{"id":78401,"date":"2019-01-09T04:09:02","date_gmt":"2019-01-09T04:09:02","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/01\/09\/recits-revolutionnaires\/"},"modified":"2019-01-09T04:09:02","modified_gmt":"2019-01-09T04:09:02","slug":"recits-revolutionnaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/01\/09\/recits-revolutionnaires\/","title":{"rendered":"R\u00e9cits r\u00e9volutionnaires"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">R\u00e9cits r\u00e9volutionnaires<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il y a dans l&rsquo;air, flottant \u00e9nigmatiquement, des humeurs emport\u00e9s ou dissimul\u00e9es qui n&rsquo;attendent qu&rsquo;un coup du sort pour se d\u00e9voiler comme terrifiantes et r\u00e9volutionnaires. Les \u00e9v\u00e9nements de samedi nous ont tout montr\u00e9 : que la violence est l\u00e0 parce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;exasp\u00e9ration populaire l&rsquo;&Eacute;tat r\u00e9duit \u00e0 son pseudo riposte par une non-politique de la r\u00e9pression travestie en parodie d&rsquo;elle-m\u00eame ; que les GJ sont toujours l\u00e0, plus que jamais, en une force multiforme et d\u00e9termin\u00e9e par la col\u00e8re et le d\u00e9sespoir. L&rsquo;extraordinaire vacuit\u00e9, l&rsquo;aveuglement \u00e0 mesure, des zombieSyst\u00e8me qui ont la responsabilit\u00e9 de pr\u00e9tendre nous diriger et la responsabilit\u00e9 tout court agissent comme un souffle puissant sur l&rsquo;incendie que rien ne parvient \u00e0 \u00e9teindre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une civilisation enti\u00e8re, pourtant r\u00e9duite \u00e0 ses abats, \u00e0 ses restes, \u00e0 ses poussi\u00e8res et \u00e0 sa caricature d&rsquo;elle-m\u00eame, pr\u00e9tend tout de m\u00eame faire encore et faire entendre un terrible fracas en pr\u00e9cipitant son effondrement. Ainsi en est-il de la France aujourd&rsquo;hui, et la France non pas comme cas particulier, voire comme \u00ab\u00a0contre-mod\u00e8le\u00a0\u00bb comme disent les sots-irr\u00e9m\u00e9diables qui \u00e2nonnent le dernier \u00e9dito du <em>Financial Times <\/em>(couleur saumon, comme le veut la tradition sous les murs de Buckingham Palace), &ndash; \u00e0 ceux-l\u00e0, on se voit dans quelques jours \u00e0 Davos ; mais certes la France comme sympt\u00f4me et comme symbole, la France qui a retrouv\u00e9 son r\u00f4le historique de lanceuse d&rsquo;alerte catastrophique, et qui paye de sa personne en justifiant elle-m\u00eame cette alerte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La fin de toute cette affaire hurlante et mugissante ne peut pas \u00eatre \u00ab\u00a0un long fleuve tranquille\u00a0\u00bb. Ce sera une cataracte, un d\u00e9luge, comme les chutes du Niagara rebaptis\u00e9es \u00ab\u00a0postmodernit\u00e9\u00a0\u00bb ; ce l&rsquo;est d\u00e9j\u00e0, au reste&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dit autrement, nous avons l&rsquo;humeur sombre mais ferme, et l&rsquo;\u00e9preuve nous para&icirc;t in\u00e9vitable. La mesure de cela, on la trouve dans ce \u00e0 quoi il faut constamment revenir, la terrible m\u00e9diocrit\u00e9, l&rsquo;incommensurable pauvret\u00e9 des esprits qui pr\u00e9tendent bien servir le D\u00e9mon (\u00ab\u00a0bien faire le <em>job<\/em>\u00ab\u00a0, quoi) . A eux seuls, ils justifient la chute de la civilisation, &ndash; nous parlons toujours et encore de ces pauvres \u00e9litesSyst\u00e8me qui jacassent sans fin sur les cha&icirc;nes-info 24\/24, qui tombent quasiment en pamoison (\u00ab\u00a0des sels, vite !\u00a0\u00bb) \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation de <a href=\"https:\/\/fr.sputniknews.com\/france\/201901071039561517-france-boxeur-Dettinger-internet-reactions\/\">ce poids-lourd toutes cat\u00e9gories<\/a> des manifs tabassant des CRS et des gendarmes, et des ministres, et des BHL, par centaines, par milliers ; en s&rsquo;attachant aux d\u00e9tails des choses, ces pi\u00e8tres esprits des \u00e9litesSyst\u00e8me \u00e9vitent d&rsquo;affronter l&rsquo;\u00e9norme d\u00e9ferlement de la chose&#8230; Nous vivons des temps hyperboliques mais n\u00e9anmoins hyperbor\u00e9ens : l&rsquo;exc\u00e8s du jugement (y compris le n\u00f4tre) est incontestable, pourtant et paradoxalement l&rsquo;objet du jugement est encore bien au-del\u00e0 de cet exc\u00e8s qui ne le para&icirc;t alors plus autant. La cause en est qu&rsquo;il s&rsquo;agit de choses qui nous d\u00e9passent, donc que le jugement, tout extr\u00eame qu&rsquo;il soit, ne peut pas vraiment embrasser.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela \u00e9tait pour introduire plut\u00f4t que pr\u00e9senter deux textes sur la situation fran\u00e7aise. Ils sont de deux auteurs que nous avons d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s sur ce site. (Dans les deux cas, nous adaptons les titres de leurs textes pour des raisons techniques.) Le premier est <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/gouverner-par-lanarrativedu-complot\">Arnaud Benedetti<\/a>, professeur associ\u00e9 en histoire de la communication \u00e0 Paris IV, et il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur <em>Figaro-Vox <\/em>le <a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/vox\/politique\/2019\/01\/07\/31001-20190107ARTFIG00162-les-gilets-jaunes-ou-la-blessure-non-cicatrisee-du-referendum-de-2005.php\">7 janvier 2019<\/a>  (titre : &laquo; <em>Les Gilets jaunes ou la blessure non cicatris\u00e9e du r\u00e9f\u00e9rendum de 2005<\/em> &raquo;) : pour lui, la France de 2018 renvoie plus au bouillonnement de 1848 qu&rsquo;aux p\u00e9riodes si souvent cit\u00e9es de Mao-68 ou des ann\u00e9es 1930. Le second est Karine Bechet-Golovko, Fran\u00e7aise et professeure invit\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;&Eacute;tat de Moscou, sur son site <em>Russie Politics <\/em>le <a href=\"http:\/\/russiepolitics.blogspot.com\/2019\/01\/gilets-jaunes-la-campagne-des-cents.html\">8 janvier 2019<\/a> (Titre : &laquo; <em>Gilets Jaunes : la campagne des Cents Fleurs de Macron ouvre le nouveau Temps des troubles<\/em> &raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut noter ceci : dans le titre que nous avons adapt\u00e9 pour le texte de madame Bechet-Golovsko, nous avons repris en russe l&rsquo;expression qu&rsquo;elle donne en fran\u00e7ais de \u00ab\u00a0temps troubles\u00a0\u00bb, parce que cette expression indique une p\u00e9riode bien pr\u00e9cise de l&rsquo;histoire russe (c&rsquo;est bien entendu pour cela qu&rsquo;elle l&#8217;emploie) : <em>Smutnoye Vremya<\/em>. Nous avions d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 cette expression dans un titre, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-sur-notre-smutnoye-vremya\">en 2013<\/a> et avions donn\u00e9 quelques indications sur cette p\u00e9riode, qui peuvent ainsi \u00eatre cit\u00e9es, pour sugg\u00e9rer la correspondance avec la situation fran\u00e7aise telle que l&rsquo;appr\u00e9cie la commentatrice :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Ce fut un temps terrible de la Russie, alors dans ses d\u00e9buts dans la d\u00e9marche de se constituer dans sa structure d\u00e9cisive de l&rsquo;immense nation qu&rsquo;on conna&icirc;t. Ce fut le Temps des troubles, &ndash; Smutnoye Vremya (Nous avons eu beaucoup de mal \u00e0 trouver l&rsquo;expression russe en alphabet latin, la plupart du temps elle figure en alphabet cyrillique. Esp\u00e9rons que nous ne faisons pas d&rsquo;erreur dans son orthographe.)&#8230; Wikip\u00e9dia r\u00e9sume la <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Temps_des_troubles_(Russie)\">p\u00e9riode<\/a> de quelques mots assez arides qui ne rendent gu\u00e8re justice \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 de la crise qui mit en cause l&rsquo;existence de la Russie. (\u00ab\u00a0Pendant une p\u00e9riode d&rsquo;une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9es, au d\u00e9but du XVII\u00e8me si\u00e8cle, les intrigues et les rivalit\u00e9s des pr\u00e9tendants au tr\u00f4ne se d\u00e9cha&icirc;nent, suscitant les convoitises \u00e9trang\u00e8res et mettant en p\u00e9ril l&rsquo;existence m\u00eame de l&rsquo;&Eacute;tat russe.\u00a0\u00bb) Dans la psychologie nationale, au contraire, le Temps des troubles tient le r\u00f4le de symbole du d\u00e9sordre d\u00e9structurant et dissolvant de la nation qui constitue une menace permanente pour la Russie&#8230;<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dde.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">La &laquo; blessure non cicatris\u00e9e &raquo; de 2005<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le gilet jaune est d&rsquo;abord un r\u00e9v\u00e9lateur. Il dit la crise du macronisme, laquelle constitue la crise d&rsquo;un monde plus ancien encore dont Macron et ses marcheurs ne sont que les h\u00e9ritiers. L&rsquo;histoire est celle de poup\u00e9es russes qui s&#8217;embo&icirc;tent. Le packaging annon\u00e7ait le neuf, l\u00e0 o&ugrave; l&rsquo;us\u00e9 cherchait \u00e0 se renouveler. In fine les marcheurs, sans le savoir, articulaient une vieille id\u00e9e de l&rsquo;Europe, celle de Maastricht, une d\u00e9fense opportuniste des institutions d&rsquo;une Ve R\u00e9publique fatigu\u00e9e et une conception d&rsquo;abord technocratique de la politique. &Agrave; tous les \u00e9tages, on cadenassait toujours plus les souverainet\u00e9s populaires. Ce sont ces derni\u00e8res qui dans le d\u00e9sordre et le tumulte se manifestent samedi apr\u00e8s samedi. Le &laquo;giletisme&raquo; est d&rsquo;abord ce moment. Ce moment o&ugrave; se joue une rupture, ou un tournant, ce quelque chose qui engendre une situation radicalement nouvelle. Si commentateurs et acteurs se cassent le nez pour saisir et comprendre cet instant, c&rsquo;est d&rsquo;abord parce qu&rsquo;il \u00e9chappe \u00e0 tous nos r\u00e9f\u00e9rentiels. C&rsquo;est l\u00e0 le propre d&rsquo;une r\u00e9volution.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Elle effondre, elle d\u00e9sar\u00e7onne, elle sid\u00e8re. Le processus que nous vivons depuis quelques semaines est de cette nature-l\u00e0: il est quasi r\u00e9volutionnaire. R\u00e9volutionnaire pour au moins deux raisons: parce qu&rsquo;il exprime un recul spectaculaire et inqui\u00e9tant de l&rsquo;adh\u00e9sion au cadre &laquo;l\u00e9gal rationnel&raquo;, pour reprendre la formule de Max Weber, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur duquel nous interagissons ; parce qu&rsquo;il entra&icirc;ne en retour une r\u00e9action, ou plut\u00f4t une sorte de n\u00e9o-r\u00e9action qui coagule dans un irr\u00e9pressible mouvement d&rsquo;autod\u00e9fense les forces politiques, intellectuelles, administratives, \u00e9conomiques les plus int\u00e9ress\u00e9es, accroch\u00e9es \u00e0 la sauvegarde et protection de leurs positions. De part et d&rsquo;autre, la trajectoire est une mont\u00e9e aux extr\u00eames. Au regard des biens\u00e9ances civiques, l&rsquo;\u00e9cart que s&rsquo;autorisent les parties prenantes de cette confrontation, constitue le signal d&rsquo;une \u00e9vidente d\u00e9gradation du socle institutionnel fondateur du r\u00e9gime. Certains manifestants, pas tous loin de l\u00e0, n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 recourir \u00e0 l&rsquo;affrontement violent avec les forces de l&rsquo;ordre ; l&rsquo;ex\u00e9cutif de son c\u00f4t\u00e9 active une s\u00e9mantique, des postures explicitement clivantes, voire autoritaires peu susceptibles d&rsquo;apaiser un climat inqui\u00e9tant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce \u00e0 quoi nous assistons ne constitue rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une lutte pour le pouvoir. Mais une lutte qui prend forme en dehors du terrain de jeu r\u00e9glement\u00e9, consensuellement accept\u00e9. La rue est redevenue le th\u00e9\u00e2tre \u00e9ruptif des oppositions politiques. Ironie de l&rsquo;histoire, le &laquo;nouveau monde&raquo; se sera transform\u00e9 en inattendue &laquo;machine \u00e0 remonter le temps&raquo;, \u00e0 r\u00e9explorer des formes pr\u00e9modernes de la politique . D&rsquo;aucuns voient, \u00e0 tort, dans la p\u00e9riode, des \u00e9l\u00e9ments dignes des ann\u00e9es trente. Myopie mue par l&rsquo;irradiation m\u00e9morielle de notre temps qui ram\u00e8ne tout au XXe si\u00e8cle, \u00e0 l&rsquo;entre-deux-guerres et au second conflit mondial! C&rsquo;est sans doute vers un autre si\u00e8cle qu&rsquo;il convient de porter notre regard, non pas celui de la question totalitaire que fut le XXe, mais bien celui de la question d\u00e9mocratique et de la libert\u00e9 des peuples que fut le XIX. Nous sommes bien plus en 1848 qu&rsquo;en 1934, voire qu&rsquo;en 1968.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;irruption, boost\u00e9e initialement par l&rsquo;enjeu fiscal et social, est devenue, de facto, politique. Politique parce qu&rsquo;au cours de la mobilisation, ses initiateurs ont d\u00e9couvert que le seul moyen de d\u00e9verrouiller le d\u00e9bat sur le social et l&rsquo;\u00e9conomique consistait \u00e0 reposer l&rsquo;interrogation d\u00e9mocratique. Or celle-ci appara&icirc;t confisqu\u00e9e, Maastricht oblige, lequel a exclu l&rsquo;\u00e9conomie, entre autres, du champ du discutable et du r\u00e9versible. Macron n&rsquo;est en soi que l&rsquo;ultime ex\u00e9cuteur de cette captation maastrichtienne de l&rsquo;\u00e9conomique sur le politique. Il est le fils prodigue qui a promis la ma&icirc;trise, le retour \u00e0 une forme de puissance du politique, mais qui apr\u00e8s dix-huit mois de mandat donne le sentiment, \u00e0 l&rsquo;instar de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, d&rsquo;avoir r\u00e9pliqu\u00e9 une feuille de route tenue ailleurs que dans les mains de la souverainet\u00e9 populaire. Parce qu&rsquo;ils rel\u00e8vent aussi d&rsquo;une blessure d\u00e9mocratique, celle toujours non-cicatris\u00e9e du r\u00e9f\u00e9rendum d\u00e9chir\u00e9 de 2005, les gilets jaunes sont la premi\u00e8re entreprise populaire de d\u00e9l\u00e9gitimation de la doxa technocratique dont Maastricht demeure l&rsquo;expression la plus achev\u00e9e. Il aura fallu une taxe de trop, une incompr\u00e9hension gouvernementale de ce qui se levait, une pinc\u00e9e de m\u00e9pris communicant pour que s&rsquo;ouvre sous nos yeux une \u00e9poque dont nous percevons la gen\u00e8se mais n&rsquo;entrevoyons pas l&rsquo;issue, nonobstant un d\u00e9bat national qui en laissant hors champ les questions europ\u00e9enne et migratoire montre que l&rsquo;ex\u00e9cutif n&rsquo;entend rien conc\u00e9der de ce qui fait l&rsquo;essentiel de sa vision du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Arnaud Benedetti<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>____________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Des Cent-Fleurs aux <em>Smutnoye Vremya<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une France qui d\u00e9range, car ne s&rsquo;inscrit plus dans le paysage id\u00e9ologique post-moderne globaliste, cristallise les tensions entre une \u00e9lite hors-sol et les aspirations d&rsquo;une population de vivre normalement. Mais pas d&rsquo;une normalit\u00e9 \u00e0 la Hollande, bien au contraire, revenir vers un mode de vie humain et traditionnel, entre des \u00eatres \u00e9quilibr\u00e9s, avec leurs d\u00e9fauts, mais se comprenant. Et en cela, les Gilets Jaunes re\u00e7oivent leur premier soutien officiel, celui de l&rsquo;Italie, qui a ouvert la voie. La caricature de &quot;Grand D\u00e9bat National&quot;, campagne des Cents Fleurs de Mao, s&rsquo;accompagne en toute logique d&rsquo;une r\u00e9pression qui s&rsquo;intensifie et est annonc\u00e9e. Le virage anti-r\u00e9publicain du r\u00e9gime Macron est act\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Hollande a symboliquement ouvert la rupture sociale avec la loi sur le mariage homosexuel, Macron a continu\u00e9 sur la m\u00eame voie avec la f\u00eate de la musique \u00e0 l&rsquo;Elys\u00e9e. Tous les deux ont fait all\u00e9geance d\u00e8s le d\u00e9but de leur mandat, le reste n&rsquo;est qu&rsquo;une continuation logique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce mouvement anti-famille (mariage homosexuel), anti-nation (ouverture des fronti\u00e8res \u00e0 l&rsquo;immigration de masse), anti-humain (culte de la technologie et tyrannie de la (bonne) pens\u00e9e), est mis \u00e0 mal par cette lame de fond qu&rsquo;est le mouvement des Gilets Jaunes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, vous avez BHL en appelant aux forces de l&rsquo;ordre et au respect des institutions, lui qui a pass\u00e9 sa vie \u00e0 les renverser un peu partout, d\u00e9montrant ainsi que son clan a pris le pouvoir en France, pendant que sa femme se d\u00e9fonce \u00e0 Marrakech; vous avez de pseudo-intellectuels comme Y. <a href=\"http:\/\/www.non-stop-people.com\/actu\/tv\/yann-moix-estime-quil-faudrait-interdire-aux-parents-delever-leurs-enfants-biologiques-80430\" target=\"_blank\">Moix<\/a>, qui nous imposent leurs s\u00e9ances de psychologie collective et demandent \u00e0 ce que les parents ne puissent pas \u00e9lever leurs enfants biologiques; vous avez des professionnels du soi-disant &quot;humanitaire&quot;, ancien ministre de la R\u00e9publique, <a href=\"http:\/\/www.bvoltaire.fr\/bernard-kouchner-migrants-faire-revivre-nos-villages\/\" target=\"_blank\">Bernard Kouchner<\/a>, assumant le remplacement de la population fran\u00e7aise en appelant les immigr\u00e9s pour &quot;peupler les campagnes&quot;, comme si les hommes \u00e9taient interchangeables et les cultures n&rsquo;existaient pas; vous avez le pr\u00e9sident de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale, de Rugy, qui estime qu&rsquo;il est normal de pouvoir vivre d\u00e9cemment avec 15 000 euros par an quand Chantal <a href=\"https:\/\/www.challenges.fr\/economie\/social\/grand-debat-national-chantal-jouanno-touchera-14-700-euros_635072\" target=\"_blank\">Jouanno<\/a>  touchera 14 709 euros par mois pour ma&icirc;triser un pseudo d\u00e9bat national, qui ne doit surtout pas toucher les sujets sensibles, notamment l&rsquo;immigration. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, vous avez un peuple qui se r\u00e9veille, encore un peu groggy, d&rsquo;une longue l\u00e9thargie. Alors \u00e9videmment, lorsque la consultation populaire en ligne met en avant la contestation de la tr\u00e8s symbolique loi sur le mariage homosexuel, toute la <a href=\"http:\/\/www.leparisien.fr\/societe\/gilets-jaunes-quand-l-abrogation-du-mariage-pour-tous-inonde-la-consultation-en-ligne-05-01-2019-7981320.php\" target=\"_blank\">presse<\/a>, d&rsquo;une seule voix, estime que ce mouvement <em>ne peut <\/em>\u00eatre naturel, il est le r\u00e9sultat d&rsquo;un trucage du vote, sous l&rsquo;influence des partisans de la Manif contre le mariage pour tous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Car comment pourrait-il en \u00eatre autrement? Comment les &quot;valeurs&quot; de la minorit\u00e9 ne pourraient \u00eatre soutenues par la majorit\u00e9, jusque-l\u00e0 silencieuse, donc consentante ? D&rsquo;ailleurs, les Gilets Jaunes n&rsquo;en ont presque pas parl\u00e9 &#8230;. Et pour cause. Avec la dictature &quot;morale&quot; qui s&rsquo;est instaur\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9, critiquer le mariage homosexuel ou l&rsquo;immigration est un crime id\u00e9ologique absolument impardonnable. Mais ce n&rsquo;est pas parce que les gens se taisent qu&rsquo;ils ne le partagent pas. Alors quand on leur demande leur avis, et qu&rsquo;ils peuvent se prot\u00e9ger sous l&rsquo;anonymat &#8211; ils le donnent cet avis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais rassurez-vous, rien ne changera. Comme l&rsquo;immigration a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e du d\u00e9bat, la dimension politique d&rsquo;&Eacute;tat des LGBT ne sera pas remise en cause, car ce sont les piliers de cette soci\u00e9t\u00e9. D&rsquo;o&ugrave; le RIC.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le r\u00e9f\u00e9rendum d&rsquo;initiative citoyenne qui \u00e9merge ces derniers temps et crispe le discours institutionnel est, en effet, particuli\u00e8rement symbolique. Car finalement, <em>le RIC est soit &quot;trop&quot;, soit &quot;trop peu&quot;<\/em>. Trop pour le pouvoir qui ne peut prendre le risque de remettre en cause les fondements id\u00e9ologiques de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaines sans provoquer sa propre chute. Trop peu pour le peuple qui ne peut gouverner ou remplacer les gouvernants \u00e0 coups de r\u00e9f\u00e9rendum. <em>Le RIC est surtout symbolique : les institutions ne sont plus repr\u00e9sentatives de la volont\u00e9 populaire.<\/em> Mais sera-t-il possible de changer ces institutions pour que \u00e7a marche mieux ? Si c&rsquo;\u00e9tait aussi simple, ce serait merveilleux. Le probl\u00e8me fondamental est le vide intellectuel qui caract\u00e9rise notre \u00e9poque : pour l&rsquo;instant, il n&rsquo;existe pas de penseurs qui puissent proposer et syst\u00e9matiser une <em>autre <\/em>pens\u00e9e institutionnelle et il n&rsquo;existe pas suffisamment de personnes aptes \u00e0 remplir un nouveau cadre institutionnel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Il y a de fortes chances pour que nous entrions ainsi dans une &quot;p\u00e9riode des troubles&quot;,<\/em> avec un syst\u00e8me id\u00e9ologique assez fort pour ne pas tomber, mais trop faible pour convaincre; une contestation montante assez forte pour le mettre \u00e0 mal, mais trop faible pour le remplacer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Gouvernement annonce donc le renforcement de r\u00e9pression &quot;en m\u00eame temps&quot; que l&rsquo;ouverture du Grand D\u00e9bat national, se pla\u00e7ant tout \u00e0 fait dans la logique de Mao, sans tirer les le\u00e7ons de l&rsquo;histoire. Plus de policiers que de &quot;manifestants officiels&quot;, sont attendus, pour frapper et incarc\u00e9rer. La R\u00e9publique est en danger. Non pas en raison des Gilets Jaunes, mais d&rsquo;une \u00e9lite qui gouverne contre son peuple. Car le choix des gouvernants est simple : soit se retirer, soit officiellement instaurer la dictature. Mais comme ils ne peuvent ni l&rsquo;un, ni l&rsquo;autre, oui, c&rsquo;est bien certainement un nouveau <em>temps des troubles<\/em> qui nous attend.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Karine Bechet-Golovko<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9cits r\u00e9volutionnaires Il y a dans l&rsquo;air, flottant \u00e9nigmatiquement, des humeurs emport\u00e9s ou dissimul\u00e9es qui n&rsquo;attendent qu&rsquo;un coup du sort pour se d\u00e9voiler comme terrifiantes et r\u00e9volutionnaires. Les \u00e9v\u00e9nements de samedi nous ont tout montr\u00e9 : que la violence est l\u00e0 parce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;exasp\u00e9ration populaire l&rsquo;&Eacute;tat r\u00e9duit \u00e0 son pseudo riposte par une non-politique de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[10671,18655,15878,18724,18606,18795,18752,16282,6750,7939],"class_list":["post-78401","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-10671","tag-arnaud","tag-bechet-golovko","tag-benedetti","tag-gilets-jaunes","tag-gilettisme","tag-gj","tag-karine","tag-temps","tag-troubles"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78401","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78401"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78401\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78401"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78401"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78401"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}