouvement, force, \u00e9lan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Pour l&rsquo;Allemagne, la guerre est donc \u00ab\u00a0eine innere Notwendigkeit\u00a0\u00bb, une n\u00e9cessit\u00e9 spirituelle,<\/em> poursuit Modris. <em>C&rsquo;est une qu\u00eate d&rsquo;authenticit\u00e9, de v\u00e9rit\u00e9, d&rsquo;accomplissement de soi, de ces valeurs \u00e9voqu\u00e9es par l&rsquo;avant-garde avant le conflit, et un combat contre tout ce \u00e0 quoi celle-ci s&rsquo;est attaqu\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire le mat\u00e9rialisme, l&rsquo;hypocrisie et la tyrannie.<\/em> [&#8230;] <em>La guerre devient synonyme d&rsquo;\u00e9mancipation et de libert\u00e9, \u00ab\u00a0Befreiungs\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Freiheitskampf\u00a0\u00bb. Pour Carl Zuckmayer, c&rsquo;est \u00ab\u00a0une lib\u00e9ration par rapport \u00e0 la petitesse et \u00e0 la mesquinerie bourgeoises\u00a0\u00bb. Franz Schauwecker la consid\u00e8re comme &quot;des vacances de la vie\u00a0\u00bb.<\/em> [&#8230;] <em>Pour<\/em> [Emil] <em>Ludwig comme pour bien d&rsquo;autres, le monde s&rsquo;est transform\u00e9 du jour au lendemain. \u00ab\u00a0La guerre l&rsquo;a rendu beau\u00a0\u00bb, dira plus tard Ernst Glaeser, dans son roman Jahrgang 1902. L&rsquo;instant faustien auquel Wagner, Diaghilev et tant d&rsquo;autres artistes modernes cherchent \u00e0 acc\u00e9der par leurs &oelig;uvres, est donn\u00e9 \u00e0 tout un peuple. \u00ab\u00a0Cette guerre est un plaisir esth\u00e9tique sans \u00e9gal\u00a0\u00bb, dit l&rsquo;un des personnages de Glaeser.<\/em>&raquo; Ainsi Eksteins termine-t-il ce chapitre de son livre sur l&rsquo;entr\u00e9e en guerre de l&rsquo;Allemagne. En entrant dans la guerre, sugg\u00e8re-t-il, l&rsquo;Allemagne met en sc\u00e8ne son sacre du printemps, \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;&oelig;uvre de Stravinsky cr\u00e9\u00e9e l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente (\u00e0 Berlin, pas \u00e0 Paris), qui semblait, tant par la musique que par la danse avec Nijinski, devoir r\u00e9volutionner l&rsquo;art, transmuter le monde en quelque chose de compl\u00e8tement nouveau, r\u00e9ussir cette transmutation, retrouver la sauvagerie originelle de l&rsquo;\u00eatre et la transformer en une cr\u00e9ation d&rsquo;une haute civilisation comme jamais vue dans l&rsquo;Histoire. Pour l&rsquo;Allemagne n\u00e9e \u00ab\u00a0par le fer et par le sang\u00a0\u00bb de Otto von Bismarck, ao&ucirc;t 1914 est une apog\u00e9e, une cr\u00e9ation absolument extraordinaire de l&rsquo;avenir, une cr\u00e9ation postmoderniste ; l&rsquo;Allemagne en ao&ucirc;t 1914, c&rsquo;est la nation moderne qui cr\u00e9e l&rsquo;avenir et devient postmoderne, qui devient son propre lendemain en m\u00eame temps qu&rsquo;elle est son aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Allemagne de la dimension progressiste puis moderniste qui a accompagn\u00e9, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur d&rsquo;elle-m\u00eame, sa r\u00e9putation tout au long du processus de son affirmation nationale et imp\u00e9riale qui m\u00e8ne de 1848-1862 \u00e0 1914. Le moment semble se concentrer en cet instant o&ugrave; la r\u00e9alit\u00e9, soudain transfigur\u00e9e, rencontre le r\u00eave et se r\u00e9alise en lui, et bien s&ucirc;r fait du r\u00eave la nouvelle r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et l&rsquo;on songe, \u00e0 lire ces remarques et \u00e0 m\u00e9diter ces r\u00e9flexions, que c&rsquo;est comme par hasard que l&rsquo;Allemagne ait, sur son chemin, trouv\u00e9 la France. Les deux nations montaient au front, dans ces journ\u00e9es torrides d&rsquo;ao&ucirc;t 14, mais elles n&rsquo;\u00e9taient pas du m\u00eame univers. La guerre qui en r\u00e9sulta fut, comme on s&rsquo;en serait dout\u00e9, une guerre terrible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Verdun, ou la r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale<\/h2>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">(Extrait des <em>&Acirc;mes de Verdun<\/em>, Sixi\u00e8me Partie)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Avec la bataille de Verdun, en v\u00e9rit\u00e9, ils entr\u00e8rent, secou\u00e9s par un fracas \u00e9pouvantable, accabl\u00e9s de souffrances indescriptibles, dans le vrai conflit de nos temps historiques et modernistes. Est-ce donc cela, cette bataille qui n&rsquo;a pas de sens ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Paul Val\u00e9ry, dans son discours de r\u00e9ception du mar\u00e9chal P\u00e9tain \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, en 1931, marqua son extr\u00eame compr\u00e9hension de ce que fut la bataille, lorsqu&rsquo;il parla d&rsquo;&laquo;<em>une guerre toute enti\u00e8re ins\u00e9r\u00e9e dans la Grande Guerre<\/em>&raquo;. En avril 1919, il avait conceptualis\u00e9 par avance son propos, dans sa <em>Crise de l&rsquo;esprit<\/em>, que tous nous retenons pour sa premi\u00e8re phrase fameuse (&laquo;<em>Nous, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles<\/em>&raquo;), qui nous dit que &laquo;<em>nous voyons maintenant que l&rsquo;ab&icirc;me de l&rsquo;histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu&rsquo;une civilisation a la m\u00eame fragilit\u00e9 qu&rsquo;une vie<\/em>&raquo;. Ne para&icirc;t-il pas \u00e9crire pour notre Verdun lorsqu&rsquo;il \u00e9crit encore : &laquo;<em>Ainsi la Pers\u00e9polis spirituelle n&rsquo;est pas moins ravag\u00e9e que la Suse mat\u00e9rielle. Tout n&rsquo;est pas perdu, mais tout s&rsquo;est senti p\u00e9rir<\/em>.&raquo; De la crise de l&rsquo;esprit, il disait qu&rsquo;elle &laquo;<em>prend les apparences les plus trompeuses,<\/em> [&#8230;elle] <em>laisse difficilement saisir son v\u00e9ritable point, sa phase<\/em>&raquo; ; ainsi ce conflit terrible, avec Verdun en son c&oelig;ur, marque-t-il un point de rupture o&ugrave; &laquo;[u]<em>n frisson extraordinaire a couru la moelle de l&rsquo;Europe<\/em>&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le d\u00e9bat \u00e9tait ouvert et il se poursuivrait tout au long des ann\u00e9es 1920. Il n&rsquo;a pas pour th\u00e8me la politique du temps ni l&rsquo;id\u00e9ologie mais le fondement de la civilisation. La France est au premier rang, face aux Etats-Unis. Elle s&rsquo;\u00e9tait tourn\u00e9e, pour la jauger et la juger, vers cette puissante nouvelle recrue de la modernit\u00e9, qui affirmait partout son h\u00e9g\u00e9monie depuis que la Grande Guerre lui en avait laiss\u00e9 l&rsquo;opportunit\u00e9. En 1931, dans un livre qui recueillait l&rsquo;avis de plus de 250 intellectuels, en majorit\u00e9 fran\u00e7ais, r\u00e9unis sur la question de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, G\u00e9rard de Catalogne \u00e9crivit en pr\u00e9face de son <em>Dialogue entre deux mondes<\/em> : &laquo;<em>Nous avons eu l&rsquo;\u00e9poque romaine et grecque ; nous vivons aujourd&rsquo;hui l&rsquo;\u00e9poque am\u00e9ricaine et il n&rsquo;est pas t\u00e9m\u00e9raire d&rsquo;\u00e9crire que les principes de la vie sont chang\u00e9s depuis la guerre par l&#8217;emprise des &Eacute;tats-Unis. Nous traversons une p\u00e9riode de transformations historiques, de d\u00e9s\u00e9quilibre mondial qui s&rsquo;accentue au d\u00e9triment de ceux qui n&rsquo;ont pas assez d&rsquo;\u00e9nergie pour se d\u00e9fendre&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La modernit\u00e9 avait choisi un nouveau champion, apr\u00e8s avoir us\u00e9 et abus\u00e9 de la puissance allemande. Au fracas des canons succ\u00e9dait le fracas des cha&icirc;nes de production dont Charlot allait tirer son chef d&rsquo;&oelig;uvre des Temps Modernes. Deux jeunes historiens fran\u00e7ais nomm\u00e8rent cela \u00ab\u00a0<em>De Descartes \u00e0 Ford<\/em>\u00ab\u00a0, ou \u00ab\u00a0<em>Descartes descendu dans la rue<\/em>\u00ab\u00a0, pour d\u00e9signer cette perversion de la raison par la machine, ou la manipulation de la rationalit\u00e9 cart\u00e9sienne par \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;\u00e9conomie de force<\/em>\u00ab\u00a0. Arnaud Dandieu et Robert Aron \u00e9crivirent, dans D\u00e9cadence de la nation fran\u00e7aise, en 1931 encore : &laquo;<em>Enfin Descartes est descendu dans la rue avec l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;industrialisme et du taylorisme. Ainsi par un lent avilissement, la m\u00e9thode cart\u00e9sienne, perdant de plus en plus sa valeur individuelle et sa force r\u00e9volutionnaire, s\u00e9par\u00e9e de tout germe vivant, a pris un nom particulier. Elle s&rsquo;appelle &Eacute;tats-Unis. Tant il est vrai que les conflits les plus profonds et les plus m\u00e9taphysiques doivent t\u00f4t ou tard s&rsquo;exprimer dans l&rsquo;imm\u00e9diat et le quotidien&hellip;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet affrontement des conceptions forme le c&oelig;ur de notre crise de civilisation, celle que d\u00e9signe Val\u00e9ry. Dans le sens m\u00e9taphysique que d\u00e9finissent Dandieu-Aron, il prolonge Verdun per\u00e7u dans sa v\u00e9ritable dimension, au-del\u00e0 des seuls antagonismes nationaux, au-del\u00e0 de la brutalit\u00e9 des armes, au-del\u00e0 de la Grande Guerre. Il porte les mises en cause les plus fondamentales, les plus d\u00e9cisives, il rythme l&rsquo;\u00e9veil terrible des consciences, il se fait miroir d&rsquo;une civilisation saisie d&rsquo;une angoisse ontologique. Il s&rsquo;interrompra rapidement, disons autour de 1934-1935, avec la brutale irruption sur la sc\u00e8ne du monde des affrontements id\u00e9ologiques. Nous d\u00e9battrons alors, sous le couvert des pr\u00e9occupations de vertu, de la fa\u00e7on la plus rapide d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer notre d\u00e9cadence et notre chute dans le d\u00e9sordre. Nous ferons une nouvelle Guerre mondiale, encore plus sanglante, plus tueuse que la Grande Guerre. Nous ferons la Guerre froide, o&ugrave; nous croirons avoir trouv\u00e9 la formule \u00e9trange de nous imposer \u00e0 nous-m\u00eames la paix sous la menace de l&rsquo;an\u00e9antissement total et r\u00e9ciproque. Avec la chute fantomatique du communisme, les hommes croiront \u00e0 la \u00ab\u00a0fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb, selon le mot aussi mal compris que vite popularis\u00e9 du philosophe du d\u00e9partement d&rsquo;E\u00e9tat am\u00e9ricain Francis Fukuyama. Les \u00e9v\u00e9nements se pr\u00e9cipiteront, des plus grandes ivresses aux plus extr\u00eames violences, &ndash; et nous voici entrant dans le XXI\u00e8me si\u00e8cle, dans le troisi\u00e8me mill\u00e9naire. C&rsquo;est alors que nous d\u00e9couvrons que ces \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames, les \u00ab\u00a0crises syst\u00e9miques\u00a0\u00bb comme nous commen\u00e7ons \u00e0 nommer ces choses incontr\u00f4lables, avec la plus redoutable d&rsquo;entre toutes, la plus incontr\u00f4lable, la plus eschatologique, la \u00ab\u00a0crise climatique\u00a0\u00bb n\u00e9e du r\u00e9chauffement climatique d&ucirc; aux activit\u00e9s industrielles de notre civilisation et \u00e0 son \u00ab\u00a0choix du feu\u00a0\u00bb, nous d\u00e9couvrons que ces \u00e9v\u00e9nements nous ram\u00e8nent au d\u00e9bat du \u00ab\u00a0Descartes descendu dans la rue\u00a0\u00bb, \u00e0 la <em>Crise de l&rsquo;esprit<\/em> de Val\u00e9ry en remontant dans le temps, enfin \u00e0 Verdun qui fut l&rsquo;origine de notre p\u00e9riple et qui en est le terme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une \u00e9poque plus tard, c&rsquo;est-\u00e0-dire presque un si\u00e8cle en v\u00e9rit\u00e9, les m\u00eames angoisses nous saisissent. Le sentiment est si pressant que nous irions jusqu&rsquo;\u00e0 croire, et m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 penser qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un sentiment similaire, \u00e9quivalent en tension et en substance, \u00e0 celui de vide affreux et d&rsquo;effondrement des r\u00e9f\u00e9rences et des lignes d&rsquo;horizon qui a saisi le soldat de Verdun au milieu de son univers boulevers\u00e9 par la mitraille. Peut-\u00eatre certains d&rsquo;entre nous r\u00e9alisent-ils qu&rsquo;ils ressentirent cette proximit\u00e9 improbable et pourtant si \u00e9vidente \u00e0 y penser, lorsqu&rsquo;ils d\u00e9couvrirent Verdun et son vaste domaine, sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 retrouv\u00e9e et les \u00e9chos lointains du d\u00e9sordre entropique et d\u00e9structurant de la bataille. En ce sens retrouv\u00e9 des urgences qui nous pressent, notre \u00e9poque est une bataille \u00e0 l&rsquo;image de celle de Verdun. D&rsquo;une bataille l&rsquo;autre, un pont s&rsquo;est \u00e9rig\u00e9 fermement entre la bataille et nous, dans notre d\u00e9but de mill\u00e9naire, pour nous instruire d&rsquo;une continuit\u00e9 qui se joue des \u00e2ges, des modes et des convenances. Il n&rsquo;y a rien de plus moderne, au sens si enrichi de l&rsquo;antimoderne comme nous l&rsquo;avons rencontr\u00e9, que la bataille de Verdun, rien de plus actuel, rien de plus pr\u00e9sent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est une \u00e9trange conclusion qui, lorsqu&rsquo;elle vous a effleur\u00e9, vous devient rapidement si ch\u00e8re et ne vous quitte plus. Le caract\u00e8re essentiel de cette bataille, c&rsquo;est l&rsquo;agression du d\u00e9sordre de la modernit\u00e9 d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e concentr\u00e9e en un espace si d\u00e9limit\u00e9 mais si fortement diversifi\u00e9, comme si le d\u00e9sordre attaquait un monde en soi, form\u00e9 et accompli, fermement et harmonieusement appuy\u00e9 sur son pass\u00e9 et ses traditions, sur son labeur, sur son horizon d&rsquo;esp\u00e9rance, &ndash; et ce monde-l\u00e0, au prix de souffrances si affreuses qu&rsquo;elles conduiraient au d\u00e9sespoir si les \u00e2mes ne veillaient, ce monde a r\u00e9sist\u00e9. C&rsquo;est un pr\u00e9c\u00e9dent qui habille soudain d&rsquo;une substance exceptionnelle cette phrase \u00e9trange et tr\u00e8s belle de Jean Anouilh, que j&rsquo;avais trouv\u00e9e en citation dans mon agenda, cette ann\u00e9e-l\u00e0, qui pourrait s&rsquo;appliquer \u00e0 Verdun visit\u00e9 et revisit\u00e9 : &laquo;<em>Vous ne le savez pas, vous autres, mais tout au bout du d\u00e9sespoir il y a une blanche clairi\u00e8re o&ugrave; l&rsquo;on est presque heureux.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, nous subissons des attaques et des agressions dont la substance, au fond, est semblable \u00e0 celles que subirent les soldats de Verdun. Comme eux, nous sommes menac\u00e9s des plus terribles destin\u00e9es, et leur sacrifice nous en avertit jusqu&rsquo;au bout de leur martyre. Comme eux, nous regardons au fond des yeux le monstre qui p\u00e8se sur nous, cette m\u00e9canique terrible qui brise les structures de notre monde et de notre civilisation. Aujourd&rsquo;hui, nous savons que la temp\u00eate de ferraille qui \u00e9crase le champ de la bataille a quelque chose de commun avec cette temp\u00eate de d\u00e9sordre qui \u00e9crase notre \u00e9poque, la violence du fer et du feu passant du champ de la bataille au champ de l&rsquo;univers. A Verdun, sur le champ de la bataille, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 du murmure des \u00e2mes d\u00e9sormais apais\u00e9es, vous vient l&rsquo;image qui transcende l&rsquo;enqu\u00eate sans but de nos pauvres m\u00e9moires d&rsquo;une bataille de Verdun devenue bataille d\u00e9sincarn\u00e9e, bataille symbolique d\u00e9passant son \u00e2ge. Vous comprenez alors que, dans cette bataille, dans ces terribles trois cents jours, l&rsquo;ouragan de mitraille et de feu avait \u00e9chapp\u00e9 aux hommes; comme la folie vous prive de votre conscience de soi en lui donnant le loisir terrible de s&rsquo;\u00e9chapper de vous; et, aussit\u00f4t r\u00e9alis\u00e9e cette vision de Verdun, de m\u00eame aujourd&rsquo;hui nous \u00e9prouvons cette sensation des \u00e9v\u00e9nements et de leur folie qui semblent nous \u00e9chapper, qui nous \u00e9chappent pour soumettre notre destin \u00e0 un Dieu de la machine, \u00e0 un Dieu usurpateur que nous avons nous-m\u00eames machin\u00e9.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extraits des &Acirc;mes Nous donnons ci-dessous deux extraits de la derni\u00e8re (sixi\u00e8me) partie du texte de l&rsquo;album photographique Les \u00e2mes de Verdun. (Nous proposons cet album ici, ou bien sous forme de livre non-illustr\u00e9.) Le premier extrait concerne l&rsquo;Allemagne avant la guerre, le second d\u00e9veloppe quelques observations de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre continu\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 nous. Ce texte est&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[7790,3280,3670,18670,4042,2631,3181,2605,3079,7394,3180,18669,6161,18668],"class_list":["post-78287","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-ames","tag-aron","tag-berlin","tag-chaudiere","tag-dandieu","tag-de","tag-eksteins","tag-etats-unis","tag-europeenne","tag-generale","tag-modris","tag-repetition","tag-verdun","tag-vles"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78287","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78287"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78287\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78287"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78287"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78287"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}