{"id":78337,"date":"2018-12-04T04:54:14","date_gmt":"2018-12-04T04:54:14","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/12\/04\/victor-hugo-et-les-gilets-jaunes\/"},"modified":"2018-12-04T04:54:14","modified_gmt":"2018-12-04T04:54:14","slug":"victor-hugo-et-les-gilets-jaunes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/12\/04\/victor-hugo-et-les-gilets-jaunes\/","title":{"rendered":"Victor Hugo et les gilets jaunes"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Victor Hugo et les gilets jaunes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;avais compar\u00e9 Macron au prince-pr\u00e9sident Louis-Napol\u00e9on, lui aussi mis l\u00e0 pour rassurer les bourgeois, march\u00e9s, et journalistes. Certes avant la sotte idiotie de Sedan il avait plus fait de bien \u00e0 son pays que le macaron. Mais n&rsquo;est pas Bonaparte qui veut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et puis je suis tomb\u00e9 sur le fameux livre d&rsquo;Hugo Napol\u00e9on Le petit. Il est formidable. Je vous laisse lire : il y a un chapitre qui s&rsquo;appelle &laquo; On se r\u00e9veillera &raquo;. On lit le p\u00e8re de la nation qui s&rsquo;adresse \u00e0 ce peuple souverain et batailleur qui hante la temp\u00eate et se rit du march\u00e9 (dirait Baudelaire).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; ON SE R&Eacute;VEILLERA Mais cela ne sera pas ; on se r\u00e9veillera. Ce livre n&rsquo;a pas d&rsquo;autre but que de secouer ce sommeil. La France ne doit pas m\u00eame adh\u00e9rer \u00e0 ce gouvernement par le consentement de la l\u00e9thargie ; \u00e0 de certaines heures, en de certains lieux, \u00e0 de certaines ombres, dormir, c&rsquo;est mourir. Ajoutons qu&rsquo;au moment o&ugrave; nous sommes, la France, chose \u00e9trange \u00e0 dire et pourtant r\u00e9elle, ne sait rien de ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 le 2 d\u00e9cembre et depuis, ou le sait mal, et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;est l&rsquo;excuse. Cependant, gr\u00e2ce \u00e0 plusieurs publications g\u00e9n\u00e9reuses et courageuses, les faits commencent \u00e0 percer. Ce livre est destin\u00e9 \u00e0 en mettre quelques-uns en lumi\u00e8re, et, s&rsquo;il pla&icirc;t \u00e0 Dieu, \u00e0 les pr\u00e9senter tous sous leur vrai jour. Il importe qu&rsquo;on sache un peu ce que c&rsquo;est que M. Bonaparte. &Agrave; l&rsquo;heure qu&rsquo;il est, gr\u00e2ce \u00e0 la suppression de la tribune, gr\u00e2ce \u00e0 la suppression de la presse, gr\u00e2ce \u00e0 la suppression de la parole, de la libert\u00e9 et de la v\u00e9rit\u00e9, suppression qui a eu pour r\u00e9sultat de tout permettre \u00e0 M. Bonaparte, mais qui a en m\u00eame temps pour effet de frapper de nullit\u00e9 tous ses actes sans exception, y compris l&rsquo;inqualifiable scrutin du 20 d\u00e9cembre, gr\u00e2ce, disons-nous, \u00e0 cet \u00e9touffement de toute plainte et de toute clart\u00e9, aucune chose, aucun homme, aucun fait, n&rsquo;ont leur vraie figure et ne portent leur vrai nom ; le crime de M. Bonaparte n&rsquo;est pas crime, il s&rsquo;appelle n\u00e9cessit\u00e9 ; le guet-apens de M. Bonaparte n&rsquo;est pas guet-apens, il s&rsquo;appelle d\u00e9fense de l&rsquo;ordre ; les vols de M. Bonaparte ne sont pas vols, ils s&rsquo;appellent mesures d&rsquo;&Eacute;tat ; les meurtres de M. Bonaparte ne sont pas meurtres, ils s&rsquo;appellent salut public ; les complices de M. Bonaparte ne sont pas des malfaiteurs, ils s&rsquo;appellent magistrats, s\u00e9nateurs et conseillers d&rsquo;&Eacute;tat ; les adversaires de M. Bonaparte ne sont pas les soldats de la loi et du droit, ils s&rsquo;appellent jacques, d\u00e9magogues et partageux. Aux yeux de la France, aux yeux de l&rsquo;Europe, le 2 d\u00e9cembre est encore masqu\u00e9. Ce livre n&rsquo;est pas autre chose qu&rsquo;une main qui sort de l&rsquo;ombre et qui lui arrache le masque. Allons, nous allons exposer ce triomphe de l&rsquo;ordre ; nous allons peindre ce gouvernement vigoureux, assis, carr\u00e9, fort ; ayant pour lui une foule de petits jeunes gens qui ont plus d&rsquo;ambition que de bottes, beaux fils et vilains gueux ; soutenu \u00e0 la Bourse par Fould le juif, et \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise par Montalembert le catholique ; estim\u00e9 des femmes qui veulent \u00eatre filles et des hommes qui veulent \u00eatre pr\u00e9fets ; appuy\u00e9 sur la coalition des prostitutions ; donnant des f\u00eates ; faisant des cardinaux ; portant cravate blanche et claque sous le bras, gant\u00e9 beurre frais comme Morny, verni \u00e0 neuf comme Maupas, frais bross\u00e9 comme Persigny, riche, \u00e9l\u00e9gant, propre, dor\u00e9, bross\u00e9, joyeux, n\u00e9 dans une mare de sang. Oui, on se r\u00e9veillera ! Oui, on sortira de cette torpeur qui, pour un tel peuple, est la honte ; et quand la France sera r\u00e9veill\u00e9e, quand elle ouvrira les yeux, quand elle distinguera, quand elle verra ce qu&rsquo;elle a devant elle et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, elle reculera, cette France, avec un fr\u00e9missement terrible, devant ce monstrueux forfait qui a os\u00e9 l&rsquo;\u00e9pouser dans les t\u00e9n\u00e8bres et dont elle a partag\u00e9 le lit. Alors l&rsquo;heure supr\u00eame sonnera. Les sceptiques sourient et insistent ; ils disent : \u00ab\u00a0N&rsquo;esp\u00e9rez rien. Ce r\u00e9gime, selon vous, est la honte de la France. Soit ; cette honte est cot\u00e9e \u00e0 la Bourse. N&rsquo;esp\u00e9rez rien. Vous \u00eates des po\u00e8tes et des r\u00eaveurs si vous esp\u00e9rez. Regardez donc ; la tribune, la presse, l&rsquo;intelligence, la parole, la pens\u00e9e, tout ce qui \u00e9tait la libert\u00e9 a disparu. Hier cela remuait, cela vivait, aujourd&rsquo;hui cela est p\u00e9trifi\u00e9. Eh bien ! on est content, on s&rsquo;accommode de cette p\u00e9trification, on en tire parti, on y fait ses affaires, on vit l\u00e0-dessus comme \u00e0 l&rsquo;ordinaire. La soci\u00e9t\u00e9 continue, et force honn\u00eates gens trouvent les choses bien ainsi. Pourquoi voulez-vous que cette situation change ? pourquoi voulez-vous que cette situation finisse ? Ne vous faites pas illusion, ceci est solide, ceci est stable, ceci est le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir.\u00a0\u00bb Nous sommes en Russie. La N\u00e9va est prise. On b\u00e2tit des maisons dessus ; de lourds chariots lui marchent sur le dos. Ce n&rsquo;est plus de l&rsquo;eau, c&rsquo;est de la roche. Les passants vont et viennent sur ce marbre qui a \u00e9t\u00e9 un fleuve. On improvise une ville, on trace des rues, on ouvre des boutiques, on vend, on ach\u00e8te, on boit, on mange, on dort, on allume du feu sur cette eau. On peut tout se permettre. Ne craignez rien, faites ce qu&rsquo;il vous plaira, riez, dansez, c&rsquo;est plus solide que la terre ferme. Vraiment, cela sonne sous le pied comme du granit. Vive l&rsquo;hiver ! vive la glace ! en voil\u00e0 pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Et regardez le ciel, est-il jour ? est-il nuit ? Une lueur blafarde et bl\u00eame se tra&icirc;ne sur la neige ; on dirait que le soleil meurt. Non, tu ne meurs pas, libert\u00e9 ! Un de ces jours, au moment o&ugrave; on s&rsquo;y attendra le moins, \u00e0 l&rsquo;heure m\u00eame o&ugrave; on t&rsquo;aura le plus profond\u00e9ment oubli\u00e9e, tu te l\u00e8veras ! &Ocirc; \u00e9blouissement ! on verra tout \u00e0 coup ta face d&rsquo;astre sortir de terre et resplendir \u00e0 l&rsquo;horizon. Sur toute cette neige, sur toute cette glace, sur cette plaine dure et blanche, sur cette eau devenue bloc, sur tout cet inf\u00e2me hiver, tu lanceras ta fl\u00e8che d&rsquo;or, ton ardent et \u00e9clatant rayon ! la lumi\u00e8re, la chaleur, la vie ! Et alors, \u00e9coutez ! entendez-vous ce bruit sourd ? entendez-vous ce craquement profond et formidable ? c&rsquo;est la d\u00e9b\u00e2cle ! c&rsquo;est la N\u00e9va qui s&rsquo;\u00e9croule ! c&rsquo;est le fleuve qui reprend son cours ! c&rsquo;est l&rsquo;eau vivante, joyeuse et terrible qui soul\u00e8ve la glace hideuse et morte et qui la brise ! C&rsquo;\u00e9tait du granit, disiez-vous ; voyez, cela se fend comme une vitre ! c&rsquo;est la d\u00e9b\u00e2cle, vous dis-je ! c&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9 qui revient ; c&rsquo;est le progr\u00e8s qui recommence, c&rsquo;est l&rsquo;humanit\u00e9 qui se remet en marche et qui charrie, entra&icirc;ne, arrache, emporte, heurte, m\u00eale, \u00e9crase et noie dans ses flots, comme les pauvres mis\u00e9rables meubles d&rsquo;une masure, non seulement l&#8217;empire tout neuf de Louis Bonaparte, mais toutes les constructions et toutes les &oelig;uvres de l&rsquo;antique despotisme \u00e9ternel ! Regardez passer tout cela. Cela dispara&icirc;t \u00e0 jamais. Vous ne le reverrez plus. Ce livre \u00e0 demi submerg\u00e9, c&rsquo;est le vieux code d&rsquo;iniquit\u00e9 ! Ce tr\u00e9teau qui s&rsquo;engloutit, c&rsquo;est le tr\u00f4ne ! cet autre tr\u00e9teau qui s&rsquo;en va, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9chafaud ! Et pour cet engloutissement immense, et pour cette victoire supr\u00eame de la vie sur la mort, qu&rsquo;a-t-il fallu ? Un de tes regards, \u00f4 soleil ! un de tes rayons, \u00f4 libert\u00e9 ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Eh bien c&rsquo;est fait, on s&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9s, et m\u00eame avec nos fr\u00e8res italiens, mexicains et espagnols. Car c&rsquo;\u00e9tait en effet une belle id\u00e9e de Napol\u00e9on III que cette Union latine, qui nous \u00e9viterait de nous faire humilier et plumer \u00e0 chaque fois par les \u00ab\u00a0march\u00e9s\u00a0\u00bb anglo-saxons et les germains.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Note<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ebooksgratuits.com<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Victor Hugo et les gilets jaunes J&rsquo;avais compar\u00e9 Macron au prince-pr\u00e9sident Louis-Napol\u00e9on, lui aussi mis l\u00e0 pour rassurer les bourgeois, march\u00e9s, et journalistes. 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