{"id":78487,"date":"2019-02-26T06:37:53","date_gmt":"2019-02-26T06:37:53","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/02\/26\/novalis-1772-1801-et-notre-innocence-perdue\/"},"modified":"2019-02-26T06:37:53","modified_gmt":"2019-02-26T06:37:53","slug":"novalis-1772-1801-et-notre-innocence-perdue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/02\/26\/novalis-1772-1801-et-notre-innocence-perdue\/","title":{"rendered":"Novalis (1772-1801) et notre innocence perdue"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Novalis (1772-1801) et notre innocence perdue<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Cet immense esprit est contemporain des grands g\u00e9nies allemands, dont j&rsquo;ai r\u00e9cemment rappel\u00e9 quelques \u00e9clairs. Fascin\u00e9 par le moyen \u00e2ge, Novalis r\u00eavait de temps originaux. Son Henri d&rsquo;Ofterdingen est le plus beau roman initiatique du monde &ndash; et enfantin, car il r\u00e8gne chez lui une lumineuse sensibilit\u00e9 enfantine&hellip; je l&rsquo;ai rapproch\u00e9 de Tolkien dans un chapitre de mon livre sur le ma&icirc;tre anglais &ndash; d&rsquo;origine saxonne. Ce qui m&rsquo;a \u00e9tonn\u00e9 c&rsquo;est qu&rsquo;en t\u00e9l\u00e9chargeant ses fragments pour els red\u00e9couvrir, je me suis rendu compte que le livre avait \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 dix fois en un demi-si\u00e8cle, dans une librairie canadienne. Mais o&ugrave; va-t-on ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On \u00e9coute cet enfant sur les hommes primitifs :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;homme primitif est le premier voyant spirituel, tout lui para&icirc;t esprit. Que sont les enfants, si ce n&rsquo;est des hommes primitifs ? Le frais regard de l&rsquo;enfant est plus illimit\u00e9 que le pressentiment du voyant le plus pur. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Novalis parle du d\u00e9clin de notre sensibilit\u00e9 moderne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il ne tient qu&rsquo;\u00e0 la faiblesse de nos organes et \u00e0 une certaine impuissance d&rsquo;\u00e9motion spontan\u00e9e, que nous ne nous apercevions pas dans un monde f\u00e9erique. Tous les contes symboliques ne sont que des r\u00eaves de ce monde patrial qui est partout et nulle part. Les puissances sup\u00e9rieures qui sont en nous, et qui un jour comme des g\u00e9nies r\u00e9aliseront notre volont\u00e9, sont \u00e0 pr\u00e9sent des muses, qui sur nos routes si p\u00e9nibles nous raniment \u00e0 l&rsquo;aide de douces r\u00e9miniscences. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Novalis a r\u00eav\u00e9 d&rsquo;un orient f\u00e9\u00e9rique, comme d&rsquo;autres esprits \u00e0 cette lointaine \u00e9poque :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La sieste du royaume spirituel est le monde floral. Aux Indes les hommes dorment encore, et le r\u00eave sacr\u00e9 est un jardin qu&rsquo;entourent des flots de miel et de lait&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela est dans Esth\u00e9tique et litt\u00e9rature (II).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voyons les Consid\u00e9rations morales, III. Le po\u00e8te des Nuits \u00e9voque sa r\u00eaverie m\u00e9tapolitique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Un temps viendra &mdash; et il ne tardera pas \u00e0 venir &mdash; o&ugrave; tous seront convaincus qu&rsquo;un roi ne peut exister sans r\u00e9publique et une r\u00e9publique sans roi ; que les deux sont aussi ins\u00e9parables que le corps et l&rsquo;\u00e2me et qu&rsquo;un roi sans r\u00e9publique comme une r\u00e9publique sans roi, ne sont que des mots sans signification. C&rsquo;est pourquoi, en m\u00eame temps qu&rsquo;une r\u00e9publique v\u00e9ritable, est toujours n\u00e9 un roi et avec un roi v\u00e9ritable est toujours n\u00e9e une r\u00e9publique. Le roi v\u00e9ritable sera r\u00e9publique, et la r\u00e9publique v\u00e9ritable sera roi&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il nous met en garde contre le culte moderne de la sup\u00e9riorit\u00e9 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Toute sup\u00e9riorit\u00e9 m\u00e9rite l&rsquo;ostracisme. Il est bon qu&rsquo;elle s&rsquo;y condamne elle-m\u00eame : tout absolu doit sortir de ce monde. Dans le monde il faut vivre avec le monde. On ne vit que lorsqu&rsquo;on vit selon les hommes avec lesquels on vit. Tout le bien dans ce monde vient du dedans (et ainsi du dehors par rapport \u00e0 lui), mais il ne fait que traverser comme un \u00e9clair. La sup\u00e9riorit\u00e9 m\u00e8ne le monde plus avant, mais il faut aussi qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9loigne bient\u00f4t. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Etat nous d\u00e9truira (Tocqueville, Nietzsche, etc.). Voici ce qu&rsquo;il aurait d&ucirc; \u00eatre l&rsquo;Etat :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;homme a cherch\u00e9 \u00e0 faire de l&rsquo;Etat l&rsquo;oreiller de la paresse ; et cependant il faudrait que l&rsquo;Etat f&ucirc;t tout juste le contraire : c&rsquo;est une armature de l&rsquo;activit\u00e9 tendue. Son but est de rendre l&rsquo;homme absolument puissant et non absolument faible, d&rsquo;en faire, non le plus paresseux mais le plus actif des \u00eatres. L&rsquo;Etat n&rsquo;\u00e9pargne pas de peines \u00e0 l&rsquo;homme, mais augmente, au contraire, ses peines \u00e0 l&rsquo;infini ; mais non sans augmenter ses forces en proportion. La route vers le repos ne passe que par les domaines de l&rsquo;activit\u00e9 qui embrasse toutes choses. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre \u00e9poque m\u00e8ne aux complications qui, dirait Heidegger, ne m\u00e8nent nulle part :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; II me semble que de nos jours se g\u00e9n\u00e9ralise une tendance \u00e0 cacher le monde ext\u00e9rieur sous des voiles artificiels ; \u00e0 avoir honte devant la nature nue, et \u00e0 ajouter, par le secret et le myst\u00e8re, je ne sais quelle obscure force spirituelle aux choses des sens. La tendance, certes, est romantique ; seulement, elle n&rsquo;est pas favorable \u00e0 la clart\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;innocence pu\u00e9rile. Ceci est surtout notable dans les relations sexuelles. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme Kierkegaard, mais avant lui, Novalis c\u00e9l\u00e8bre l&rsquo;innocence initiatique, qui rime avec ignorance. Pagnol dira justement que l&rsquo;honneur comme les allumettes, ne nous sert qu&rsquo;une fois. Le jeune ma&icirc;tre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Chaque vertu suppose une innocence sp\u00e9cifique. L&rsquo;innocence est un instinct moral. La vertu est la prose l&rsquo;innocence la po\u00e9sie. Il y a une innocence fruste et une innocence cultiv\u00e9e. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un aphorisme :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La vertu dispara&icirc;tra et deviendra innocence. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une c\u00e9l\u00e9bration de la morale contre la manie de l\u00e9gif\u00e9rer :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Dans la morale de Fichte se trouvent les consid\u00e9rations les plus importantes sur la morale. La morale ne dit rien de d\u00e9termin\u00e9; elle est la conscience; un simple juge sans lois. Elle ordonne sans interm\u00e9diaire mais toujours sp\u00e9cialement. Elle est toute enti\u00e8re r\u00e9solution. Les lois sont absolument oppos\u00e9es \u00e0 la morale. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis le jeune homme, fascin\u00e9 par la mort-r\u00e9surrection, la c\u00e9l\u00e8bre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La vie est le commencement de la mort. La vie n&rsquo;existe que pour la mort. La mort est \u00e0 la fois d\u00e9nouement et commencement, s\u00e9paration et r\u00e9union \u00e0 soi-m\u00eame toute ensemble. Par la mort la r\u00e9duction s&rsquo;accomplit. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Novalis c\u00e9l\u00e8bre un christianisme \u00e0 lui, m\u00e9di\u00e9val et pa\u00efen, bien plus  &laquo; ouvert &raquo; et &laquo; jeune &raquo; que le miasme qui en a repris les \u00e9pith\u00e8tes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Abstraction absolue, an\u00e9antissement du pr\u00e9sent, apoth\u00e9ose du futur, ce monde essentiellement meilleur, voil\u00e0 le fond de la loi chr\u00e9tienne, et par ceci elle se rattache, comme la seconde aile principale, \u00e0 la religion de l&rsquo;antiquit\u00e9, \u00e0 la divinit\u00e9 de l&rsquo;antique, au r\u00e9tablissement de l&rsquo;antiquit\u00e9. Toutes deux regardent l&rsquo;univers comme le corps d&rsquo;un ange, qui flotte \u00e9ternellement, et \u00e9ternellement jouit du temps et de l&rsquo;espace. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parfois la vision se fait magique, annon\u00e7ant Nietzsche ou m\u00eame 2001 (voyez mon livre sur Kubrick, j&rsquo;ai aussi parl\u00e9 de Novalis) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le nouveau-n\u00e9 sera l&rsquo;image de son p\u00e8re, ce sera un nouvel \u00e2ge d&rsquo;or aux yeux sombres et infinis, ce sera un temps proph\u00e9tique, miraculeux et gu\u00e9risseur de nos blessures, un temps consolateur et qui br&ucirc;le des flammes de la vie \u00e9ternelle, un temps de r\u00e9conciliation. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La c\u00e9l\u00e9bration du sauveur se fait familiale et fructivore :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce sera un sauveur, un g\u00e9nie v\u00e9ritable, qui sera fr\u00e8re des hommes, en qui l&rsquo;on croira mais qu&rsquo;on ne pourra voir, et qui cependant sera, sous mille formes, visible \u00e0 ceux qui croient, qu&rsquo;on mangera et qu&rsquo;on boira comme le pain et le vin, qu&rsquo;on embrassera comme un amant, qu&rsquo;on respirera comme l&rsquo;air, qu&rsquo;on entendra comme on entend une parole et un chant, et qu&rsquo;on accueillera, au milieu de volupt\u00e9s c\u00e9lestes, comme la mort parmi les supr\u00eames tourments de l&rsquo;amour dans les profondeurs du corps enfin calm\u00e9&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et Novalis d&rsquo;attendre une r\u00e9surrection de l&rsquo;Europe :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Rome est en ruine pour la seconde fois. Le protestantisme ne cessera-t-il pas enfin et ne fera-t-il pas place \u00e0 une Eglise nouvelle et durable ? Les autres parties du monde attendent la r\u00e9conciliation et la r\u00e9surrection de l&rsquo;Europe, pour se joindre \u00e0 elles, et devenir citoyennes du royaume des cieux. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le comte de Maistre \u00e9crit alors :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Il faut nous tenir pr\u00eats pour un \u00e9v\u00e9nement immense dans l&rsquo;ordre divin, vers lequel nous marchons avec une vitesse acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e qui doit frapper tous les observateurs. Des oracles redoutables annoncent d\u00e9j\u00e0 que les temps sont arriv\u00e9s.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On attend toujours&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Novalis &ndash; Fragments, traduits par Maurice Maeterlinck (archive.org)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Maistre &ndash; Les Soir\u00e9es, onzi\u00e8me entretien<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Novalis (1772-1801) et notre innocence perdue Cet immense esprit est contemporain des grands g\u00e9nies allemands, dont j&rsquo;ai r\u00e9cemment rappel\u00e9 quelques \u00e9clairs. Fascin\u00e9 par le moyen \u00e2ge, Novalis r\u00eavait de temps originaux. Son Henri d&rsquo;Ofterdingen est le plus beau roman initiatique du monde &ndash; et enfantin, car il r\u00e8gne chez lui une lumineuse sensibilit\u00e9 enfantine&hellip; je&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2640,4596,2655,18894],"class_list":["post-78487","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-bonnal","tag-maistre","tag-modernite","tag-novalis"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78487"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78487\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78487"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}