{"id":78347,"date":"2018-12-09T10:56:39","date_gmt":"2018-12-09T10:56:39","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/12\/09\/fustel-de-coulanges-et-la-femme-du-boulanger\/"},"modified":"2018-12-09T10:56:39","modified_gmt":"2018-12-09T10:56:39","slug":"fustel-de-coulanges-et-la-femme-du-boulanger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2018\/12\/09\/fustel-de-coulanges-et-la-femme-du-boulanger\/","title":{"rendered":"Fustel de Coulanges et la Femme du boulanger"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\"><\/p>\n<p>Fustel de Coulanges et la Femme du boulanger<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Restons dans le pan\u00e9gyrique du g\u00e9nie populaire. Pagnol alors.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On commence par un rappel de Fustel de Coulanges, car c&rsquo;est le seul moyen de comprendre la Femme du boulanger par-del\u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de notre cin\u00e9ma de papa, des dialogues avec accent ou de l&rsquo;extraordinaire Raimu, acteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 d&rsquo;Orson Welles :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La maison d&rsquo;un Grec ou d&rsquo;un Romain renfermait un autel ; sur cet autel il devait y avoir toujours un peu de cendre et des charbons allum\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;\u00e9tait une obligation sacr\u00e9e pour le ma&icirc;tre de chaque maison d&rsquo;entretenir le feu jour et nuit. Malheur \u00e0 la maison o&ugrave; il venait \u00e0 s&rsquo;\u00e9teindre ! Chaque soir, on couvrait les charbons de cendre pour les emp\u00eacher de se consumer enti\u00e8rement ; au r\u00e9veil, le premier soin \u00e9tait de raviver ce feu et de l&rsquo;alimenter avec quelques branchages. Le feu ne cessait de briller sur l&rsquo;autel que lorsque la famille avait p\u00e9ri tout enti\u00e8re ; foyer \u00e9teint, famille \u00e9teinte, \u00e9taient des expressions synonymes chez les anciens&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre immense historien-po\u00e8te (dix ans de lectures en grec et en latin, me disait mon ami Richer, avant de commencer \u00e0 \u00e9crire sur ce sujet sacr\u00e9) ajoutait un peu plus loin :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le feu du foyer \u00e9tait donc la Providence de la famille. Son culte \u00e9tait fort simple. La premi\u00e8re r\u00e8gle \u00e9tait qu&rsquo;il y e&ucirc;t toujours sur l&rsquo;autel quelques charbons ardents ; car si le feu s&rsquo;\u00e9teignait, c&rsquo;\u00e9tait un dieu qui cessait d&rsquo;\u00eatre. A certains moments de la journ\u00e9e, on posait sur le foyer des herbes s\u00e8ches et du bois ; alors le dieu se manifestait en flamme \u00e9clatante. On lui offrait des sacrifices ; or, l&rsquo;essence de tout sacrifice \u00e9tait d&rsquo;entretenir et de ranimer ce feu sacr\u00e9, de nourrir et de d\u00e9velopper le corps du dieu. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> La femme enlev\u00e9e du boulanger \u00e9voque la vestale, la gardienne du foyer, profan\u00e9e par le berger maudit &ndash; qui sait le mal (le m\u00e2le ?) qu&rsquo;il a fait, et fuit en cons\u00e9quence en se jetant aux eaux. C&rsquo;est ici une histoire de faune ou de dieu Pan (la musique lascive y joue son r\u00f4le) mais aussi une histoire d&rsquo;enl\u00e8vement. Le mot grec arpaz\u00e8 a donn\u00e9 aussi notre Harpagon. L&rsquo;enl\u00e8vement (belle unit\u00e9 de temps et d&rsquo;action, tout passe comme un coup de foudre) de Pers\u00e9phone-Proserpine par Pluton-Kochtche\u00ef est dans toutes les m\u00e9moires et ici c&rsquo;est la gardienne du pain qui a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e. On rel\u00e8ve aussi le conflit traditionnel entre Ca\u00efn et Abel, entre nomades et s\u00e9dentaires entre pasteurs et agriculteurs. Le village terrien c\u00e9l\u00e8bre bien s&ucirc;r le pain, avec le vin, avec tous les myst\u00e8res chr\u00e9tiens de transsubstantiation  qui s&rsquo;y agr\u00e8gent. Le monde de Pagnol, de Giono et de Raimu a en fait peu boug\u00e9 depuis Virgile, il va \u00eatre bris\u00e9 par De Gaulle, la bagnole, la station-service et la t\u00e9l\u00e9 (tout cela m\u00e9taphoris\u00e9 dans le Fant\u00f4mas de Hunebelle) dans les ann\u00e9es soixante et ce n&rsquo;est pas un hasard si Pagnol arr\u00eate de tourner vers le milieu des ann\u00e9es cinquante avant le massacre film\u00e9 par Jacques Tati dans mon oncle ou Play time. La France ou la Provence ne vont plus \u00eatre un peuple de paysans chr\u00e9tiens, mais une pl\u00e8be de touristes-t\u00e9l\u00e9spectateurs traumatis\u00e9s par le racisme et le terrorisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La femme part et revient \u00e0 cheval. On pense \u00e0 la demoiselle \u00e0 la mule, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ne de J\u00e9rusalem. Le cheval appartient au sup\u00e9rieur et libertin marquis qui organise la battue pour r\u00e9cup\u00e9rer la femme enlev\u00e9e du boulanger. Le marquis est flanqu\u00e9 de deux fonctionnaires, celui de l&rsquo;\u00e2me &ndash;  un jeune cur\u00e9 d&rsquo;avant Vatican II (donc encore un cur\u00e9) &ndash; et l&rsquo;instituteur bienveillant qui accepte de servir de monture (Christophore ?) au vrai pasteur du troupeau. Situation pagnolesque&hellip; Dans Manon des sources, autre hymne au paganisme proven\u00e7al r\u00e9alis\u00e9 presque vingt ans plus tard, l&rsquo;instituteur a le beau r\u00f4le de capteur civilis\u00e9 d&rsquo;infante sauvage &ndash; et r\u00e9tablit l&rsquo;eau courante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On ne finirait avec pas ce film inou\u00ef. De passage en France apr\u00e8s la guerre, Orson Welles vient voir Pagnol \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital et lui demande o&ugrave; est Raimu (mort, \u00e9videmment en 46), qui est &laquo; le plus grand acteur du monde &raquo;. Or Raimu n&rsquo;est pas le meilleur acteur du monde, surtout dans ce film. Jules Muraire, empereur du cin\u00e9ma et du th\u00e9\u00e2tre, rayonne dans une autre dimension. Comparer un grand acteur \u00e0 Raimu, c&rsquo;est comme comparer s&oelig;ur Emmanuelle \u00e0 sainte Jeanne d&rsquo;Arc ou Bergoglio \u00e0 Savonarole. Et tout dans ce film, seconds et troisi\u00e8mes r\u00f4les y compris, rel\u00e8ve de ce mirage cin\u00e9matographique de la France paysanne, \u00e9ternelle et \u00e9pargn\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On termine par Virgile qui d\u00e9crit en chantant les rites de la reine : &laquo; trois fois elle r\u00e9pand le nectar de Bacchus sur le feu sacr\u00e9 ; trois fois une flamme brillante s&rsquo;\u00e9lance jusqu&rsquo;\u00e0 la vo&ucirc;te. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui en latin pas d&rsquo;\u00e9glise nous donne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ter liquido ardentem perfudit nectare Vestam,<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ter flamma ad summum tecti subjecta reluxit.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d;font-size:1.25em;\">Sources<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Virgile &ndash; Les G\u00e9orgiques, 4<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Le paganisme au cin\u00e9ma (Amazon.fr) ; Perceval et la reine (Amazon.fr), pr\u00e9face de Nicolas Richer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fustel de Coulanges &ndash; La cit\u00e9 antique<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fustel de Coulanges et la Femme du boulanger Restons dans le pan\u00e9gyrique du g\u00e9nie populaire. 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