{"id":78418,"date":"2019-01-18T02:54:20","date_gmt":"2019-01-18T02:54:20","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/01\/18\/thomas-frank-et-la-derive-de-la-gauche-milliardaire\/"},"modified":"2019-01-18T02:54:20","modified_gmt":"2019-01-18T02:54:20","slug":"thomas-frank-et-la-derive-de-la-gauche-milliardaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/01\/18\/thomas-frank-et-la-derive-de-la-gauche-milliardaire\/","title":{"rendered":"Thomas Frank et la d\u00e9rive de la gauche milliardaire"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Thomas Frank et la d\u00e9rive de la gauche milliardaire<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Thomas Frank est l&rsquo;auteur d&rsquo;essais reconnus en Am\u00e9rique sur la collusion de la subversion et des milliardaires. Dans <em>The Conquest of cool<\/em>, il exposa comment la pub et le Big Business recycl\u00e8rent la contre-culture et la contestation dans les ann\u00e9es 60 (il parle d&rsquo;un <strong>changement de pays<\/strong>en cinq ans). Plus r\u00e9cemment, Frank explique comment, en Am\u00e9rique comme en France, les riches votent \u00e0 gauche. Dans cet article publi\u00e9 par Le Monde diplomatique il montre et d\u00e9nonce la collusion entre les forces milliardaires et la bourse des valeurs morales tenue par une clique d&rsquo;oligarques branch\u00e9s. Deux cibles : les Clinton et le duo Weinstein.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout ce que dit Thomas Frank est frapp\u00e9 au coin du bon sens : une seule observation, \u00e0 savoir que la trahison du pauvre &#8211; et la c\u00e9l\u00e9bration du fric &#8211; par la gauche entame son troisi\u00e8me si\u00e8cle. Tout est d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle par Roberto Michels, Georges Sorel et bien s&ucirc;r par un Engels aigri. Serge Halimi l&rsquo;avait recens\u00e9 dans son essai Sisyphe est fatigu\u00e9. Depuis la gauche mondialiste \u00e9vente son agenda bouffon (climat, migrants, th\u00e9orie du genre, etc.) en instaurant la dictature messianique de son fric moraliste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On lit Thomas Frank :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quand l&rsquo;affaire Harvey Weinstein a fait irruption \u00e0 la &laquo; une &raquo; des journaux, je n&rsquo;avais jamais entendu parler de ce personnage. Sans doute \u00e9tais-je le seul journaliste des &Eacute;tats-Unis \u00e0 faire preuve d&rsquo;une ignorance aussi compl\u00e8te. Qui \u00e9tait donc ce producteur de cin\u00e9ma accus\u00e9 d&rsquo;avoir agress\u00e9 sexuellement un nombre incalculable de femmes ? En commen\u00e7ant \u00e0 me documenter, j&rsquo;ai d\u00e9couvert que, \u00e0 une \u00e9poque pas si lointaine, il \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 pour un tout autre motif : sa relation intime avec le Parti d\u00e9mocrate et son soutien g\u00e9n\u00e9reux \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 de personnalit\u00e9s et de bonnes causes class\u00e9es comme progressistes. Longtemps, il fut m\u00eame consid\u00e9r\u00e9 comme un adversaire intraitable du racisme, du sexisme et de la censure. On lui doit, par exemple, quantit\u00e9 de soir\u00e9es fastueuses destin\u00e9es \u00e0 recueillir des fonds pour la lutte contre le VIH-sida. En 2004, il avait apport\u00e9 son soutien \u00e0 un groupe de femmes baptis\u00e9 &laquo; les m\u00e8res oppos\u00e9es \u00e0 Bush &raquo;. Dans la foul\u00e9e de l&rsquo;attaque terroriste contre le journal fran\u00e7ais Charlie Hebdo, il brandit haut le flambeau de la libert\u00e9 d&rsquo;expression : &laquo; Personne ne pourra jamais d\u00e9truire la capacit\u00e9 des grands artistes \u00e0 d\u00e9peindre notre monde &raquo;, proclamait-il le 11 janvier 2015 dans les pages du magazine Variety.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;\u00e9tait aussi, et surtout, un partisan inconditionnel de M. Barack Obama et de Mme Hillary Clinton. Nul n&rsquo;incarnait mieux que lui les ambigu\u00eft\u00e9s de ce gratin d\u00e9mocrate repr\u00e9sent\u00e9 par la Fondation Clinton. Les soir\u00e9es caritatives qu&rsquo;elle organisait assuraient la m\u00eame fonction que les bonnes &oelig;uvres pass\u00e9es de M. Weinstein : celle d&rsquo;une chambre de compensation sociale o&ugrave; les nouveaux entrants dans le beau monde re\u00e7oivent leurs lettres de noblesse &mdash; en France, autrefois, on appelait cela une &laquo; savonnette \u00e0 vilain &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Participer \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement de la Fondation Clinton revient \u00e0 faire un plein de bont\u00e9 \u00e0 gros indice d&rsquo;octane. Vous y rencontrez une ribambelle de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s, un \u00e9ventail de personnages glorifi\u00e9s pour leur altruisme et leur infaillible valeur morale et qui, bien souvent, portent un nom simple, comme le chanteur Bono ou la jeune Pakistanaise Malala, Prix Nobel de la paix. Des personnages sanctifi\u00e9s, b\u00e9atifi\u00e9s, au contact desquels s&rsquo;op\u00e8re un \u00e9change de bons proc\u00e9d\u00e9s qui permet aux gros poissons du monde des affaires de se procurer \u00e0 coups de contributions financi\u00e8res un brevet de bon Samaritain. Au centre de ce jeu de passe-passe, les Clinton jouent les ma&icirc;tres de c\u00e9r\u00e9monie. Ils ont un pied dans chaque camp, celui des grandes \u00e2mes vertueuses et celui, moins reluisant, de l&rsquo;affairisme entrepreneurial. M. Weinstein personnifiait mieux que quiconque cette Bourse des valeurs morales.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 ce champion d&rsquo;humanit\u00e9 accus\u00e9 de violences sexuelles d&rsquo;une fr\u00e9quence et d&rsquo;une gravit\u00e9 invraisemblables. Voil\u00e0 que cet infatigable d\u00e9fenseur de la libert\u00e9 de la presse se d\u00e9voile comme un virtuose dans l&rsquo;art de manipuler les journalistes, quitte \u00e0 les molester lorsqu&rsquo;ils s&rsquo;ent\u00eatent \u00e0 poser des questions g\u00eanantes. Mais le producteur-vedette de Hollywood savait aussi pr\u00e9senter un visage avenant, se tisser un r\u00e9seau d&rsquo;oblig\u00e9s, recevoir et renvoyer l&rsquo;ascenseur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 2012, il ach\u00e8te les droits d&rsquo;exploitation sur le territoire am\u00e9ricain du Serment de Tobrouk, un documentaire r\u00e9alis\u00e9 par un essayiste fran\u00e7ais \u00e9l\u00e9gamment v\u00eatu, Bernard-Henri L\u00e9vy, et destin\u00e9 \u00e0 promouvoir sur la sc\u00e8ne internationale la destruction en 2011 du r\u00e9gime de Mouammar Kadhafi &mdash; destruction mieux connue aux &Eacute;tats-Unis sous le nom de &laquo; guerre de Hillary &raquo; et dont la Libye, sept ans plus tard, ne s&rsquo;est pas remise. La description qu&rsquo;en donne M. Weinstein illustre le niveau d&#8217;emphase et de p\u00e9dantisme qu&rsquo;il est possible d&rsquo;atteindre en un seul paragraphe : &laquo; Ce film merveilleux montre le courage incroyable de BHL et la force de l&rsquo;ancien pr\u00e9sident Nicolas Sarkozy, tout en mettant en lumi\u00e8re l&rsquo;inestimable leadership du pr\u00e9sident Barack Obama et de la secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat Hillary Clinton. Il permet au public am\u00e9ricain de plonger dans les coulisses o&ugrave; le gouvernement de notre pays et celui de la France ont &oelig;uvr\u00e9 ensemble pour faire cesser le massacre de civils innocents et ont brillamment r\u00e9ussi \u00e0 renverser un r\u00e9gime. &raquo; Ce qui lui vaudra ce retour d&rsquo;affection de Bernard-Henri L\u00e9vy : &laquo; J&rsquo;ai une profonde estime pour Harvey Weinstein. Au-del\u00e0 de sa r\u00e9ussite cin\u00e9matographique, il est d&rsquo;abord pour moi l&rsquo;homme qui a lanc\u00e9 Amnesty International aux &Eacute;tats-Unis, lutt\u00e9 contre la peine de mort, et l&rsquo;un des rares, c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, \u00e0 avoir men\u00e9 la bataille contre les lyncheurs de [Roman] Polanski &raquo; &mdash; le r\u00e9alisateur de Chinatown et de Rosemary&rsquo;s Baby, poursuivi pour le viol d&rsquo;une mineure \u00e2g\u00e9e de 13 ans.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le progressisme de M. Weinstein se mesurait en lauriers au moins autant qu&rsquo;en dollars. Le prodige de Hollywood si\u00e9geait au conseil d&rsquo;administration de divers organismes \u00e0 but non lucratif ; les films de sa soci\u00e9t\u00e9, Miramax, r\u00e9coltaient Oscars et Golden Globes \u00e0 foison ; en France, il a m\u00eame re\u00e7u la L\u00e9gion d&rsquo;honneur. En juin 2017, quatre mois avant qu&rsquo;\u00e9clate le scandale de ses agressions et de ses man&oelig;uvres pour r\u00e9duire au silence les victimes de sa tyrannie sexuelle, le club de la presse de Los Angeles lui d\u00e9cernait encore le Truthteller Award, le prix du &laquo; diseur de v\u00e9rit\u00e9 &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une imposture grossi\u00e8re ? Il est certain que sa conscience politique ne brille ni par sa consistance ni par sa profondeur. Il a par exemple vigoureusement d\u00e9sapprouv\u00e9 la candidature de M. Bernie Sanders aux primaires d\u00e9mocrates de 2016. Le soir de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de novembre 2008, il acclamait la victoire de M. Obama au motif que les &laquo; cours en Bourse [allaient] grimper partout dans le monde &raquo;. Et son humanisme se teinte parfois de vert-de-gris. Le 5 novembre 2012, \u00e0 l&rsquo;occasion de la diffusion de Code Name Geronimo (SEAL Team Six en version originale), un film \u00e0 la gloire du commando am\u00e9ricain qui a tu\u00e9 Oussama Ben Laden, coproduit par sa soci\u00e9t\u00e9, il se fendait d&rsquo;un hommage enflamm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;un des artisans les plus discr\u00e9dit\u00e9s de la guerre d&rsquo;Irak : &laquo; Colin Powell, le plus grand g\u00e9nie militaire de notre temps, soutient le pr\u00e9sident Obama. Et les militaires l&rsquo;adorent. J&rsquo;ai fait ce film. Je connais les militaires. Ils respectent cet homme pour ce qu&rsquo;il a fait. Il a tu\u00e9 plus de terroristes dans le bref exercice de ses fonctions que George W. Bush en huit ans. C&rsquo;est lui, le vrai faucon. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le monde de M. Weinstein, l&rsquo;engagement politique se place sous le patronage de l&rsquo;industrie du luxe, \u00e0 Martha&rsquo;s Vineyard comme dans les Hamptons &mdash; deux hauts lieux de la jet-set am\u00e9ricaine &mdash;, au gala de soutien d&rsquo;un candidat comme \u00e0 une soir\u00e9e de bienfaisance. Roger Ebert, un influent critique de cin\u00e9ma, racontait ainsi une r\u00e9ception qu&rsquo;il avait donn\u00e9e en 2000 \u00e0 Cannes en faveur de la recherche contre le sida : &laquo; La vente aux ench\u00e8res priv\u00e9e et le d\u00e9fil\u00e9 de mode ont \u00e9t\u00e9 suivis d&rsquo;un d&icirc;ner et d&rsquo;une vente aux ench\u00e8res publique dirig\u00e9e par le patron de Miramax, Harvey Weinstein, qui, cette ann\u00e9e, a non seulement mis en vente un massage par [la top-mod\u00e8le] Heidi Klum, mais aussi persuad\u00e9 [l&rsquo;acteur Kenneth] Branagh et [l&rsquo;acteur James] Caan d&rsquo;\u00f4ter leurs chemises et de servir de cobayes pour une d\u00e9monstration de ses talents. Le massage est parti pour 33 000 dollars. \u00ab\u00a0Karl Marx est mort\u00a0\u00bb, a observ\u00e9 le r\u00e9alisateur James Gray (<u><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2018\/02\/FRANK\/58391#nb3\">3<\/a><\/u>).  &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chaque parti a ses vicelards ; M. Donald Trump est l\u00e0 pour nous le rappeler chaque semaine. M\u00eame \u00e0 l&rsquo;aune de cette r\u00e8gle, pourtant, M. Weinstein \u00e9merge du lot. Rarement un homme qui d\u00e9fendait si fastueusement les bonnes causes s&rsquo;\u00e9tait autant appliqu\u00e9 \u00e0 les pi\u00e9tiner. Comment comprendre qu&rsquo;il ait pu s&rsquo;identifier \u00e0 des id\u00e9es de gauche ? Par go&ucirc;t du pouvoir, peut-\u00eatre, pour jouir du frisson de compter parmi les amis d&rsquo;un William Clinton. Ou alors par d\u00e9sir d&rsquo;absolution morale, celui-l\u00e0 m\u00eame qui incite Walmart, Goldman Sachs ou ExxonMobil \u00e0 parrainer des &oelig;uvres de charit\u00e9. Dans le monde des grandes fortunes, le progressisme fait office de machine \u00e0 laver pour rendre sa rapacit\u00e9 plus pr\u00e9sentable. Ce n&rsquo;est pas un hasard si, en guise de premi\u00e8re r\u00e9plique d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e aux accusations accumul\u00e9es contre lui, M. Weinstein a promis de croiser le fer avec la National Rifle Association (NRA, le puissant lobby am\u00e9ricain des amateurs d&rsquo;armes \u00e0 feu) et de financer des bourses d&rsquo;\u00e9tudes r\u00e9serv\u00e9es aux femmes (The New York Times, 5 octobre 2017).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Avec cette affaire, sans doute s&rsquo;agit-il aussi de quelque chose de plus profond. Bien des gens de gauche se per\u00e7oivent comme des r\u00e9sistants \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9. Mais, aux yeux de certains de ses dirigeants, la gauche moderne est un moyen de justifier et d&rsquo;asseoir un pouvoir de classe &mdash; celui notamment de la &laquo; classe cr\u00e9ative &raquo;, comme certains aiment \u00e0 d\u00e9signer la cr\u00e8me de Wall Street, de la Silicon Valley et de Hollywood. L&rsquo;idol\u00e2trie dont font l&rsquo;objet ces ic\u00f4nes du capitalisme d\u00e9coule d&rsquo;une doctrine politique qui a permis aux d\u00e9mocrates de r\u00e9colter presque autant d&rsquo;argent que leurs rivaux r\u00e9publicains et de s&rsquo;imposer comme les repr\u00e9sentants naturels des quartiers r\u00e9sidentiels ais\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Que cette gauche n\u00e9olib\u00e9rale mondaine attire des personnages comme M. Weinstein, avec leur capacit\u00e9 prodigieuse \u00e0 lever des fonds et leur r\u00e9v\u00e9rence pour les &laquo; grands artistes &raquo;, n&rsquo;a rien pour nous surprendre. Dans ces cercles qui m\u00ealent bonne conscience et sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 sociale, o&ugrave; se cultive la fiction d&rsquo;un rapport intime entre classes populaires et c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s du showbiz, le cofondateur de Miramax \u00e9tait comme un poisson dans l&rsquo;eau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ils sont l\u00e9gion, les habitu\u00e9s de ce milieu qui, sachant parfaitement \u00e0 quoi s&rsquo;en tenir, prennent \u00e0 pr\u00e9sent de grands airs scandalis\u00e9s devant les turpitudes d&rsquo;un des leurs. Leur aveuglement est \u00e0 la mesure de leur puissance. Ces temps-ci, les voici qui errent dans un labyrinthe de miroirs moraux d\u00e9formants en versant des larmes d&rsquo;attendrissement sur leurs vertus et sur leur bon go&ucirc;t. &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Thomas Frank et la d\u00e9rive de la gauche milliardaire Thomas Frank est l&rsquo;auteur d&rsquo;essais reconnus en Am\u00e9rique sur la collusion de la subversion et des milliardaires. 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