{"id":78511,"date":"2019-03-10T04:53:30","date_gmt":"2019-03-10T04:53:30","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/03\/10\/virgileet-le-cheval-de-troie-comme-guerre-hybride\/"},"modified":"2019-03-10T04:53:30","modified_gmt":"2019-03-10T04:53:30","slug":"virgileet-le-cheval-de-troie-comme-guerre-hybride","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/03\/10\/virgileet-le-cheval-de-troie-comme-guerre-hybride\/","title":{"rendered":"Virgile\u00a0et le cheval de Troie comme guerre hybride"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Virgile et le cheval de Troie comme guerre hybride<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le tyran assi\u00e9g\u00e9 par le gentil pr\u00e9sident&hellip; Tintin chez les picaros&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Jusqu&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;amusante cr\u00e9dulit\u00e9 de la pl\u00e8be occidentale peut-elle aller ? Caitlin Johnson a r\u00e9cemment parl\u00e9, \u00e0 propos du Venezuela, de premier coup par pur r\u00e9cit narratif. Triomphe du storytelling&hellip; on la cite :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Si vous pouvez remplacer ce r\u00e9cit par un autre, comme le tentent actuellement des personnes puissantes, il est th\u00e9oriquement possible d&rsquo;effectuer un coup d&rsquo;&Eacute;tat par pur r\u00e9cit. Vous ne pourriez pas demander une illustration plus parfaite du pouvoir du contr\u00f4le narratif. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Eacute;videmment on peut retourner l&rsquo;argument et estimer que l&rsquo;absence de l&rsquo;usage de la force militaire par l&#8217;empire occidental est un signe de sa d\u00e9cadence, marqu\u00e9e par un delirium visuel-num\u00e9rique et hyst\u00e9rique-m\u00e9diatique. On n&rsquo;est plus trop capable techniquement face aux russes et aux chinois, vous comprenez&hellip; Alors on revient aux bonnes vieilles m\u00e9thodes, \u00e0 la guerre psy fa\u00e7on hom\u00e9rique ! Comme dit Virgile qu&rsquo;on va relire aujourd&rsquo;hui : &laquo; ainsi se laiss\u00e8rent prendre \u00e0 des ruses et \u00e0 des larmes feintes ceux que n&rsquo;avaient pu dompter ni le fils de Tyd\u00e9e, ni Achille de Larissa, ni dix ans de guerre, ni mille vaisseaux&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le cheval de Troie et la guerre de Troie ont toujours et justement traumatis\u00e9 les occidentaux qui bien que descendants culturels des grecs ont pleur\u00e9 la fin des Troyens. Cependant la fin de Troie \u00e9tait m\u00e9rit\u00e9e puisque par lassitude, par distraction, par humanitarisme aussi, les Troyens ont fait rentrer le monstre et ses tueurs dans leur ville. C&rsquo;est que la guerre hybride &#8211; ou guerre d&rsquo;alt\u00e9ration de la perception &#8211; \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9e par l\u00e0, accompagn\u00e9e par un attentat d\u00e9sarmant, la mort atroce de Laocoon, pr\u00eatre et protecteur spirituel de la cit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On relit Virgile (En\u00e9ide, II) avec un chouia de latin :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Beaucoup, stup\u00e9faits devant l&rsquo;offrande \u00e0 la Vierge Minerve, qui devait \u00eatre si d\u00e9sastreuse pour nous, s&rsquo;\u00e9tonnent de l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 du cheval. Le premier, Thym\u00e9t\u00e8s nous exhorte \u00e0 l&rsquo;introduire dans nos murs et \u00e0 le placer dans la citadelle. &Eacute;tait-ce perfidie de sa part ou d\u00e9j\u00e0 les destins de Troie le voulaient-ils ainsi ? Mais Capys et ceux dont l&rsquo;esprit est plus clairvoyant nous pressent de jeter \u00e0 la mer ce douteux pr\u00e9sent des Grecs, sans doute un pi\u00e8ge, ou de le br&ucirc;ler en allumant dessous un grand feu, ou d&rsquo;en percer les flancs et d&rsquo;en explorer les secr\u00e8tes profondeurs. La foule incertaine se partage en avis contraires (Scinditur incertum studia in contraria uolgus). &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En r\u00e9alit\u00e9 le sort en est jet\u00e9, pour parler comme l&rsquo;autre. Comme le chien Ran-Tan-Plan de notre impeccable Goscinny, les Troyens &laquo; sentent confus\u00e9ment quelque chose &raquo;, mais ils seront sans force.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La suite avec Virgile et Laocoon :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais voici qu&rsquo;\u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une troupe nombreuse, Laocoon, furieux, accourt du haut de la citadelle, et de loin : &laquo; Malheureux citoyens, s&rsquo;\u00e9crie-t-il, quelle est votre d\u00e9mence ? Croyez-vous les ennemis partis ? Pensez-vous qu&rsquo;il puisse y avoir une offrande des Grecs sans quelque tra&icirc;trise ? Est-ce ainsi que vous connaissez Ulysse ? Ou des Ach\u00e9ens se sont enferm\u00e9s et cach\u00e9s dans ce bois, ou c&rsquo;est une machine fabriqu\u00e9e contre nos murs pour observer nos maisons et pour \u00eatre pouss\u00e9e d&rsquo;en haut sur notre ville, ou elle rec\u00e8le quelque autre pi\u00e8ge. Ne vous fiez pas \u00e0 ce cheval, Troyens. Quoi qu&rsquo;il en soit, je crains les Grecs, m\u00eame dans leurs offrandes aux dieux (Quicquid id est, timeo Danaos et dona ferentis) ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Intervient l&rsquo;attentat. L&rsquo;attentat sert le pouvoir, \u00e9tant un producteur d&rsquo;horreur capable de faire craquer des r\u00e9sistances psychologiques et de faire accepter n&rsquo;importe quoi ; et la mort de Laocoon va pr\u00e9cipiter l&rsquo;\u00e9croulement de Troie. Virgile alors d\u00e9crit ces \u00e9tranges serpents :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Voici que, de T\u00e9n\u00e9dos, par les eaux tranquilles et profondes, &ndash; je le raconte avec horreur, &ndash; deux serpents aux immenses anneaux &ndash; (horresco referens &ndash; immensis orbibus angues) s&rsquo;allongent pesamment sur la mer et de front s&rsquo;avancent vers le rivage. Leur poitrine se dresse au milieu des flots et leurs cr\u00eates couleur de sang dominent les vagues. Le reste de leurs corps glissait lentement sur la surface de l&rsquo;eau et leur \u00e9norme croupe tra&icirc;nait ses replis tortueux. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La foule r\u00e9agit alors normalement en bl\u00e2mant la victime, Laocoon :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Pour le coup nous tremblons et une peur inou\u00efe p\u00e9n\u00e8tre dans tous les c&oelig;urs (Tum uero tremefacta nouus per pectora cunctis insinuat pauor) : on se dit que Laocoon a \u00e9t\u00e9 justement puni de son sacril\u00e8ge, lui qui d&rsquo;un fer ac\u00e9r\u00e9 a profan\u00e9 ce bois consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9esse et qui a brandi contre ses flancs un javelot criminel. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et puis on craque fa\u00e7on occidentale :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; On crie qu&rsquo;il faut introduire le cheval dans le temple de Minerve et supplier la puissante divinit\u00e9. Nous faisons une br\u00e8che \u00e0 nos remparts ; nous ouvrons l&rsquo;enceinte de la ville. Tous s&rsquo;attellent \u00e0 l&rsquo;ouvrage. On met sous les pieds du colosse des roues glissantes ; on tend \u00e0 son cou des cordes de chanvre. La fatale machine franchit nos murs, grosse d&rsquo;hommes et d&rsquo;armes. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;enthousiasme devient religieux, \u00e9rotique, sexuel m\u00eame (cela me rappelle Marc Soriano qui disait du chaperon rouge qu&rsquo;elle voulait \u00eatre mang\u00e9e par le loup, comme nous par la guerre, le mondialisme, l&rsquo;humanitarisme) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; &Agrave; l&rsquo;entour, jeunes gar\u00e7ons et jeunes filles chantent des hymnes sacr\u00e9s, joyeux de toucher au c\u00e2ble qui la tra&icirc;ne  (funemque manu contingere gaudent). Elle s&rsquo;avance, elle glisse mena\u00e7ante jusqu&rsquo;au c&oelig;ur de la ville. &Ocirc; patrie, \u00f4 Ilion, demeure des dieux, remparts dardaniens illustr\u00e9s par la guerre ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La foule est rendue aveugle par la fureur, les Cassandre comme toujours sont ridicules et inutiles :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quatre fois le cheval heurta le seuil de la porte, et quatre fois son ventre rendit un bruit d&rsquo;armes. Cependant nous continuons, sans nous y arr\u00eater, aveugl\u00e9s par notre folie (instamus tamen inmemores caecique furore), et nous pla\u00e7ons dans le haut sanctuaire ce monstre de malheur (monstrum infelix). M\u00eame alors la catastrophe qui venait s&rsquo;annon\u00e7a par la bouche de Cassandre ; mais un dieu avait d\u00e9fendu aux Troyens de jamais croire Cassandre ; et, malheureux pour qui le dernier jour avait lui, nous ornons par toute la ville les temples des dieux d&rsquo;un feuillage de f\u00eate. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;ambiance festive de cette apocalypse n&rsquo;\u00e9chappera pas aux lecteurs de Muray&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s ? On dort bien, chez Virgile comme chez Nietzsche (comme dit Zarathoustra, &laquo; un peu de poison de-ci de-l\u00e0, pour se procurer des r\u00eaves agr\u00e9ables. Et beaucoup de poison enfin, pour mourir agr\u00e9ablement. &raquo;) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cependant le ciel tourne et la nuit s&rsquo;\u00e9lance de l&rsquo;Oc\u00e9an, enveloppant de sa grande ombre la terre, le ciel et les ruses des Myrmidons. R\u00e9pandus dans l&rsquo;enceinte de leurs murailles, les Troyens se sont tus et le sommeil presse leurs membres las&hellip;Ils envahissent la ville ensevelie dans le sommeil et le vin (Inuadunt urbem somno uinoque sepultam) : les sentinelles sont \u00e9gorg\u00e9es ; les portes, ouvertes ; ils y re\u00e7oivent leurs compagnons et rassemblent les troupes complices. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Rien n&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 aux pauvres troyens, pas m\u00eame la pleurnicherie humanitaire, arme supr\u00eame des mondialistes et des socialistes (pauvres migrants, pauvres multimilliardaires accabl\u00e9s d&rsquo;imp\u00f4ts, pauvres islamistes massacr\u00e9s, pauvres cadavres d\u00e9terr\u00e9s de Timisoara, pauvres libyens accabl\u00e9s par la tyrannie, etc.). C&rsquo;est tout le passage prodigieux de l&rsquo;agent Sinon qui va affaiblir les d\u00e9fenses des troyens. C&rsquo;est le triomphe du storytelling d\u00e9bile \u00e0 travers les \u00e2ges. Virgile : &laquo; la renomm\u00e9e&hellip;elle \u00e9pouvanteles vastes cit\u00e9s, messag\u00e8re aussi attach\u00e9e au mensonge et \u00e0 lacalomnie qu&rsquo;\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Sa joie \u00e9tait alors de remplir l&rsquo;esprit despeuples de mille bruits o&ugrave; elle annon\u00e7ait \u00e9galement ce qui \u00e9taitarriv\u00e9 et ce qui ne l&rsquo;\u00e9tait pas&hellip; &raquo; (Eneide, chant IV).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Troie succombe :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Ces paroles insidieuses, cet art de se parjurer nous firent croire ce que disait Sinon (Talibus insidiis periurique arte Sinonis credita res) ; et ainsi se laiss\u00e8rent prendre \u00e0 des ruses et \u00e0 des larmes feintes ceux que n&rsquo;avaient pu dompter ni le fils de Tyd\u00e9e, ni Achille de Larissa, ni dix ans de guerre, ni mille vaisseaux. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La disparition de Troie c&rsquo;est 99% de guerre hybride et de storytelling. Et ils ne changeront pas une recette qui marche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On laisse C\u00e9line conclure \u00e0 l&rsquo;aube du massacre de 39-45 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Et les Fran\u00e7ais sont bien contents, parfaitement d&rsquo;accord, enthousiastes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une telle connerie d\u00e9passe l&rsquo;homme. Une h\u00e9b\u00e9tude si fantastique d\u00e9masque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous appr\u00e9hende, que le Destin s&rsquo;accomplit. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Sources<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Eneide, chants II-IV (ebooksgratuits.com)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi parlait Zarathoustra<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Le livre noir de la d\u00e9cadence romaine (Amazon.fr) ; C\u00e9line le pacifiste enrag\u00e9 (Amazon.fr)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Virgile et le cheval de Troie comme guerre hybride Le tyran assi\u00e9g\u00e9 par le gentil pr\u00e9sident&hellip; Tintin chez les picaros&hellip; Jusqu&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;amusante cr\u00e9dulit\u00e9 de la pl\u00e8be occidentale peut-elle aller ? Caitlin Johnson a r\u00e9cemment parl\u00e9, \u00e0 propos du Venezuela, de premier coup par pur r\u00e9cit narratif. 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