{"id":78508,"date":"2019-03-08T04:39:02","date_gmt":"2019-03-08T04:39:02","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/03\/08\/jusquou-les-choses-peuvent-elles-mal-tourner\/"},"modified":"2019-03-08T04:39:02","modified_gmt":"2019-03-08T04:39:02","slug":"jusquou-les-choses-peuvent-elles-mal-tourner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/03\/08\/jusquou-les-choses-peuvent-elles-mal-tourner\/","title":{"rendered":"Jusqu&rsquo;o\u00f9 les choses peuvent-elles mal tourner ?"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Jusqu&rsquo;o&ugrave; les choses peuvent-elles mal tourner ?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Au cours de mes voyages, je revisite parfois des endroits o&ugrave; j&rsquo;ai eu des connaissances, et il est toujours tentant d&rsquo;aller les voir et de leur rendre visite en cours de route, m\u00eame si je suis certain qu&rsquo;entre-temps elles ont d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 \u00e0 un point tel qu&rsquo;elles ne sont plus adapt\u00e9es comme simple compagnie. Un de mes parents \u00e9loign\u00e9s a toujours insist\u00e9 sur le fait que &laquo; les choses peuvent toujours \u00eatre pires &raquo;, et cette id\u00e9e semble avoir infect\u00e9 mon esprit comme un parasite du cerveau. Au lieu de l&rsquo;accepter simplement comme axiomatique, je me consacr\u00e9 \u00e0 des missions dangereuses juste pour confirmer que pour tout facteur n\u00e9gatif \u00ab\u00a0n\u00a0\u00bb il y a toujours un \u00ab\u00a0n-1\u00a0\u00bb. Mais alors je ne suis gu\u00e8re le seul : la curiosit\u00e9 morbide est \u00e0 la fois courante et populaire. Beaucoup de gens aiment apprendre des choses qui sont vraiment mauvaises, et quand elles le sont, ils se demandent : \u00ab\u00a0&Agrave; quel point le sont-elles vraiment ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a quelque temps, mes voyages m&rsquo;ont emmen\u00e9 dans une ville m\u00e9di\u00e9vale de la Nouvelle-Angleterre qui \u00e9tait autrefois un endroit tr\u00e8s prosp\u00e8re. Elle poss\u00e9dait une usine de textile qui fournissait un bon travail stable \u00e0 tous les habitants de la r\u00e9gion, mais depuis lors, la production textile s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e au Pakistan. La maison que j&rsquo;ai visit\u00e9 \u00e9tait autrefois un logement ouvrier : l&rsquo;ouvrier travaillait \u00e0 l&rsquo;usine textile et subvenait aux besoins de toute la famille tandis que sa femme, peut-\u00eatre avec les parents et les beaux-parents, restait \u00e0 la maison, prenait soin des enfants et cultivait peut-\u00eatre un peu de nourriture. Ce fut \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque une demeure modeste mais bien tenue, bard\u00e9e de planches \u00e0 clins peintes et d\u00e9cor\u00e9es d&rsquo;un peu de dentelle. Elle donnait sur une rue bord\u00e9e d&rsquo;arbres avec un parc, des jardins potagers de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 ; des tramways longeant la rue, des diligences et des cal\u00e8ches passant p\u00e9riodiquement sur la chauss\u00e9e pav\u00e9e avec ce bruit de sabot si caract\u00e9ristique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais maintenant, cette maison est rev\u00eatue d&rsquo;un rev\u00eatement de vinyle et festonn\u00e9e d&rsquo;antennes paraboliques. Elle se trouve au bord d&rsquo;une route de grande circulation \u00e0 quatre voies sans s\u00e9paration, avec un flot constant de tracteurs \u00e0 semi-remorques qui d\u00e9ferlent entre les feux de circulation et crachent de la suie graisseuse qui donne au rev\u00eatement en vinyle une patine gris brun\u00e2tre. Certaines des maisons avoisinantes ont br&ucirc;l\u00e9, laissant derri\u00e8re elles des terrains vides couverts de mauvaises herbes et donnant l&rsquo;impression que le bloc ressemble \u00e0 une proth\u00e8se dentaire dont certaines dents auraient \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9es. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la route s&rsquo;\u00e9tend une cl\u00f4ture \u00e0 mailles de cha&icirc;ne qui entoure une vaste \u00e9tendue de friches industrielles semi-abandonn\u00e9es. Alors que je garais ma voiture de location et que je m&rsquo;approchais, la maison avait l&rsquo;air semi-abandonn\u00e9e aussi. Les fen\u00eatres n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 lav\u00e9es depuis des d\u00e9cennies, il y avait une pile de journaux locaux en d\u00e9composition sur le porche, et la porte \u00e0 moustiquaire en m\u00e9tal n&rsquo;\u00e9tait plus adapt\u00e9e au cadre et frappait dans la brise. La porte elle-m\u00eame \u00e9tait partiellement ouverte, comme pour d\u00e9clarer : \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a rien \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur qui vaille la peine d&rsquo;\u00eatre vol\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;\u00e9tais l\u00e0 pour rendre visite \u00e0 Tom, une ancienne connaissance, qui vivait l\u00e0 avec trois colocataires. Comme \u00e0 l&rsquo;accoutum\u00e9e dans ces r\u00e9gions, les gens ne vivent plus ensemble comme des familles, mais comme des jeunes c\u00e9libataires, comme on le voit parfois dans le monde entier, et ils se sont retrouv\u00e9s l\u00e0 les uns sur les autres. Mais l\u00e0, ils persistent dans cet \u00e9tat pseudo-juv\u00e9nile jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils soient pr\u00eats pour la morgue et le cr\u00e9matorium. Tom est dipl\u00f4m\u00e9 d&rsquo;une \u00e9cole d&rsquo;art ou a abandonn\u00e9 ses \u00e9tudes (les versions varient) et il pouvait produire des &oelig;uvres d&rsquo;art honorables s&rsquo;il recevait des directives pr\u00e9cises, mais il n&rsquo;aimait pas qu&rsquo;on lui dise ce qu&rsquo;il devait faire. Laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, il s&rsquo;est adonn\u00e9 \u00e0 la caricature grotesque de lui-m\u00eame \u00e0 travers des paysages post-apocalyptiques parsem\u00e9s d&rsquo;\u00e9paves de ses anciennes voitures et d&rsquo;ombres errantes de ses anciennes amies. Inutile de dire que ce travail ne se vendait pas, alors Tom s&rsquo;est consacr\u00e9 de tout c&oelig;ur \u00e0 boire de la bi\u00e8re (Budweiser) et \u00e0 fumer des cigarettes (Marlboro Lights).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une de ses colocataires et parfois amoureuse par int\u00e9r\u00eat dont je ne peux pas me rappeler le nom et \u00e0 laquelle je vais donc me r\u00e9f\u00e9rer g\u00e9n\u00e9riquement sous le nom de \u00ab\u00a0Jane\u00a0\u00bb \u00e9tait la seule dans cette maison qui avait un travail stable. Elle passait ses journ\u00e9es au t\u00e9l\u00e9phone avec des mauvais d\u00e9biteurs payeurs qu&rsquo;elle essayait de harceler pour qu&rsquo;ils fassent un paiement. Il y a beaucoup de boulots de ce genre : l\u00e0, comme une horloge, les gens arrivent \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, contractent des pr\u00eats et font faillite, et tout un \u00e9cosyst\u00e8me interlope se sp\u00e9cialise dans le picorage pour r\u00e9curer leurs os. Ses revenus ont permis \u00e0 toute la maisonn\u00e9e d&rsquo;\u00eatre aliment\u00e9e en bi\u00e8re, cigarettes et pizzas. Apr\u00e8s chaque jour de son travail destructeur d&rsquo;\u00e2me, elle rentrait \u00e0 la maison et prenait assez de pilules pour se d\u00e9sensibiliser compl\u00e8tement, puis s&rsquo;asseyait, abrutie, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure du coucher.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un autre colocataire, George, avait un temp\u00e9rament vicieux et avait \u00e9t\u00e9 en prison \u00e0 plusieurs reprises. Il n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;\u00e0 une violation permanente de sa libert\u00e9 conditionnelle et avait depuis longtemps abandonn\u00e9 tout espoir de r\u00e9cup\u00e9rer son permis de conduire. Il avait \u00e9t\u00e9 viril et f\u00e9cond et avait deux ex-femmes qui avaient pris des ordonnances de restriction contre lui et plusieurs enfants qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas le droit de voir. George \u00e9tait un ardent parleur et on pouvait facilement l&rsquo;inciter \u00e0 s&rsquo;exprimer sur n&rsquo;importe quel sujet, bien que sa mauvaise compr\u00e9hension des faits et ses nombreuses convictions d\u00e9lirantes aient invariablement fait en sorte que ses r\u00e9cits s&rsquo;enlisent dans des contradictions internes. C&rsquo;\u00e9tait une erreur de lui faire remarquer ces contradictions parce qu&rsquo;en r\u00e9ponse, il se livrait \u00e0 des caract\u00e9risations personnelles peu flatteuses et faisait des gestes mena\u00e7ants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La derni\u00e8re, et peut-\u00eatre la plus \u00e9trange des colocataires, Allie, \u00e9tait la belle-fille de quelqu&rsquo;un, issue d&rsquo;un pr\u00e9c\u00e9dent mariage, mais personne ne semblait savoir ou s&rsquo;int\u00e9resser de savoir d&rsquo;o&ugrave; elle venait. Elle n&rsquo;\u00e9tait plus une enfant, mais l&rsquo;\u00e2ge adulte semblait lui \u00e9chapper compl\u00e8tement, et elle semblait prisonni\u00e8re d&rsquo;une vieillesse pr\u00e9matur\u00e9e. D\u00e9prim\u00e9e en permanence, elle passait ses journ\u00e9es \u00e0 regarder la t\u00e9l\u00e9vision ou \u00e0 ne rien faire du tout. De simples imp\u00e9ratifs biologiques l&rsquo;incitaient p\u00e9riodiquement \u00e0 se promener dans la cuisine, \u00e0 la recherche d&rsquo;une tranche de pizza ou d&rsquo;une canette de soda, ou, pour des raisons connexes, aux toilettes. Parfois, elle devenait maniaque et essayait de nettoyer l&rsquo;endroit, surtout en ramassant des objets et en les reposant rapidement, \u00e9tant trop paresseuse et ind\u00e9cise pour faire autre chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La sonnette de la porte ayant disparu, j&rsquo;ai pass\u00e9 la t\u00eate \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et j&rsquo;ai cri\u00e9 &laquo;<em> Bonjour ! Il y a quelqu&rsquo;un ? <\/em>&raquo;<em>.<\/em>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 proprement parler une question, puisque o&ugrave; seraient-ils ? L&rsquo;un d&rsquo;eux pouvait se trouver \u00e0 la boutique au bout de la rue achetant de la bi\u00e8re et des cigarettes, \u00e0 quelques p\u00e2t\u00e9s de maisons d&rsquo;ici et qu&rsquo;on appelait incongr&ucirc;ment \u00ab\u00a0le spa\u00a0\u00bb, ou \u00e0 la pizzeria, \u00e0 quelques autres p\u00e2t\u00e9s de maisons, parti chercher une pizza, mais au moins un d&rsquo;eux \u00e9tait fort susceptible d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la maison \u00e0 un moment donn\u00e9. Bien s&ucirc;r, en r\u00e9ponse, j&rsquo;ai entendu un vague &laquo;<em> Ouais ! <\/em>&raquo; et je suis entr\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Juste \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la porte, il y avait un assortiment de trucs bizarres. Je l&rsquo;ai d\u00e9pass\u00e9 et j&rsquo;ai march\u00e9 dans le couloir et dans la cuisine, o&ugrave; Tom et Jane \u00e9taient assis sur des chaises de jardin en plastique vert chacun de son c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une table de cuisine coll\u00e9e sous une fen\u00eatre au-del\u00e0 de laquelle se trouvait une arri\u00e8re-cour d\u00e9serte. Tom buvait de la bi\u00e8re et fumait des cigarettes pendant que Jane \u00e9tait assise l\u00e0 \u00e0 croiser et \u00e0 d\u00e9croiser les yeux. Dans la plupart des r\u00e9gions du monde, lorsqu&rsquo;une vieille connaissance fait une visite impromptue, cela demande une poign\u00e9e de main chaleureuse, peut-\u00eatre m\u00eame un c\u00e2lin, mais pas dans ces r\u00e9gions. L\u00e0, un indiff\u00e9rent &laquo; <em>Hey, quoi de neuf ?<\/em> &raquo; et un geste maladroit vers le seul si\u00e8ge disponible &ndash; un tabouret de bar probablement vol\u00e9 lors d&rsquo;une plong\u00e9e chez l&rsquo;ancienne classe ouvri\u00e8re juste en bas de la route &ndash; aura fait l&rsquo;affaire. Alors j&rsquo;ai pos\u00e9 mon sac et je me suis assis sur le tabouret de bar.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tom a parl\u00e9 avec un air de quelqu&rsquo;un dont la priorit\u00e9 principale est de s&rsquo;occuper de ses addictions, avec peu de temps \u00e0 consacrer \u00e0 la conversation. Entre les gorg\u00e9es de bi\u00e8re, tirer sur sa cigarette, les quintes de toux et les r\u00f4ts, Tom \u00e9tait un homme occup\u00e9. Il n&rsquo;a r\u00e9ussi qu&rsquo;\u00e0 faire des phrases courtes : &laquo;<em> Je suis all\u00e9 chercher du travail hier&hellip;. toux-toux-toux-toux ! J&rsquo;ai trouv\u00e9 un job &hellip; cigarette &hellip; r\u00f4t ! Mais ils voulaient que je travaille jusqu&rsquo;\u00e0 trois &hellip; gorg\u00e9e de bi\u00e8re &hellip; et je veux commencer \u00e0 boire \u00e0 &hellip; toux &hellip; une heure&#8230; toux ! <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; un moment donn\u00e9, j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que George \u00e9tait aussi dans la pi\u00e8ce. Je ne l&rsquo;avais pas remarqu\u00e9 au d\u00e9but parce qu&rsquo;il \u00e9tait assis par terre, dans un coin, affaiss\u00e9 contre un mur et partiellement cach\u00e9 derri\u00e8re une pile de bouteilles de bi\u00e8re vides. Ses jambes \u00e9taient \u00e9trangement \u00e9cart\u00e9es sous lui, comme une poup\u00e9e de chiffon, et il \u00e9tait pench\u00e9 vers l&rsquo;avant, la bouche ouverte et le regard fixe. Au d\u00e9but, il ne semblait pas respirer, mais ensuite j&rsquo;ai remarqu\u00e9 qu&rsquo;il prenait des respirations sporadiques. De plus, ses yeux flottaient un peu partout. Son teint \u00e9tait gris-vert. Quelque chose n&rsquo;allait vraiment pas chez lui, mais les deux autres n&rsquo;y pr\u00eataient aucune attention.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em> George, tu as l&rsquo;air mort ! <\/em>&raquo; m&rsquo;exclamais-je. &laquo;<em> Non mais, qu&rsquo;est-ce que tu crois ! <\/em>&raquo;<em>,<\/em> a dit Tom. Jane s&rsquo;est offusqu\u00e9e. Alors que j&rsquo;essayais de comprendre la nature et la gravit\u00e9 de mon faux pas, George a repris vie. Il s&rsquo;est mis \u00e0 \u00e9mettre un son \u00e9trange, mi-bruyant, mi-griffant, mi-venteux, s&rsquo;est lev\u00e9 et s&rsquo;est mis \u00e0 trembler vers moi en griffant l&rsquo;air. J&rsquo;ai saut\u00e9 du tabouret de bar et j&rsquo;ai couru dans le couloir. Lorsque j&rsquo;ai atteint l&rsquo;autre bout du couloir, j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que j&rsquo;avais laiss\u00e9 mon sac dans la cuisine. Il contenait plusieurs choses importantes, dont mon passeport, sans lequel je ne pourrais pas m&rsquo;enfuir aussi loin de l\u00e0 que j&rsquo;avais l&rsquo;intention de le faire. Alors je me suis retourn\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>George errait vers moi dans le couloir, toujours en train de griffer l&rsquo;air et de faire ce bruit strident et sifflant. J&rsquo;ai d&ucirc; le d\u00e9passer et repartir. Je ne voulais absolument pas toucher George, de peur d&rsquo;attraper ce qu&rsquo;il avait. En regardant autour de moi la ferraille empil\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte, j&rsquo;ai remarqu\u00e9 une pelle, alors je l&rsquo;ai saisie et j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 le repousser dans la cuisine avec la lame de la pelle aussi doucement que possible. Cela s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 \u00e9tonnamment facile : chaque fois que je le poussais l\u00e9g\u00e8rement en d\u00e9s\u00e9quilibre, il se r\u00e9tablissait en se d\u00e9pla\u00e7ant dans la direction voulue. Quand je l&rsquo;eus ramen\u00e9 dans la cuisine, ses batteries ont sembl\u00e9 \u00e9puis\u00e9es et il s&rsquo;est effondr\u00e9 sur le sol comme d\u00e9sarticul\u00e9. Il a siffl\u00e9 et griff\u00e9 faiblement sur le sol pendant une minute de plus. Puis un frisson lui a travers\u00e9 le corps et il s&rsquo;est couch\u00e9 sans bouger.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em> C&rsquo;est vraiment mauvais ! <\/em>&raquo; dit Tom. Jane avait encore sa main sur son visage mais je pouvais voir qu&rsquo;elle me regardait entre ses doigts. J&rsquo;ai lev\u00e9 les yeux et j&rsquo;ai vu Allie. Elle se tenait dans le couloir, regardant dans la cuisine, toujours aussi vide et indiff\u00e9rente. Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 par la suite est loin d&rsquo;\u00eatre certain, mais cela m&rsquo;a certainement donn\u00e9 la chair de poule ! Peut-\u00eatre qu&rsquo;une \u00e9manation \u00e9th\u00e9r\u00e9e a quitt\u00e9 le corps de George et s&rsquo;est install\u00e9e dans celui d&rsquo;Allie, mais seulement si vous croyez en ce genre de choses. Puis Allie s&rsquo;est retourn\u00e9e tr\u00e8s vite et a couru dans le couloir, par la porte d&rsquo;entr\u00e9e et dans la rue. Il y a eu un cri et un klaxon, ou peut-\u00eatre un klaxon et un cri, suivis par le bruit d&rsquo;un tracteur tirant un semi-remorque qui s&rsquo;arr\u00eatait promptement et, finalement, le sifflement des freins \u00e0 air qui se dissipait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tom a l\u00e2ch\u00e9 sa cigarette, a allum\u00e9 la suivante, s&rsquo;est lev\u00e9 de sa chaise de jardin en tr\u00e9buchant, Jane marchant dans son sillage. J&rsquo;en ai eu assez de cette sc\u00e8ne, j&rsquo;ai pris mon sac, j&rsquo;ai enjamb\u00e9 George et j&rsquo;ai suivi derri\u00e8re \u00e0 bonne distance. &Agrave; l&rsquo;ext\u00e9rieur, quelques personnes se tenaient juste \u00e0 droite du porche, avec un tracteur \u00e0 semi-remorque \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat juste au-del\u00e0 avec ses feux de d\u00e9tresse allum\u00e9s. Je n&rsquo;ai pas perdu de temps \u00e0 regarder dans la direction de ce rassemblement. Au lieu de cela, j&rsquo;ai tourn\u00e9 \u00e0 gauche, je suis mont\u00e9 dans ma voiture de location et je suis parti.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De telles exp\u00e9riences tendent \u00e0 temp\u00e9rer l&rsquo;enthousiasme d&rsquo;une personne \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9couvrir \u00e0 quel point les choses peuvent d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. C&rsquo;est le cas pour moi, en tout cas. L&rsquo;axiome \u00ab\u00a0Les choses peuvent toujours empirer\u00a0\u00bb est un axiome utile, mais peut-\u00eatre faut-il \u00e9tablir un point de r\u00e9f\u00e9rence raisonnable sur la fa\u00e7on dont les choses peuvent empirer avant qu&rsquo;il ne soit temps de cesser de s&rsquo;y int\u00e9resser et de passer \u00e0 des choses qui ne sont pas encore aussi mauvaises. L&rsquo;avantage des axiomes, c&rsquo;est qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais besoin d&rsquo;\u00eatre test\u00e9s exp\u00e9rimentalement. Mais il y a certainement un march\u00e9 pour la non-fiction qui satisfasse une curiosit\u00e9 morbide, et pour \u00e9crire sur cette non-fiction, il est n\u00e9cessaire de faire un peu de recherche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Le 26 f\u00e9vrier 2019, <a href=\"http:\/\/cluborlov.blogspot.com\/2019\/02\/how-bad-can-things-possibly-get.html\">Club Orlov<\/a>&ndash; Traduction du <a href=\"http:\/\/lesakerfrancophone.fr\/jusquou-les-choses-peuvent-elles-mal-tourner\">Sakerfrancophone<\/a>)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jusqu&rsquo;o&ugrave; les choses peuvent-elles mal tourner ? 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