{"id":78542,"date":"2019-03-25T16:43:45","date_gmt":"2019-03-25T16:43:45","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/03\/25\/spectateur-de-linfamie-a-lorigine\/"},"modified":"2019-03-25T16:43:45","modified_gmt":"2019-03-25T16:43:45","slug":"spectateur-de-linfamie-a-lorigine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/03\/25\/spectateur-de-linfamie-a-lorigine\/","title":{"rendered":"Spectateur de \u201cl&rsquo;infamie \u00e0 l&rsquo;origine\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Spectateur de \u00ab\u00a0l&rsquo;infamie \u00e0 l&rsquo;origine\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>25 mars 2019 &ndash; Prenant pr\u00e9texte d&rsquo;une initiative des historiens du site, marquant, &ndash; un jour trop tard, comme d&rsquo;habitude, &ndash; l&rsquo;anniversaire de la funeste \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/linfamie-a-lorigine-i\">guerre<\/a> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/linfamie-a-lorigine-ii\">Kosovo<\/a>\u00ab\u00a0, la vraie, celle qui commen\u00e7a avec l&rsquo;agression otanienne, je d\u00e9cidai de confier \u00e0 ces pages quelques souvenirs, r\u00e9flexion, et m\u00eame un extrait <a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/FR%C3%89D%C3%89RIC-NIETZSCHE-AU-KOSOVO-retrouv%C3%A9-ebook\/dp\/B073XN62BK\/ref=sr_1_3?s=digital-text&#038;ie=UTF8&#038;qid=1508853948&#038;sr=1-3\">d&rsquo;un roman<\/a> dont je ne vous cacherai pas une seconde l&rsquo;affection que je lui porte. Il est vrai que j&rsquo;ai v\u00e9cu ces jours fi\u00e9vreux du d\u00e9clenchement de cette guerre, pour l&rsquo;essentiel \u00e0 Bruxelles certes, et \u00e0 peine \u00e0 l&rsquo;OTAN o&ugrave; j&rsquo;aurais pu \u00eatre plus souvent mais qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral j&rsquo;\u00e9vitais comme la peste tant l&rsquo;atmosph\u00e8re y \u00e9tait irrespirable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;infamie d\u00e9gage une auteur absolument \u00e9pouvantable, pestilentielle, comme l&rsquo;\u00e9gout d&rsquo;une gargote de basse fortune, o&ugrave; m\u00eame les filles faciles sont absolument sans joie. Je crois que c&rsquo;est \u00e0 partir de cette \u00e9poque que je d\u00e9cidai inconsciemment de ne plus jamais mettre les pieds \u00e0 l&rsquo;OTAN, ce qui me fut assez facile par ailleurs puisque je n&rsquo;avais vraiment plus rien \u00e0 y faire, et encore moins \u00e0 glaner.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces jours et ces semaines que je v\u00e9cus durant la guerre du Kosovo, \u00e0 Bruxelles pour mes deux ou trois tourn\u00e9es hebdomadaires et \u00e0 Paris pour deux visites je crois, m&rsquo;apparaissent aujourd&rsquo;hui comme un temps de rupture. C&rsquo;est \u00e0 partir de cette \u00e9poque que j&rsquo;en vins, d&rsquo;abord insensiblement puis de plus en plus r\u00e9solument, \u00e0 rompre avec ce monde que j&rsquo;avais fr\u00e9quent\u00e9 jusqu&rsquo;alors, certes en marginal-original mais tout de m\u00eame avec nombre de voies d&rsquo;acc\u00e8s, et de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les utiliser. Ce que je ressentis de leur \u00e9volution dans les milieux fr\u00e9quent\u00e9s, dans les milieux de la s\u00e9curit\u00e9 internationale, les \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb, les fonctionnaires, et aussi la fr\u00e9quentation \u00e9pisodique du monde de la presse, se rappelle \u00e0 mon souvenir comme quelque chose de \u00ab\u00a0gla\u00e7ant\u00a0\u00bb (on emploie beaucoup ce mot, ces temps-ci) ; comme une paralysie progressive affectant en priorit\u00e9 la case \u00ab\u00a0esprit critique\u00a0\u00bb, la case \u00ab\u00a0libert\u00e9 d&rsquo;esprit\u00a0\u00bb, voyez, des choses comme \u00e7\u00e0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je me rappelle d&rsquo;une visite \u00e0 Paris, c&rsquo;\u00e9tait autour de la mi-avril 1999, o&ugrave; j&rsquo;allais voir des gens d&rsquo;assez bonne compagnie, avec qui je parlai assez librement, on imagine dans quel sens mais n\u00e9anmoins sans \u00e9lever la voix puisqu&rsquo;on \u00e9tait en pays de connaissance. Chez l&rsquo;un ou chez l&rsquo;autre, je fis quelques remarques sans complaisance sur cette ignominie qu&rsquo;\u00e9tait cette guerre stupide et mal faite, l\u00e0 o&ugrave; la France se compromettait ; je rencontrai en g\u00e9n\u00e9ral des regards un peu effray\u00e9s sinon fuyants, des r\u00e9ponses g\u00ean\u00e9es, une main bougeant l\u00e9g\u00e8rement mais nerveusement de haut en bas pour faire baisser la voix bien que le ton rest\u00e2t compl\u00e8tement habituel et \u00e9videmment sans \u00e9clat&#8230; L&rsquo;un de mes interlocuteurs me glissa, en me raccompagnant, qu&rsquo;il devenait \u00ab\u00a0de plus en plus difficile de s&rsquo;exprimer trop librement sur ces probl\u00e8mes\u00a0\u00bb mais que, \u00ab\u00a0bien entendu\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0partageait compl\u00e8tement mon point de vue\u00a0\u00bb ; et qu&rsquo;en plus de cela, j&rsquo;avais une grande chance d&rsquo;ainsi disposer de mon ind\u00e9pendance&#8230; Cette fortune dont le sort me comblait me laissa r\u00eaveur, tandis que je saluai mon interlocuteur d&rsquo;une poign\u00e9e de mains o&ugrave; je crus ressentir la mollesse de l&rsquo;autre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>La France avait pris sa vitesse de chute et de croisi\u00e8re<\/strong> ; mise \u00e0 part l&#8217;embellie de 2003 de l&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;aventure irakienne du gang Bush\/Cheney, que je pris pour le signe d&rsquo;une belle dynamique retrouv\u00e9e alors qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait que d&rsquo;un \u00e9cart temporaire se r\u00e9duisant \u00e0 un accident de parcours, tout nous conduisait <strong>dans le marigot puant o&ugrave; nous nous d\u00e9battons mollement et pr\u00e9sentement, et sans rien y comprendre<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Je vous l&rsquo;assure, <strong>l&rsquo;autocensure qui a saisi la civilisation  occidentale <\/strong>(\u00ab\u00a0le bloc-BAO\u00a0\u00bb disons pour satisfaire <em>dedefensa.org<\/em>) comme on le ressent aujourd&rsquo;hui a <strong>d\u00e9cisivement<\/strong> <strong>verrouill\u00e9 sa chape de plomb \u00e0 partir de l&rsquo;aventure kosovare<\/strong>. Les journalistes sont devenus autres d\u00e9cisivement, marionnettes ou pantins \u00e0 votre choix, sans oublier l&rsquo;arrogance et le m\u00e9pris d&rsquo;une main, la servilit\u00e9 et l&#8217;empressement de l&rsquo;autre. Deux ans et demie plus tard, <strong>9\/11 bouclerait tout cela, en un somptueux paquet-cadeau<\/strong>. Nous en sommes l\u00e0 pour ce qui concerne ce monde.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L\u00e0-dessus, et parce que je ne suis jamais \u00e0 court d&rsquo;arguments, et parce que je crois \u00e0 la fiction nourrie d&rsquo;exp\u00e9rience pour faire conna&icirc;tre des \u00e9v\u00e9nements, &ndash; je parle toujours de la \u00ab\u00a0guerre de Kosovo\u00a0\u00bb qui se fit \u00e0 Ev\u00e8re, au si\u00e8ge de l&rsquo;OTAN, &ndash; je vais vous laisser avec quelques paragraphes extraits <a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/FR%C3%89D%C3%89RIC-NIETZSCHE-AU-KOSOVO-retrouv%C3%A9-ebook\/dp\/B073XN62BK\/ref=sr_1_3?s=digital-text&#038;ie=UTF8&#038;qid=1508853948&#038;sr=1-3\">d&rsquo;un livre<\/a> pour lequel j&rsquo;ai une vieille affection, dont le titre est <em>Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche au Kosovo<\/em>, dont le succ\u00e8s est \u00e0 l&rsquo;image de ce que je vous ai dit de la France, dont le caract\u00e8re est qu&rsquo;il n&rsquo;est en rien susceptible de c\u00e9der aux sir\u00e8nes du \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/jupiter-et-le-regne-de-la-quantite\">r\u00e8gne de la quantit\u00e9<\/a>\u00ab\u00a0, dans une mesure telle qu&rsquo;on le croirait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 des initi\u00e9s dont je suis s&ucirc;r que quelques <em>happy few <\/em>voudront faire partie&#8230; Troisi\u00e8me tentative : <a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/FR%C3%89D%C3%89RIC-NIETZSCHE-AU-KOSOVO-retrouv%C3%A9-ebook\/dp\/B073XN62BK\/ref=sr_1_3?s=digital-text&#038;ie=UTF8&#038;qid=1508853948&#038;sr=1-3\">c&rsquo;est ici<\/a> que vous le trouverez.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Extraits de <em>Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche au Kosovo<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Pour dire la v\u00e9rit\u00e9, le monde sembla basculer. C&rsquo;est comme s&rsquo;il n&rsquo;attendait qu&rsquo;un signe pour cela, et il l&rsquo;avait eu. Cette guerre, si proche de nous &#8230; Une tension incroyable, contenue jusqu&rsquo;alors dans l&rsquo;ombre des esprits soumis avec empressement aux influences mal\u00e9fiques, apparut en pleine lumi\u00e8re et dans cette lumi\u00e8re trompeuse qui vous fait croire que la cause est juste, comme elle l&rsquo;avait fait croire pour l&rsquo;Alg\u00e9rie. L&rsquo;Occident sembla triompher avant m\u00eame de l&#8217;emporter. L&rsquo;Occident, centre et inspirateur du monde, dispensateur des id\u00e9es qui \u00e9duquent l&rsquo;esprit et font exulter les c&oelig;urs, concepteur de la civilisation comme un seul mod\u00e8le et les autres n&rsquo;ont qu&rsquo;\u00e0 bien se tenir ; l&rsquo;Occident, s&ucirc;r de lui et dominateur, surtout apr\u00e8s qu&rsquo;il ait enfourch\u00e9 le masque du lib\u00e9rateur, l&rsquo;Occident puant de suffisance et barbouill\u00e9 de sa vertu moderniste, la brandissant par spasmes, absolument comme l&rsquo;on \u00e9jacule, mais ayant remplac\u00e9 le sperme par les bombes parce qu&rsquo;il faut ce qu&rsquo;il faut ; l&rsquo;Occident plein d&rsquo;une affectivit\u00e9 qu&rsquo;on baptiserait affectivisme car cela devient une doctrine, pour sa propre fi\u00e8vre, plein de <em>l&rsquo;hybris <\/em>de l&rsquo;\u00e9jaculation de sa vertu, de l&rsquo;ivresse absolument <em>illuminati <\/em>des tr\u00e8s-grandes d\u00e9clamations civilisatrices enfin prises au pied de la lettre, comme ces bombes accroch\u00e9es sous les ailes de ses avions qui \u00e9voluent comme des anges qu&rsquo;on a pris soin d&rsquo;habiller d&rsquo;un camouflage n\u00e9cessaire aux missions de combat. (La bureaucratie militaire reste pratique.) Nous, en Occident, nous attendons cette guerre depuis des lustres comme le Messie, elle se fait sans interrompre nos habitudes ni nos vacances, elle enfi\u00e8vre l&rsquo;esprit, elle permet de m\u00e9langer sans compter les rigueurs de la raison th\u00e9orique, les emportements de la vertu assur\u00e9e et les plaisirs de l&rsquo;affectivisme d\u00e9brid\u00e9, tout cela qu&rsquo;on nommera plus tard \u00ab\u00a0\u00eatre<em>rock&rsquo;n&rsquo;roll<\/em>\u00ab\u00a0. Cette guerre-l\u00e0, de 1999, qui annonce notre si\u00e8cle d\u00e9cisif et postmoderne, nous rattrape de toutes celles que nous n&rsquo;avons pu faire, de notre complaisance superbement d\u00e9vastatrice mais contenue, de notre vertu offens\u00e9e de ne pas avoir pu mieux se manifester, de nos certitudes contraintes en frustrations \u00e9pouvantables, de notre suffisance trop longtemps \u00e9cart\u00e9e&hellip; Cette guerre, en v\u00e9rit\u00e9, elle nous est un don de Dieu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Louis-Beyle sentit la tension incroyable de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, l&rsquo;ivresse, presque comme un fumet r\u00e9pandu \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame, et qu&rsquo;il trouvait confirm\u00e9e dans le ton d&rsquo;un \u00e9ditorial, dans l&#8217;emphase d&rsquo;une phrase jet\u00e9e comme la pierre qui ach\u00e8ve l&rsquo;architecture de la civilisation du monde. \u00ab\u00a0Cette guerre est d&rsquo;un grand cru, semblaient-ils dire, il faut la d\u00e9guster\u00a0\u00bb. Ceux des visiteurs d&rsquo;un autre monde qui, plus tard, ne manqueront pas de se pencher sur notre cas de civilisateurs arm\u00e9s jusqu&rsquo;aux dents, ne cesseront \u00e0 aucun instant de leur recherche sur cette \u00e9poque m\u00e9morable d&rsquo;\u00eatre stup\u00e9faits par l&#8217;emportement qui, en cet instant exactement, alors que les avions de combat de l&rsquo;Alliance presque-Sainte s&rsquo;envolent de la base d&rsquo;Aviano, dans l&rsquo;Italie des Borgia, des papes et de Michel-Ange, charg\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la gueule de ces armements si sophistiqu\u00e9s que nous avons couv\u00e9s comme des nouveau-n\u00e9s transform\u00e9s par la science de l&rsquo;homme, oui, ceux-l\u00e0 seront stup\u00e9faits par l&#8217;emportement qui embrase \u00e0 cet instant les esprits des civilis\u00e9s de l&rsquo;Occident. Ils rel\u00e8veront qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;instant, d\u00e8s que roulent les tambours de la guerre, nous voil\u00e0 aveugles et que c&rsquo;est un bonheur indicible ; qu&rsquo;il nous pla&icirc;t de rugir sans retenue, en montrant cette force sans exemple jet\u00e9e au nom de la grandeur de l&rsquo;esprit civilis\u00e9 ; qu&rsquo;il nous excite consid\u00e9rablement de moraliser en appuyant sur la t\u00eate de l&rsquo;ennemi si faible, dont la faiblesse semble le garant de notre vertu, en lui for\u00e7ant sa t\u00eate sous l&rsquo;eau, dans un d\u00e9luge de feu, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il reconnaisse, l&rsquo;ennemi si faible, qu&rsquo;il est habit\u00e9 de la tare affreuse de n&rsquo;\u00eatre pas \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb ; qu&rsquo;il y a, dans notre attitude la plus \u00e9labor\u00e9e, comme une jouissance si grande \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter inlassablement ce que dit notre voisin et notre compagnon, \u00e0 r\u00e9percuter avec une joie indicible les \u00e9chos sinistres de la guerre, comme un slogan m\u00e9canique, sans souci de comprendre et en proclamant qu&rsquo;il n&rsquo;est plus n\u00e9cessaire de comprendre, car, en v\u00e9rit\u00e9, d\u00e9sormais tout est accompli.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Dr\u00f4le d&rsquo;\u00e9poque, dit Louis-Beyle \u00e0 haute voix, soudain arr\u00eat\u00e9, comme avec le stylo en l&rsquo;air s&rsquo;il n&rsquo;avait travaill\u00e9 sur informatique, comme s&rsquo;il commentait dans un sens tr\u00e8s approbateur les observations diverses de ces futurs historiens venus d&rsquo;un autre monde. On l&rsquo;en remercia, du c\u00f4t\u00e9 de cet autre monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quelques jours pass\u00e8rent. L&rsquo;offensive du ciel, le tonnerre des dieux occidentaux pleins d&rsquo;\u00e9clairs et de col\u00e8re ne cessaient de \u00ab\u00a0s&rsquo;intensifier\u00a0\u00bb, comme on disait sur un ton d&rsquo;une gravit\u00e9 tr\u00e8s convenue, et, dissimul\u00e9e derri\u00e8re, d&rsquo;une secr\u00e8te fascination ; puis l&rsquo;on roulait des yeux terribles, on se d\u00e9lectait du d\u00e9tail des actes de bravoure des escadres grondantes de la civilisation occidentale. Louis-Beyle, qui poursuivait sa t\u00e2che alg\u00e9rienne, n&rsquo;\u00e9tait pas sans remarquer que le monde semblait hors de ses gonds. \u00ab\u00a0Il faudra que je me penche sur cet \u00e9trange ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb, se promit-il en dedans de lui. En plus, c&rsquo;\u00e9tait dans ses attributions, avec le travail courant dans <em>Contre-Pied<\/em>, \u00e9tudier les conditions architecturales exceptionnelles de ce conflit ; la fa\u00e7on dont, en m\u00eame temps qu&rsquo;il se d\u00e9roulait comme une machine impitoyable, il \u00e9tait construit, fabriqu\u00e9 et mis en sc\u00e8ne par des b\u00e2tisseurs professionnels, c&rsquo;est-\u00e0-dire une construction \u00e0 c\u00f4t\u00e9, nettement s\u00e9par\u00e9e, sur la grande sc\u00e8ne occidentale, une construction d\u00e9licieuse et pleine de contours complexes, d&rsquo;audaces architecturales postmodernes, d&rsquo;inspiration artistiques de type futuristes offertes \u00e0 l&rsquo;humanisme r\u00e9gnant, surtout et imp\u00e9rativement sans le moindre rapport avec tout ce qui pr\u00e9tend rendre compte de la v\u00e9rit\u00e9. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sit\u00f4t que les premi\u00e8res escadres avaient grond\u00e9 dans le ciel yougoslave, une organisation puissante de pr\u00e9sentation et d&rsquo;interpr\u00e9tation de la r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tait mise en branle. Le th\u00e9\u00e2tre o&ugrave; l&rsquo;on pr\u00e9sentait aux opinions du monde occidental l&rsquo;op\u00e9ration alli\u00e9e, avec toutes les pr\u00e9cautions et les am\u00e9nagements qu&rsquo;on imagine, les arrangements, les mises en perspective, etc., avait bien plus d&rsquo;importance que le th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations. La comparaison est inutile, le rangement \u00e9tait acquis d&rsquo;avance. En juillet, quatre mois apr\u00e8s le d\u00e9but du conflit et un mois apr\u00e8s son terme, le Conseiller en Communication du Premier ministre britannique Tony Blair, un homme d&rsquo;une importance consid\u00e9rable avec un r\u00f4le essentiel dans la strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale, un homme aussi important que l&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 Monty durant la Seconde Guerre mondiale, un nomm\u00e9 Alastair Campbell qui venait de l&rsquo;\u00e9cole du fait-divers sensationnel du <em>Daily Mirror<\/em>, &ndash; eh bien Campbell nous expliquait tr\u00e8s en d\u00e9tail ce qui appara&icirc;t apr\u00e8s tout comme une philosophie derri\u00e8re le conflit, et, encore plus, ce qui appara&icirc;t comme une philosophie m\u00eame de l&rsquo;existence, une nouvelle philosophique sans nul doute, une nouvelle conception du monde. C&rsquo;est un signe de cette philosophie et de son contenu sans aucun doute, que ce soit les hommes de Communication, les publicistes, qui se chargent de nous la pr\u00e9senter, certainement apr\u00e8s l&rsquo;avoir \u00e9labor\u00e9e eux-m\u00eames, ou, dans tous les cas, tr\u00e8s fortement inspir\u00e9e. Alastair Campbell rempla\u00e7ait Machiavel et Montesquieu, en plus du mar\u00e9chal Montgomery. Alastair Campbell posa ce principe qui explique tout, qui justifie le jugement qu&rsquo;on a donn\u00e9 sur l&rsquo;importance compar\u00e9e des deux th\u00e9\u00e2tres, et avec le classement qu&rsquo;on a fait : \u00ab\u00a0Le fait que l&rsquo;OTAN devait l&#8217;emporter militairement n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement mis en doute. La seule bataille que nous pouvions perdre \u00e9tait la bataille pour les c&oelig;urs et les esprits. [Pour cette raison], la bataille m\u00e9diatique comptait \u00e9norm\u00e9ment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Cette affaire-l\u00e0 n&rsquo;est pas pour moi, maugr\u00e9a Louis-Beyle, qui rentrait apr\u00e8s quelques courses au cours desquelles il avait pu lire dans une \u00e9choppe \u00e0 journaux les grands titres de la presse pour la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9but du conflit ; on ajoutera \u00e0 cela une rencontre impromptue, avec un raseur, mais un raseur d&rsquo;un studio de cin\u00e9ma, tr\u00e8s \u00e0 la mode, tr\u00e8s au fait du monde parisien, qui avait point\u00e9 sur lui son doigt principal assez accusateur en proclamant que, le sort de la civilisation \u00e9tant en jeu au Kosovo, c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9sormais un devoir sacr\u00e9 de faire de cette guerre le centre de toutes les choses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Cette foutue affaire est pip\u00e9e, manipul\u00e9e. Elle est indigne, quel que soit le camp qu&rsquo;on choisit, oui, c&rsquo;est cela, une guerre indigne, compl\u00e8tement hors des conditions naturelles du monde qui sont les seules choses qui puissent racheter une guerre. Elle est au c&oelig;ur de notre hyst\u00e9rie, de nos travers et de nos pr\u00e9tentions insupportables, de nos chapitres moraux et tout le toutim. Une guerre pour adouber notre grandeur civilisatrice et alimenter nos plaisirs intimes, je ne veux rien avoir \u00e0 faire avec \u00e7a, rien du tout. Je poursuis mon labeur. Je les emmerde consid\u00e9rablement.\u00a0\u00bb [&#8230;] &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>***<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &#8230;Sur ce sujet le dialogue doit \u00eatre bref, avec des r\u00e9ponses qui vont tellement de soi qu&rsquo;il n&rsquo;est nul besoin de les dire. D\u00e8s le 25 mars 1999, le porte-parole de l&rsquo;OTAN, qui tient une conf\u00e9rence de presse quotidienne flanqu\u00e9 d&rsquo;un militaire en g\u00e9n\u00e9ral lourdaud, fait son entr\u00e9e dans le monde. Il est sur tous les \u00e9crans, le v\u00f4tre, le tien, le mien et ainsi de suite. Un jour d&rsquo;avril ou de mai 1999, il annonce qu&rsquo;une t\u00e9l\u00e9spectatrice sans doute assidue et romantique lui a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 pour lui faire part de son sentiment au spectacle des avions grondants de l&rsquo;OTAN qui d\u00e9collent d&rsquo;Aviano pour aller taper avec la plus grande pr\u00e9cision imaginable sur Milosevic et consort : \u00ab\u00a0<em>Oh, she told me, really, &lsquo;they look like angels&rsquo;<\/em>\u00ab\u00a0. Un journaliste dans la salle intervient, pris de court, d\u00e9glutissant, doutant de son audition et sans se soucier du qu&rsquo;en dira-t-on : \u00ab\u00a0<em>Angels<\/em>, vous dites bien <em>angels <\/em>?\u00a0\u00bb Jamie est affable et presque ing\u00e9nu, comme un Candide devenu porte-parole de la plus vertueuse machine de guerre qu&rsquo;on ait vue dans toute l&rsquo;histoire, absolument toute l&rsquo;Histoire sans aucune exception possible, &ndash; et sa voix d&rsquo;une suavit\u00e9 sans pareille : \u00ab\u00a0Oui, <em>angels<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette histoire courait, parmi d&rsquo;autres, et d&rsquo;autres encore, et aussi pour celle-ci on pr\u00e9cisait que Jamie n&rsquo;avait m\u00eame pas souri, r\u00e9pondant en ouvrant grands ses yeux comme \u00e0 son habitude, \u00e9tonn\u00e9 finalement qu&rsquo;on puisse s&rsquo;\u00e9tonner de ce qu&rsquo;il rapportait, qui \u00e9tait l&rsquo;absolue v\u00e9rit\u00e9 pour ce qui concernait les n\u00e9cessit\u00e9s du service, enfin absolument insensible \u00e0 tout ce qui aurait pu ressembler \u00e0 de l&rsquo;ironie, l\u00e0, \u00e0 cet instant. Jamie ne manquait certainement pas d&rsquo;ironie mais sa fonction pour ce temps-l\u00e0 lui en interdisait l&rsquo;usage abusif ; c&rsquo;\u00e9tait presque comme un terme contractuel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut se garder de g\u00e9n\u00e9raliser, de se r\u00e9f\u00e9rer au pass\u00e9, voire d&rsquo;user du bon sens courant en discourant de cette fonction qu&rsquo;occupait Jamie Shea. Nous sommes en pr\u00e9sence d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau, tr\u00e8s sp\u00e9cifique, sans vraiment d&rsquo;\u00e9quivalent et de pr\u00e9c\u00e9dent, dont la premi\u00e8re manifestation et naturellement l&rsquo;un des fondements est justement ce travail \u00e9trange que produit le sp\u00e9cialiste de communication (porte-parole dans le cas de Jamie), ou plus g\u00e9n\u00e9ralement sp\u00e9cialiste des relations publiques (RP) ; c&rsquo;est-\u00e0-dire <em>spin doctor<\/em>selon l&rsquo;expression employ\u00e9e lors de la guerre du Kosovo, o&ugrave; l&rsquo;on est pay\u00e9 pour re-pr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 et la tordre comme il faut, avec suffisamment d&rsquo;am\u00e9nagement pour qu&rsquo;elle ne soit pas contradictoire avec la cause qu&rsquo;on pr\u00e9sente, ni m\u00eame simplement choquante pour celle-ci. (La traduction bienpensante est &lsquo;conseiller en communication&rsquo;, mais l&rsquo;on observera que la traduction du verbe <em>to spin <\/em>est aussi bien &lsquo;tournoyer&rsquo; qu\u00a0\u00bbessorer&rsquo;, ce qui nous en dit long sur l&rsquo;esprit de l&rsquo;expression que nous fournit la langue anglaise.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quoiqu&rsquo;il en soit, Louis-Beyle pr\u00e9cisa :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Eh bien, moi je ne connais pas Jamie Shea. Alors, de qui s&rsquo;agit-il ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En face de lui et assis comme lui, Bradley McPherson Cassady, correspondant occasionnel et vraiment exceptionnel du Philadelphia <em>Inquirer<\/em>, s\u00e9journant temporairement \u00e0 Bruxelles pour ce journal, \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9 comme collaborateur d&rsquo;autres journaux, de p\u00e9riodiques vari\u00e9s ; Paris comme port d&rsquo;attache, un de la famille fameuse des \u00ab\u00a0Am\u00e9ricains de Paris\u00a0\u00bb, \u00e9galement vieux bourlingueur du vaste monde ; \u00e9galement connu dans la profession sous ses initiales BMC, il en rit comme un fou avec sa plaisanterie pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, dans la langue fran\u00e7aise qu&rsquo;il manie parfaitement (\u00ab\u00a0Appelez-moi Bordel Militaire de Campagne, si vous voulez\u00a0\u00bb). Louis-Beyle se trouvait \u00e0 Bruxelles depuis la veille, le jeudi 15 avril. Il observait Cassady, attendant sa r\u00e9ponse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Laissez tranquille ce Jamie Shea, voulez-vous ? r\u00e9pondit Cassady. Pas vraiment important &#8230; Pas vraiment un qui compte, voyez-vous ? Ici, dans cette soi-disant guerre, le th\u00e9\u00e2tre, leur montage, leur <em>propagandastaffel<\/em>, tout \u00e7a, eh bien moi je suis compl\u00e8tement sceptique et \u00e7a me laisse de glace.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Mon journal a menac\u00e9 de me virer parce que je refusais de faire un article sur <em>this guy<\/em>. Pas important <em>this guy<\/em>, je leur ai dit. Ils m&rsquo;ont sonn\u00e9, J\u00e9sus ! Toujours pas fait d&rsquo;article, rien \u00e0 faire d&rsquo;une compromission l\u00e0-dessus. C&rsquo;est simple, on a sa dignit\u00e9 et on la met o&ugrave; on croit qu&rsquo;elle doit \u00eatre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Et la guerre, Brad, quel est votre avis ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Bradley McPherson Cassady, rencontr\u00e9 la veille au soir, au bar de l&rsquo;h\u00f4tel M\u00e9ridien, face \u00e0 la Gare Centrale de Bruxelles ; Louis-Beyle oisif, songeur, pas dans son assiette sans qu&rsquo;il faille s&rsquo;alarmer, une saute d&rsquo;humeur rien d&rsquo;autre, mais cela amenait chez lui un comportement inhabituel, et paradoxalement celui d&rsquo;\u00eatre plus liant et plus vite avec un \u00e9tranger ; l&rsquo;Am\u00e9ricain un peu \u00e9m\u00e9ch\u00e9, trouvant une bonne bille \u00e0 Louis-Beyle, un verre ensemble et ainsi de suite ; et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 se donner de leur pr\u00e9nom, vraiment une chose inhabituelle pour Louis-Beyle. D\u00e9j\u00e0, ils sont amis.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Pas d&rsquo;avis, mon vieux, aucun avis, dit Cassady, ricanant \u00e0 moiti\u00e9. Me fous de cette guerre, pas d&rsquo;importance vous comprenez ? Pas \u00e7a qui compte, doux J\u00e9sus. Je leur ai dit cela aussi, \u00e0 mon canard, et l\u00e0 encore, pas tr\u00e8s contents, m&rsquo;ont sonn\u00e9 \u00e0 nouveau. Bah &#8230; Je vais bien finir par leur pisser de la copie banale, au fur et \u00e0 mesure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; C&rsquo;est une fa\u00e7on de se d\u00e9filer, Brad, de r\u00e9pondre de la sorte, vous \u00e9cartez une prise de position, vous ne vous mouillez pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; <em>Fuck you <\/em>mon ami, comme on dit aujourd&rsquo;hui en guise de bonne volont\u00e9. (Puis, pour bien se faire comprendre parce qu&rsquo;avec le go&ucirc;t du d\u00e9tail, et maniant habilement tutoiement et vouvoiement, tout cela se disant en fran\u00e7ais \ud83d\ude42 Laisse aller, tu comprends ? Les Fran\u00e7ais comme vous jouez \u00e0 \u00eatre des moralisateurs ennuyeux. Mange rien de cette baguette-l\u00e0, moi. Alors, si vous avez d&rsquo;autres questions, pffuittt, vous les gardez pour vous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Pas important, pas important &#8230; Alors, qu&rsquo;est-ce qui est important si cette guerre ne l&rsquo;est pas ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cassady le regarda puis se mit \u00e0 rire silencieusement, comme il faisait souvent, comme s&rsquo;il pouffait, comme s&rsquo;il \u00e9tait pris d&rsquo;une \u00e9trange innocence, comme on fait \u00e9tant enfant, comme si son extr\u00eame jeunesse jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;enfance lui revenait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Et la morale, mon ami, la morale citoyenne, comme ils disent aujourd&rsquo;hui ? reprit Louis-Beyle, pouffant \u00e0 son tour, embrass\u00e9 dans une complicit\u00e9 si chaleureuse, si cordiale, qui n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre dite, d&rsquo;\u00eatre pompeusement proclam\u00e9e. Et les droits de l&rsquo;homme ? encha&icirc;na-t-il, et la d\u00e9mocratie ? Et le nouvel ordre quasi-mondial ? Et l&rsquo;homme occidental qui apporte la lumi\u00e8re de sa civilisation ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et Bradley McPherson Cassady riait, pouffait, secouait la t\u00eate avec une \u00e9nergie d\u00e9cupl\u00e9e, haussait les \u00e9paules, pleurait \u00e0 force de contenir son rire, faisait ce signe de la main d&rsquo;avant en arri\u00e8re de la main qu&rsquo;on replie, qu&rsquo;on fait quand on veut dire : \u00ab\u00a0L\u00e2che-moi\u00a0\u00bb, puis \u00e9clatant comme en une sonore proclamation de joie lib\u00e9ratrice. C&rsquo;\u00e9tait un vieux boucanier de l&rsquo;Am\u00e9rique dont la vie \u00e9tait coutur\u00e9e de cicatrices extraordinaires, qui avait roul\u00e9 sa bosse, qui en avait tant fait et contempl\u00e9 encore plus, revenu de tout, avec ce coup d&rsquo;oeil qui vous regarde d&rsquo;un dr\u00f4le d&rsquo;air o&ugrave; se m\u00e9langent ironie, distance et m\u00e9pris si vous vous avisez de parler des grandes causes de ce monde au nom desquelles on envoie mourir tant de tendres et innocents imb\u00e9ciles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Mon neveu, dit l&rsquo;Am\u00e9ricain&hellip; (Lorsqu&rsquo;il vous aime beaucoup, l&rsquo;Am\u00e9ricain reprend cette expression affectionn\u00e9e par Jason Robards, mi-affecteuse mi-sarcastique, dans <em>La Lettre du Kremlin <\/em>de John Huston, o&ugrave; Robards joue un personnage lui aussi revenu de tout.) Mon neveu, il y a d&rsquo;autres choses, aujourd&rsquo;hui, bien plus importantes que cette mascarade.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Eh eh, peut-\u00eatre en saurez-vous plus un jour, peut-\u00eatre consentirais-je un jour \u00e0 \u00e9clairer votre p\u00e2le lanterne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Vous en avez trop dit, ou pas assez, Brad McPherson Cassady.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Tu l&rsquo;as dit, mon neveu. En attendant, tirons-nous d&rsquo;ici.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ils se d\u00e9cid\u00e8rent aussit\u00f4t et quitt\u00e8rent le si\u00e8ge de l&rsquo;OTAN, \u00e0 Evere, sur la route qui m\u00e8ne de Bruxelles \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport Bruxelles-National, \u00e0 l&rsquo;OTAN o&ugrave; les braves gens croient qu&rsquo;effectivement tout se passe, et o&ugrave;, finalement, il ne se passe rien de ce qui nous importe. Il faut laisser Jamie Shea, qui n&rsquo;est pas un mauvais bougre, pas du tout et m\u00eame au contraire, et pourtant le laisser \u00e0 ses descriptions idylliques. Jamie Shea est plus la victime d&rsquo;une situation qui fait de vous un manipulateur, qu&rsquo;un manipulateur cr\u00e9ant cette situation. Il n&rsquo;y a d&rsquo;ailleurs pas de manipulateur-n\u00e9. Il y a des gens pris dans le tourbillon d&rsquo;un syst\u00e8me, et qui s&rsquo;en sortent comme ils peuvent, avec plus ou moins de z\u00e8le, plus ou moins de l\u00e2chet\u00e9. R\u00e9p\u00e9tons-le, cette fois-ci d&rsquo;une plume plus assur\u00e9e : il faut laisser Jamie Shea \u00e0 ses descriptions idylliques sans songer une seconde \u00e0 le condamner car c&rsquo;est un brave homme, et je dis cela pour l&rsquo;avoir rencontr\u00e9. Il faut suivre nos h\u00e9ros, c&rsquo;est avec eux que tout se passe. [&#8230;] &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>***<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Apr\u00e8s avoir dit quelques mots au Bruxellois et se tournant \u00e0 nouveau vers Louis-Beyle, Cassady expliqua, et l&rsquo;on aurait dit qu&rsquo;ils \u00e9taient seuls tous les deux :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Voil\u00e0 pourquoi, sur la guerre, je ne me prononce pas. L&rsquo;absence d&rsquo;objet r\u00e8gle tout, comment se prononcer sur ce qui n&rsquo;existe pas ? Il n&rsquo;y a pas de guerre au Kosovo. La guerre, elle est ici, comme vous disiez tout \u00e0 l&rsquo;heure si justement. La guerre est livr\u00e9e pour garantir et assurer le contr\u00f4le de ces gens, dont il para&icirc;t que nous faisons partie, la presse je veux dire. L&rsquo;objet de la guerre a chang\u00e9, et, par cons\u00e9quent, son objectif. C&rsquo;est une r\u00e9volution formidable, une explosion du sens du monde, dans tous les sens. La guerre ? Pfutt, passez muscade. L&rsquo;objectif est ici, des gens comme lui (il fait un geste du bras, vers le c\u00f4t\u00e9, majeur dress\u00e9 en \u00ab\u00a0doigt d&rsquo;honneur\u00a0\u00bb vers Lef\u00e9bure, geste assez leste mais il s&rsquo;en fout).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Vous n&rsquo;\u00eates pas favorable aux frappes, cher Bradley ? interrogea Lef\u00e9bure sur un ton assez bas et doux, mais empress\u00e9 sans aucun doute. Elles sont pourtant fort chirurgicales, les frappes, et les d\u00e9g\u00e2ts, quand il y en a, sont compl\u00e8tement collat\u00e9raux n&rsquo;est-ce pas ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; D&rsquo;ailleurs, vous le savez bien, c&rsquo;est ce que pensent tous ces types, les Shea, les Campbell, le <em>con-com <\/em>de Tony Blair (conseiller-en-communication comme on dit Strafford-<em>upon<\/em>-Avon sur un ton shakespearien)&#8230; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Cassady poursuivait comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu de question pos\u00e9e par Lef\u00e9bure, lequel hochait la t\u00eate et souriait dans le vide, insensible \u00e0 l&rsquo;attitude, ignorant l&rsquo;indiff\u00e9rence, indulgent pour le m\u00e9pris, &ndash; parce que Cassady est, mon Dieu c&rsquo;est l&rsquo;essentiel, il est journaliste am\u00e9ricain.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Ils croient tous aujourd&rsquo;hui \u00e0 leur &lsquo;guerre pour les esprits&rsquo;, le go&ucirc;t pathologique de la capture de la conscience, ils ont tous \u00e7a, une marque de fabrique. Et comme il n&rsquo;y a rien de plus cr\u00e9tin qu&rsquo;un journaliste occidental assur\u00e9 de son bon droit, des valeurs qu&rsquo;il d\u00e9fend et tout le toutim, hein, nous en savons quelque chose ? Alors, leur projet est tentant, ils y croient, ils s&rsquo;y accrochent comme de beaux diables. Ainsi la guerre est-elle ici ; ce qui se passe l\u00e0-bas, au Kosovo, n&rsquo;a pas d&rsquo;importance. La grande bataille, l&rsquo;Armageddon de l&rsquo;Occident, c&rsquo;est ici !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; S\u00e9duisante th\u00e9orie, fit mielleusement Lef\u00e9bure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Mais non, pas du tout ! Rien d&rsquo;une th\u00e9orie, mon bonhomme. On le voit tous les jours, ici, l\u00e0, vous-m\u00eame bien s&ucirc;r, non ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Certes, Brad, vous n&rsquo;avez pas tort &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Allez, je me tire. Adieu, mon neveu, venez donc&hellip; &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Spectateur de \u00ab\u00a0l&rsquo;infamie \u00e0 l&rsquo;origine\u00a0\u00bb 25 mars 2019 &ndash; Prenant pr\u00e9texte d&rsquo;une initiative des historiens du site, marquant, &ndash; un jour trop tard, comme d&rsquo;habitude, &ndash; l&rsquo;anniversaire de la funeste \u00ab\u00a0guerre du Kosovo\u00ab\u00a0, la vraie, celle qui commen\u00e7a avec l&rsquo;agression otanienne, je d\u00e9cidai de confier \u00e0 ces pages quelques souvenirs, r\u00e9flexion, et m\u00eame un extrait&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[4186,8672,17746,12906,3085,13259,3073,584],"class_list":["post-78542","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-au","tag-autocensure","tag-evere","tag-frederic","tag-kosovo","tag-louis-beyle","tag-nietzsche","tag-otan"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78542","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78542"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78542\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78542"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78542"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78542"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}