{"id":78293,"date":"2018-11-10T00:12:38","date_gmt":"2018-11-10T00:12:38","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/11\/10\/toutes-les-forets-du-monde\/"},"modified":"2018-11-10T00:12:38","modified_gmt":"2018-11-10T00:12:38","slug":"toutes-les-forets-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/11\/10\/toutes-les-forets-du-monde\/","title":{"rendered":"Toutes les for\u00eats du monde"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Toutes les for\u00eats du monde<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>10 novembre 2018 &ndash; Cela fait plusieurs jours que je soup\u00e8se et suppute d&rsquo;\u00e9crire ce texte que je commence ici et ainsi. Il ordonne une belle et bonne rupture avec l&rsquo;actualit\u00e9 de ces temps amers et d\u00e9sordonn\u00e9s que nous vivons, emport\u00e9s par notre tourbillon de crises, fr\u00f4lant et croisant la folie \u00e0 chaque instant. Je voulais vous parler de ma for\u00eat dont il m&rsquo;arriva parfois de dire quelques mots, comme cette fois o&ugrave; je <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-foret-chante\">l&rsquo;entendis chanter<\/a> de ce bruissement m\u00e9lodieux venu des cieux, des feuilles qui tombent sans un bruit, sans un souffle de vent&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Justement, il s&rsquo;agit de la m\u00eame saison, cette ann\u00e9e de plus en plus retard\u00e9e, la saison de la d\u00e9feuillaison des arbres. Il est vrai que le rythme des saisons en prend \u00e0 son aise et la situation actuelle de la for\u00eat, dont je veux vous parler et qui ne cesse de m&rsquo;enchanter depuis quatre ou cinq jours (je l&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 samedi dernier), est notablement en retard par rapport \u00e0 ce que j&rsquo;avais l&rsquo;habitude d&rsquo;en conna&icirc;tre. Plus encore, ce d\u00e9lai qui laisse les feuillages en l&rsquo;\u00e9tat jusque bien plus tard, permet \u00e0 la sublime lib\u00e9ration des couleurs de l&rsquo;automne de toucher en m\u00eame temps toutes les esp\u00e8ces. Le temps \u00e9tant au grand calme ces derniers jours, quasiment sans le moindre souffle avec le soleil bas qui dispense \u00e0 l&rsquo;aube ses premiers rayons sans la moindre entrave, et ainsi le spectacle est-il achev\u00e9 dans sa plus grande extension possible. \u00ab\u00a0C&rsquo;est un spectacle total\u00a0\u00bb comme disent incidemment les \u00ab\u00a0artistes-communicants\u00a0\u00bb de l&rsquo;Art Contemporain (A.C.).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela est pour dire, quant \u00e0 moi, que, depuis samedi, p\u00e9n\u00e9trer dans cette for\u00eat o&ugrave; toutes les feuilles des caduques se parent des couleurs \u00e9blouissantes qu&rsquo;on conna&icirc;t bien, est l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;en enchantement du monde et de soi-m\u00eame. Je fais ces promenades depuis si longtemps, avec mes compagnons et compagnes successifs, &ndash; <em>Balzac<\/em>, <em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/a-margot-pour-quelle-repose-en-paix\">Margot<\/a><\/em>, <em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/klara-pour-leternite\">Klara<\/a> <\/em>et d\u00e9sormais <em>Marie<\/em>, &ndash; que je me reconnais une grande exp\u00e9rience dans la respiration saisonni\u00e8re de ma for\u00eat, que je connais particuli\u00e8rement ce moment de l&rsquo;enchantement des atours de l&rsquo;automne, lorsque les feuilles sont encore aux arbres et changent leurs parures. Mais jamais, j&rsquo;en suis compl\u00e8tement assur\u00e9, jamais je n&rsquo;ai vu une concentration si grande, un unisson si parfait dans ce mouvement de la nature qui se fait sublime avant de mourir pour se renouveler.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le feuillage est partout si abondant encore, aussi bien dans les branches basses et les arbustes qui font \u00e0 certains moments presque un tunnel au-dessus de mon chemin, ses couleurs sont si vives et si lumineuses, que certains de ces tunnels, \u00e0 l&rsquo;aube, sont comme des tunnels de lumi\u00e8re, d&rsquo;une lumi\u00e8re qui viendraient, non qui vient sans aucun doute d&rsquo;eux-m\u00eames. La for\u00eat qui re\u00e7oit les premiers rayons du soleil, semble vouloir lui tenir la drag\u00e9e haute en diffusant sa propre lumi\u00e8re \u00e0 partir de ces feuillages dont les couleurs changeantes, du jaune \u00e9clatant au beige chatoyant, paraissent comme autant d&rsquo;innombrables petits soleils rassembl\u00e9s pour monter un spectacle o&ugrave; la magie le dispute \u00e0 l&rsquo;enchantement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces promenades quotidiennes ont toujours \u00e9t\u00e9 pour moi un moment important pour l&rsquo;apaisement de l&rsquo;\u00e2me et la lib\u00e9ration de l&rsquo;esprit, un moment pour le vagabondage, un peu sans but et sans cons\u00e9quence ; je parle tout seul, je parle avec <em>Marie <\/em>qui cherche mon regard comme faisaient mes compagnons et compagnes d&rsquo;avant elle, je vaticine pour les grandes choses du monde \u00e0 venir&#8230; Mais depuis samedi, plus rien de pareil : je ne parle que de la for\u00eat et je lui parle bien entendu, je veux dire que je parle \u00e0 la for\u00eat comme si nous \u00e9tions de vieilles connaissances ; je loue sa splendeur, sa beaut\u00e9, son sens du sublime, sa fa\u00e7on qu&rsquo;elle a de vous remonter l&rsquo;\u00e2me ; pour un moment, pour un instant, tous mes \u00e9puisements du caract\u00e8re et du sentiment disparaissent pour laisser place \u00e0 une sorte de joie incompr\u00e9hensible et revigorante. Je songe \u00e0 la phrase de Anouilh, p\u00each\u00e9e je ne sais o&ugrave; et qui semblerait venue de la for\u00eat elle-m\u00eame : &laquo; <em>Vous ne le savez pas, vous autres, mais tout au bout du d\u00e9sespoir il y a une blanche clairi\u00e8re o&ugrave; l&rsquo;on est presque heureux<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mes pens\u00e9es foisonnent, \u00e9lev\u00e9es par la lumi\u00e8re de cette beaut\u00e9 du monde. Je m&rsquo;\u00e9merveille de ce que la nature puisse cr\u00e9er, comme naturellement, autant de beaut\u00e9, la fa\u00e7on qu&rsquo;elle a d&rsquo;aller directement \u00e0 ce qui est beau ; ou bien, tout autrement, je m&rsquo;enchante moi-m\u00eame qu&rsquo;il m&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, par quelque impulsion grandiose et myst\u00e9rieuse, et ext\u00e9rieure \u00e0 moi sans nul doute, une telle sensibilit\u00e9 \u00e0 la beaut\u00e9 ; ou plus simplement encore mais d&rsquo;une fa\u00e7on si fondamentale, qu&rsquo;il me soit donn\u00e9 la possibilit\u00e9 de distinguer d&rsquo;un &oelig;il si assur\u00e9, comme l&rsquo;on dirait de \u00ab\u00a0l&rsquo;&oelig;il de l&rsquo;\u00e2me\u00a0\u00bb, la possibilit\u00e9 de distinguer sans le moindre doute et sans coup f\u00e9rir ce qui est beau et ce qui est la beaut\u00e9 du monde. Car c&rsquo;est bien cela, cette pulsion ext\u00e9rieure qui vous dit et vous entra&icirc;ne \u00e0 dire : \u00ab\u00a0Sans aucun doute, ceci est la beaut\u00e9 du monde ! Prends-en la mesure, petit homme, et fais-en ta pr\u00e9cieuse r\u00e9f\u00e9rence !\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis me vint cette pens\u00e9e \u00e9tonnante, qui ne laisse de me rendre songeur&#8230; Au milieu de cet \u00e9blouissement de lumi\u00e8re de la d\u00e9feuillaison, on trouve quelques persistants \u00e9pars, vert sombre, qui paraissent \u00e0 cet instant, au milieu de tant de lumi\u00e8re, mornes et ternes, et recroquevill\u00e9s sur eux-m\u00eames presque comme s&rsquo;ils \u00e9taient mornes et morts&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Dieu sait que ce n&rsquo;est pas une v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tablie, qu&rsquo;un c\u00e8dre ou un ch\u00eane, qui sont les dieux des arbres persistants, porte en soi la majest\u00e9 et la grandeur des traditions centenaires et m\u00eame mill\u00e9naires&#8230; Je ne parle donc que d&rsquo;un instant o&ugrave; les contrastes et les effets des couleurs et des lumi\u00e8res nous sugg\u00e8rent une autre v\u00e9rit\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors me vient cette pens\u00e9e dont je parle, de m&rsquo;interroger sur cette gr\u00e2ce \u00e9trange de la nature du monde qui organise la plus grande beaut\u00e9, la lumi\u00e8re m\u00eame et l&rsquo;envoutement que je vous ai d\u00e9crit, c&rsquo;est-\u00e0-dire le chant de la vie triomphante dans le chef des feuilles en train de mourir, tandis que ce qui continue \u00e0 vivre le fait dans l&rsquo;apparence de la ternitude et de la mornitude de la mort. Ce n&rsquo;est pas un caprice ni un hasard du monde, cela ; c&rsquo;est la complicit\u00e9 d&rsquo;un instant de magie, pour nous faire supputer que la mort est un simulacre et que r\u00e8gne l&rsquo;&Eacute;ternit\u00e9 qui habille l&rsquo;apparence de la mort des atours d&rsquo;une vie \u00e9blouissante o&ugrave; l&rsquo;on distingue d\u00e9j\u00e0 le printemps du monde&#8230; &Eacute;ternel retour, \u00e9ternel parcours comme soupire <em><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=NqNh3oFWCvg\">L&rsquo;homme de l&rsquo;aube<\/a> <\/em>qui, \u00e0 cet instant, peut enfin oublier sa souffrance et ses d\u00e9sesp\u00e9rances.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toutes les for\u00eats du monde 10 novembre 2018 &ndash; Cela fait plusieurs jours que je soup\u00e8se et suppute d&rsquo;\u00e9crire ce texte que je commence ici et ainsi. Il ordonne une belle et bonne rupture avec l&rsquo;actualit\u00e9 de ces temps amers et d\u00e9sordonn\u00e9s que nous vivons, emport\u00e9s par notre tourbillon de crises, fr\u00f4lant et croisant la&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[11544,6638,18677,18676,12322,15240,13394,11145,13241],"class_list":["post-78293","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-automne","tag-beaute","tag-couleurs","tag-defeuillaison","tag-eternite","tag-klara","tag-lumiere","tag-margot","tag-marie"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78293","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78293"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78293\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78293"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78293"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78293"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}